‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 111 sur 206 · CENSIVE DU ROI · texte numérisé non relu

CENSIVE DU ROI

Maison de l’Ymaige saint Martin ( i 3 6 5) , puis du Petit Mouton (i3gi), du Mouton (îôog), du Mouton Blanc (1577), faisant le coin septentrional de la rue Poupée, sur laquelle elle avait une façade latérale assez étendue.

Des notes extraites de censiers dépouillés par Berty donnent, sur cet immeuble, les renseignements suivants, aux dates de i3gi, i/iog et 1578 :

"Le Petit Mouton, tenant à la rue Poupée. . . Maison du Mouton faisant le coin de la rue Poupée. . . Le Mouton tenant de toutes parts à l’abbé de Cernay W.u Ce personnage possédait, en 1678, la maison de la rue Poupée, qui appartenait antérieurement au prieur de Longjumeau, sous le nom duquel elle figure dans le plan restitué par Berty.

Maison sans désignation, marquée d’un astérique sur le plan de Berty, et mentionnée dans les censiers de 1/181, 1 ky-j et 1 5 g 5 , comme tr faisant le coing de la rue Poupée, tenant d’une part et aboutissant au Cheval Blanc, d’autre part à ladite rue Poupée. Elle paraît avoir appartenu au collège de Tours, et tout porte à croire quelle était un démembrement de la vaste hôtellerie du Cheval Blanc, laquelle s’étendait en retour jusqu’à la rue Percée, sur laquelle le collège avait un cr huis de derrière *.

Hostellerie du Cheval Blanc (1373), n’ayant qu’une étroite façade sur la rue de la Harpe, mais se développant en profondeur jusqu’à l’hôtel de Cramaull, lequel avait son entrée sur la rue Hautefeuille. C’est à raison de cette profondeur que 1 hôtellerie était dite te en censive de Saint-Germain-des-Présu.

Maison de la Levrière, ahas Levrette ( 1 3 5 3 ) , qualifiée hôtellerie au xvic siècle, probablement parce qu’elle était une enclave dans le pourpris du Cheval Blanc. Elle figure sur le plan restitué de Berty, avec deux autres enseignes qu’elle a portées successivement : L’Ymaige saint Nicolas et le Singe; mais une ligne ponctuée indique qu’elle a dû être divisée en deux portions, malgré son peu de largeur; ce qui explique ces deux dernières dénominations. Berty, d’ailleurs, les énumère séparément dans ses notes. Nous avons déjà fait remarquer plusieurs fois que les

(,) v°ir, à i'arlicle de la rue des Cordeliers, nu de l’École-de-Médecine, la demeure des abbés de Cernav, sise en cette rue.

ioo TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS,

disjonctions et les réunions de propriétés bâties jettent beaucoup de confusion dans l’ancienne topographie parisienne.

Les Suppléments de Berty contiennent diverses notes relatives à la Levrière; il est dit, en 1 3 5 3 , quelle a tt issue sur la rue Percée d; en lin, qu’elle est et de la censive du roi v ; en 1/126, quelle a ttung pignon sur la rue de la Harpe, et deux sur la rue Percée n; en 1629, qu’elle est tr entre le Cheval Blanc et le Cinge v (sic); ce qui confirme la division de l’immeuble h*.

Maison de la Lanterne, de la Pennevayre et du Barillet. Encore un démembrement de l’immeuble primitif, qui paraît avoir eu la première de ces enseignes : une ligne ponctuée sur le plan de restitution et deux articles distincts dans les notes de Berty nous autorisent à l’affirmer.

11 est fait mention de la Lanterne dans un document de 1290 : ttdomus dicta de Lanterna, in vico Cithare v. Elle appartenait alors à la Sainte-Chapelle, après avoir appartenu à Saint-Séverin, est-il dit dans les notes de Berty. En i5à3, elle est signalée comme étant et à l’opposite de l’Image Notre-Dame, et aboutissant à Goupil D. En 1/139 et elle est dite et aboutir et tenir à la Pennevaïre, et,

d’autre part, îi l’Ymaige saint Nicolas h.

La Pennevaïre est mentionnée dans un document de 1292, et l’enseigne du Barillet, qui lui succéda, apparaît dans un acte de 1 438 , où il est énoncé que tt la maison tient, dans la rue de la Harpe, à I’Ostel de l’Angle ou de l’Ange, ouquel aboutit la maison du Baptouern (2>. En 1 660, le Barillet est dit aboutir à l’Ymaige saint Père, qui lui faisait face de l’autre côté de la rue Percée; aboutir est donc un mot impropre. L’immeuble conserva l’enseigne du Barillet; il la portait encore en 1660, ainsi qu’il résulte d’un document de cette année, où il est énoncé „ Maison du Barillet, au coin de la rue Percée u. Nous avons dit, à l’article de cette dernière voie que le jeu de paume de Miles Jolain était installé dans la Maison du Barillet.

Maison de l’Ymaige saint Pierre (1/106) tt faisant le coin de la rue Percéen, dit un document de 1/106, et tt aboutissant à La Levrière n, est-il dit dans une autre pièce de 1/19/1. C’est à cette maison qu’était suspendue, en 1/189, "la l)ol'%e de la chesue de ladicte rue n. Il s’agit sans doute de la rue Percée, dite aussi des Deux-

aï Les notes de Berty portent «rue Serpente»; mais c’est une évidente erreur de copie : la Levrièbe, comprise entre les rues Poupée el Percée, ne pouvait avoir d’issue que sur cette dernière voie.

CI Cet Hôtel de l’Angle ou de l’Ange est figuré sur le plan de Berty, mais un peu plus haut. L’indication est donc, sinon erronée , du moins approximative.

RUE DE LA HARPE. 401

Poitcs, parce qu elle était fermée à ses deux extrémités. La chaîne dont il est fait mention contribuait à la clore du côté de la rue de la Harpe.

La maison de l Y mage saint Pierre appartenait aux Chartreux.

Maison de la Grant Herfe (1827), puis de l’Angle ou Ange (i /io/i).Elle a porté aussi, en i/i55, l’enseigne de Saint Michel. U11 titre de i/igo, qui parait s'appliquer à cet immeuble, contient le détail suivant : cr et y a oudict ostel, ou front de devant, carneaulx». C’était donc l’une des nombreuses maisons de Paris, pourvue de créneaux, comme 011 en voit encore à l’Hôtel de Cluny. Adolphe Berty l’identifie avec celle qui est appelée ad Cytharam dans un titre de 1260, et ttde laquelle les boursiers, — probablement ceux du collège de Tours qui était contigu — prirent possession, en 127g, ainsi que d’une autre, rue Saint-Cosme W». D autre part, il applique les mêmes indications à la Petite Harpe, dont nous avons parlé plus haut. Les documents où il est fait usage du nom de Harpe, ou Harpe, sans détermination de la grande ou des deux petites, jettent beaucoup de confusion sur ce sujet; les aboutissants seuls permettent de s’y reconnaître.

Maison de la Petite Herfe (1827), puis du lioi David (1/126). A la première de ces dates, elle est dite te en censive du Roy, tenant à la Grande Herfe, d’autre part à Samson Fortin»; à la seconde, c’était «le Roi David, tenant à Samson Fortin, d’autre part à l’Ange».

Maison de Samson Fortin (1827) et nu Barillet d’Argent (i52o), touchant par le fond au collège de Tours. En 1Ô/18, selon une note de Berty, c’était ttune maison à l’enseigne do Samson Fortin, taillée en pierres, tenant, d’une part, à 1 liostel du Boy David; d autre part, a une maison du collège de Tours, par derlière audict collège r. En 1/170, d après une autre note, ce n’était plus que ttune masure ».

Lorsque le fondateur du collège de Tours acquit les terrains et maisons nécessaires à cet établissement, lune des deux constructions existantes s’appelait la Maison aux Deux Testes Lapostoille; I autre avait pour enseigne le Giieval Rouge. Le fait résulte de la note suivante extraite des suppléments de Berty :

"Le 28 novembre 1 3 3 1 , messire Étienne de Bourgueil, fondateur, acquit de Simon Lapostoille, orfèvre et changeur, deux maisons entretenantes, en la rue de la Harpe, lune appelée la Maison aux Deux Testes Lapostoille, et l’autre le

,1> Voir ce que nous disons ci-avant des écoliers externes ( martinets et galoches) qui se logeaient au dehors, tandis que les boursiers étaient internes, partout où les locaux des collèges permettaient de les loger.

Cheval Rouge, aboutissant toutes deux en la rue Serpente W, à la maison que iedit Ëourgueil avait acquise pour fonder le collège. Sur cet emplacement, le collège fit bôtir trois maisons, deux en la rue de la Harpe, et la troisième au derrière de ces deux maisons, ayant sou entrée sur la même rue par une allée commune, n C est une des rares maisons de Paris ayant porté le nom des deux bourgeois qui 1 ont possédée : les hôtels seuls étaient désignés par celui de leurs propriétaires; quant aux habitations de bourgeois et d’artisans, elles étaient suffisamment indiquées par leurs enseignes.

Maison de l’Ymaige sainte Barbe, touchant par le fond, comme la précédente, au collège de Tours, et séparée de la rue Serpente par la Maison de l’Ymaige saint Yves. 11 en est question en î ûg 5 , dans un document où elle est dite tenir à ce dernier immeuble; Berty lui donne seulement la date de i5ao.

Maison de l’Ymaige saint Yves (i 4i i), ayant deux corps d’hôtel sur la rue Serpente, et un seul sur la rue de la Harpe. Elle est mentionnée, dès 1 3 5 3 , comme ayant issue sur la rue Serpente. En î&i i, elle est dite tien censive du Royn. En 1 4a 6, on la désigne ainsi : « un pignon sur la rue de la Harpe, et deux sur la rue de la Serpentu. En i ig 5 , mention ainsi conçue : « L’Ymaige saint Yves tenant, d'une part, à l’Ymaige sainte Barbe ou au collège de Tours, et, dautre part, faisant le coin de la rue Serpenter, à laquelle elle aboutissait et par la cuisiner. Elle n’occupait cependant pas l’angle septentrional de cette voie, puisque Berty a lait figurer sur son plan et cite dans son texte une Maison sans désignation, faisant le coin nord de la rue Serpente. Cet immeuble, de peu d importance , formait enclave dans la Maison de l’Ymaige saint Yves. Berty ne lui assigne aucune date précise.

Maison du Saint-Esprit, faisant le coin méridional de la rue Serpente et occupant une place analogue à celle de la maison précédente, puisquelle était enclavée dans le pourpris de la Maison de l’Erbaleste. C’était un immeuble peu étendu et d’une médiocre importance.

Maison de l’Erbaleste, ou de l’Arbaleste (1827) «tenant, d’une part, à Michel l’épicier, d’autre part, à Jacques de Haynault, aboutissant à la maison de l’évêque de Saint-Brieucr. Telles sont les seules indications que renferment les notes de Berty. L’Arbaleste y est mentionnée plusieurs fois, mais comme contiguë aux maisons voisines et sans autres renseignements. Et cependant elle avait son importance comme étendue : elle enclavait la petite Maison du Saint-Esprit qui était sans

G) Nous devons faire remarquer que la rue Per- voies de celte région, et n ayant été exclusivement cée a reçu quelquefois le nom de Serpente , ou la appliquée que plus tard a la rue qui 1 a conservée Serpente , dénomination jadis commune à plusieurs jusqu'à nos jours.

RUE DE LA HARPE

doute celle de Michel l’épicier, et prolongeait sa façade latérale sur la rue Serpente. C’est par là qu’elle touchait à la maison de l’évoque de Saint-Brieuc, laquelle occupait, selon toute apparence, le vaste rectangle que Berty a figuré sur son plan, entre les rues Serpente et des Deux-Portes.

Maison du Sauvage (1628), ayant une façade fort étroite sur la rue de la Harpe et très peu de profondeur sur l’Hôtel de Haynault, dont elle était sans doute un démembrement. Les propriétaires d’un immeuble étendu en détachaient volontiers, afin d’en tirer revenu, la partie qui donnait sur une grande voie. Nous avons constaté, le long de la rue de la Harpe, plusieurs dispositions de ce genre.

Maison de l’Escu de Haynault (1827), de la Clef (1871), puis des Thois Coubonnes (1 525). Elle appartenait, en 1827, à Jacques de Hainaut, ainsi qu’il appert de la mention relative à la Maison de l’Abbaleste, qui est dite, en 1827, tenir, d’une part, à Simon Faure et Jagnear de Stenant, d’autre part, à Simon Balon, et aboutir à trl’evesque de Sainct-Briot ». Au dos de l’acte où se trouvent ces indications, 011 lit, dit Adolphe Berty, l’intitulé suivant: tt Maison du Sauvage et des Tbois Coubonnes, anciennement la Clef (1871) ou l’Escu de Haynault, proche l’Abbaleste, présentement à l’Hostel-Dieu, 1666.11

Ici encore, il y eut vente de diverses portions du pourpris primitif, et désignation par des enseignes nouvelles des maisons construites sur les parties vendues.

La Maison de l’Abbaleste est dite, en 171 h, tenir à la fabrique de Saint-Côme. C’est à cette église, en effet, qu’appartenait la Maison de la Gybeciebe (1/170), dont il est fréquemment question dans les comptes des marguilliers. Elle avait dû faire originairement partie du pourpris de la Maison de l’Abbaleste ; par derrière, en effet, elle touchait aux Tbois Coubonnes, qui en étaient un démembrement.

Maison des Trois Escriptoires (1/192), du Sabot (1/170) et du Grand Dauphin (1 628).

Nous nous trouvons ici encore en présence d’un morcellement de terrain , opération qui se faisait assez fréquemment dans les propriétés situées à l’angle de deux rues et, par cela même, avantageuses pour l’exercice d’une profession commerciale. C’est ce qui a donné naissance au vieux jeu de mots parisien et le bon coing s.

Le pourpris primitif s’étendait, comme celui de l’Escu de Haynault, jusqu’à l’hôtel de l’évêque de Saint-Brieuc; du Sabot (1/170) 011 détacha les Trois Escriptoires (1/192), qui prirent, en 1 628, l’enseigne du Grand Dauphin.

Maison de la Nef d’Argent, faisant le coin méridional de la rue des Deux-Portes et n’ayant qu’une étroite façade sur celle de la Harpe. Le plan de Berty la montre continuée en profondeur par un jardin ayant fait originairement partie du pourpris de 1 Hôtel de Forez et de Bretaigne, dont il sera parlé plus loin. La Nef d’Argent, dit Berty, n’avait, en 1 5 8 5 , et d’antre enseigne que des Bassinsv.

