CENSIVE DE SAINT-BENOÎT
PAROISSE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS
Partie latérale de la maison faisant l’angle nord-est des rues Hautefeuille et Saint-Gôme (extrémité orientale de celle des Cordeliers). Berty l’a marquée d’un astérisque sur son plan restitué, ce qui équivaut à une Maison sans désignation. Voir ce que nous en avons dit à l’article de cette dernière rue.
HÔTEL DE Longueil, formant l’angle septentrional de la rue Pierre-Sarrazin et construit sur une partie de l’emplacement occupé par le cimetière des Juifs. Les terrains de ce cimetière furent vendus en i3ii aux religieuses de Poissy, par Philippe le Bel, qui avait fondé leur monastère et qui voulait évidemment les favoriser, puisqu’il n’exigea d’elles que mille livres tournois. L’espace occupé par le cimetière était considérable : il s’étendait de la rue Hautefeuille à celle de la Harpe, sur une profondeur de plus de cent toises. Les religieuses ne conservèrent pas longtemps leur acquisition : dès i32t , elles vendirent les terrains du cimetière à Jean, comte de Forez, dont l’hôtel avait son entrée rue de la Harpe, avec des jardins joignant l’ancien cimetière!1). 11 est probable que les jardins, ainsi agrandis, parurent trop considérables au nouveau propriétaire, ou plutôt à ses héritiers, et qu’ils en aliénèrent les parties les plus propres ;\ recevoir des constructions, particulièrement les terrains d’angle.
C’est dans ces conditions que dut être bâti l’hôtel de Longueil appartenant, en 189.3, à n Jehan de Longueil, conseiller du roi». Peut-être celui-ci avait-il
1 1 Voir aux articles des rues de la Harpe et Pierre-Sarrazin, où il est parle’ de ces divers lotissements.
acquis le terrain de Jean de Bretagne, à qui Charles VI, qui le tenait de Louis II de Bourbon, époux d'Anne de Forez, en avait fait don l’an i386. Eu tout cas, Jean de Longueil 11e put acquérir l’emplacement sur lequel s’élevait son hôtel, d’Alain de Malestroit, puisque ce dernier ne devint propriétaire de l’hôtel de Forez et de Bretagne, avec ses dépendances, qu’en 1 3 9 5 0). L’hôtel de Longueil appartenait, en 1/180, à Pierre de Luz; depuis, il passe en diverses mains, et l'on 11e peut suivre la série de ses possesseurs.
Berty le représente sur son plan de restitution, comme occupant une portion considérable de l’ancien cimetière des Juifs, et enveloppant une partie de l’hôtel de Beaulieu qui le séparait de l'hôtel d'Alègre. 11 a de plus figuré, à l’angle de la rue Pierre-Sarrazin, un rectangle représentant la maison dont M. Albert Lenoir a figuré l’aspect dans sa Statistique monumentale W, et dont il donne la description dans son Explication des planches; nous la reproduisons après lui f1 2 3h
HÔTEL DE Beaulieu. On en trouve mention plus d’un demi-siècle avant qu'il soit question de celui de Longueil. En i33o, il est dit aboutir tt d’une part à Robert de Courpalay, d’autre part aux maisons des enfans Dinry ou Denry, à J. Justice et au jardin du comte de Forezn. De ces trois aboutissants, un seul nous est complètement connu : c’est le jardin de l’hôtel de Forez, quis’élait agrandi aux dépens du cimetière des Juifs. Robert de Courpalay était peut-être alors propriétaire du sol où s’éleva plus tard l’hôtel de Longueil; quant aux enfants Dinry et à J. Justice, ils possédaient probablement les terrains situés au sud de Beaulieu et incorporés plus tard dans l’hôtel d’Alègre. En 1/160, la maison appartenait à l’abbé de Beaulieu W; un titre de cette même année la désigne ainsi : crOstel de Beaulieu, assis en la rue à présent appelée Hautefueilie, tenant d'une part à l’ostel du sire d’Alègre, et d’autre part audit Jehan de Longueil, aboutissant par derrière aux jardins de l’hostel d'Alègre, en la censive du Parlouer aux Bourgeois, 1660.11 A la fin du xve siècle, ou au commencement du xvU, l’hôtel de Beaulieu fut réuni à celui de Longueil. En i5oi , dit Berty, rrc’étoit un jardin, d que la famille de Longueil tenait à rente du collège de Bayeux, et quelle avait annexé à sa maison. Une partie de ce jardin, la plus septentrionale sans doute, paraît avoir été comprise dans les dépendances de l’hôtel de Forez et de Bretagne.
