‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 104 sur 206 · D'APRÈS RENE ROCHERAN CORDELIER · texte numérisé non relu

D'APRÈS RENE ROCHERAN CORDELIER

COUVENT DES CORDELIERS, par cinq arcades gothiques non fermées. Eile est ornée d’un côté par la peinture d’une église, du même goût que celle de ce couvent, dont les bas côtés sont représentés en perspective. Dans une très petite frise qui règne tout autour, dans le haut de la menuiserie et directement sous les solives, sont peintes, dans de petits quarrés, les têtes des cardinaux, patriarches, généraux d’ordre, saints et saintes de l’ordre de S. François W.,,

Dans le voisinage immédiat du chapitre et du cloître, par conséquent en dehors de l’église, avait été bâtie, dans les premières années du xvne siècle, la chapelle de Bullion, dont nous avons déjà parlé, et qui doit sa célébrité à une anecdote <2h cil y a, dit Malingre, contemporain de Bullion, en une allée, du côté du cloître, une chapelle fort belle, où sont inhumés plusieurs de la maison dudit sieur de Bullion, et entres autres le sieur Lamoignon, Président à mortier du Parlement de Paris, son oncle, qui mourut au commencement de l’an mil six cent trente cinq, et lui a succédé en son office, Monsieur de Nesmon, son gendre, v

La vie intérieure du couvent des Cordeliers n’est pas de notre domaine; cependant il faut mentionner sommairement certains incidents longuement racontés par Fehbien et se rattachant, par quelque côté, à l’histoire topographique de leur monastère.

Les fameuses brèches qu’on leur. avait permis d’ouvrir dans la muraille d’enceinte, et l’autorisation à eux accordée d’y adosser leur constructions, puisque i allée des murs leur avait été donnée par Philippe le Bel , favorisèrent l’évasion d’un certain nombre d’entre eux à la suite d’une singulière rixe. Cette rixe, que Félibien qualifie de tt sédition n , était survenue, ainsi qu’il est dit dans l’arrêt du Parlement,

Ct a cause d’une desmolition d’aucunes estables qu’avoit faict faire le provincial de France intra septa conventus, qui estoit contre les ordonnances de leur ordre, comme disoient cels d’estrange langue d’iceluy couvent..., lesquels crièrent: Moriantur omnes gallicH^n Les écuries ayant été démolies nuitamment parles Cordeliers étrangers, une véritable bataille s’engagea le lendemain entre ceux-ci et les Cordeliers français. Le sang coula; les officiers du Boi intervinrent, après avoir

(l) Descript. historique de la ville de Paris, t. VII,

w Le P. Bouliours, dans ses Remarques sur la langue française (t. I, p. 21), cite une anecdote plaisante, qui a son côté topographique, et qui a été fort répétée depuis : «-Je ne sais, dit-il , si le surintendant Bullion parla fort juste, quand, ayant fait bâtir une chapelle aux Cordeliers, il répondit aux Pères qui vinrent lui demander à quel saint il voulait qu’elle fût dédiée : «Hélas! mes Pères , ils me

sont tous indifférents; je n’en affectionne aucun en particulier. » Bullion voulait tout simplement dire qu’il n’avait pas une préférence marquée pour tel ou tel saint.

Ménage, dans ses Observations ( t. II, p. 212), rapporte également le mot de Bullion. Un étymologiste a prétendu que les Anglais avaient pris à ce bienfaiteur des Cordeliers son nom , pour désigner l'or et l’argent en barre.

(3) Malingre, p. 2 53.

enfoncé les portes du couvent, et s’emparèrent des mutins, « qui s’estoient coulez

dans les fossez de la ville » , et les renvoyèrent par-devant les juges au criminel (1).

Une autre «sédition», plus plaisante que tragique, se produisit, en i5o2, à l’occasion de la réforme introduite dans le monastère par le cardinal d’Amboise : nous ne la rappelons que pour justifier le nom donné à la petite rue sur laquelle s’ouvraient l’église et le couvent12!. Les évêques d Autun et de Castellamaro, envoyés par le cardinal pour notifier l’ordonnance de réforme, trouvèrent les Cordeliers au chœur, chantant et psalmodiant à outrance; Us attendirent pendant plusieurs heures; mais les religieux, qui avaient été prévenus de leur arrivée, prolongèrent indéfiniment leur olfice et renouvelèrent la meme scène le lendemain, afin de ne pas laisser aux deux évêques la possibilité de prendre la paiole. Le Prévôt et le Gouverneur de Paris, le Procureur général du Roi au Grand Conseil durent intervenir, assistés d'archers et de sergents.

Un an avant l’incendie de leur église, les Cordeliers de Paris tinrent un chapitre général de l’ordre, auquel prirent part plus de douze cents religieux. Le général qui fut élu, François-Scipion de Gonzague, auteur du livre descriptif que nous avons cité, appartenait à la famille princière des Clèves-Gonzague-Nevers; « c’étoit, dit Félibien, un homme de naissance et de grand crédit», qui mena rudement les Cordeliers récalcitrants, et «en fit discipliner quelques-uns par le nonce du Pape » W.