Un document de iô8o localise exactement la maison et le jardin, et lequel lenoit en la ruelle des Deux-Portes jusqu’à l’aboutissant de la Nef d’Argent, séant en la rue de la Harpe , et tout au long audict liostel de la Nef d’Argent, jusques en icelle ruen.

Maison du Pilier Verd, ayant dû, selon toute apparence, faire aussi partie du pourpris de l’Hôtel de Forez; elle avait à peu près autant de profondeur que la Nef d’Argent et le jardin qui la continuait, ce qui explique le prix élevé auquel elle fut vendue en 1 5 1 g : 21,000 livres, puis 100 livres parisis d’épingles, pour la femme du vendeur. Deux notes recueillies par Berty et perdues dans ses papiers sont ainsi conçues : cTrois corps d’hostcl, deux devant et un derrière, le Pilier Verd. Le Pilier Vert, tenant d’un part à Grégoire, d’autre part à René Perin, aboutissant à Gilles de Berty. n

Maison des Trois Boettes ( 1 546), démembrement de celle des Trois Maillets, dont elle avait primitivement fait partie. La figuration que Berty en a faite est assez irrégulière ; prise sur le vaste pourpris de l’Hôtel de Forez, elle aurait formé deux rectangles distincts, aboutissant, par leurs petits côtés, sur la rue de la Harpe.

Maison des Trois Maillets, formée au xvc siècle, comme la précédente, par le morcellement du pourpris de l’hôtel de Forez. O11 constate qu’elle existait déjà en 1 5 1 2. Sur le plan de restitution dressé par Berty, la Maison des Trois Maillets n’est pas limitée en profondeur; les terrains qui en dépendent ne sont bornés, au couchant, que par l’hôtel d'Alègre, ayant sa façade sur la rue Ilautefeuille, et au midi, que par l’ancien cimetière des Juifs, bordant la rue Pierre-Sarrazin.

Maison de la Main Droite (157/1), à laquelle Berty a donné, sur son plan, un périmètre distinct, mais qu’il confond, dans son texte, avec celle des Trois Maillets. En réalité, la Nef d’Argent, qui dut à sa position d’angle d’ètre bâtie avant les autres et détachée du pourpris de l’Hôtel de Forez, et toutes les maisons comprises entre la rue des Deux-Portes et le cimetière des Juifs, et ayant leur façade sur la rue de la Harpe, ont pour origine le lotissement des terrains de l’iiôtel que nous allons décrire.

Hôtel de Forez ( 1 3 0 3 ) , puis de Bretaigne (i38A). Après avoir dit que

RUE DE LA HARPE

ttle nom de Maison des Maillets s’appliquait peut-être à tout l’hôtel n , Berty a consacré à la monographie de cette résidence un article dont les éléments sont empruntés à Delamare, qui les avait lui-même empruntés à Sauvai; nous le transcrivons littéralement :

cr En septembre iaa3, un nommé Flatel, et Marie, sa femme, vendirent pour 12 livres parisis, et ao sols parisis de croit de cens, la part qu’ils avaient à prendre sur une maison et une grandie, près du cimetière des Juifs, dorno et granchia sila, ut dicilur, juxla cimilermm Judeorum. Cette maison est celle qui devint l’Hôtel de Forest. Elle fut ensuite possédée par un individu nommé Martinus Hostiarius, qui, en 1228, reconnut devoir 4o sols parisis de rente sur la maison juxla cimiterium Jiuleormn.

ttEn 1283, le Roi, en possession duquel elle se trouvait être, en lit don à Mc Guillebert de Suassia, chanoine de Bayeux, pour ses services, et avec toutes ses appartenances, y compris un petit jardin qui en dépendait et avait été usurpé par les Juifs. Ce don ayant été fait avec la facilité, pour Guillebert, d’en disposer en faveur d'une œuvre pieuse, il en fit don par son testament à l’église de Paris, afin de fonder une chapelle en l’honneur de saint Jean l’Évangéliste et de Marie Madeleine, de la valeur de xm livres parisis de revenu annuel, ainsi qu’il appert de lettres scellées du scel de l’Eglise de Paris, et datées de 1288, le mardi après la Trinité.

ttEn mars de cette même année, J. Pierre la bailla à Jehan du Puits, de Puteo, bourgeois de Paris, pour 20 livres parisis de cens. Elle était alors contiguë au cimetière des Juifs, et tenait, d’autre part, à Henry le Patescliier, dont la maison était sans doute la même que celle de Pierre le Pâtissier, qui plus tard lit le coin des rues de la Harpe et Sarrazin.

ttEn i32i, Jean, comte de Forest, qui possédait l’hôtel dès i3o3, acquit des religieuses de Poissy et engloba dans son hôtel le cimetière des Juifs qui était contigu à son jardin, et que le roi Philippe le Bel, après l’expulsion des Juifs, avait vendu à ces mêmes religieuses la somme de mille livres de petits tournois. Cette acquisition fut faite au moyen de la terre de Picardie en Brie, près de Meaux, qu'il donna en échange.

et En 1 384 , Louis II, duc de Bourbon, qui tenait cet hôtel du chef de sa femme Anne, fille unique du comte de Forest, le vendit au roi Charles VI. Celui-ci en lit don, la même année, à Jean, duc de Bretagne, comte de Montfort, qui s’en défit, en i3o5, en faveur de Alain de Malestroit.

ttEn 1 Ô27, le mardi 4 novembre, la maison de Forest fut adjugée, après criée, au chapitre de Notre-Dame.

ttEn 1 5 1 2 , l’hôtel était déjà divisé, puisque la Maison des Maillets existait alors, n

Indépendamment de ces notes, Berty en a laissé plusieurs autres, qui sont des transcriptions de documents, et que nous reproduisons à ce titre :

s i 233. L’emplacement du futur hôtel de Forez est occupé par une maison et une grange situées le long du cimetière des Juifs: «domus et granchia site, ut «dicitur, juxta cimiterium Judeorum ».

« 1281. Une maison dans la rue de la Harpe, près du cimetière des Juifs,- laquelle fut autrefois à Martin l’huissier : s domus in vico Cithare, juxta cimiterium rr Judeorum, que domus quondam fuit Martini Hostiarii r.

r 1 2 83. I^e roi Philippe donne à M' Guillebert 1 le Suassia, chanoine de Bayeulx, pour ses agréables services, la meson qui jadis fust Martin dit Hostiarius, juxta le cimetiere des Juifs, avec toutes ses appartenances, au cens quelle peut devoir: trpro parte jardini qui de pertinenciis dicte domus fuisse dicitur per Judeosn.

rr 1288. Le mardy, après la Trinité, ledict chanoine laisse ladicte maison, en son testament, à l’Église de Paris, afin de fonder une chapelle de la valeur de xiii livres parisis annuelles de revenu, en l'honneur de Jehan Baptiste et Marie Magdalene.

rr 1Ô80. Trois maisons qui furent jadis I’Hostel de Forez et de Bretaigne. • — Un grand hostel nommé anciennement l’Ostel de Forest, et de présent nommé l’Ostel de Bretaigne, qui fut jadis à Monsr de Malestroit, séant en la rue de la Harpe, avecques neuf toises en parfond dudit Hostel de Forest, qui fait clôture desdits deux hostels; et en icelles neuf toises est comprinse une partie du grand ostel, qui va jusques au corps d’un autre grant corps d'ostel, qui traverse jusques au bout desdites neuf toises; et lesdits deux corps neufs furent faits en une mesme saison, comme il semble, avecques les louages d’icelluy hostel séant à Paris, en la rue de la Harpe. Ensemble deux petits jardins, l’un séant en la rue des Deux- Portes, et l'autre en la rue Pierre-Sarrazin, tenant d’une part en ladite ruelle aux Deux-Portes, jusques à l’aboutissant de la Nef d’Ârgent, séant en icelle rue de la Harpe, et tout au long audict Hostel de la Nef d’Argent; jusques en icelle rue de la Harpe, et d’autre part devers ladicte rue Pierre-Sarrazin, aux aboutissans des maisons de M° Pierre de Longueil, et un petit jardin dessusdit, estant en icelle rue Pierre-Sarrazin, et par devers en la rue delà Harpe, tenant cà une maison à feste, qui fait le coing de ladite rue Pierre-Sarrazin, qui fu au confesseur de la Royne.

et 1 5 5 5 . Hostel de Forest, puis de Bretaigne, ouquel y a trois demeures, en l’une desquelles pendent pour enseigne les Trois Maillets, et aux deux autres pend le Pillier vert, tenant, d’une part, anciennement à la rue des Deux-Portes et, d’autre part, à l’Escu de Bourbon. h

Dans le texte que nous venons de reproduire et que nous avons trouvé à l’état

RUE DE LA HARPE

de fragments parmi les notes de Berty, il y a plutôt les éléments d'une monographie topographique qu’une histoire véritable de l’hôtel dont nous nous occupons. Les nombreuses vicissitudes qu’a subies cette résidence méritent d’être plus exactement et moins brièvement racontées; la succession de ses propriétaires s’explique, d’ailleurs, par des alliances, des confiscations et des achats qu’il importe de bien établir.

Après Flatel, Marlmus Hostiarius, Guillebert de Suassin, l’Église de Paris, J. Pierre et Jehan de Puteo, qui ne possédèrent qu’une partie des terrains et des maisons dont l’ensemble composa plus tard le pourpris de l’hôtel , le plus ancien propriétaire dont on trouve mention est Jean Ier, comte de Forest, fils de Guigues VI et de Jeanne de Montfort, lequel avait épousé, en 1 a 9 6 , Alix de la Tour et du Viennois, fille de Humbert Ier. C’est lui qui, voulant transformer en une résidence vraiment digne de lui les divers immeubles dont il avait fait l’acquisition, en acheta huit autres contigus, et relia probablement le tout par des constructions nouvelles, selon l’usage du temps. On sait, en effet, que l'hôtel royal de Saint- Paul et les hôtels seigneuriaux de Reims, de Rouen, voisins de celui des comtes de Forez , se composaient de bâtiments divers séparés par des cours et des jardins. Sur la formation successive du pourpris de l’hôtel de Forest, enregistrons d’abord les détails recueillis par Sauvai.

ttLes comtes de Forest, dit l’auteur des Antiquités de Paris, avaient leur hôtel à la rue de la Harpe et celle des Deux-Portes, mais pour le rendre plus grand et le porter jusqu’à la rue Pierre-Sarrazin , Jean, comte de Forest, acheta, en i3ao et 1 3 2 1 , sept maisons bâties dans ces trois rues-là, qui lui coûtèrent deux cent douze livres parisis, trente livres de bons petits tournois et cent livres de bons petits parisis; et, par échange encore, il en eut une autre des religieuses de Poissy, sise en la rue Sarrazin, pour une maison du diocèse de Meaux, de la paroisse de Saint-Fiacre, accompagnée d’un jardin environné de fossés, et quatre-vingt-dix arpents de bois et de terre, qui valoient de revenu soixante-quinze livres tournois amorties (d. v

Sauvai attachait quelque prix à l’histoire topographique de l’hôtel de Forez; il y revient ailleurs et ajoute les renseignements suivants à la liasse des titres qui concernent cette résidence seigneuriale. L’auteur du Traité de la Police n’a fait que les résumer; voici le texte même de Sauvai :

tt Lettres scellées en cire verte, datées du mois de mai 1821, par lesquelles les religieuses de Poissy ont donné par échange à Jean, comte de Forest, une place sise à Paris, rue de la Harpe, appelée le et Cimetière des Juifs », tenant à la maison

(1) Antiquités de Paris, IF , p. 238.

de Richard de la Galie et à la grange de Denise, veuve de Guillaume de Balon, d’autre part à la maison du comte, qui fut à Hamont, pâtissier, et aux maisons feu GeolTroi Menignian, Mc Gaudichart, médecin, Mc Jean Goulart, aboutissant par bas aux maisons des enfants Guillaume, sire de Fury, et de Mc Raoul Fultrie, et par haut à ladite rue de la Harpe, et a le comte de Forest délaissé auxdites religieuses la terre de Picardie, au diocèse de Meaux, et par lesdites lettres, le Roi, comme fondateur, a ratifié ledit échange W.r

Comment I’Hôtel de Forez, dont la formation avait été si lente et si laborieuse, devint-il I'Hôtel de Bourbon? C’est à l’histoire généalogique des grandes familles de France, si féconde en renseignements topographiques, ainsi que Berty l’a fait judicieusement remarquer, qu’il faut demander Je secret de cette énigme. A la mort de Jean Ier, comte de Forez, son fils Guigues VII lui succéda. II avait épousé Anne ou Jeanne de Bourbon, fille aînée de Louis Ier, titulaire de ce duché, et il eut d'elle deux fils qui moururent avant leur sœur Anne, laquelle épousa Béraud IL dauphin d’Auvergne, et eut pour fille Anne, comtesse de Forez, dame de Mercœur, mariée en 1871 à Louis II, duc de Bourbon. Par le fait de ce mariage, I'Hôtel de Forez passa dans la maison de Bourbon , qui paraît n’en avoir pris possession que onze ans plus tard, c’est-à-dire en 1 3 8 2 .

Elle n’en resta propriétaire que fort peu de temps: «En i386, dit Sauvai, Louis II, duc du Bourbon, qui tenoit cet hôtel du chef de sa femme, Anne, fille unique du comte de Forest, le vendit au roi Charles VI, et celui-ci en fit don, la même année, à Jean IV, duc de Bretagne, comte de Montfort. n Ce personnage, dont la vie fut fort agitée , eut de nombreux démêlés, tant avec Charles de Blois, qu’il finit par vaincre et tuer à la bataille d’Auray (1 366), qu’avec le connétable de Ciisson , qu’il fit assassiner par Pierre de Craon. Avant ce meurtre , qui le brouilla complètement avec Charles VI, il possédait les bonnes grâces de ce monarque puisque celui-ci lui octroya I’Hôtel de Forest devenu, depuis si peu de temps, I Iôtel de Bourbon.

«En 1 386, dit Sauvai, Charles VI donna à Jean V, ou Jean IV, — le chiffre est indécis, — duc de Bretagne, mari de sa cousine, l’hôtel de Forest, bâti à la rue de la Harpe, et celui de Pierre Sarrazin®, qu’il avoit acheté de Louis II, duc de Bourbon, douze mille francs, mais que ce prince donataire, depuis en 1 3g5 ,

(1) Antiquités de Paris , III, p. 65 1.