(1) Nous avons longuement parlé des propriétaires successifs de l’hôtel de Forez, de Bourbon et de Bretagne, «à l’article de la rue de la Harpe.
(2) Page 261. M. Albert Lenoir a supposé que l’hôtel de Longueil avait fait partie de celui de Forez ; nous avons constaté qu’il en était distinct.
(3) C’est la planche réduite que nous donnons ci-contre.
(i) Celle désignation est fort incomplète : il existait, en effet, onze abbayes de Beaulieu, Bellus Locus, et rien n’aide à déterminer celle à la tête de laquelle était placé, en îôôo, le possesseur de l’hôtel parisien sis en la rue Hautefeuille. Les probabilités sont pour l’abbaye de Beaulieu en Bassigny, au diocèse de Langres , à quelques lieues de Barsur-Aube.
RUE HAUTEFEUILLE
Maison sans désignation (1602), a faisant auparavant partie de la suivante n (I>. Berty ne nous apprend rien de plus sur cet immeuble, auquel son plan donne pourtant des proportions, assez considérables, et qui semble avoir appartenu originairement à l’hôtel d’Alègre, dans le pourpris duquel il fait bâche à la suite de l’hôtel de Beaulieu. Etant donnée la date relativement très moderne que lui assigne Berty, il est probable que la maison dont il s’agit fut construite à la fin du xvic siècle, ou au commencement du xvne, sur un terrain détaché du pourpris de l’hôtel d’Alègre, lequel paraît avoir occupé tout l’espace compris entre les hôtels de Longueil, de Beaulieu, de Forez, les rues Hautefeuille et des Deux-Portes.
HOTEL d’Alègre. Cette maison occupait un espace considérable délimité : au nord , par les bôtels de Beaulieu, de Longueil et leurs dépendances; au midi , par la rue des Deux-Portes; à l’orient, par les jardins de l’hôtel de Forez et; Bretagne; au couchant, parla rue de la Vieille-Plâtrière. On la trouve mentionnée, en 1 A/ 10, dans le titre que nous avons cité plus haut.
Adolphe Berty a relevé, à la date de 1 3 4 7 , la mention d’une maison et qui fust jadis grandie, séant à Paris, en la rue de la Vielz Plastriere, faisant le coing de la rue que l’on dict entre deux Portes, près de l’église des Cordeliers, et tient, d’aultre coslé, par devers ladicte rue de la Vielz Plastriere, a Simon de Fresnoy, et aboutissant par derrière a aultres maisons, vielz places vuides, qui sont aux escolliers de Suesseid2'. 11 semble que cette maison ait dû occuper l’angle nordest du terrain recouvert plus tard par l’hôtel d’Alègre, puisque la rue de la Vieille- Plâtrière 11e prenait ce nom qu’à partir de la rue des Deux-Portes, en remontant vers celle des Cordeliers, et que le seul coin des deux rues est celui que nous indiquons, l’autre se trouvant, non plus dans la «Vielz Plastriere n, mais dans la partie de cette voie nommée Hautefeuille, ou de la Barre. Ce dernier angle ne peut, d’ailleurs, être considéré comme celui qu’occupa plus tard l’hôtel d’Alègre, puisqu’il existait sur ce point trois maisons, dont nous constatons plus loin l’individualité, le Cheval Rouge, 1 Escu d’Albanye et le Jeu de paume de Vaulgirabd. C’est donc à 1 autre angle, c’est-à-dire à l’encoignure méridionale des rues des Deux-Portes et de la et Vielz Plastriere 11, que se trouvait l’hôtel d’Alègre.
