‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 101 sur 206 · COUVENT DES CORDELIERS, OU FRÈRES MINEURS · texte numérisé non relu

COUVENT DES CORDELIERS, OU FRÈRES MINEURS

Dans son livre intitulé : De origine seraphicæ religionis franciscaine ejusque progressibus, François Scipion de Gonzagne, de la famille de Gonzague-Clèves-Nevers, — à laquelle appartenait l’hôtel qui succéda au vieux manoir de Nesle — élu, en 1579, dans un chapitre tenu à Paris, général de 1 ordre des frères Mineurs, raconte et localise, ainsi qu’il suit, l’établissement de ces religieux en la région occidentale de l’Université.

rtEn l'année ia3o, dit-il, entre la porte (de Saint-Germain) et l’église des Saints Côsine et Damien, la petite plante des simples frères Mineurs, d’abord greffée et établie, poussa des racines, s’accrut et se fortifia (1). n

Voici dans quelles circonstances eut lieu cette te plantation 11.

On sait que les premières années du règne de saint Louis furent fécondes en fondations religieuses!'2). Secondée par l’évêque de Paris, Guillaume d Auvergne, la régente Blanche de Castille favorisa de tout son pouvoir les créations d’églises et les institutions monastiques : en moins de deux ans (1 229-1 a3o) , le prieuré de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, l’église de Saint-Nicolas-du-Chardonn et et le monastère des frères Mineurs vinrent s’ajouter aux établissements religieux que Paris possédait déjà.

Dès 1210, saint François d’Assise avait eu la pensée de venir en France pour y fonder son ordre; dissuadé par le pape, il se contenta d’y envoyer, en 121G ou 1217, quelques disciples qui prirent un logis provisoire et attendirent une occasion favorable pour s’établir définitivement!3'. Encouragés par la régente et

W ff Anno 1 2 3o, inter portani et ecclesiam Sanctorum Cosmæ etDamiani, simplicium fralrum Minorum planlula, primo insita et conslituta, radices egit, aucta et roborata est. »

(î) André Duchesne reconnaît que saint Louis adéferoit beaucoup aux prestres et religieux» et raconte naïvement l’algarade que lui fit un jour une plaideuse, aïeule de la comtesse Pimbêche. crUne femme nommée Sarriette plaidant par-devant Monsieur saint Louys , et n’estant jugée si tost quelle

lusl voulu, lui dist, comme il desceudoit de sa chambre: Fi! ji ! deusses lu estre Roy de France ? Moult mieux fusl qu’un autre fust Roy que tu. Car tu es Roy seulement des frères Mineurs et des frères Prescheurs, et des prestres et des clercs. » ( Antiquités et recherches de la France ( 160g ), p. 207.)

(3) Corrozet indique , dans les termes suivants, la résidence provisoire des frères Mineurs: et La saincte troupe desquels se tint jadis au mesme lieu où à présent est le collège de Navarre, ainsi qu’encor

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, le nouveau roi, ils entrèrent en pourparlers avec l'abbé de Saint-Germain-des- Prés et se firent et prêter» par lui un terrain situé en lacensive de l’Abbaye, te Nous connaissons par là, dit Féiibien, après Du Breul, que l’esprit de saint François et de ses premiers disciples estoit de n’avoir rien du tout en propre, soit en commun , soit en particulier, pas mesme les maisons où ils demeuraient; c’est pourquoi ils ne les recevoient qu’à titre de prest, et supposoient que la propriété en appartenoit toujours à leurs fondateurs W. »

L’évêque, Guillaume d’Auvergne, fut appelé à donner son approbation aux arrangements survenus entre les frères Mineurs et les religieux de Saint-Germain-des-Prés. tt L’abbé et le couvent de Saint-Germain, dit-il dans ses lettres, auxquels appartient, en fonds et propriété, un certain lieu avec les maisons y construites, situé dans la paroisse des Saints Cosme et Damien, en deçà des murs du seigneur Roy, proche la porte de Gibard, l’ont, par une pensée de divine charité, prête’ à nos chers fils en Jésus-Christ, les frères de l’ordre des frères Mineurs, afin que ceux-ci puissent y demeurer comme hôtes, de telle sorte qu’ils ne pourront y avoir ni cloches, ni cimetière, ni autel consacré, si ce n’est un autel portatif, ni chapelle consacrée : nec campanas, nec cœmelerium, nec ahare sacral mn, nisi portatile, nee capellam sacratam (2>. Sauf en toutes choses le droit paroissial de l’église des Sain ts Cosme et Damien, dont le patronage appartient au monastère de Saint-Germaindes-Prés, 1 abbé et le couvent de Saint-Germain auront en ce lieu la justice temporelle, comme ils l’ont dans les autres terres situées en deçà des murs. Mais si dans les temps à venir il arrive, par une circonstance quelconque, que les frères de l’ordre ci-dessusdit quittent le lieu ci-dessus désigné, ce lieu lui-même, avec tous ses bâtiments et accroissements, retournera intégralement et sans aucune contestation au droit et domaine du monastère de Saint-Germain, droit et domaine bien et dûment reconnus PL»