(2) Il y a là une erreur matérielle de Sauvai ou de ses éditeurs. La maison de Pierre Sarrazin, dont nous indiquons l’emplacement à l’article de la rue qui porte son nom , n’a jamais fait partie du pourpris de l’hôtel de Forez; et d’ailleurs, y eût-elle été

comprise, que Sauvai n’aurait pu, au xvn* siècle, après les transformations que les propriétaires successifs de l’hôtel avaient fait subir aux propriétés dont il se composait, reconnaître dans ce vaste ensemble, et surtout identifier les immeubles primitifs.

IiUE DE LA HARPE.

céda à Jean de Malestroit et Isabeau de Sarenville, sa femme, pour demeurer quitte d une somme de douze cents francs de rente, qu’il lui avoit promise en mariage (9. y.

Sauvai revient ailleurs sur I’Hôtel de Forez et de Bourbon, et celte fois il ne fait aucune mention delà maison de Pierre Sarrazin. crEn t384, dit-il, Charles VI donna à Jean, duc de Bretagne et mari de Jeanne de Navarre, l’hôtel de Forest, situé à la rue de la Harpe et dans celle des Deux-Portes, qu’il avoit acheté douze mille francs. Depuis, ce prince, en i3g5, en fit transport à Jean de Malestroit, pour s’acquitter de douze cents livres de rente qu’il lui avoit promis en mariage (1 2). D

Quelques années avant cette cession , le duc Jean de Bretagne était venu prendre résidence en son hôtel parisien, dans les circonstances suivantes rappelées par Sauvai: tt C’est cette maison où il demeura, en 1 388 , lorsqu’il vint à Paris demander pardon au Roi de l’injure qu’il avoit faite au connétable de Clisson i3), et que, pour expier cet attentat, le Roi, en son conseil, le condamna à restituer 100,000 francs au connétable et, de plus, à rendre les places de la Roche-Darien, de Josselin, et les autres qu’il avoit usurpées et ravies au connétable, aussi bien que ses joyaux, ses trésors et ses meubles. Ce jugement fut prononcé par le chancelier d’Orgemont, et autorisé par des lettres royales qu’il scella et délivra tant au duc qu’au connétable M. n

Le duc de Bretagne descendit encore dans sa maison de la rue de la Harpe, trois ans après son premier voyage, tt N’ayant point obéi, dit Sauvai, au jugement rendu, comme il vit qu’on alloit marcher contre lui, pour apaiser le Roi, il revint à Paris, en i3gi, et descendit encore au même hôtel, accompagné de quatre cents gentilshommes, armés de très belles chemises de maille, qui leur descendoient jusqu’aux genoux, et qui se nommoient haubergeons (5h v

Quatre ans plus tard, la famille bretonne de Malestroit, qui fait grande figure

(1) Antiquités de Pans , t. Il, p. 8t.

« Ibid. , t. II, p. i3a.

(3) Voici en quoi consistait a l’injure» dont parle Sauvai: En 1887, le connétable de Clisson ayant été envoyé par le Roi en Bretagne, le duc le chargea de fers, puis ordonna à Balavan, gouverneur de son château de l’Hermine, de coudre le héros dans un sac et de le jeter à la mer. Balavan, ff comptant sur le remords de son maître», dit Robineau, sursit à l’exécution de cet ordre. En effet, le duc, revenu à lui-même, rendit la liberté au captif, en échange d’une grosse rançon.

(4) Antiquités de Paiis, t. Il, p. 1 3a .

Godefroy, dans son Cérémonial françois , confirme le dire de Sauvai. Après avoir reçu audience du Roi, le duc, dit-il, cr retourna le chemin qu'il estoit venu jusques en la rue de la Harpe en son hostel où il descendit». Mais Dont Lobineau assure que le duc coucha ou Louvre: rLe Roi ordonna, comme pour témoigner qu’il recevoit le duc en ses bonnes grâces, que l’on préparast un appartement au chasteau du Louvre pour lui.» ( Histoire de Bretagne, t. I, p. 667.)

Antiquités de Pans, t. 1, p. /1G7.

dans l’histoire de la province, entrait en possession de l’hôtel. Les généalogistes donnent sur elle de nombreux détails, mais ne nous apprennent rien sur le séjour qu elle put faire en sa maison de la rue de la Harpe. Il ne paraît pas que celle-ci ail jamais porté le nom de ses nouveaux possesseurs. Dans les Comptes des confiscations anglaises, ainsi que dans les Comptes de l’ordinaire de Paris, elle est désignée sous son ancienne appellation d’HÔTBL de Bretagne. Ce dernier document contient, à la date de 1616, la mention suivante:

(t Une maison sise rue Pierre-Sarrazin, aboutissant par derrière sur les jardins de l’hostel de Bretaigne (Ib r

D’autre part, on trouve, dans les Comptes de confiscation pour les deux périodes de 1/120 à 1/127 et de 1/127, à i/i3/i, les articles suivants:

et 1 Z12 1 . Grand hostel appelé I'Hostel de Forest, en la rue de la Harpe , appartenoit à Jean de Malestroit, seigneur de Doudou

« i/i3Zi. Hostel de Forest, siz rue de la Harpe (3). i>

Le nom de Malestroit, qui aurait pu lui être donné après l’expulsion des Anglais, 11e ligure pas plus que celui de Bourbon, et il y a de ce fait une explication toute naturelle : sous la dénomination anglaise même, en 1/127, Lhôtel confisqué avait été adjugé au chapitre de Notre-Dame de Paris, ainsi qu’il appert de l’extrait suivant imprimé par Sauvai :

tt Du Compte des confiscations de Paris, de 1623 à 1/127 :

« Hostel de Forest, qui fut à Jean Malestroit, Breton, chargé, envers le chapitre de Nostre-Dame de Paris, de dix-huit livres parisis de rente; ledict hostel sciz rue de la Harpe <4). n

Il semble étrange, au premier abord, qu’un immeuble aussi important que I’Hôtel de Forez, de Bourbon, de Bretagne et de Malestroit ait été adjugé comme représentant le capital d’une simple rente de dix-huit livres parisis; mais, pour se rendre compte d’un tel fait, il faut se remettre sous les yeux la situation de Paris et du royaume telle que la domination anglaise l’avait faite. Le Journal d’un bourgeois de Paris contient, à l’année 1 /1 2 3 , la mention suivante :

«Item, en ce temps, toutes gens qui avoient maisons y renonçoient, puis que elles étaient chargées de rentes, car nulz des censiers, — ceux à qui les cens étaient dus, — 11e vouloient rien laisser de leurs rentes et amoient mieux tout perdre que faire humanité à ceulx qui leur dévoient rente, tant estait la foy petite, et par

;1) Antiquités de Paris, t. III, p. 271. (3) Antiquités de Paris, t. 111, p. 578.

411 Ibid., I. 111, p. 295. t4) Ibid., t. III, p. 3 1 5 .

RUE DE LA HARPE. AU

celle desfaull de foy, on eust treuvé à Pans, de maisons vuydes et croisées saines et entières, plus de xxmi milliers, ou nulli ne habitaient ('). *

Pasqmer, dans ses Lettres, confirme le fait et explique comment le chapitre de Notre-Dame de Paris dut se faire mettre en possession de l’hôtel de Malestroit: et Plus grande démonstration, dit-il, ne pouvez-vous avoir de ceste pouvreté et solitude, que de l’ordonnance qui se trouve aux vieux registres du Chastellet, par laquelle il estait permis de mettre en criées les lieux vagues de la Ville; et si, pendant les six sepmaines, il ne se Irouvoit nul propriétaire qui s’y opposast, le lieu demeuroit à celuy qui se le faisoit adjuger, v

Or, depuis l’année 1288, le chapitre de Notre-Dame tenait de Guillebert rie Svassia , à titre de legs, l’une des maisons dont la réunion avait formé le pourpris de 1 hôtel de forez. En la cedant, d s était réservé une rente, qui ne lui était pas servie depuis que les Anglais étaient maîtres de Paris; ce qui lui fournit un prétexte pour se faire adjuger l’hôtel entier, dont la maison léguée par Guillebert de Suassia ne constituait qu’une faible partie.

Mais il 11e le conserva pas longtemps; lorsque Charles Vil eut reconquis sa capitale, les propriétés confisquées par les Anglais et vendues par eux firent retour à leurs propriétaires. Les Malestroit durent donc rentrer dans leur domaine parisien ; mais rien ne nous renseigne sur l’usage qu’ils en firent. H est douteux qu’ils 1 aient habité pendant les quatorze années qui suivirent l’entrée de Dunois et de Richemond dans Paris; on les voit, en effet, guerroyer constamment contre les Anglais en Bretagne, et gagner sur eux, en i45o, la célèbre bataille de Formignv. Tout porte à croire que l’hôtel, dégradé par un long abandon, n’était plus logeable, et comme il avait été tonné par la reunion d une dizaine de maisons, les Malestroit, qui n’avaient pas le temps d’y séjourner, le rendirent à son état primitif. en le morcelant.

G est la conclusion à laquelle est arrivé Berty en écrivant ce qui suit : «L Hôtel de Bretagne était déjà divisé en 1 5 1 2 , puisque la Maison des Maillets existait, n E11 mentionnant, à la même date, sur son plan et dans ses notes, la présence des maisons de la Main Droite et des Trois Boettes, au heu même où avait été I’Hôtel de Forez et de Bretagne, il insinue qu’il ne subsistait plus rien de cette résidence seigneuriale. Cependant on trouve, soixante ans plus tard, des preuves de son existence à létat d hôtel, ayant conservé son ancienne dénomination. Sauvai , qui a recueilli des niasses de documents, imprimés pêle-mêle par ses éditeurs, donne, à la date de 1573, les deux extraits suivants :

et Rue de la Harpe. Recepte.

(l> Journal d’un bourgeois de Paris , édit. Tuetey, p. iga.

ttDe Laurent le Blanc, procureur au Chastelet, pour son hostel qui lut au comte de Forez, et, depuis, au duc de Bretaigne.

tt Domaine de V Hostel de ville de Paris.

Mention identique à la première W.

Il est probable que l’hôtel de Forez n’avait été morcelé que partiellement : on s’était borné à en détacher les parties en bordure sur la rue de la Harpe, poulies rendre au commerce et à l’industrie. Quant au corps de logis principal, situé en retrait et dans des conditions analogues à celles où ont été bâtis, aux xvue et xviuc siècles, les hôtels du faubourg Saint-Germain, on l’avait conservé avec une entrée sur la rue, et c’est ainsi qu’on le voit, en 1673, habité par un homme de robe. Mais alors il était bien réduit : le vaste pourpris du xive siècle, qui aboutissait, au couchant sur la rue Hautefeuille, au levant sur celle de la Harpe, au nord sur celle des Deux-Portes, et qui s’était annexé, au sud, une partie de l’ancien cimetière des Juifs, ne comprenait plus, au xvie siècle, que le centre de l’îlot dont nous venons d’indiquer le périmètre.

Dans la seconde moitié du xixe siècle, rien 11e rappelait en ce lieu l’antique résidence des comtes de Forez, des ducs de Bourbon et de Bretagne; quelques vieilles maisons d’apparence vulgaire, auxquelles s’étaient ajoutés, sur une deuxième ou troisième cour, des arrière-corps de logis divisés en chambres et en petits logements, tel était l’aspect que présentait la partie de la rue de la Harpe faisant face aux ruines du palais des Thermes. Lorsque s’exécuta le percement du boulevard de Sébastopol (rive gauche) , auquel on a donne plus tard le nom de Saint-Michel, nul ne songea à ce qui pouvait rester de l’ancien hôtel : on ne recueillit que des fragments de pierres funéraires, couverts d’inscriptions en langue hébraïque; la plupart furent transportés au Musée de Lluny (2).

On sait qu’une riche maison de librairie, établie primitivement rue Piene- Sarrazin sur l’emplacement des hôtels de Longueil et de Beaulieu, a fait acquisition de la plus grande partie des terrains composant l’îlot délimité par cette rue, ainsi que par celles de la Harpe, de Hautefeuille et des Deux-Portes, cette dernière absorbée plus tard par le boulevard Saint-Germain. Elle a couvert ce vaste emplacement de constructions nouvelles, qui ont fait disparaître tout ce qui restait de l’ancien lotissement.

Maison df. l’Escij de Bouiibon (1675), contiguë à la Main droite et touchant, par

11 Antiquités de Paris, 1. III, p. 667 et 6a4. les salles bosses de l’Hôtel Carnavalet. Voir ce que

Quelques-uns appartiennent au Musée his- nous en disons ci-après a 1 article de la rue I ierre-

torique de la ville de Paris, et sont expose's dans Sarrazin.

RUE DE LA HARPE

le fond, aux terrains jadis occupés par le cimetière des Juifs. Cette maison et les deux suivantes paraissent avoir fait partie du même lotissement, à en juger par la régularité de leur périmètre.

Maison des Quatre Fils Aymon (i 52 o), figurée par Berty comme un démembrement de la suivante. L’enseigne qu’elle portait était fréquente à Paris; elle a servi à dénommer l'une des rues du quartier du Marais.

Maison de la Choix Blanche, séparée, par une ligne ponctuée, de la précédente, sur le plan de restitution dressé par Berty. Elle formait l’angle septentrional des rues de la Harpe et Pierre-Sarrazin.

En 1 363 , les maisons de la Croix Blanche, des Quatre Fils Aymon et de l’Escu de Bourbon n’en formaient qu’une, bâtie sur une portion des terrains de l’ancien cimetière des Juifs, ainsi que le dit Sauvai W.

Maison du Lyon Noir (i 5ao) , formant l'angle méridional des rues de la Harpe et Pierre-Sarrazin. Comme celle de la prise de Calais et des Ymayges, la Maison du Lyon Noir avait été acquise par le collège de Dainville, tant pour étendre le pourpris de cet établissement scolaire, que pour en accroître les revenus. Par leur situation à l’angle de trois rues, Pierre-Sarrazin, de la Harpe, Sainl-Côme ou des Cordeliers, ces trois maisons, tout en façade et n’ayant que fort peu de profondeur, donnaient des cens et des rentes, sans gêner le principal et les boursiers du collège.