Sous ce nom, qui figure dans son plan restitué, Berty ne lui a consacré qu’une mention insignifiante : tt Hostel d’Alègue (1 AAo) , faisant le coin de la rue des Deux- Portes. 11 II ne dit absolument rien de cette famille et de ses divers membres.
(l) Nous empruntons à Berty cette locution singulière : elle signifie sans doute qu’il ne restait rien ou peu de chose des constructions de l’hôtel de Beaulieu, tombe'es à l’état de masure, comme un grand nombre de bâtiments parisiens longtemps
abandonnés par leurs propriétaires, surtout pendant la domination anglaise. Voir, à l'article de la rue de la Harpe, ce que nous disons, à cet égard, de l’hôtel de Forez.
(2) Notes de Berty.
4â2 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
11 nous a paru possible d’ajouter quelque chose à ce simple exposé. Et d abord , le troisième volume des Antiquités de Paris, dans lequel les renseignements topographiques abondent, nous en fournit un relatif à l’hôtel d’Alègre :
cc Recepte ( 1 5 7 3 ).
ctM. François d’Alègre, chevalier, comte de Joigny et seigneur de Précy,pour sa maison qui fut à M. de Poitiers, faisant le coin de la rue des Deux-Portes. 11
et Gros cens appartenant à la Ville (1673).
ttMc Jehan d’Alègre, comte de Joigny et seigneur de Précy, au lieu de feu seigneur d’Alègre, pour une maison assise en ladite rue (Hautefeuille), qui fut jadis à M. de Poitiers, faisant le coin d’une petite ruelle appelée la rue des Deux-Portes, tenant d’une part à Mc Jehan de LongueiR'h n
Le personnage désigné sous le nom de M. de Poitiers n’est autre que Simon de Cramault, dont nous parlerons plus loin, à propos de l’hôtel qui a porté son nom. Maître des requêtes sous le règne de Charles VI, chancelier du duc de Berry, successivement évêque de Poitiers, d’Agen, de Béziers, de Carcassonne, d Avignon, archevêque d’Avignon, patriarche d Alexandrie et cardinal, il revint, avec cette dernière dignité, à son ancien évêché de Poitiers^ et fut, en conséquence, appelé trie Cardinal de Poitiers *, et plus brièvement ctM. de Poitiers n.
Ce fut donc Simon de Cramault qui vendit l’hôtel, sans doute parce qu’il en possédait un autre dans la même rue, et que cette habitation lui suflisait. Mais à quelle époque lit-il cette aliénation'? Il est difficile de préciser la date. On connaît mieux, grâce aux extraits de Sauvai , celle de la confiscation opérée par les Anglais sur le nouveau propriétaire; le Compte des confiscations de Paris de ika3 à 3A27 porte en effet la mention suivante :
kLTIostel d’Alègre, qui fut au seigneur d’Alègre et de Torse!, absent, sis rue des Poitevins [sic), lequel hostel a esté occupé, avant le présent compte, par le comte, de Richemont, jusqu’à ce qu’il s’est absenté de ceste ville, et depuis par le comte de Suffold (Suffolk), Anglais, auquel le Roi l’a donné. 11
(,) Les généalogistes mentionnent la famille d’Alègre. mais sans nous renseigner sur l'acquéreur de l’hôtel, vendu par Simon de Cramault : «■ Allègre, dit La Chesnave des Bois, illustre et ancienne maison d’Auvergne, qui n’est pas moins distinguée par ses alliances que par les grands hommes qu’elle a produits. Elle descend d’ Assailli , seigneur de Tourel , qui vivoit en 1 366 , et servit aux guerres de Guienne et d’Auvergne , sous le maréchal de Sancerre , en 1 386. n On ne peut dire si c’est à lui ou à son fils
Morinot, favori du duc de Berry, mort en 161 8, que la vente fut consentie.