Enfin' les frères Mineurs, divisés en Ohservantins et non Observantins 11 , en religieux italiens et religieux français, se disputèrent sur les ruines encore fumantes de leur église. En 1 58a , le Parlement et les officiers du Roi durent encore intervenir et une procédure fut commencée, Félibien en a imprimé huit pièces dans ses Preuves <5'.

S'il faut en croire l’Estoille, qui n’aimait pas les Cordeliers, et qui rapporte lans son Journal plusieurs anecdotes fort injurieuses pour eux(0), ces religieux

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auraient eux-mêmes mutilé, à 1 époque bienfaiteur, qui décorait le maître autel

i1) Félibien, Preuves, t. lit, p. 5fr6.

0) Ibid.

(3) Il ist. de la ville de Paris, 1. Il , p. 1 161.

0> On sait que le nom de rue de l’Obsenjance, ou étroite Observance de Saint-François, n’a été rempli cé qu’en i85i par celui du chirurgien Antoine Dubois.

(O Preuves, l. III, p. 1 3 , 1 b , 1 5 et 1 6.

(6) Il s’agit de certains miracles et de certaine

de leur église ^ . G est peut-etre cette muti

paternité, qu’on leur imputait. ( Journal , t. IX . juin 1 6o8.)

(7) A la date du 5 juillet i58q, le Journal de l’Estoille (t. III, p. 278) porte :

r Passe-temps de moines. — Ce jour, les Cordeliers ostèrent la testé à la représentation de la figure du lioy, qui estoil paint à genoux, priant Dieu auprès delà Iloine sa femme, au-dessus du maistre autel de leur église. Et aux Jacobins, estant peint de

COUVENT DES CORDELIERS, lation qui moliva plus tard l’érection du nouvel autel, dont nous avons parlé précédemment. Quoi qu il en soit, le successeur de Henri III ne leur tint pas rigueur : la reconstruction de l’église était à peine terminée , qu’il y faisait rendre le pain bénit , et Mai 1e de Medicis 1 ollrit a son tour, en avril 1610, quelques jours avant l’assassinat du Roi.

11 11c nous reste plus, avant de mentionner les diverses utilisations du couvent des Cordeliers dans les temps modernes, qu’à rappeler le rôle qu’il joua dans la restauration des lettres grecques. Sauvai et Félibien racontent qu’on y célébrait tous les ans l'office divin en grec, et que le sermon était prononcé en cette langue (’>.

Construits pour un grand nombre de religieux, les bâtiments des Cordeliers lurent en grande partie inoccupés, lorsque les vocations se raréfièrent, par suite de la réduction a la portion congrue et de 1 attribution de la plus grosse part des revenus à un bénéficiaire. Aussi, dès la fin du xvnc siècle, était-il question de tiansférer les breres Mineurs aux Celestms et de tirer parti du terrain, ainsi que des bâtiments formant le pourpris du monastère. Il existe, aux Archives nationales, un document original fort intéressant à consulter; c’est une pièce intitulée : a État et observations sur les terrains et bâtiments des Cordeliers, estimés par l’architecte du Roi, le résultat de l’examen qui a été fait, par ordre du directeur général des finances, de la proposition de faire acquérir par le Roi la propriété des Cordeliers, à l’effet de s’assurersi cette opération pouvait être avantageuse au Roi. v

Le projet n’eut pas de suite; mais les vastes locaux du couvent furent l’objet de diverses utilisations. En vertu d’un règlement royal, en date du a5 avril 1728, les chapitres ou assemblées générales de l’ordre de Saint-Michel se tinrent chaque année dans l’une des salles du monastère, le 8 mai, fête de l’apparition de l'archange, et le premier lundi de i’Avent. On sait, d’autre part, que l’ordre du Saint- Esprit, créé par Henri III , a toujours siégé aux Augustins. Les deux couvents fondés par saint Louis ont donc été, en quelque sorte, le chef-lieu des deux ordres royaux.

Une société laïque, qui put donner jilus tard 1 idée de la création de 1 Institut, se îeumssait également chaque semaine aux Cordeliers a dont les salles vastes et tranquilles, dit Thiéry, descripteur contemporain, convenoient mieux aux assem¬

blées du Musée. -o C’était, en cfi’et, le titn

ceste façon en leurs cloistres, ils barbouillèrent et lui chafourrèrent tout le visage. Belle occupation et amusement de gens qui n’ont que faire, et ouvrage, disoit-on, digne de moines!’?