Maison de la Prise de Calais (i584), figurée sur le plan de Berty comme ne formant qu’un seul immeuble avec la Maison des Ymaiges (i4i6), dont elle était sans doute un démembrement, et qui formait l’angle septentrional des rues Saint- Côme et de la Harpe W.

Nous trouvons dans les notes recueillies par Berty, mais non classées par lui, les indications suivantes qui sont des transcriptions de documents et que nous reproduisons, à ce titre, ainsi que nous l’avons déjà fait plus haut :

Collège de Dainville (i58ü), Maison rue de la Harpe, en face la rue des Mathurins : La Prise de Ca-ais, audiL collège (i 5 2 5 ) , tenant de tous côtés aux héritiers du collège.

111 Voir à l’article de la rue Pierre-Sarrazin, tant pour la vente des terrains du cimetière, que pour la façade de la Maison de la Croix Blanche, qui s’étendait sur cette rue. — 2) Voir, à la même rue, ce qui est relatif aux maisons des Ymaiges et de la Prise de Calais.

âli

cr i 5 2 2 . Maison du Lyon Nom. En 1673, le Cerceau Nom, faisant le coin de la rue Pierre-Sarrazin , aboutissant audit collège.

(r 1 5 8 5 . Maison achetée par Michel de Dinville, en 1876, rue de la Harpe, et faisant l’un des coings de la rue des Cordelliers, communément appelée la Maison des Ymaiges (figures en pierre), à icelluy dict colleige Dinville appartenant. En i5/ii, Maison aux Ymaiges. Honorable homme Jehan de Beauvais, marchant et bourgeois de Paris, n

Église des Saints Côme et Damien, ayant son chevet, son maître autel et 1 aboutissant de ses trois courtes nefs sur la rue de la Harpe, où elle ne présentait, au lieu d’abside, qu’une façade postérieure rectiligne. Elle était donc régulièrement orientée comme sa voisine, l’église des Cordeliers. Voir ci-avant la monographie que nous en avons donnée.

Vieil presbytère de Saint-Cosme (i5a/i), s’étendant latéralement au bas côté méridional de l’église. A la date de 1623 , il n’était bordé, du côté nord, que par une «place n, ou terrain à bâtir. C’était l’emplacement des deux maisons suivantes, qui avaient été démolies. Une note, recueillie parBerty et portant la date de 1782, est ainsi conçue :

«Petite maison entre les murs de l’église et la maison curiale, quon appelloit anciennement le Vieil presbytère, qui a toujours été à l’église, rue de la Harpe, aboutissant aux Cordeliers n, c’est-à-dire au pourpris du couvent de ces religieux et à la façade postérieure de leur réfectoire, ainsi qu’aux maisons de la Couronne et du Moulinet, qui leur appartenaient dès 1A21.

Une seconde note , portant la date de 1 5 2 à , contient cette désignation :

« Place, ou souloit avoir Maison de la Couronne et aussi du Moulinet, tenant au presbytère, d’autre part et d’un bout, aux Cordeliers, d’autre part, à la rue de la Harpe, n

Si, en 1 52 A, le sol sur lequel avaient été bâties les maisons de la Couronne et du Moulinet, n’était plus qu’une «placer, un siècle plus tard, le terrain était couvert par une construction assez importante, puisqu’elle reçut et abrita un dépôt considérable, celui de la bibliothèque du Rcw. Dans 1 intervalle, les Cordeliers, qui en étaient propriétaires, avaient fait édifier une maison unique sur 1 emplacement des deux anciennes, et ils y logèrent, en 1622, les livres et manuscrits royaux auxquels ils donnaient l’hospitalité dans leur couvent, depuis plusieurs années. Comme ils tenaient à en débarrasser leur cloître, ils offrirent au Boi de les faire

RUE DE LA HARPE

transporter rue de la Harpe, dans une maison qui leur appartenait et dont, au reste, ils exigèrent un loyer. Deux des anciens plans de Paris indiquent cette maison et mentionnent la destination qui venait de lui être donnée : celuide Gomboust, publié en i6f>2, et celui de Jouvin de Rochefort, qui fut dressé vers 1G90. Les livres y furent placés dans la longue galerie que reproduisent les deux plans; à son extrémité, était une salle destinée aux manuscrits; un peu plus tard, la bibliothèque agrandie occupa le premier et le second étage; de là les noms de tt haulte et basse librairies t> qui se rencontrent dans quelques actes de cette époque W.

La bibliothèque du Roi fit là un séjour de quarante-quatre ans : c’est en 1666 que Colbert la fit transporter dans un vaste logis situé rue «de Vivien n , ou Vivienne^i, dont il était propriétaire et qui touchait presque à son propre hôtel. Elle n’a pas été déplacée depuis.

Huis de derrière du couvent des Cordeliers (1/107). Avant, l’acqu isi tiou , par les Cordeliers, de la Maison de l'e'vêque de Clermont et de l’arré de Molesmes, les Cordeliers ne communiquaient avec la rue de la Harpe que par une simple ruelle longeant, d’une part, la façade méridionale de leur réfectoire, les dépendances du Presrytère de Saint-Côme et la Maison de la Couronne, d’autre part, la demeure épiscopale et abbatiale dont nous venons de parler. Ils élargirent ce passage au xvni' siècle, lorsqu'ils eurent acheté la

Maison de l’ 'évêque de Clermont (i33/i) et de l’abré de Molesmes (13/17). C’est ainsi que Rerty a désigné cet immeuble, en le figurant sur son plan avec celte addition : tt depuis, dépendances des Cordeliers n. Dans son texte, il consacre quelques lignes à chacune des deux résidences, créées à quatorze ans d’intervalle. La demeure épiscopale, dit-il, fut construite en i334, sur une portion de vigne nommée, dans les titres, vinea apud Gibardum, vigne au territoire de Gibard, laquelle appartenait alors aux chanoines de Saint-Benoît, et fut échangée par eux, en 1 307, contre une autre appartenant à l’abbaye Saint-Germain-des-Prés. Sur la seconde portion de cette même vigne, l’abbé de Molesme aurait, en 13/17, fait bâtir son pied-à-terre parisien. Un siècle plus tard, en 1/1/19, 011 voit, dit Berty, cette maison enclavée dans l’Hôtel de l’évêque de Clermont.

L’étroitesse du terrain occupé par les deux immeubles conduit à cette conclusion , qui est celle de Berty : la maison de l’évêque se profilait à l’orient, sur la rue de la Harpe, celle de l’abbé paraît avoir occupé le fond, à l’occident, où elle touchait au pourpris des Cordeliers. Les évêques de Clermont l’acquirent pour en faire les dépendances de leur hôtel.

[) Les anciennes bibliothèques de Paris, par A. analogue à celle de Maiarine, nom qui avait été Fbuiki.in, II, p. 2G9. donné à la rue longeant les bâtiments du collège

tiJ Le mot Vicient te est une forme féminine Mazarin.

Ici doit se placer une observation, qui s’applique à la plupart des dates données par Berty : l’année placée en tête de ses notes, ou à la suite du nom de l’immeuble, n’est généralement pas celle de la fondation ou de la construction, mais celle de la pièce où se trouve la plus ancienne mention dudit immeuble.

Ainsi, en ce qui concerne la Maison de l eveque de Clermont, il est peu piobable quelle ait été bâtie par Arnauld de Comminges qui occupait, en 1 334, le siège épiscopal de Clermont, et qui, dès 1 3 3 1 , habitait Pans, puisque le Roi le mandait pour lui parler d’un projet de croisade W. Or, il avait été transféré de Lombez à Clermont en 1 328, et il faudrait supposer que son premier soin fut de se donner une résidence parisienne.

Ce qui est plus certain, c’est le fait de la confiscation de l’hôtel épiscopal sous la domination anglaise. Dans les Comptes de confiscations de 1 A 2 3 à 1/127, et de 1/137 à 1/1 3/i, publiés par Sauvai, 011 lit :

ttDeux maisons entretenantes et jardin derrière, qui furent à Mc Martin Gouge, evesque de Clermont, absent, sises rue de la Harpe, tenant, d’une part, aux Cordeliers de Paris et, d’autre, au Collège de Justice. n

Quant à la Maison de l'abbé de Molesme, tt entretenante 11 avec celle de l’évêque de Clermont, et paraissant avoir eu un jardin commune, elle daterait, selon les auteurs du Gallia clmstiana, de l'année 12.3g et non de 13/17, au moins comme achat. Comme il n’est fait, dans les censiers parisiens, aucune autre mention de propriétés appartenant à l’abbaye de Molesmes, c’est évidemment à la maison delà rue de la Harpe que s’applique le passage suivant : ccAnno 12.89, mense oclobri, Christophorus, abbas Molismensis, fraler Pétri de Essoye, Parisiis domos comparavit in censiva Sancti Germani de Pratis, ex tabul. A. B. Pratensi ul. v

Ce texte fait remonter à plus d’un siècle en arrière l’établissement à Paris des abbés de Molesme. La date de 1.3/17 est peut-être celle d’une appropriation, ou simplement d’un payement de cens. Quant à celle de i/t/19, relevée par Berty, elle se réfère au gouvernement de l’abbé Guillaume III dAmoncourt, qui administra fort bien pendant la guerre, dit le Gallia, et céda sans doute son hôtel parisien.

Les évêques de Clermont ne jouirent guère de leur hôtel agrandi que pendant un demi-siècle. Une note recueillie par Berty nous apprend qu’en i5o8 la maison fut tt mise en criée à la requeste de 1 Hôtel-Dieu r. Les chanoines de Saint-Benoît justifièrent alors du droit qu’ils avaient de percevoir seize livres parisis de rente sur cet immeuble. C’est à ce moment que l’Hôtel de Clermont devint une propriété privée : en i6o5, dit Félibien, il appartenait à Jacques Chouart, avocat au Parlement I3'.

1 Gallia chrisliana , II, p. 286. — " Ibid., I\. p. 7 ^7 •

Ilist. de la ville de Paris , 1, p. 610.

RUE DE LA HARPE. 417

COLLEGE DE JUSTICE. Topographiquement, Ja fondation du Coliège de Justice a pour point de départ deux actes que Berty a relevés, et que nous transcrivons textuellement :

«26 novembre i334, achat de une meson assise à Paris en la rue de la Porte d’Enfer, au dessus de l’église des SS. Cosme et Damian, tenant, d’une part, à la meson de l’evesque de Clermont, et, d’autre part, à la meson Nicolas de Gharenton, aboutissant, par derrière, au Jardin des Cordeliers, en la censive de l’Hostel Dieu. r>

eu mai 1 3 3 6 , achat de mesons assises à Paris en la rue des SS. Cosme et Damian, entre ladicte église et l’une des portes de la ville de Paris, que l’on dit la Porte d’Enfer; c’est assavoir une grand meson et deux petites entretenantes, tenans, d’une part, devers ladicte Porte d’Enfer, à la meson des escholiers que Ton dit de Bayeulx I1), et, d’autre part, par devers ladicte église des SS. Cosme et Damian, à la meson dudict acheteur qui jadis fut Nicolas Bahuchet. ■»

Quels étaient les acquéreurs de ces immeubles ? Les exécuteurs testamentaires de, Jean de Justice, grand chantre de l’église cathédrale de Baveux, chanoine de Notre-Dame de Paris et conseiller du Roi; ils les avaient achetés en son nom et de son vivant, puisqu'il ne mourut qu’en î 3 5 3 , et que les acquisitions sont de i 334 et de 1 3 3 6 . A la mort de Jean de Justice, les maisons furent amorties, et, par composition du 1 1 juillet x 3 5 i , les exécuteurs testamentaires s’engagèrent à payer à l’abhé de Saint-Germain, qui était alors Geoffroy de Coustures, cia somme de soixante florins d’or, appréciés au coin du Roi, outre une rente foncière annuelle de douze deniers, et à lui réserver toute juslice en sa censive v (2b

La fondation du collège de Justice se rattache au grand mouvement scolaire qui se produisit dans la première moitié du xivc siècle, et qui s’accentua surtout après la mort de Philippe le Bel. L’année même où mourut ce monarque vit naître les collèges de Jaion, de Soissonsoude Presles, et de Montaigu, suivis, à quelques années d’intervalle, de ceux de Narbonne (1817), de Tréguier et Léon (1 3 1 9), de Cornouailles (1 3 a 1) , du Plessis ( 1 3 2 2 ) , des Écossais (1826), de Marmoutier et d'Arras (1829), de Bourgogne (1 332), des Lombards, de Tours (i334), de Ijisieux (1 336) , dAutun ( 1 3 3 7 ) , de Hubant ( 1 3 3 g ) , de Chanac, de Mignon (i3A3), d’Aubusson (i348), de Boncour, de Tournay et des Allemands (1 353). Cette dernière date , ainsi qu’on Ta vu plus haut, est celle de la création du collège de Justice.

(1) Il ne peut être question ici du collège de Bayeux, qui s’ouvrait sur le côté oriental do la rue de la Harpe, mais d’une maison lui appartenant et qui était situe'e sur le côté occidental. Une

note recueillie par Berty, et portant la date de i5 44, nous apprend que cette maison avait alors l’enseigne des Marmousets.

(2) Hist. de la ville de Paris, I, p. 610.

Les statuts et règlements de cet établissement scolaire diffèrent peu de ceux des autres collèges : nous renvoyons donc à l’appendice spécial où ces documents sont résumés, pour nous occuper uniquement de 1 histoire topographique de la fondation faite par le grand chantre de l’église de Bayeux. Resserré entre le pourpris des Cordeliers, auquel il touchait par le fond, la Maison des abbés de Molesmes et des évêques de Clermont, qui le limitaient au nord, et celle des Marmousets qui le bornait au midi, le collège de Justice n’avait même pas acquis cette dernière propriété deux siècles après sa fondation, puisque nous la voyons, en i 5 ù/i , garder son enseigne et son autonomie. L’emplacement primitif lui fut donc suffisant, et ses bienfaiteurs ultérieurs se contentèrent d y fonder des bourses : on cite, entre autres, Pierre Lizet, natif de Salers en Auvergne, et devenu premier président au Parlement de Paris, lequel, par acte passé le i3 mars 1 5 63 , fit les fonds de cinq bourses, dont deux devaient être attribuées à ses parents ou alliés, et, à leur défaut, à des écoliers de sa ville natale, et trois à des écoliers de Paris ou des environs.