(2) Le G allia christiana place le fait à la date de 1612, et le constate dans les termes suivants : rrAnno 1612, Simon cardinal» renuntiatus, galero donatus est anno sequenti, sub litulo S. Laurentii in Lucina. Statim alxlicavit se archiepiscopatu, convolavitque denuo ad episcopatum Pictaviensem, unde Cardinalis Pictaviensis appellatus est» (t. IX, P. i36).
RUE HAUTEFEU1LLE. /,43
Le Compte de 1 A27 à \ A3ô en contient une seconde, qui est ainsi conçue :
te L’Hostel d’Alègre, qui fut au seigneur d’Alègre et de Torzel, absent, scis en ia rue des Poitevins (sic), néant, parce qu’il a esté occupé par M. le comte de Sufl’olk, et depuis l'a transporté à M. le Régent, avec les autres terres que ledit Suffolk avoil en France, n
Ces deux articles des Comptes ont besoin de commentaires. 11 importe d’abord de bien constater l’identité de l’immeuble confisqué. Le scribe le place rue des Poitevins, quoique, en réalité, il fit front sur la rue Hautefeuille. Nous avons déjà lait remarquer, à propos de la rue Saint-André-des-Ars et de celles qui l’avoisinent, combien ces sortes de désignations sont fréquentes : le vicus étant une région, un quartier, plutôt qu’une rue, on plaçait indifféremment une maison dans la voie principale, ou dans les voies secondaires de ce quartier ou de cette région, surtout lorsque lune de ces voies, par 1 importance des maisons qu’on y avait, construites, semblait être la continuation, en équerre, delà voie principale : elle en empruntait alors le nom, ou lui donnait le sien.
Un autre extrait, fait par Sauvai, ne laisse d’ailleurs aucun doute sur la situation véritable de 1 hôtel d’Alègre : dans une pièce relative aux louages de l’hôtel de Reims, l’un de ces louages est dit « devers l'hostel des Prémontrés, vis-à-vis l’bostel d AlègrenW. Si cet hôtel était, pour parler le langage des anciens titres, «devant 1 hostel de Reims r, il développait donc sa façade sur les rues Hautefeuille et des Deux-Portes, et non sur celle des Poitevins.
«Avant ce présent Compter, est-il dit dans le premier extrait de Sauvai, le comte de Richemond occupait l’hôtel d’Alègre; il avait dû en être gratifié dès l’entrée des Anglais à Paris. Artus, fils du duc Jean V de Bretagne, d’abord fidèle à la cause nationale, s’était si vaillamment comporléà la bataille d’Azincourt, qu’on le ramassa grièvement blessé et couvert d’un monceau de cadavres. Fait prisonnier et conduit à Londres, il fut gagné à la cause anglaise, reçut le comté de Richemond, fut autorisé à passer en France et parvint à détacher son frère du parti du Dauphin (i Ô2o) , ce qui lui valut les titres de duc de Touraine, de comte de Montlort et d’Ivry (i /i a3). Malgré toutes ces faveurs, il rompit, l’année suivante, avec 1 Angleterre, rentra en grâce avec Charles VII , et fut élevé à la dignité de connétable (1/12 5). Depuis lors, il ne trahit plus la France : vainqueur des Anglais à Patay, en 1Ô29, il les chassa de Paris en i/i36, les battit encore à
(1) Voici le texte de cette pièce : rrUn des louaiges dudit Hostel de Reiras, qui estait devers l'Hostel des Prémontrés, estoit occupé par une Catherine de Lannoy, que le comte de Suffolk, qui logeoit
à l'Hostel d’AJègre qui estoit vis-à-vis, fit sortir pour son mauvais gouvernement, et les noises qui y estaient souvent. « ( Antiquités de Paris, III, Preuves. )
hhh TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
Pontorson et à Formigny (1 A26-1 /i5o), succéda à son père Jean V, comme duc de Bretagne, en 1 Zi 5 6 , et mourut en décembre iû58. Si, en 1/128, alors qu’il jouissait pleinement des fruits de sa trahison, il céda I'Hôtel d’Alègre au comte de Suffolk, ce fut sans doute un arrangement entre eux, moyennant compensation.