on voit les marques des dortouers et cellules des frères; mais ce saincl Roy (Louis IX) voyant ce lieu trop mal propre pour la solitude de ces hommes angéliques, les transporta près la Porte Saint-Germain et sur la rue de Haute-Fueille.» (Les Antiquilez, croniques et singularité etc. , éd. de 1 586, fol. 82 v°.)

(1) Hist. delà ville de Paris, I, p. «285.

(2) Jaillot explique très judicieusement celte interdiction que les historiens de Paris ont relatée, sans en comprendre le sens et la portée :

rr 11 doit paroître singulier, dit-il , qu’en permettant l’établissement des Cordeliers, on ne leur accorde pas la faculté d’avoir une chapelle, ni un autel , ni des cloches , ni un cimetière. Les histo¬

riens pouvoient bien consulter l’original de cette concession , et ne pas s’en rapporter à des copies infidèles: ils y auroienl vu qu’on ne leur interdisoit alors que la faculté d’avoir une chapelle et un autel consacré, c’est-à-dire qu’ils ne pourroient avoir une chapelle publique, ni cloches pour appeler les fidèles au service divin. Celte permission eût pu détourner les paroissiens d’aller à l’église de Saint-Côme ainsi qu’ils y étoient obligés, et préjudicier aux intérêts du curé, qui se seroit trouvé lésé par la perle d’une partie des offrandes et par la diminution du revenu des droits curiaux. ri

(3) (Recherches, etc., Quartier Saint-André-des- Arcs, p. 5i.)

COUVENT DES CORDELIERS

Jaillot, qui cite les lettres de Guillaume d’Auvergne, ne veut y voir qu’un simulacre de prêt couvrant un acte de munificence royale, et 11 fulloit, dit-il, colorer du titre de prêt une cession véritable : si ce fut une donation réelle, on peut dire que la libéralité de l’abbé et des religieuses de Saint-Germain fut immense; Car, outre les maisons et la vaste étendue de terrain que renferme l’enclos de ce monastère, j’ai lu que le chapitre de Saint-Meri reçut, au mois de mars 1280, de! abbaye de Saint-Germain, k livres pour le rachat de deniers de cens qu’il percevoit sur une partie du terrain enclavé dans celui des Cordeliers. La vérité est que ce fut saint Louis qui acheta de l’abbaye tout ce qu’il parolt quelle prêta à ces religieux W. »

Quoi qu il en soit., voila les Cordeliers Ilotes de l’abbaye, sous le patronage du Roi et de 1 éveque de Paris ; mais la k petite plante» ne pouvait prendre racine dans le terrain nu; il lui fallait un abri; le jeune Roi et sa mère ne tardèrent point à y pourvoir, et Nous trouvons, dit Félibien, après Dubois, l’historien de l’Église de 1 aris, que, en 12,1/1, la communauté de Saint-Germain-des-Prés donna un grand logis, à la recommandation du Roy, qui céda en récompense à l’Abbaye cent sous parisis de rente quelle. faisoit au Roy, depuis un traité passé, en 1209, avec Philippe-Auguste, pour trois jours de pesclie tous les ans, que nos rovs s’estoienl reservez dans 1 estendue de la rivière de Seine, donnée autrefois à l’Abbaye par le roy Childebert I", son fondateur (*).»

Quel était ce cr grand logis» donné aux Cordeliers par les religieux de Saint- Germain, et désigné dans le texte latin sous le nom de » irprisium (pourpris) , cest-à-dire terrain clos et bâti en partie? Sans doute une des maisons dont il est parlé dans l’acte de prêt, et qui servaient à l’exploitation des vastes terrains en culture que possédait l’Abbaye. Séparées des champs et des vignes qui en dépendaient, ces maisons avaient perdu quelque peu de leur valeur, et l’Abbaye avait intérêt à s en défaire, tout en s’exonérant du payement d’une rente. E11 les cédant aux Cordeliers, 1 abbé et les religieux de Saint-Germain renonçaient au prétendu système de prêt consenti par eux quatre ans auparavant, et les frères Mineurs, déjà propriétaires secrets, en dépit de leur réglé, le devenaient ouvertement, malgré leur vœu de pauvreté individuelle et collective.