(1) crEn l’année 1620, le jour de Quasimodo, François deHarlav, docteur de Sorbonne, ci-devant archevêque d’Adrianopolis , près Constantinople, et depuis archevêque de Rouen et abbé de Saint-Victor, oflicia en la messe qui se dit tous les ans en grec

quelle avait adopté (Musée de Paris);

en l’église des Cordeliers, et après l’évangile fit une prédication en langue grecque , revêtu de ses habits pontificaux, où assistèrent plusieurs doctes personnages; ce qu’on estime jamais n’avoir encore été fait auparavant depuis la fondation de Y Université de Paris, s’étant la plupart des maîtres de ladite Université contentés d’un commun dire, qu’il suflîsoit de parler latin, entendre le grec et lire l’hébreu.” (Sàuval, Antiquités de Paris , t. III, p. 226.)

formée en 1780, elle se composait de quatre classes comprenant des hommes de lettres, des savants et des artistes. Elle eut pour président Moreau de Saint-Méry, qui joua un certain rôle au début de la Révolution.

Mais la plus importante utilisation qui ait été faite, avant cette époque, des locaux du couvent, c’est l’installation des services de triangulation de Verniquet, chargé par une déclaration du Roi, du 10 avril 1783, de lever un nouveau plan de Paris, et C’est, dit encore Thiéry, dans une immense galerie du couvent des Cordeliers, formant le dessus du cloître, du côté de l’église, que s’exécute cet ouvrage important auquel travadloient, depuis deux ans, cinquante à soixante ingénieurs et dessinateurs, sous les ordres deM. Verniquet, architecte. . . Cestlaque se mettent au net toutes les opérations faites dans chaque rue, calculées trigonométriquement avec l’exactitude la plus scrupuleuse. Les princes du sang, les princes étrangers, les ministres, les grands de tous les ordres de 1 Etat, les artistes et tous les savants ont été et vont journellement voir ces travaux i'h *

Les locaux occupés par la bibliothèque ne paraissent pas avoir été détournés de leur destination; ils se composaient, dit M. Alfred Franklin, de deux grandes salles et de deux cabinets contenant vingt et une armoires à portes grillées, vingt et une divisions en planches et rayons; vingt-cinq nulle volumes environ, les archives du monastère et les portraits des hommes illustres de l’ordre remplissaient ces locaux, qui servirent pendant quelque temps de «dépôt littéraire*.

Devenu propriété nationale, le couvent des Cordeliers continua àloger les géomètres de Verniquet, mais il abrita également le fameux club qui en prit le nom et qui occupa la salle de théologie, dont nous avons raconté l’origine. H y eut, on le pense bien, quelque changement dans les matières qui s y traitaient. On sait que Camille Desmoulins, Danton et Marat furent les orateurs préférés de cette réunion politique; le premier emprunta au nom du monastère le titre de sa feuille populaire; le dernier, assassiné le 1 3 juillet 1793, y fut enterré le îG en un coin du jardin , après une «pompe funèbre* qui eut lieu dans 1 église du couvent R).

Le voisinage de l’École de médecine a été fatal au couvent des Cordeliers qui étaient pourtant les protecteurs du collège de Bourgogne; pour donner de la perspective à la colonnade de Gondoum, tout en conservant le réfectoire et une partie des jardins pour les pavillons de dissection, on a démoli 1 église, etl on a créé sur son emplacement une petite place, à 1 extrémité occidentale de laquelle sou-

' Guide des étrangers voyageurs à Paris, t. II, p. 37o et suiv. — (5> Le Musée historique delà ville de Paris possède une esquisse originale représentant cette cérémonie.

COUVENT DES CORDELIERS

vraienl, il y a peu d’années, les cliniques de la faculté. L’insuffisance de leur installation a déterminé la construction d’une nouvelle école pratique, pour les besoins

COUR DE LA MAISON HABITEE PAR MaRAT.

A , fenêtre du cabinet de bain où l’assassinat eut lieu.

de laquelle on a dé refaire en grande partie l’ancien pourpris des Cordeliers, en jetant bas les maisons modernes élevées tant sur l’emplacement de la muraille de Philippe-Auguste et des fossés, que sur le côté septentrional de la rue Racine,

Abords de la maison de Marat.

BAC, limites des nouveaux bâtiments de l’Ecole de médecine. N° 20, maison habitée par Marat.

D , emplacement du cabinet de bain.

(1), rue absorbée par le boulevard Saint-Germain.

(a), actuellement rue de l’École de médecine.

(3), actuellement rue Dupuylren.

ouverte en 1 8 3 6 à travers l’enclos du monastère. Cet enclos est donc aujourd’hui à peu près reconstitué, sauf la partie méridionale que lui a enlevée la rue Racine.

Nous le reproduisons d’après le plan de Verniquet, tel qu’il était avant le percement de cette voie, avec les divers établissements dont il était entouré. Le lecteur pourra ainsi comparer l’ancien pourpris avec l’enclos moderne.

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À o io

Le groupe des Cordeliers, de Saint-Côme (paroisse et écoles), des anciens collèges de Bourgogne et des Prémonlrés,

d’après le plan de Verniquet.

ÉGLISE DES SAINTS CÔME ET DAMIEN

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