Ce second spoliateur était également, malgré l’origine anglaise de son titre, un Français comblé de faveurs par l’Angleterre. Défié, en 1/129, au siège d’Orléans, par Jeanne d’Arc, en 1 438 par Tanneguy Ducbâtel qui le qualifiait de ttfaulx parjure de la foy mentiev, battu plusieurs fois et complètement disgracié par ceux auxquels il s’était vendu, Guillaume de Pôle finit tragiquement une vie peu honorable W.
Nous avons dit en note, d’après Sauvai , que le comte, marquis et duc de Sufiolk avait marqué son passage à I’Hôtel d’ALÈGiiE, en faisant déguerpir une voisine d’en face dont la conduite lui déplaisait. Sauvai 11e dit pas de quelle nature était le n mauvais gouvernement 11 de cette femme et les <t noises» qui en étaient la conséquence; mais il est facile de le deviner. Suffolk montrait donc plus de scrupule en morale qu’en politique.
De même que Richemond avait cédé la jouissance de I'Hôtel d'Alègre à Suffolk, en vertu d’un arrangement dont nous ignorons les termes, celui-ci fit la même cession au tout-puissant duc de Bedford, déjà gratifié des Hôtels de la Grande et de la Petite Rivière , contigus à l'hôtel de Clisson*-) et confisqués sur Charles Bureau de la Rivière, et pour rébellion et autres crimes de lèse-majesté», c’est-à-dire pour attachement à la cause du Dauphin. Bedford, qui possédait en outre ce même hôtel de Clisson, plus le château ou palais des Tournelles, qu’il habitait, dit-on, de préférence, 11e dut faire aucun séjour à l’hôtel d’Alègre ; il y logea sans doute, comme à l’hôtel de la Rivière, un jardinier-concierge l,").
(1) rrLes affaires ayant changé de face, dit Moreri, il fut accusé d’être la couse de la perle de l’Anjou, du Maine et de la Normandie, du meurtre du duc de Glocesler pour s’approprier ses biens, d’avoir consommé les revenus de la trésorerie, retenu la paye des soldats, et d’avoir éloigné les fidèles sujets; sur quoi, le Parlement d’Angleterre le fit arrêter et mettre dans la Tour de Londres, puis le bannit. S’étant mis sur mer pour se retirer en France, il fut attaqué par un vaisseau du duc d’Excester, son ennemi, pris et mené à la rade de Douvres, où il eut la tête tranchée, le 2 mai 1 45i .n
rr Ils lui firent son procès a bord, ajoute Michelet; l ien 11e manqua pour que la chose eût l’air’ d’une vengeance populaire ; le pair du royaume eut pour
pairs et jurés les matelots qui l’avaient pris. Ils le déclarèrent coupable, lui accordant pour toute grâce, vu son rang, d’être déaepilé. Ces jurés novices ne l’étaient pas moins comme bourreaux ; ce ne fut qu’au douzième coup qu’ils parvinrent à lui détacher la tête avec une épée rouillée. n ( Hisl.dc France, V, p. 21 3.)
(a) On sait qu’il reste, de cet hôtel, une porte flanquée de deux tourelles, auxquelles est adossée la façade latérale de l’hôtel de Soubise.
(3) Le fait est constaté par l’extrait suivant des Reccptes pour 1/121 : «Hostel de la Grande Rivière : Néant, parce que Monseigneur le duc de Belhfort le tient, lequel Monseigneur y a mis Jean Robillard, jardinier et concierge.^ (. Antiquités de Paris, III, p. 653.)
RUE HAUTEFEUILLE
Lorsque Charles VU eut repris possession de Paris, l’hôtel d’Aiègre dut, comme les autres maisons confisquées, revenir à Yves de Tourzel, son ancien propriétaire. Nous ignorons à quelle époque précise celui-ci y rentra; mais nous savons qu’il le possédait de nouveau en îù/to. Une note de Berty, portant cette date et la rubrique Parloir aux Bourgeois, est ainsi conçue :
itIIostel d’Alègm, alors à d’Alègre, tenant à la rue aux Deux-Portes, d’autre part au collège de Bayeux, aboutissant à l’Hostel de Foretz. - Deux ans après, Yves de Tourzel, créé duc d’Auvergne par Charles VII, allait rejoindre les troupes royales à Tartas, où il combattit contre les Anglais, lut blessé devant Dax et mourut ( 1 A Ata).