Six ans plus tard, en 12/10, l’Abbaye abandonne en leur faveur les réserves quelle avait faites primitivement, preuve que ces réserves n’étaient pas sérieuses. "Les abbés et religieux de Saint-Germain, dit Félibien, leur permirent d’avoir une église avec cloches et cimetière, et, dans la suite, les frères Mineurs accrurent considérablement encore le lieu de leur habitation M. »

(l) Du Bbeul (p. 5i5, éd. de 1G12) el Félimeu '*> Reciieiiches, etc., Quartier Saint-André des- ( Preuves , I. , p, 1 15) donnent le texte latin de ces Arcs, p. 5o.

*ettres- (3) Hist. de la ville de Paris, 1 , p. 1 15.

Nous avons rappelé, à l’article de la porte des Cordèles(1), l’incident relatif aux deux pièces de terre, situées en deçà et au delà de l'enceinte, ainsi que la permission de percer le mur, pour aller de l’une à l’autre W. Après avoir fait remarquer que M. A. Bonnardot avait eu tort d’y voir l’origine de la porte Saint-Germain, ou des Cordeliers, nous avons constaté que cette autorisation avait servi de précédent, et que, à l’imitation des frères Mineurs, les Jacobins s’étaient fait octroyer des terrains et même des constructions dans les fossés, au delà des murs de ville.

Les deux pièces de terre dont il s’agit, rrque des particuliers mus de charité, dit Félibien, vouloient acheter pour en faire présent aux religieux *, étaient situées partie dans le domaine, partie dans la censive de l’Abbaye, c’est-à-dire au delà et en deçà des murs. On sait, en effet, que l’accensement de 1179, ordonné par Hugues V, s’était continué et largement développé au moment de la construction de l’enceinte dite de Philippe-Auguste, de manière à diviser le territoire jadis donné à l’Abbaye en deux parties bien distinctes : censive en deçà, domaine au delà delà fortification nouvelle. Le pourpris des Cordeliers, formé d’une portion du domaine et d’une emprise dans la censive, se trouvait donc trà cheval r sur ces deux sortes de propriétés.

Déjà fort étendu, il le devint bien davantage encore, par diverses extensions sur la censive de l’abbaye de Sainte-Geneviève. Sauvai, qui paraît avoir été peu favorable aux Cordeliers, fait, dans les termes suivants, l'histoire de leurs agrandissements successifs :

trLe clos des Cordeliers s’étendait bien avant dans le faubourg Saint-Germain. Les religieux de Sainte-Geneviève amortirent, en 1286, trois pièces de vignes de cinq quartiers, qui en faisaient partie, assises entre Saint-Sulpice et la porte Saint-Michel.

«En 1298, les Cordeliers comptèrent au chambrier de Sainte-Geneviève vingt livres parisis pour l’amortissement d’une autre pièce de vignes qu’ils avoient dans ce clos. Ce clos enfin, avec ses vignes, a tenu à leur couvent jusqu’en 1 356, où il en fut séparé pour faire les fossés de la ville. Les Cordeliers, au reste, n’y sont pas rentrés depuis, comme ont fait les Jacobins dans le leur; et cela, pour en avoir été plus que récompensés par Charles V, qui, outre les jardins agréables qu’il leur donna, fit. faire encore dans leur maison quantité de logements et de grandes écoles, dont il se tinrent si contents, qu’en 1870 ils promirent de dire à perpétuité une messe pour lui, pour la reine et pour leurs enfants: ce qui n’a pas empêché pourtant que depuis ils n’aient fait tout leur possible pour y rentrer, et même encore aujourd’hui plus que jamais, quoique sans raison; et enfin portent

(l) Voir, ci-avant, chapitre des Enceintes. — ;2) Ibid.