Au collège de Justice, comme dans les autres établissements du même genre, la diminution des revenus, combinée avec I accroissement des dépenses, amena, d’une part, la réduction du nombre des bourses, et, d’autre part, la location d une partie des bâtiments, devenus trop vastes pour le personnel enseignant et étudiant. En 176a, avant la réunion du collège à l'Université, les boursiers n’occupaient que la moitié des locaux; le reste servait à des industries diverses et rapportait un assez beau denier qui doubla, l’année suivante, par suite de la location de tout l’immeuble. Un maître de pension s’y établit et continua les traditions de la maison. Malgré celte sécularisation, les bâtiments du collège de Justice furent vendus, avec ceux du collège d’Harcourt, les 3 nivôse an 111 (23 décembre 179^), 25 thermidor an iv (2 août 1796) et i5 thermidor an vi (2 août 1798). L institution libre, qui s’y était établie en 1763, disparut en 1812, par suite du rachat que l’État fit alors des bâtiments et terrains des deux collèges, pour former le lycée Saint-Louis.

Maison des Mabmousets (1 5o5) , paraissant avoir été nommée la Maison du Guichet en 1/109. Comme la suivante, elle avait une assez grande profondeur, et touchait aux dépendances des Cordeliers. Une note recueillie par Berty, et portant la date de 1 5 6 2 , contient cette mention : cr Maison des Mabmousets devant le collège de Bayeulx, appartenant au collège, n Nous avons constaté cette propriété, à propos du collège de Justice.

Maison de la Cobne de Cebk (1 4og-i 588), paraissant avoir été appelée la Maison des Tbois Pas en î/iog; elle est dite alors tenir «au collège d’Harcourt et à la

RUE DE LA HARPE

maison du Guichet d. En 1 5 8 8 , on la dit située cr entre Tronçon et le collège d’Harcourt d. Ce crTronçonv était, depuis 1 5 6 a , locataire de la Maison des Mar-

MOUSETS.

Sur l’emplacement de ces deux maisons, et eu égard à l’étendue du terrain qu elles occupaient, il y en avait trois au xiv° siècle, dit Berty.

Maison d’Avranciies (iJ, dans laquelle a été fondé le

COLLÈGE d’Harcourt. — Antérieur à tous les établissements scolaires que nous avons énumérés plus haut, celui-ci date du règne de Philippe le Hardi. C’est en î 280 que la fondation en fut commencée, dit Du Breul , par l’achat de * quelques maisons sises en la rue de la Harpe, entre l’église des SS. Cosme et Damian et la porte d’Enfern, achat fait par Baoul d’Harcourt, chanoine de Paris, appartenant à l’une des plus grandes familles de Normandie, et II fut porté, ajoute Félibien, à faire cette fondation par l’exemple de celle du collège de Sorbonne, dont il voyoit déjà de son temps les heureux succès. Et comme il avoit possédé diverses dignitez en quatre églises de Normandie, où il avoit esté successivement archidiacre dans l’église de Coutances, chancelier en celle de Bayeux, chantre en celle d’Évreux, et grand archidiacre en celle de Rouen, métropole de la province, il voulut que les pauvres escoliers admis dans son collège fussent tirez de ces quatre diocèses W. 11 Malheureusement, ce généreux fondateur mourut travant que d’avoir donné la dernière perfection à son ouvrage r.

Trente et un ans s’écoulèrent avant que le nouveau collège reçût les développements qui devaient faire de lui l’un des principaux établissements de l’ancienne Université. 11 les dut. à Robert d'Harcourt, évêque de Coutances, frère du premier fondateur, lequel 11c se montra pas moins libéral.

te En qualité d’exécuteur testamentaire de son frère, dit Félibien, il aggrandit le Collège par l’acquest de quelques maisons qui tomboient en ruines, particulièrement d’une qu’on appeloit la maison ou I’Hostel d’Aviunches, qu’il rebastit à neuf; à quoi il adjousta deux cent cinquante livres tournois de rente amortie, qu’il destina à l’entretien de vingt-quatre pauvres escoliers, savoir seize étudiant dans la faculté des arts, et huit en celle de théologie. 11 assigna aux escoliers des arts et de philosophie trois sous parisis par semaine, et cinq aux théologiens, n

(l) La Maison d’Avranches, domus A brincensis , 11'est pas autrement désignée dans les titres. Il est probable que c’était la résidence parisienne des évêques de cette ville, et que Robert d'Harcourt, évêque de Goulances, exécuteur testamentaire de son frère Raoul, put l’obtenir de son collègue et voi¬

sin, habitant comme lui la presqu’île normande. Cette origine acquiert im nouveau degré de probabilité, quand on voit les maisons des évêques de Clermont et d’Auxerre situées dans le voisinage immédiat de celle d’Avranches.

(2) Histoire de la ville de Paris, t. I, p. 446.

Quant aux détails d’installation, qui ont leur intérêt topographique, il stipula que a les escoliers en théologie demeureraient dans la grande maison la plus proche de l'église Saint-Côme, et les autres dans la plus petite vers la porte d’Enfer, et les uns et les autres n’auroient rien de commun dans le logement que la chapelle. Tous auraient des chambres particulières. Les théologiens mangeraient en commun dans une même salle, et les philosophes dans une autre, etc. Les écoliers de dehors, qui voudraient demeurer au collège, y pourront être reçus, en pavant leur bourse et leur part des frais communs» W.

Le même historien donne, sur la discipline intérieure du collège et sur renseignement qu’on y recevait, de nombreux détails qui ne peuvent trouver leur place ici; nous ne relevons, dans les documents originaux, que les mentions relatives à l’organisation matérielle de l’établissement. L’acte de fondation complémentaire, qui est du lendemain de la Nativité de la Vierge (9 septembre 1 3 1 1) , et les lettres confirmatives données par Guillaume d’Auvergne, évêque de Paris, le jeudi avant la Saint-Jean-Baptiste de l’année 1 3 1 2 , énoncent les maisons achetées avec les biens et au nom du fondateur, de bonis executionis predicte ac nomme exécutons. Ce sont : (ttres domos cum earum pertinentes, situatas Parisius, in vico Sancti Cosine, versus portam que dicitur Porta Inferni, que quidem domus Abrincenses communiter nuncupantur. v Une troisième pièce, de l’année suivante, 1 3 1 3 , nous apprend qu’il existait dès lors, au nouveau collège, une chapelle ou un oratoire, puisque le pape Clément V permet d’y célébrer quotidiennement l’office divin, de jour et de nuit, avec et sans note (’2h

Jaillot ajoute les détails suivants aux renseignements que nous avons donnés plus haut sur les dispositions intérieures des bâtiments, dont la réunion formait le collège d’Harcourt : et En 1 3 1 3 , les artiens occupoient les premiers bâtiments donnés par Raoul de Harcourt, et les théologiens, ceux qui étoient situés vis-à-vis, achetés par son frère. C’étoit de ce dernier côté qu’on avoit construit la chapelle, et, pour faciliter aux artiens le moyen de s’y rendre, on pratiqua sous la rue un passage de communication d’une maison à l’autre, n 11 résulte de ce passage que l’auteur des Recherches historiques sur Paris a cru pouvoir attribuer au collège d’Harcourt 1 immeuble acquis par Jean de Justice et tt tenant à la meson des escholiers que Ton dit de Bayeulxi: (3h Cependant il infirme cette attribution, en disant quelques lignes plus loin :

et La prospérité du collège fit penser aux moyens de l’agrandir; on y parvint

(l) Histoire de la ville de Paris , l. I. p. 466.

2 C’est la traduction exacte de la bulle autorisant la célébration des messes basses et des messes chantées dans la chapelle du collège d’Harcourt :

itcum nota et sine notas. (Du Breul, p. 637 et suiv.; Félibiex, Preuves, 1. 1, p. 205 et 296.)

(3) Voir, ci-devant, à l’article du collège de Justice.

MUE DE LA HARPE

par l’acquisition des maisons contiguës, qui appartenaient au collège de Bayeux, et de l’Hôtel des évêques d’Auxerre, qui tenait à la Porte d’Enfer et aux murs, une ruelle entre deux.

et Cet espace fut encore augmenté, en 16/16, par le don que Louis XIII lui fit d’une place, d’une tour, du mur du rempart, du fossé et de la contrescarpe, ensemble des matériaux et démolitions desdites murailles, à la charge d’y faire construire et édifier une chapelle sous l’invocation de la sainte Vierge et de saint Louis. Les bâtiments élevés sur cet emplacement étant finis, et ceux des artiens étant devenus inutiles, on les loua à des particuliers. On a rebâti, en 1670, ceux où l’on a ouvert la porte du collège W. 11

Tandis que le collège de Justice, loin d’éprouver le besoin de s’accroître, louait une partie de ses bâtiments à divers industriels, celui d'Harcourt, de plus en plus prospère, avait besoin de nouveaux agrandissements. Par suite de la création de plusieurs bourses qui s’ajoutèrent à celles dont Raoul et Robert de Harcourt avaient été les fondateurs, il devint nécessaire de construire de nouveaux bâtiments dans le pourpris du collège; mais, comme il était limité, au nord, par les maisons des Marmousets et de la Corne de Cerf, qu’on n’eut jamais la possibilité d'acquérir, au sud, par la Maison des évêques d’Auxerre, qu’on parvint à acheter, et au couchant, par l’enceinte de Philippe-Auguste, c’est de ce côté que le proviseur et les boursiers durent tourner les yeux.

Ainsi que le dit Jaillot, 011 dut acheter r l’hôtel des évêques d’Auxerre, qui tenoit à la Porte d’Enfer et aux murs, une ruelle entre deuxn; mais, comme il restait un espace séparant de l’enceinte les anciens et les nouveaux immeubles du collège, il fallut s’adresser au Roi pour régulariser le périmètre de l'établissement.

Invoquant sans doute les précédents dont avaient bénéficié les Cordeliers et les Jacobins, le proviseur et les boursiers obtinrent, en 16/16, du roi Louis XIII, la cession de divers ouvrages et terrains dépendant des murs, allées des murs et lossés. Mais cette faveur leur suscita des difficultés avec la Ville, qui se prétendait, non sans raison, copropriétaire de la fortification et de ses dépendances, ainsi que nous l’avons exposé au chapitre des Enceintes.

Les Registres du Bureau de la Ville , document en grande partie inédit, contiennent, à cet égard, des pièces d’un véritable intérêt. Dès 16/17, un an après la cession gracieuse faite par le Roi, les magistrats municipaux protestent contre cette mesure et mandent au Procureur du Roi et de la Ville de s’y opposer, par

Recherches historiques, I. V, p. 81 et suiv.

li 22 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.

toutes voies de droit. Voici, en effet, ce que nous relevons dans les Registres (H

i 808 , fol. 2,89 r°) :

A cause des lettres patentes obtenues par le collège d’Harcourt , tendant à. avoir la propriété de quelques terres des remparts, contrescarpes et fondz des fossez le long dudit collège.

Me Scipion delà Bretenière, procureur des causes de la Ville en la Cour du Parlement, nous vous mandons vous opposer en nos noms, au parquet et greffe de ladite Cour, à la vérification des lettres paltentes obtenues par les proviseur, principal, procureur, théologiens, maistres,escolliers du collège d’Harcourt, tendant à avoir la propriété de quelques terres qui font portion des remparts, contrescarpes et fond/, des fossez de ladicte Ville, estant le long dudit collège, contre et au préjudice d’autres lettres patientes que ladicte Ville a de Sa Majesté, pour la vente et alliénation à perpétuité de quelques portions du domaine d’icelle, dont les deniers qui eu proviendront doibvent estre cmploiez tant aux affaires urgentes du Boy qu’à l’acquit des debtes de ladicte Ville, lesquelles lettres nous avons présentées à ladicte Cour pour y estre vériflîées, et pour les autres causes et moiens que nous déduirons en temps et lieux.

Faict au Bureau de la Ville, ce dix neufiesme jour de juillet mil six cens quarente sept.

L’aimée suivante (1 648) , l’opposition du Bureau de la Ville aux prétentions du collège d'Harcourt se poursuit sous une nouvelle forme. Ce n’est pas que la Ville tienne absolument à la conservalion de l’enceinte; mais elle veut tirer parti, tant pour elle que pour le Boi, des terrains dont se compose cette enceinte, avec ses tours, fossés et allées des murs; elle invoque l’énormité de sa dette, ses obligations envers le Boi, et 11e proteste, au fond, que contre la gratuité de la cession faite au collège d’Harcourt.

Contre le collège d’Harcourt, au sujet des letres patientes obtenues pour la revente des places.

Les Prévost des marchans et Escbevins de la Ville de Paris disent, pour moïens d’opposition contre les proviseur, prieur et principal du collège d’Harcourt, que les lettres paltentes obtenues par ledit collège sont bien postérieures à celles qui ont été obtenues par la Ville, en mil six cens trente six, pour la vente des places en question, et depuis confirmées par autres du mois de décembre mil six cents quarante six, par lesquelles Sa Majesté veult que lesdictes places et lieux soient venduz pour estre, partie des deniers emploiez à l’acquit des debtes de ladicte Ville, quy montent à plus de quatre cens mil livres, et l’autre partie emploiée aux nécessitez présentes de ses affaires, et que sy aucuns baus ont esté faietz, qu’ilz soient cassez, de manière que la cause des lettres obtenues par la Ville est bien aussy considérable que celles portées par les lettres dudict collège, qui veult s’accroistre aux despens de ladicte Ville, qui enferme toutles les communauté/. et les faict subsister, les grandes debtes auxquelles ladicte Ville est obligée pour les affaires du Roy estans très considérables en cete rencontre, pour conserver le fondz destiné pour l’acquit d’icelles ; autrement elle demeurera toujours obérée; et comme il y a déjà procès à la Grand’Chambre pour la vérification desdites lettres accordées par Sa Majesté à ladicte Ville, au rapport de M. de Bernay, il plaira à la Cour joindre ladicte instance d’opposition audit procès pour estre réglée conjointement avec les autres contestations qui s’v trouveront. Signé, etc.

RUE DE LA HARPE

Mc Scipion de la Bretonnière, procureur de la Ville en la cause du Parlemenl, nous vous mandons présenter requeste en nos noms, et emploier par icelle la production faite pour raison de la vériffication des lettres obtenues par la Ville, qui est du rapport de M. Hennequin, en déduisant les moyens cy-dessus contre les proviseur et gouverneur du collège d'Harcourl. Faictau Bureau delà Ville, le 16e janvier 16&8RL

La pièce suivante non datée, mais insérée dans un folio relatif à l’année 1670, est intéressante en ce qu’elle fait connaître, par le détail, l’étendue de la donation consentie par le Roi en faveur du collège d'Harcourt, en même temps qu’elle expose les moyens d’opposition de la Ville contre ladite donation (H 1822, fol. 2 1 3 , v°).