Rendu à la famille d’Alègre, dans la personne cle Yves, premier du nom , l'hôtel paraît n’en être pas sorti depuis, bien qu’il ait dû être peu habité par Jacques, fils et successeur de Yves, lequel fut gouverneur de la Basiiicale sous Charles VIII, du duché de Milan, puis de la ville de Boulogne sous Louis XII. Son fils, Gabriel, qui fut prévôt de Paris en 1 5 1 3 , ainsi que le constate une note de Sauvai (1), obligé à résidence par sa fonction, dut séjourner dans l’hôtel de ses pères et le transmettre à ses enfants, succession qui nous conduit jusqu’à l’année 1673, date où il en est fait mention dans les Beceptes, comme appartenant à François d’Alègre et ayant été la propriété de «M. de Poitiers ■» (2>.
Depuis 1 5 7 3 , les Alègre semblent s’y être succédé de père en fils et d’oncle en neveu ; nous ne suivrons point cette filière, parce qu’il ne s’y rattache rien d’intéressant au point de vue topographique. On ne cite, en effet, aucune reconstruction ou décoration analogues à celles dont les hôtels voisins ont été l’objet; la fortune et la situation des Alègre ayant beaucoup baissé aux xvu° et xvmc siècles, il faut en conclure qu’ils habitèrent modestement leur vieille demeure, qu’ils la louèrent ou qu’ils s’en défirent.
Si Jaillot n’a pas fait confusion entre l’angle septentrional et l’angle méridional de la rue des Deux-Portes, c’est l’hôtel d’Alègre qu’il semble désigner dans le passage suivant : « Indépendamment de I’Hostel de Foüetz, il y avoit encore, dans la rue Hautefeuille, quelques maisons remarquables, l’une située au coin de la rue des Deux-Portes, ci-devant occupée par M. Joli de Fleuri (’>. 11 L'illustre avocat général et procureur général au Parlement a parfaitement pu habiter l'hôtel d’Alègre, soit comme locataire, soit comme propriétaire; mais, pour l’assurer, il
(l) rr Ordinale de Paris, 1 5 1 3.
ff Gabriel, seigneur et baron d’Alaigre , prévost de Paris , au lieu de feu Jacques Couligny, seigneur de Chaslillon.*
" Voir ci-avant le texte de ces comptes de Heceples.
(i) Recherches historiques, etc., Quartier Saint- André-des-Arts, voir rue Hautefeuille.
faudrait savoir de quel angle a voulu parler Jaillot. Si c’est de l’angle méridional , l’affirmative ne serait pas douteuse; si, au contraire, il a entendu désigner 1 angle septentrional, Joly de Fleury aurait habité la Maison du Cheval Rouge et de l’Escu d’Albanye, formant enclave dans le pourpris de I’Hôtel de Miraulmont, dont nous parlons plus loin. Mais ce logis, par sa petitesse, semble avoir été bien peu digne d'un personnage tel qu’était le procureur général au Parlement de Paris, à moins qu’il ne s’agisse de l’hôtel de Miraulmont lui-même.
Ce qui pouvait rester de l’hôtel d’Alègre, contigu à celui de Forelz et ayant, comme ce dernier, occupé une partie de l’ancien cimetière des Juifs, a disparu de nos jours, par suite du percement de la seconde section du boulevard Saint-Germain. L'opulente maison de librairie, dont nous avons parlé à l’article de la rue de la Harpe, a confondu dans ses acquisitions le pourpris des deux hôtels et d’une partie du cimetière.
Berty a figuré, sur son plan de restitution, un rectangle qu'il a marqué d’un astérisque, et qui fait enclave dans l’enclos de l’hôtel. Était-ce la partie bâtie, ou une construction ayant remplacé la vieille demeure des Alùgre à une époque indéterminée? Nous ne pouvons rien affirmer à cet égard.