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si loin leur prétention que ce ne leur est pas assez de vouloir être seigneurs des maisons bâties sur ce clos, ils veulent aussi en être propriétaires et posséder ceux à qui elles appartiennent^', n

Dans ce réquisitoire contre les Cordeliers, Sauvai oublie de mentionner le don fait en 1298 à ces religieux, par Philippe le Bel, de la ruelle ou allée des murs depuis la porte Gibard jusqu’à celle de Saint-Germain, celui de deux maisons sises rues de la Harpe et Saint-Cùme, à eux fait par Charles V, les travaux de construction payés par ce roi ainsi que par la reine Anne de Bretagne, et beaucoup d’autres libéralités, que nous mentionnerons dans l’ordre chronologique. Qu’il nous suffise de rappeler ici la donation de Philippe le Bel.

> 298. Don par Philippe, roy, de la ruelle des Murs.

sQuamdam ruellam rétro doinum fratrum ipsorum infra muros Paris, exislentem, prout a porta que dicitur porta Inferni usque ad portam sub scolis eorumdem, quequidem niella se in longum et latum extendit, prout per experïam (enquête) de mandato nostro inde factam didicimus, propter raram ipsius (ruellæ) hahitationem et aliis certis causis, posset in pluribus esse dampnosa, eisdem fratribus, in loci sui ampliacionem , dedimus et concessimus, intentu pie— tatis, a fine orti Autissodorensis episcopi (2>, qui ortus mûris civitatis nostre Parisiace concingitur, usque ad portam ipsius ruelle, que est subtus scolas eorum, per ipsos claudendam (3h 11

Mais revenons à l’origine de ces agrandissements et aux constructions qu’ils

(l) Cette autorisation devait nécessairement entraîner des abus et amener des contestations entre les Cordeliers, le Roi et la Ville. Elle fut renouvelée en i54o, et eut de fâcheuses conséquences, ainsi que le témoignent les notes suivantes recueillies dans les papiers de Berty :

Permission accordée aux Cordeliers de percer le mur d’enceinte :

cr i54o. Permettons auxdits religieux et convent de pouvoir percer le mur de ladite ville estant derrière leur convent, pour faire couler Peau qui cliet et respand de leur puys, après ce que les habitants des environs et les religieux d’icelluy en ont tiré, devant les fossez de ladite ville, pour éviter h ce que l’eau dudit puys ne pourrisse plus les fondements de leurs dortouers, à la charge que le trou qui se fera en ladite muraille sera seulement de six poulces de largeur, n

Le susdit trou prit plus tard les dimensions d’une porte et donna lieu à un procès en l’an 1 655 ; Gui Patin en parle dans les termes suivants: Il y a ici une plaisante querelle entre les prévost des marchands et eschevins contre les Cordeliers, pour une porte que ceux-ci ont faite au derrière de leur maison, laquelle répond dans le fossé du faubourg Saint-Germain. Cela fera un procès qui ira en la grand’chambre. «

On peut lire dans les Preuves de Félibien (III. p. i38), un extrait des Registres du Parlement, relatif à tr l’entreprise des Cordeliers sur le ramparl de la villes.

Antiquités de Pans, II, p. 167.

{3) Il s’agit du jardin de l’hôtel des évêques d’Auxerre, qui avait son entrée sur la rue de la Harpe, et aboutissait à l’enceinte de Philippe-Auguste. Voir à l’article de cette rue.

motivèrent. Pourvus d’un grand logis, ou pourpris embrassant un double enclos intra et extra muras , les frères Mineurs n’avaient plus qu’à faire édifier une église, puisqu’il leur était permis désormais d’avoir « cloches, cimetière et autel consacré n, c’est-à-dire, ainsi que l’explique Jaillot, d’appeler les fidèles à leurs ollices; saint Louis les y aida puissamment. Ce fut lui, dit André Du Ghesne, «qui la fit bastir de l’argent qu’il fit payer à Enguerrand de Coucv, IVe du nom, pour avoir fait pendre, sans autre forme de procès, trois jeunes gentilshommes flamands qui estudioient la langue françoise dans l’abbaye de Saint-Nicolas-aux- Bois, et qui, en chassant, avoient poursuivi leur gibier jusques sur les terres de ce seigneur, n

Le grand justicier fit payer cher cette entreprise sur 1 autorité royale. Lamende à laquelle il condamna le sire de Goucy était de dix mille livres; il en employa une grande partie à taire construire 1 église du nouveau couvent, édifice considérable dont les travaux furent « intermis i> ® dit Du Breul, sans doute par défaut d’argent, et dont la dédicace n’eut lieu qu’après le retour de saint Louis. C’était, en effet, avant et pendant sa première croisade qu’on y avait travaillé, et l’on ne voulait pas la consacrer en l’absence du Boi, bienfaiteur du monastère PL

Aucun des anciens historiens de Paris n’a parlé avec quelque détail de l’église des Cordeliers; toutes les descriptions que nous en avons, saut celle de François- Scipion de Gonzague, sont postérieures à l’incendie de î &8o. Cependant nous en connaissons les dimensions, puisqu’il paraît constant que la nouvelle basilique a été reconstruite sur les fondations de l’ancienne, et qu’on a conservé les gros murs partout où le feu ne les avait point attaqués.