Les Prévost des marchands et Eschevins de la Ville de Paris opposons, dejfendeurs et demandeurs.

Contre les proviseur, principal et boursiers du collège d’Harcourt, demandeurs et poursuivant l’enthérinement des lettres patientes par eux obtenues le (blanc) mil six cens soixante quatre, portant confirmation des baux à perpétuité des places des fossez de ladite Ville, scizes au derrière dudit collège, depuis la quatriesme tour jus ques à la sixiesme, en montant de la porte Saint-Germain à celle de Saint-Michel, opposant à l’enregistrement des lettres obtenues par la Ville ez années mil six cens trente six et mil six cens quarante six, pour la revente de son domaine et places vaines et vagues, à temps et à perpétuité, et delïendeurs.

Disent par-devant vous, nos seigneurs du Parlement, pour moyens d’opposition contre lesflictes lettres obtenues par lesdicts du collège d’Harcourl, par addition aux causes et moyens d’opposition par eux cy-devant fournies, en l’année mil six cens quarante huict, qu’il n’y a pas lieu, sauf la révérence de la Cour, de procéder à l’enregistrement desdictes lettres pour trois raisons :

La première, que lesdictes lettres paltentes, obtenues par lesdicts du collège d’Harcourl, n’ont pour fondement que des baux et des concessions gratuites qui leur ont esté faictes par les Prévost des marchands et Eschevins en charge en l’année mil six cens trente quatre, lesquels sont nuis de plein droit et ont esté laissez comme tels par des lettres pattentes du mois de septembre mil six cens trente six et de l’année mil six cens quarante, lesquelles dernières lettres sont postérieures à celles obtenues par lesdicts du collège d’Harcourt.

La nullité de ces baux résulte de ce qu’ils contiennent des aliénations à perpétuité de places dépendant des fossez de ladicle Ville, sans qu’il y ayt eu des lettres pattentes portant pouvoir de faire ladicte aliénation, sans que l’on y ait observé aucunes fonnalitez nécessaires pour l’aliénation des biens des communautez, sans information de la commodité ou incommodité de l'aliénation, et sans même qu’il y ait eu aucune descente faite sur les lieux pour en connaistre l’étal, ny aucun rapport des maistres des œuvres de ladicte Ville.

En second lieu, ces baux ont esté révoquez par lesdictes lettres pattentes de l’année mil six cens trente six et par celles de l’année mil six cens quarante six qui les confirment, lesquelles lettres étant postérieures à celles dudicL collège d’Harcourt, ils dérogent entièrement et les rendent milles par conséquent.

La seconde raison est que lesdictes lettres desdielsdu collège d’Harcourl sont subreplices, lesdicts du collège d’Harcourt ne les ayant obtenues qu’au mois de janvier mil six cens quarante

(l) Registres du Bureau de la Ville, H 1808, fol. 186 v°.

(xU TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS,

six, auquel temps lesdicts Prévost des marchands et Eschevins lors en charge poursuivoienl l'enregistrement des lettres patientes qu’ils avoient obtenues au mois de septembre mil six cens trente six, et ayant dissimulé à Sa Majesté que lesdicts Prévost des marchands et Eschevins s’estoient pourveus contre les aliénations qui avoient esté faites par leurs prédécesseurs soit à temps ou à perpétuité, et que le Roy les avoit restituez contre par lesdictes lettres patientes de ladicte année mil six cens trente six.

La troisiesme raison est que lesdictes alliénations sont purement gratuites, et que le domaine de ladicte Ville y soulfre une lezion très considérable et qui résulte de ce que, pour neuf livres de redevance annuelle, on leur fait abandonner huict cens cinquante quatre thoises de places qui vallent plus de quarante mil escus.

Que si l’on dit, les places estant données pour l’accroissement d’un collège, elles doibvent être considérées comme servant à l'usage du publicq, l’on respond que la ville de Paris avant dailleurs besoin de ces places pour trouver partie du fonds nécessaire pour faire une nouvelle enceinte et closture, il est plus juste qu’elle s’en serve à cet usage qu’à enrichir un collège qui est assez spatieux, comme la Cour le reconnoistra, s’il luy plaist d'ordonner une descente sur les lieux, lesdicts Prévost des marchands et Eschevins ne refusans pas même d’accommoder ledict collège de quelques places et jusques à concurrence de ce qu’il en sera nécessaire pour la construction de la chapelle que lesdicts du collège d’Harcourt sont obligez de faire bastir par lesdictes lettres pattentes.

Que si lesdictes lettres pattentes dudict collège d’Harcourt et les concessions portées par les lieux subsistoient, outre le préjudice et la perte que le domaine de ladicte Ville soulfriroit de l’alliéna lion des huict cens cinquante quatre thoises de places, il se trouveroit encore quelle seroit dépouillée de plusieurs autres places qui sont toutes les commoditez d’autres maisons appartenant à ladicte Ville, basties sur la contrescarpe dudict fossé, depuis la cinquiesme tour jusques à la sixiesme, entre autres les maisons estant de la succession dudit sieur Lcscuyer, et autres maisons contiguës et désignées au plan de Michel Nohet, maislre des œuvres de la Ville, du treiziesme mars dernier, lesquelles maisons doibvent revenir au domaine de la Ville après l’expiration des baux amphitéotiques; nonobstant quoy on n’a pas laissé de les comprendre dans l’estendue de la concession faite par lesdictes lettres patientes; ce qui fait encore voir la subreption desdicles lettres et le préjudice que la Ville recevroit de leur exécution.

Mais ce qui doibl. d’autant plus faire débouter lesdicts du collège d’Harcourt de l’enregistrement de leursdicles lettres est que, par lesdictes lettres pattentes de mil six cens trente six, ceux au profïit desquels les Prévost des marchands et Eschevins avoient faict des concessions, s’y peuvent conserver et maintenir en faisant la condition de la Ville aussy favorable et bonne que ceux qui se présentent de nouveau pour acquérir lesdictes places; de sorte que toute la difficulté consiste à présent de savoir s’il est juste que le collège d’Harcourt possède pour rien un fonds de quarante mil escus, ou s’il n’est pas plus équitable au contraire que l’on paye la valleur à ladicte Ville, qui luy en donnera en ce cas la préférence; s’il est plus favorable d’appuyer les prétentions du collège d'Harcourt et des lettres pattentes qui n’ont autre fin que de l’enrichir, ou les demandes de la Ville ou les lettres qu elles a obtenues seulement pour éviter sa perte, et se mettre en estât de subvenir aux despenses où elle est obligée pour l’ornement et la commodité de ladicte Ville, les avantages de tous les habitans, le payement des debtes contractées pour les secours de l’Estat et sa delfense contre les ennemis domestiques et étrangers, au temps des sièges de la Rochelle, de Corbie et de Valenlienne, et enfin pour trouver partie des fonds nécessaires pour la nouvelle closture absolument nécessaire à la ville de Paris, tant pour la seureté de ses habitants que pour l’exécution des règlements de police, cjui ne peuvent estre observez qu’avec beaucoup de difficulté, la Ville estant ouverte de plusieurs costez; joincl

RUE DE LA HARPE

d'ailleurs que celte nouvelle closture doibt servir à la de'coralion et à l'embellissement de ta Ville capitale du royaume et paraistre en l’estât où doibt estre une ville qui est le siège de l’Empire.

Partant, soustiennent lesdicts Prévost des marchands et Eschevins qu’il y a lieu, faisant droict sur leur opposition, de débouter lesdicts du collège d’Harcourt de Penthérinement desdictes lettres, avec despens.

Lepelletier.

Ce long document offre plus d’un genre d’intérêt : après avoir indiqué les différentes parties de l’enceinte, objet de la donation faite par le Roi au collège d’Harcourt, il nous apprend que la Ville avait l’intention de «faire une nouvelle enceinte et closturen pour remplacer celle de Philippe-Auguste, alors attaquée sur tous les points; que la cession gracieuse faite au collège était surtout motivée par la nécessité de construire une nouvelle chapelle, dont la Ville offrait, par mesure de transaction, de céder gratuitement le terrain; que l’ancien chemin sur les fossés, — rues Monsieur-le-Prince et des Francs-Bourgeois, — était couvert de «maisons appartenant à la Ville, hasties sur la contrescarpe du fossé, depuis la cinquiesme tour jusquesà la sixiesme » et pour lesquelles les « places d cédées au collège étaient des «commoditez»; enfin que la valeur des terrains, généreusement donnés à un collège «riche et spatieuxn, était de «quarante mille escusn.

Le litige se termina sans doute par une transaction; ce qui est certain, c’est que

FAÇABR EXTERIEURE JDU COLLEGE ©'HARCOURT Fonde- en ia8o . par Raoul Je FTarcoart, prand archidiacre de Rouen.

Fac-similé d’une gravure de Béguillet.

l’administration du collège d’Harcourt 11e fut point arrêtée dans ses projets; elle put construire une nouvelle chapelle et étendre ses dépendances jusqu’au chemin sur les fossés. De ce côté, les limites du moderne lycée Saint-Louis sont encore celles de l’ancien collège.

La reconstruction de la « maison de Sorbonne d par l’architecte Lemercier, et la haute protection dont la couvrait Richelieu avaient sans doute excité le zèle du proviseur du collège d’Harcourt. Une autre fondation rivale, celle du collège Mazarin , dont la magnificence égalait celle de la Sorbonne, si elle ne la surpassait, fut pour Thomas Fortin un nouveau stimulant; il eut à cœur de maintenir le vieil établissement créé par Raoul cl Robert de Harcourt à la hauteur de sou antique réputation, et il n’épargna rien pour lui donner extérieurement un bel aspect. La question de ctclosture nouvelle n qui avait été, au moment de la Fronde, un argument pour MM. de la Ville venait, d’ailleurs, d’èlre résolue contre eux; non seulement on ne songeait plus à une autre enceinte, mais Le Vau et Blondel donnaient, sur tous les points de la rive gauche et de la rive droite, le signal de la destruction de celle de Philippe-Auguste et de Charles V. L’opposition municipale dut alors tomber, et le proviseur du collège d'Harcourt pressa ses travaux de con- ■ coite jnntr college m'HAacoxnsT.

Fac-similé d’une gravure de Béguillet.

struction et d’embellissement. Ils étaient terminés en 167b, et 'voici comment Piganiol les décrit :

La porte a de l’apparence et est fort riche en sculpture; elle est en retraite et élevée sur un plan courbe, qui forme un renfoncement, ou voussure, orné de grands refends. Au bas est la porte d’entrée, dont l’ouverture est quarrée, et beaucoup trop basse pour sa largeur. Sur un chambranle fort grossier sont couchés deux lions, qui supportent l’écusson des armoiries de l’illustre et ancienne maison d’Harcourt : aux deux extrémités, deux consoles supportent une corniche très déplacée. Sur cette corniche, dans le haut de la voussure, est un cartouche ovale, où on lit : Collegium Harcurianum , et sur le dos de la menuiserie des deux ventaux de la porte: Thomas Fortin , Provisor et Doctor Harcurianus, ædificavit 16 7 5. Deux anges assis et adosses a ce cartouche soutiennent une guirlande qui horde les extrémités intérieures du haut de l’arcade de cette grande porte : on voit à leurs pieds les attributs des sciences enseignées dans ce collège.

Celte voussure, fort exhaussée, porte un grand entablement corinthien, orné de modillons cl de denticules. Au-dessus de cet entablement s’élève un atlique, percé de cinq croisées, que

RUE DE LA HARPE

l’œil ne saurait vuir à cause de l’énorme saillie de la corniche, et du défaut d'espace dans la tue, qui est plus éLroite en cet endroit que dans tout le reste. Enfin celte irrégulière composition esl terminée par un grand fronton angulaire qui en fait l’amortissement. Toutes les parties de celte fabrique sont mal distribuées. Elle a plus de cinquante pieds de hauteur, dont on ne saurait voir que la moitié, et par conséquent ni i’allique ni le fronton. Nous avons plusieurs exemples de ces absurdités d’emplacements, dans un grand nombre de façades d’édifices publics décorés à grands frais, et que ne Ton peut appercevoir en entier.

La chapelle est au fond de la cour. Elle fut rebâtie dans le même temps que Ton reconstruisit la porte du collège, c’est-à-dire en îGqb.

Depuis 1 675 jusqu’il la Révolution française, le collège d’Harcourt resta ce que

Le collège d’Harcourt et ses environs, d’après le plan de Verniquel.

l’avait fait le proviseur Thomas Fortin : et Malgré de très lourdes charges dit M. Charles Jourdain, sa prospérité financière 11’était pas inférieure à sa bonne

renommée, et ne démentait point ses victoires académiques. A la veille delà Révolution, il possédait à Paris vingt-quatre maisons, dont un état conservé aux Archives nationales donne la liste, et dont les revenus s élevaient ensemble à 39,967 francs, n

11 n’avait point été réuni à l’Université en 1762, comme la plupart des petits collèges, et ne fut fermé qu’en 1793. Peu de temps après, on démolit une partie de ses bâtiments, et l’on en construisit d’autres en 181 A. O11 y logea d abord de jeunes détenus; puis on y installa, en 1820, l’École normale qui fut transférée plus tard à l’ancien collège du Plessis. Enfin, une ordonnance royale de. celte même année rendit l’ancien collège d’Harcourt à l’enseignement secondaire, sous le nom de collège royal de Saint-Louis. On y fit alors d’importants travaux qui furent terminés en 1822. Lors du percement du boulevard Saint-Michel, on a construit une nouvelle façade à l’alignement de cette voie publique.

HÔTEL DES ÉVÊQUES d’AuXERRE. — La monographie de cette résidence épiscopale se déduit des notes recueillies par Adolphe Berty, au cours de ses recherches dans les censiers parisiens, el complétées par M. Camille Platon, lun do nos collaborateurs.

1267-1270. La résidence parisienne des évêques d’Auxerre, suffragants de l’archevêque de Sens, comme 1 étaient les évêques de Paris, doit être au moins contemporaine du règne de saint Louis. On sait que le pieux monarque faisait de fréquents appels aux prélats de la circonscription métropolitaine , ce qui explique leur présence habituelle à Paris. Érard de Lésignes est le premier évêque d’Auxerre dont il soit fait mention, comme ayant habité l'hôtel de la rue de la Harpe; créé cardinal en 1278, il n’y reparut point; mais ses successeurs continuèrent îi y séjourner.