Maison du Cheval Rouge (i552), puis de l’Escu d’Albanye (i 586), faisant le coin de la rue des Deux-Portes, et devant probablement cette double dénomination à deux enseignes. Elle existait déjà deux siècles auparavant, puisqu’elle fut léguée, en i35g, au collège de Laon, par Jehan Demont, chanoine de Saint-Denis. En i55a, la Maison du Cheval Rouge avait pour annexe un jeu de paume; la pièce qui nous fournit ce détail dit qu’elle aboutissait " par derrière à M. de la Porte n, qu’elle tenait, et d’une part, audict sieur de la Porte, et, d’aullre part, à 1 liostel de l’Escu d’Albanye n; ce qui semble indiquer que le Cheval Rouge était originairement distinct de l’Écu d’Albanie, et que les deux maisons ont été réunies vers la fin du wic siècle.
Jeu de paulme de Vaulgirard ( i 552). C’est celui dont nous venons de parler : accolé à la maison du Cheval Rouge et de l’Ecu d’Albanie, il semble avoir été, ainsi que ces deux immeubles, une sorte d’enclave dans le vaste pourpris de 1 hôtel de Miraulmont.
C’est au Cheval Rouge, à l’Escu d’Albanye et au Jeu de paulme de Vaulgiiiard que se rapporte la note suivante, trouvée dans les papiers de Berty :
k 13/17. Une Maison, qui fut jadis granche, séant à Paris, en la rue de la Viel Plastriere, l’esant le coing de la rue que l’on dit entre Deux Portes, prez de 1 église des Cordeliers, et tient d’aultre côté, par devers ladicte rue de la Viel Plastriere,
RUE HAUTEFEUILLE. /,47
a Simon de Fresnoy, et aboutissant par derrière aux aultres maisons et places vuides, qui sont aux escolliers de Suesse.»
HÔTEU DE MIRAULMONT. Cette maison , dans les dépendances de laquelle paraissent avoir été comprises celles des Deux Licobnes et de la Serpente, situées dans la rue de ce nom, ainsi que celle de I’Image saint Kristofle, à l'angle des rues Hautefeuille et Serpente, est mentionnée, en 1 523 , comme appartenant à «Jehan de Miraulmont, escuyer de la Royne»W. Avant lui, elle avait été la propriété de Pierre Poignant, avocat au Parlement, et, en i 5 5 3 , elle était possédée par Antoine Bochard, conseiller au bailliage (2).
L Hôtel de Miraulmont, dans le pourpris duquel les maisons du Cheval Bouge et de 1 Ecu d Albanie, ainsi que le Jeu de Paume de Vaugibard, semblent avoir constitué des enclaves, était limité, vers le nord, par la Maison de l’Image saint Kristofle, faisant le coin des rues Serpente et Hautefeuille. Il résulte de diverses pièces contenues dans les archives des Chartreux, ainsi que dans les registres de l’IIôtel de ville, et dépouillées par Adolphe Berly, que cette maison était l'une de celles qui occupaient l’emplacement de l’immeuble appartenant, au commencement du xvuc siècle, à M. Le Voys et situé en censives de Saint-Germain-des-Prés, de 1 Hôtel-de-Ville et de la Grande-Confrérie. On la trouve désignée, en i468, par l’enseigne de I’Image saint Kristofle. Le Voys, dont le testament est de 1612, en fit don aux Chartreux. La partie qui relevait de la censive de la Grande-Confrérie était de quatre toises de large et de sept de profondeur, sur la rue Serpente; une maison «où demeuroit un chandelier» et un jardin qui en dépendait, appartenant au collège de Laon, étaient contigus à la maison donnée par Le Voys. Celle-ci, dit un titre relevé par Adolphe Berty, avait «cinq toises un pied un quart, depuis le milieu de la jambe estrière, en continuant jusqu'à l’arrest de l’encoigneure des murs et pignon et joignant le trippot». Ce « trippot » était-il une maison de jeu ou un lieu de débauche? Nous 11e saurions le dire d’une façon précise.