Corrozet, qui la visita avant l’incendie, donne la liste des tombeaux et épitaphes qu elle renfermait, et son continuateur Bonfons, qui écrivait en 1 5 8 6 , six ans après le sinistre, dit, en reproduisant le texte primitif : «La plus grande partie de tous ces sépultures, tôbeaux et effigies, escrites cy dessus ont esté brisez et rôpus par le désastre et violence du feu qui advint le dixneufiesme jour de novembre i58o. . . ; mais pour ce que le premier autheur de ce livre (Corrozet) les avoit longtemps auparavant recueillis et nus en lumière, je n ay voulu les oster : aussi que j’espère qu'ils seront restablis avec le temps®. *

(1) et ia 86. La construction de l’église des Cordeliers a esté longuement intermise , et n’a esté parfaite, sinon après le retour de la Terre Sainte du roy saint Louis, novembre ia6a, et en la mesme année (1369), le sixiesme jour de juin, elle fust consacrée et dédiée en l’honneur de sainte Marie- Magdeleine. n

(i) Il convient de mentionner ici le double don que saint Louis fit encore aux Cordeliers : par son testament, il leur légua sa rr librairie» et quatre cents livres d’argent, « somme considérable pour le temps», ajoutent les vieux historiens de Paris.

(3) Antiquités, croniques et singularités, etc. , éd. de 1 586 , fol. 86 v°.

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Les ce princes, princesses et autres qui s’ensuivent », dont les corps reposaient ce sous sepulclires de marbre noir et effigies de blanc marbre et albastre», étaient:

« Madame Marie, royne de France, femme du rov Philippes, fils de S. Loys, fille du duc de Rraban ;

cr Madame Jeanne, royne de France et de Navarre, comtesse de Brie et Champaigne, dame l'onderesse du college de Navarre, femme du roy Philippes le Bel R);

« Madame Jeanne , royne de France et de Navarre, contesse de Bourgongne et d'Artois;

«Le cœur du roy Philippes Je Long, son espoux, roy de France et de Navarre, fils du roy Philippes le Bel;

«Le cœur de madame la royne Ieanne, royne de France et de Navarre, et espouse du roy Charles, roy desdils royaumes, fils du roy Philippes le Bel;

«Le cœur de madame Blanche de France, fille du roy Philippes, la longue veslue, religieuse à Lonchamp ;

«Madame Mahaut, fille du comte de S. Paul, femme de monsieur Charles, fils du roy de France, comte de Valois, d’Alençon, de Chartres et d’Anjou RI;

« Ainzné, fille du roy de Castille RI;

«Madame Blanche, fille de monseigneur saint Loys, roy de France, femme jadis de monseigneur. . . R);

«Loys de Vallois, fils de nohle Prince mosieur Charles, fils de France, comte d'Alâçon, de Chartres et d’Anjou (®î ;

«Messire Loys Ainsnez, fils de Robert, comte de Flandres, quens de Relhesc. . .

«Monsieur Pierre de Bretaigne, fils de Ican, duc de Bretaigne, et de madame Blache, fille de Thebaut, roy de Navarre;

«Monseigneur Charles, comte d’Eslampes, frere de madame Ieanne, royne de France et de Navarre » (®).

A la suitn de ces épitaphes royales et prineières, Corrozet mentionne celles de quelques personnages d’un ordre inférieur :

«Au derrière du grand autel, dit-il, joignant la ceinture du cœur est eslevé «Reverend pere en Dieu, messire Pierre Filhol de Gannat en Bourhonnois, archevesque d’Aix en Provence, lieutenant general pour le roy François Ier au gouvernement de Paris et Isle de France;

«Du comte de Carpes dont l’effigie est eslevée en cuivre RL» Suit une épitaphe en latin.

(1) «Celte-cy est seule, ajoute Corrozet, et son épitaphe est rompu; il n’y a pas long temps qu’on le voyoit en un tableau escrit à la main , lequel on ne voit plus.

«Au-dessous est le monumëtd’un prince et d’une princesse, chacun tenant un cœur entre les mains : le prince porte en ses armoiries , semées de fleurs de lys, à une bande, et n’y a aucune épita. * [Anliquilez, croniques, etc., fol. 83 v°.)