1280. A cetle date, il est fait mention de I’Hostel d’Auxerre, contigu à une Maison sans désignation et à I’Hostel d’Avranches portant le nom commun de Domus Abrincensis. L’évêque normand, qui était alors Raoul de Thiéville, parait avoir cédé une partie de son hôtel à son collègue d’Auxerre; l’autre partie fut acquise plus tard par les fondateurs du collège d’Harcourt.

1296. L’évêque d’Auxerre, qui était alors Pierre de Mornay, créé chancelier de France en i3oA, agrandit l’hôtel parisien et construisit de nouveaux bâtiments sur les terrains de l’ancien hôtel d’Avranches : le Gallia christiana affirme le fait dans les termes suivants : icAnno 1296, palatium episcoporum Autissiodorensium , Parisiis instructum, novis operibus ampliavil. i> Le mot palatium implique évidemment l’idée d’un logis important et somptueux.

RUE DE LA HARPE

1298. rcLe roi Philippe, dit Berty, donne aux Cordeliers, pour augmenter leur maison, une ruelle située derrière cette maison, depuis la fin du jardin de l’évêque d' Auxerre, lequel jardin est contigu aux murailles de notre ville de Paris , jusque» à la porte de ladicle nielle I1), qui est au-dessous de leurs écoles. 11

Le périmètre de l’hôtel des évêques d’Auxerre est bien délimité par les titres: au nord , le collège d’Harcourt; au sud, une petite maison tenant à la porte Gibart; au levant, la rue de la Harpe, et au couchant, le mur d’enceinte qui formait la clôture du jardin. Celte partie du pourpris de l’hôtel était un don royal, ainsi que le constate Sauvai, auquel Berty a emprunté la substance de ses notes.

te Les évêques d’Auxerre, dit en effet l’auteur des Antiquités de Paris, logeoient autrefois près la porte Saint-Michel, dans une grande maison dont Pierre de Mornai, évêque d’Auxerre, qui mourut en 1806, avoit acquis la meilleure partie et qu’il agrandit d’une grande place que lui donna le Boi, où il fit des cours et des jardins qui furent enclos de bonnes murailles, mais qu’on ruina pendant la prison du Boi et sous le règne de Charles V, pour y faire les fossés de l’Université, que nous y voyons encore W. „

Ce passage de Sauvai est la traduction un peu inexacte du texte suivant extrait des Gesta ponlificum Autissiodorensium :

ccPetrus de Mornays, sexagesimus sexlus episcopus Autissiodorensis, acquisivit magnampartem domorum episcopalium l^Hostcl d’Auxerre ), quæ sunt Parisiis contiguæ Porlæ quæ nominatur Inferni (Porte S. Michel ), licet antiquitus solebat nominari de Ferlo (3>, et obtinuit a ltege magnam plateam extra muros contiguos, in qua construi fecit curtilia et viridaria amœnissima, et circumivit mûris; sed propter guerras, demum ibidem sunt fossata cavata^.n

Nous avons souligné quelques mots de ce texte, qui complètent et rectifient la traduction de Sauvai. Et d’abord l’auteur des Antiquités de Paris en a omis deux qui sont des plus significatifs : la et grande placer, objet de la concession royale, était située en dehors de l’enceinte, extra muros, comme les terrains donnés aux

uoraeners, aux jacooms, ei puis laru au 1 revendications et toutes les instances de 1 de ses dépendances. Puis, ce sont des coui

(1) Supplément aux notes de Berty. Cette ruelle est la partie supérieure de la rue Hautefeuille, déclassée après la construction de l’enceinte de Philippe-Auguste, et donnée par le Boi aux Cordeliers pour agrandir le pourpris de leur couvent. Voir aux articles des rues Hautefeuille et des Cordeliers.

ege a narcourt ; ce qui explique les 'ille, copropriétaire de l’enceinte et tils et des vergers, curtilia et viridaria,

['2) Antiquités de Paris, II, p. 26 h.

(3) Voir ci-devant le chapitre relatif à la Porte d’Enfer : la dénomination Porta de Ferto figure parmi celles qui lui ont été données.

(l) Passage cité par Sauvai dans ses Preuves, 111, p. 67.

que i’ évêque de Mornay établit au delà du mur de Philippe-Auguste; on ne pouvait, en effet créer, à l’usage des écoliers, des cours séparées du collège par une muraille fortifiée. Courtils et vergers furent, du reste, détruits après la bataille de Poitiers, lorsqu’on creusa des fossés autour de l’enceinte.

Diminué delà et grande place» qui lui avait été concédée par le Pmi, l'Iiôtel des évêques d’Auxerre 11e paraît avoir subi aucun autre amoindrissement pendant les xv° et \vi° siècles. Les prélats auxerrois y séjournaient par intervalles, et le plus illustre d’entre eux, Amyot, précepteur des fils de Henri II, grand aumônier du Roi, y faisait sa résidence habituelle. Sa présence y est constatée en 167/1, l’année même où mourut Charles IX , et où Henri 111 revint de Pologne pour succéder à son frère. Le traducteur de Plutarque est certainement lhôte le plus célèbre de L'Hôtel des évêques d’Auxebbe t’L

Moins d’un demi-siècle après sa mort W, l’un de ses successeurs, Pierre de Broc, vendit cet immeuble au collège d’Harcourt, qui éprouvait le besoin de s’agrandir, et à qui les concessions royales 11e suffisaient pas^L Mais le vendeur parait ou s’y être réservé un logement, ou n’en avoir vendu qu’une portion, car il est pris à partie par la Ville en 16/18, c’est-à-dire quatre ans après la vente qui avait été consentie en 1639. C’est ce qui résulte de la pièce suivante extraite des Registres du Bureau de la Ville :

Contre V évesque (V Auxerre, à cause de deux maisons proche la porte Sainct- Michel.

De par les Prévost des marchands et Eschevins de la Ville de Paris.

Maistre Gilles de Champhnon , sieur de la Sollaie, advocat au Conseil du Roy, nous vous prions de présenter rcqueste au Conseil, au nom de la Ville, à ce qu’il plaise à Sa Majesté renvoyer au Parlement l’instance que nous avons pendante au Grand Conseil contre M. l’évesque d’Auxerre, à cause de deux maisons proche la porte Saint-Michel, dont le fondz appartient à ladicte Ville, pour raison duquel elle a ses causes commises en la Grand'Chambre du Parlement, en première instance, celle que Messieurs du Grand Conseil ont retenue par leur arrest du neufiesme décembre mil six cens quarante deux, nonobstant les remontrances qui leur ont été faites, insérées audict arrest. Faicl au Bureau de la Ville, ce neufiesme jour de febvrier mil six cens quarante trois. Signé : Le Boullanger, Cramoisy, Tronchot, Demoutiiers et Bâillon G).

(1) M. Quantin , ancien archiviste du département de l’Vonne, nous a obligeamment signalé plusieurs documents existant dans son dépôt et relatifs h l'hôtel des évôques d’Auxerre, ainsi qu’au séjour de plusieurs prélats auxerrois dans la capitale.

Jacques Amyot mourut en i5q3, ou moment même où Henri IV triomphait de la Ligue.

(;1) Voir ci-avant (p. Ô22 et suiv.), à l’article du collège d’Harcourt, les documents relatifs aux différends de la Ville avec les administrateurs de cet établissement, à propos du don que lui avait fait le roi Louis XIII.

(,) Registres du Bureau de la Ville, H 1806. fol. 626, ôay.

HUE DE LA HARPE. 431

Quelques aimées après, ainsi que nous l’avons exposé à l’article du collège d’Harcourt, la Ville exerçait des revendications semblables contre cet établissement scolaire, avec l’espoir que le jeune lioi lui donnerait gain de cause; mais Mazarin, vainqueur de la Fronde, et Louis XIV, ami des magnificences, n’entrèrent pas dans les vues un peu étroites du Corps municipal. Les anciennes enceintes avec leurs portes, leurs allées des murs et leurs l'ossés, furent condamnées, et la maison des évêques d’Auxerre, incorporée au collège, suivit les destinées de cet établissement. 11 n’en est plus question, à partir de la construction du collège Mazarin et de la destruction de la muraille de Philippe-Auguste, qui en fut la conséquence.

Maison sans désignation, joignant, d’une part, I’Hôtjbl des évêques d’Auxerre, avant la vente qui en fut laite au Collège d’Harcourt en 1 6 3 g , et, d’autre part, la porte Saint-Michel, à laquelle elle était immédiatement contiguë.

Berty semble avoir ignoré l’existence de cet immeuble, puisqu’il a figuré, sur son plan, la maison épiscopale comme embrassant tout l’espace compris entre la porte et le collège. Cependant 1 existence de ladite maison résulte d’un extrait de comptes relevé par Sauvai et portant la date de î 57 3. Ce document établit positivement qu il existait, en cette année, une maison située entre la Porte Saint-Michel et 1 Hôtel des évêques d’Auxerre, maison appartenant alors à la Ville et servant probablement au logement du gardien de la porte. Voici la pièce imprimée par l’auteur des Antiquités de Paris :

n 1 5y3. Receple.

«De l’évêque d’Auxerre, pour sa maison sise en la rue de la Harpe, près la porte S. Michel — joignant une maison appartenant à la Ville on laquelle est demeurant Pierre d’Artois, — tenant, d’une part, au collège d’Harcourt et, par derrière, à l’allée des murs d’icelle Ville (‘h -n

Cette maison, qui avait encore son individualité en 1 5^3, au moment où Jacques Amyot habitait 1 Hôtel des évêques d Auxerre, ne put être comprise dans la vente faite en 1689, puisqu’elle appartenait à la Ville; mais elle dut disparaître avec la Porte Saint-Michel, à laquelle elle était immédiatement contiguë, lorsque l’enceinte de Philippe-Auguste, attaquée par Le Vau, architecte du collège Mazarin, fut démolie par fragments et englobée dans les propriétés privées ayant façade

(l) Antiquités de Paris, 111, p. G a h

sur les chemins des fossés, — lues Mazarine, des Fossés-Saint-Germain, Monsieur-

le-Prince et des Francs-Bourgeois-Saint-Michel.

/V. I). — Ainsi que nous lavons dit, en commençant notre étude historique et topographique sur la rue delà Harpe, le volume suivant, consacré à la légion centrale de l’Université, contiendra la description du côté oriental de cette voie, laquelle constitue la limite séparative des deux régions.

TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARIS

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HUE HAUTEFEUILLE

RUE HAUTEFEUILLE

Nous avons dit quêta rue Hautefeuilte représentait, selon toute probabilité, une voie gallo-romaine de second ordre, s’embranchant sur celle qui traversait les jardins de 1 ’Arx, dans leur partie la plus rapprochée de la Seine, et les délimitant peut-être du côté de l’orient. Après avoir coupé, presque à la hauteur du palais des Thermes, la voie qui est représentée aujourd’hui par l’École de médecine, elle se prolongeait vers le sud, desservait le théâtre romain dont les substructions ont été découvertes sous le sol de la rue Racine, et allait aboutir à ce légendaire château de Hautefeuille, œuvre sarrasine, c’est-à-dire romaine, qui a tant occupé les historiens de Paris. Au delà, elle devait se rattacher soit au chemin qui est devenu la rue dEnler, soit à la voie de Lutetia à Genabum, qu’elle rejoignait peut-être en un point que 1 on ne saurait déterminer aujourd’hui.

Il suit de là que le peuplement de cette voie a dû se produire de bonne heure, ne fût-ce que par la construction de maisons d'exploitation rurale échelonnées le long des vignes et des terres en culture. On ne doit pas oublier, en effet, que les jardins des villes gallo-romaines, abandonnés par leurs premiers possesseurs et non entretenus par les nouveaux conquérants de la Gaule, étaient redevenus des champs et des prairies. C’est en cet état que les Normands trouvèrent toute cette région. Après leur départ, la voie représentée par la rue Hautefeuille dut être l’une des premières qui reçut de nouvelles constructions : sa direction du nord au sud, et dupont de la Cité vers la campagne, lui valut sans doute une préférence que ne méritaient pas, au même degré, les chemins et sentiers de traverse se dirigeant d’orient en occident.

Pour toute cette époque et jusqu’au xnie siècle, il est impossible de faire autre chose que de la topographie probable; mais, à partir de l’an 1200, date des premiers documents écrits, la certitude topographique s’acquiert, et les pièces d’archives viennent confirmer les inductions fondées sur la vraisemblance.

Il paraît certain que la construction de l’église de Saint-Côme, qui suivit de près l’achèvement de la muraille de Philippe-Auguste sur la rive gauche, et, d’autre part, la fondation du couvent des Cordeliers, qui date de i23o, eurent pour résultat la suppression de la partie de la rue Hautefeuille comprise entre la nouvelle enceinte et la voie représentée aujourd’hui par la rue de l’École-de- Médecine. Les constructeurs de la fortification nouvelle n’ayant pas ménagé d’ouverture dans l’axe de la rue Hautefeuille, sans doute à cause du voisinage de la porte Gibard, la partie supérieure de ladite rue, qui allait buter contre la muraille de la ville, laquelle était alors dépourvue sur ce point de chemin de ronde

intérieur, devint ainsi une véritable impasse. Il ne sembla plus alors nécessaire de la conserver, et le sol en fut attribué, soit à l’église Saint-Côme, soi! plutôt au couvent des Cordeliers. Les lettres de l’évêque Guillaume, en laveur des Cordeliers (ia3o), nous apprennent que le fonds et la propriété du lieu où furent bâtis l’église et le couvent, c’est-à-dire le sol des deux côtés de la rue, appartenaient à l’abbé et au couvent de Saint-Germain, qui en disposèrent.

D’autre part, l’acte de reconnaissance fait par les Cordeliers à l’Abbaye mentionne deux pièces de terre situées en dedans et en dehors des murs , partie dans le domaine , partie dans la censive de l’Abbaye b). Ces terres furent prêtées, selon le mot adopté pour les donations faiLes aux ordres mendiants, et le roi saint Louis, qui confirma le tout quelques années après, n’eut, pour compléter le pourpris du nouveau couvent, qu’à ajouter le don du sol de l'impasse Hautefeuille, qui séparait les diverses parties de l’enclos monastique. La pièce constatant ce don ne nous est point parvenue, à moins que ce ne soit celle que nous citons plus loin; mais le pieux monarque , qui renonça à ses trois jours de pèche dans la Seine pour reconnaître les libéralités de l’Abbaye envers les Cordeliers, qui fit construire leur .église à ses frais et leur laissa par testament ses livres, avec une somme de quatre cents livres d’argent*'2), ne dut point hésiter à leur donner une sorte de cul-de-sac, qui avait l’inconvénient de couper en d’eux les dépendances du couvent. On sait, en effet, que le réfectoire des Cordeliers, aujourd’hui musée Dupuytren, est situé à gauche, c’est-à-dire au delà du prolongement de la rue Hautefeuille, par rapport à l’église et aux anciens bâtiments conventuels du monastère.