L’incorporation de la maison de I’Image saint Kristofle à I'Hôtel de Miraulmont résulte de la mention suivante, extraite des Registres de V Hôtel de ville : «En l’année 1 5 2 5 , Maison en la rue Serpente, faisant le coing de la rue Haultefueilie, laquelle est, de présent, appliquée à la grande maison Où est assise et fondée la tour faisant le coing d’icelle grand maison, aboutissant à la cuisine; contenant, ladicte petite maison, sept toises de long, ou environ, et quatre toises de large».
Quatre ans plus tard, en îôag, autre mention, relevée par Berty dans les
"> Noies de Berly. — Ibid.. ^
Zi 48 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS,
mémos registres : « 1 529. Maison faisant le coing de la rue Serpente, auquel coing V a une tourelle estant des appartenances de ladicte maison, donnant, en partie au Jeu de paulme de Vaulgirard, et, en l’autre partie, en la ruelle'1*. En long, le jardin de ladicte maison, aboutissant aux hoirs de feu le président Thiboust, fust vendu par Marguerite Piedefer à Antoine Bochard, seigneur de Sarinville , conseiller du roy. 11
Les notes recueillies par Berty ont besoin d’être reliées entre elles par quelques détails généalogiques de nature a expliquer les diverses transmissions de l’hôtel.
Et d’abord, on peut reculer de cinquante-sept ans la date de la première mention de I’Hôtel de Miraulmont, puisqu’il existe un titre de 1/168 relatif à la Maison de saint Kiustoele, qui y fut incorporée. On doit ensuite regarder comme un lapsus la mention d une Maison des Deux Licornes en la rue Hautefeuille ou en la rue Serpente; c’est une confusion avec l’immeuble de ce nom sis en la rue de la Harpe. Enfin, les Poignant, les Piédefer, les Bochard, les de la Porte ont eu entre eux des relations et des alliances qu’il faut rappeler sommairement, si l’on veut se rendre compte des mutations de propriétaires.
Les Poignant, propriétaires primitifs de l’immeuble ou de l’une de ses parties, s’allièrent aux Piédefer, qui vendirent aux Bochard. Une Bochard épousa François de la Porte et eut une fille qui, mariée à François du Plessis de Richelieu, lut mère du cardinal. Quant auxTbiboust, vendeurs du jardin dont s’arrondit 1 hôtel de Miraulmont, c’était, comme les Poignant, les Piédefer et les Bochard, une famille de rohe, et l’on sait que le monde parlementaire avait élu domicile dans les environs de l’église Saint-André-des-Ars. Les Thiboust avaient acquis I’Hôtel des évêques de Saint-Brieüc , en la rue Serpente, à l’époque où le haut clergé vendait ses résidences parisiennes, témoin les aliénations faites par les évêques de Clermont et d’Auxerre, l’abbé de Molesmes, etc.
O11 sait peu de chose des Miraulmont, dont le nom est attaché à l’hôtel de la rue Hautefeuille. Un Miraulmont vint à Paris, en 1/120, apporter le texte du traité de Troyes, comme ambassadeur du roi d’Angleterre et du duc de Bourgogne. Un autre est connu comme érudit (2).
Ou ignore à quelle époque précise les Miraulmont se défirent de leur propriété ; c’est en i6o5 seulement qu’on la voit possédée par un sieur Le \oys, qui la lègue aux Chartreux en 1612. Ceux-ci, désireux d’en tirer produit, la divisent en six lots qu’ils couvrent de maisons, dont deux sur la rue Hautefeuille, trois sui la îue Serpente, et une à l’angle de ces deux voies. Cette dernière, qui occupait lem-
n ce[te - nielle r n’est autre que la rue Serpente. — (2) C’est 1 auteur du droite des chancelleries, de l’Origine des Cours souveraines et des Mémoires sur la prbôté de l’hôtel.
TOVRELLE DE L'HÔTEL DE FECAMP