(2) «Près de Mahaut, ajoute Corrozet, est une autre princesse en habit de nonnain , sans épitaphe, * (. Id fol. 84.)

(3) «Le reste est rompu*, ajoute Corrozet.

(1) «Le reste est rompu*, dit encore Corrozet.

(r,) «Du costé de midy, ajoute le même historien, est le tombeau d’un prince armé, sonescu semé de fleurs de lys, h quatre lambeaux.

«Derrière le cœur un chevalier armé et une dame eslevez en pierre sans escriture.

«Du costé de septentrion sont les effigies d’un comte et d’une côtesse, en albaslre et sans escrilure. *

(C) Ibid. , fol. 84 et 85.

(7) Il s'agit de la statue en bronze d’Alberto Pio,

II. Cocheris, dans ses notes et additions au texte de Le Beuf, ajoute à la liste de Corrozet les deux mentions suivantes :

Pierre de Bourbon, qui légua, le 37 janvier i3i2, 5oo florins de Florence «pour la tombe de son cuer en l’église des freres Meneurs de Paris, au plus près que l’en pourra bonnement de la tombe de madame Marguerite de Clermont, comtesse de Namur, jadis suer d’iceluyu.

Isabeau de Valois, duchesse de Bourbon, qui dans son testament du 25 janvier i38o, écrivait: «Nous eslisons la sépulture d'iceluy noslre corps en l’esglise des freres Meneurs de Paris, en la fosse et soubz la tumbe ou sépulture de marbre où le corps de noslre chière dame et mere, que Diex absoille, gist; sus laquelle tumbe nous voulons et ordenons une ymage d’alabastre fait a nostre semblance estre mis et achepté de nos propres biens, d (Arcli. nat., P 1871.)

L’omission de ces deux noms et d’autres encore prouve que Corrozet n’avait pas relevé toutes les inscriptions funéraires, en l’église des Cordeliers, avant l’incendie de i58o. Depuis, il en a été placé plusieurs autres, queles historiens de Paris ont relevées W.

Bonfons mentionne encore, d’après Corrozet, trois épitaphes antérieures à l’incendie de 1 58o ; il place les deux premières « du costé de septentrion n et la troisième ce au cœur d’icelle église des Cordeliers v. Elles étaient consacrées à la mémoire de Nicolas, fils de Jean de Saint-Quiric, de l’Italien François Medulla et de l’Allemand Guillaume Frolich, personnages qui avaient rendu des services tant aux Cordeliers qu’aux rois de France.

Les autres monuments funéraires étaient postérieurs à l’incendie W, et nous n’avons mentionné les premiers que pour donner une idée de l’importance de l’édifice, ainsi que pour confirmer la remarque de deux descripteurs modernes du couvent : «Comme les Jacobins et les Cordeliers, disent les auteurs du Dictionnaire historique de ta ville de Paris, avoient partagé l’affection et les bienfaits de S. Louis, ils partagèrent aussi l’honnéur d’inhumer dans leurs églises plusieurs princes et princesses issus de ce roi (3>. i>

La basilique, construite par les libéralités de saint Louis, dédiée en 1262, sous le titre de Sainte-Madeleine, et rebâtie de 1282 à 1606 sur ses anciennes fondations, avait environ cent soixante toises de longueur sur quarante-cinq de

prince de Carpi , en Italie , antagoniste d’Erasme , mort à Paris, en i53o, revêtu d’un habit de cordelier, dans lequel , dit Piganiol , il voulut être enterré. Erasme, qui voulait tirer vengeance de son contradicteur, composa , à cette occasion , l’ouvrage intitulé Exequiœ seraphicœ, et Marot fit allusion h ces obsèques séraphiques dans sa seconde lettre du Coq-à-l’âne :

Témoin le comte de Carpi,

Qui se Gt moine après sa mort.

Le célèbre Paul Ponce (Paolo Ponzio) avait représenté le prince de Carpi au milieu de ses livres et en habit de guerre.

t1) Piganiol ( Descript . hist. de la ville de Pans, VII, p. 21 et suiv.) en donne une longue liste.

Nous renvoyons le lecteur h la liste qu’en ont donnée les historiens de Paris , à la Description des monuments français , par Alexandre Lenoir, et aux catalogues du Musée de sculpture (Renaissance et temps modernes).

(3) Bürtaot et Magny, II, p. 572.

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