Jaillot, qui avait étudié la question et qui déclare avoir trouvé des traces sensibles de la partie supérieure de la rue Hautefeuille dans le jardin des Cordelieis, cite à ce sujet un texte qui ne permet plus de douter du prolongement de cette voie. Ce sont des lettres de l'abbé de Saint-Germain-des-Prés, datées du mois d’avril 1288; on y lit ces mots : in vico de Hauta folia, prope domum episcopi Aulissiodorensis *3b Or nous savons que l’hôtel des évêques d’Auxerre était situé dans le haut de la rue de Saint-Côme, ou partie supérieure de la rue de la Harpe; pour qu’une maison de la rue Hautefeuille fût contiguë à cet hôtel, il fallait que la rue se prolongeât, au moins originairement, jusqu’au mur d enceinte. Quoiqu’elle eut été déclassée après la construction de l’enceinte de Philippe-Auguste, on a désigné pendant longtemps encore la partie supérieure de cette voie par le nom qui était resté à la partie inférieure.

Si le prolongement de la rue Hautefeuille, au delà de celle des Cordeliers, 11e fait pas doute pour nous, nous hésitons cependant à identifier avec ce prolongement une certaine «ruelle du ‘Petit-Champ *, que Louis IX donna aux Fières

a Félibien , Preuves, 1, p. n5, 116. — André Do Chesxe, V, p. 365. — m Rechebches iiistoriques , etc.. Quartier Saint-Aiidré-cles-Arts.

RUE HAUTEFEU1LLE.

Mineurs en 1260 et qui était située, dit l’acte de donation, au côté gauche de leur église : Concessimus ad usum ipsorum quendam vicutn qui vocatur Parvus Campus, situm ad laïus sinislrum ecclesie Fratrum predictorum ; ila quod ipsum vicum, propter usus suos et ecclesie sue, claudere valeant ac tenere in perpeluum.

Ce texte a beaucoup embarrassé Adolphe Berty.

et Qu’était-ce, dit-il, que le côté gauche de l’église des Cordeliers? Il semblerait (jue c est la rue même qui longeait l’édifice ; mais il est impossible d’admettre que la rue ait jamais été inféodée au couvent. Faut-il entendre qu’il s’agit du côté gauche pour le spectateur placé, non point devant la façade principale, mais au chevet de 1 église et regardant l’occident? Cela est tout à fait invraisemblable, et il ne paraît pas,. d’ailleurs, qu’il y eût pu avoir de ruelle au côté méridional de l’église.

rr L’expression laïus sinislrum, ajoute Berty, doit donc être employée par rapport à un spectateur placé rue des Cordeliers. C’est ainsi que nous nous le sommes expliqué, tout en trouvant singulier qu’on n’ait pas écrit ad caput ecclesie, ce qui eût été tout naturel. Cette ruelle est-elle la même que la continuation de la rue Hauteleuille? Nous n’en douterions pas, si nous ne voyions que cette dernière s’appelait llaula folia, ce qui constitue non une preuve, la rue pouvant très bien avoir deux noms, mais une présomption en faveur de leur identité. Serait-ce, au contraire, la continuation de cette et rue des Estuvesn, qui communiquait des rues Mignon et du Jardinet, anciennement appelées aussi des Petits-Champs, avec la rue des Cordeliers? L impossibilité où nous sommes actuellement de déterminer si I emplacement du chevet de l’église des Frères Mineurs était le même du temps de saint Louis qu’à l'époque où l’on trouve des plans du monument, ne nous permet pas de résoudre la question!1).,,

(jette impossibilité n est point absolue. Au moyen âge, à moins de circonstances exceptionnelles, 1 orientation régulière s’imposait aux architectes; le chœur de 1 église des Cordeliers était donc, à l’époque de saint Louis, tourné du même côté qu après la restauration de l’édifice. Nous savons d’ailleurs, par les nombreux témoignages que nous avons recueillis P), que l’église des Cordeliers fut réparée et non pas reconstruite ; le chevet a pu être reculé vers l’orient, par suite de l’allongement de la nef, mais il n’a certainement point été reporté à l’occident.

Une troisième hypothèse a été mise en avant, elle consisterait à identifier le Vicus qui vocatur Parvus Campus avec la rue de l’Observance ; nous l’exposerons à l’article de cette rue.

Qu’il nous suffise, en ce qui concerne la rue Hautefeuille, de constater que

111 Noies de Berty. — <!> Voir ci-avant notre monographie du couvent et de l'église des Cordeliers.

Berty inclinait à voir le prolongement de cette dernière voie dans la ruelle du Petit- Champ, et qu'il subordonne la question à l’orientation de l’église primitive des Cordeliers, orientation conforme d'ailleurs à celle de toutes les églises de Paris, sauf celle de Saint-Benoit, le mal tourné.

11 semble donc, sauf meilleur avis, que la ruelle du Petit-Champ était l’impasse Hautefeuille plutôt que la rue des Étuves, prolongement de la rue Mignon, dite des Petits-Champs. Les Cordeliers, en effet, ne possédaient rien au nord de la rue qui les séparait des collèges de Bourgogne et de Prémontré; or, la donation à eux faite par saint Louis porte aliénation complète du sol de la ruelle supprimée : Ita quod ipsum vicum, propter usus suos et ecclesie sue, daudere valeant ac tenere in perpetuum. Restent les deux mots laïus sinistrum, qui pourraient, à la rigueur, s’appliquer à la rue des Étuves, laquelle venait, en effet, déboucher dans celle des Cordeliers, en face du côté gauche de l’église du couvent; mais ces mots peuvent s’entendre aussi de l’ancienne impasse Hautefeuille, laquelle se trouvait à gauche, non pas du liane, lattis, mais du chevet, capul, de cette église.

La partie basse de la rue Hautefeuille, que cette digression ne nous a pas fait perdre de vue, était, depuis le xmc siècle, divisée en trois tronçons portant des noms distincts. Le plus septentrional, qui est aujourd’hui compris dans la place Saint-André-des-Ars , s’étendait depuis la rue de ce nom jusqu’à celle du Cimetière, située en face de la rue Poupée; elle longeait, par conséquent, le chevet de l’église : aussi l’appelait-on , dès 1 272 , « rue dou Chevez Saint Andrey s. Le tronçon du milieu, qui était limité au sud par les rues Serpente et des Poitevins, portait le nom de et rue Barre ou de la Barre, vicus Barre-n.

Jaillot insinue que la rue de la Barre devait son nom à et Jean de la Barre, avocat qui demeuroit rue Saint-André, vis-à-vis de celle-ci 11 ( Quartier Saint-André-des- Arts, p. 88); mais cette étymologie ne semble pas sérieuse. Sauvai croit que le nom de la Barre est antérieur à celui de Hautefeuille. On a dit, non sans quelque apparence de raison, que la barre dont il s’agit était une pièce de bois marquant le point de séparation de la censive de Saint-Germain avec celles qui lui étaient contiguës. De fait, le tracé de la rue Hautefeuille correspond précisément à cet tt angle rentrants dont nous avons déjà parlé, et qui formait une brisure par rapport aux autres lignes périmétrales du fief de l’Abbaye.

On trouve cette partie de la rue Hautefeuille ainsi désignée dans plusieurs actes de 1288, 1297 et années postérieures. Une charte de i3o6 lait mention d’une maison «près du chevet de l’église Sainct Andry des Ars, en la rue de la Barres; elle touchait probablement soit à la rue Poupée, soit à celle du Cimetière- Saint-André. Le troisième tronçon, qui allait jusqu’à la rue des Cordeliers, est dénommé en 1297 et 1 298 et rue des Vielz Plastrieress; en 1 3 8 6 , 1 5 3 1 , etc. ,

RUE HAUTEFEUILLE

ctruë de la Viel Plastrières. Antérieurement nous avons trouvé, à la date de t 9.86 et i33o, mention de deux maisons sises ccen la rue de la Vieille Plâtrière et devant les Prémontrés n ; l’une est dite « lésant le coing de la rue Pierre Sarrazin 11 ; l’autre est énoncée «fesant le coing de la rue que l’on dit entre deux portes, prez de l’église des Cordeliers ■». Un ancien four à plâtre avait sans doute donné son nom à cette partie de la rue.

Sauvai est le premier qui ait fait remarquer la division de la rue Hautefeuille en trois parties distinctes, division attestée par d’anciens documents : Gui 1lot (i3oo), le manuscrit de la Bibliothèque Cottonienne (1/100), Guillebert de Metz (t/107), les Comptes des confiscations faites de 1/122 à 1/137 mentionnent et distinguent les rues de la Barre et du Chevet-Saint-André. Quant à l’appellation générale de rue Hautefeuille, Berly affirme qu’elle a été de tout temps en usage. Peut-être s’est-elle étendue à la partie inférieure de cette voie, après l’incorporation de la partie supérieure aux jardins du couvent des Cordeliers.

L’opinion que nous émettons tient précisément à l’étymologie du mot Hautefeuille, qui a beaucoup occupé les historiens. Sauvai a repoussé l’hypothèse qui tend à en faire le nom d'une famille ayant occupé l’édifice romain dont nous avons déjà parlé : ttün tient sans fondement, dit-il, qu’elle a pris son nom du château d’un seigneur de Hautefeuille, chef de la famille de Ganelon, dont les romanciers nous ont fait de si horribles peintures et des contes si extravagants W.n Ailleurs, il revient sur la question et semble un peu moins affirmatif. ttSi nous voulons, dit-il , croire le chroniqueur Turpin, et, après lui, les romans et les fables, Gallon ou Ganelon, cousin ou plutôt neveu de Charlemagne, signalé par ses trahisons sous Louis le Débonnaire, ou sous Charlemagne à la bataille de Roncevaux, logeoit dans un vieux hôtel qu’on découvrit en 1 3 5 8 et en 1 3 6 5 , dans les fossés qui régnent derrière le monastère des Jacobins. C’étoit un grand et fort château, qui consistoit en quantité de chambres et de tours, dont les pierres étaient si bien liées et cimentées, que les marteaux, les coins et autres ferremens avoicnt grand peine à y mordre. On disoit alors que les Sarrasins l’avoient bâti, car, quoiqu’ils 11e soient jamais venus à Paris, on 11e laissoit pas, en ce tems là, de leur attribuer tous les anciens édifices du royaume. O11 tient qu’il se nommoit le château de Haute-Feuille, et que c’étoit le nom de la famille de Gannelon; et, bien que la rue Haute-Feuille en soit fort loin, on veut que son nom lui vienne de là Mu.

Jaillot n’admet pas l’explication tirée du château de Hautefeuille et donnée en premier lieu par Du Chesne; il lui semble plus probable que ccce vieux manoir,

(l) Antiquités de Paris, I, p. i4i. — (2) I(L, II, p. q34.

dont on trouva des vestiges vers 1 3 5 8 , en creusant les fossés de l’enceinte de Philippe- Auguste », fut ainsi appelé en raison de la rue qui y conduisait et qui devait elle-même son nom «aux arbres hauts et touffus dont elle pouvoit être bordée id1). La et haute feuille i> ou « haute feuilléev, sous laquelle, ajoute Jaillot, les règlements du couvent des Cordeliers défendaient aux religieux d’aller jouer à la paume, indiquait peut-être tout simplement la situation élevée des arbres bordant la partie supérieure de la rue, par rapport à l’église Saint-André qui en occupait le bas.

Quoi qu’il en soit, et sans vouloir affirmer ou que la rue devait son nom au château, ou que celui-ci avait reçu le sien de la rue, nous ne pouvons nous dispenser de faire remarquer que le continuateur de Guillaume de Nangis, dont nous avons cité le curieux passage dans le chapitre consacré aux enceintes W, insiste sur l’antériorité do cette vieille construction romaine, et semble ainsi trancher la question : Ibi ohm erat palatium, sive caslrum, quocl ab antiquis Alturn Folium vocalur. Si les anciens l’appelaient Haute feuille , — ce qui signifie peut-être arbres plantés sur un terrain élevé, — cette dénomination remonterait à l’époque gallo-romaine, et ne tiendrait ni à la hauteur du feuillage ni à la possession du château par une famille qui lui aurait imposé son nom.

Les expressions de haute et basse latinité Alturn folium, Hauta folia ont été diversement orthographiées en français. On trouve : Haute feuille dans un contrat d’acquisition passé en 1 2 52 par les Prémontrés, ainsi que dans le Dit de Guillot (i3oo), et dans les Comptes (les confiscations faites de i/ia3 à le manu¬

scrit de la Bibliothèque Cottonienne porte Haulle fueille ; G uillebert de Metz écrit Haulte fuelle. 11 est le dernier qui donne à la rue deux ou trois appellations ; ce qui permet de croire que la dénomination de Hautefeuille n’a été communément appliquée à toute la vue que dans le cours du xve siècle. Corrozet écrit ttrue de la Hautefueilleu, et Du Chesne <r rue de Haute fucilien. Depuis on n’a fait de l’adjectif et du substantif qu’un seul mot.

La rue Hautefeuille a ou beaucoup à souffrir des remaniements opérés dans les voies publiques de ce quartier, surtout au coin de la rue Saint-Séverin prolongée (partie occidentale de l’ancienne rue Poupée), ainsi qu’aux angles de la rue Serpente et du boulevard Saint-Germain. Cette dernière voie l’a coupée un peu au-dessous de la rue Pierre-Sarrazin, et l’agrandissement du périmètre de 1 Ecole de médecine doit entraîner la démolition des immeubles du côté occidental compris entre le boulevard et la rue des Cordeliers. Ce qui restait du collège des Prémontrés disparaîtra donc dans l’opération , ainsi que les bâtiments

Recherches critiques, etc., Quartier Saint-André-des-Arts. — (J/ Voir au chapitre des Enceintes.

TOPOGRAPHIE HISTORIOVE DY VIEYX PARIS

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