‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 124 sur 206 · ACTUELLEMENT RUE ANTOINE-DUBOIS · texte numérisé non relu

ACTUELLEMENT RUE ANTOINE-DUBOIS

La voie qui a porté pendant deux siècles le nom de la grande ou étroite observance de Saint-François d’Assise, et qui, depuis 1 85 1 , porte celui du célèbre

(I) Cette maison, qui porte le n° 5 sur le quai Conti, avait reçu, sous le second Empire, une inscription commémorative; la plaque de marbre noir où celte inscription était burinée a été enlevée en 1870, avant qu’on ait constaté qu’elle y avait été indûment placée.

(2) Voir ce que nous en disons, à l’article du quai Conti.

(3) Voir à l’article de chacune de ces deux rues.

Celte voie a été complètement omise par Adolphe Berly.

chirurgien Antoine Dubois, a été ouverte en 1672, comme sa voisine la rue de Touraine. Ce double percement coïncidait avec la destruction de l’enceinte de Philippe-Auguste et la démolition des portes qu’on y avait ménagées. Louis XIV venait d’ouvrir la campagne de Hollande; l’Édilité parisienne, désireuse de consacrer le souvenir des victoires remportées sur le Rhin, s’occupait de faire disparaître les anciennes et bastilles 11 de Saint-Martin et de Saint-Denis, pour les remplacer par deux arcs de triomphe. Depuis la butte de la Villeneuve, dite de Bonne-Nouvelle ou de INotre-Dame-des-Gravois, jusqu au palais Cardinal, la viedle muraille du xive siècle et les fossés qui la bordaient sur la rive droite faisaient place à de nouvelles rues('). Il fallait bien que le mouvement commencé par Le Vau, constructeur du collège Mazarin et destructeur de la porte, de la tour et de ce qui restait du château de Nesle, se continuât, sur la rive gauche, jusqu’à la porte Saint-Bernard, y compris celle qu’on avait construite au moment de 1 ouverture de la rue Dauphine, et qui était pourtant de date récente®.

Le percement de la rue de l'Observance se rattache à cet ensemble de démolitions. En détruisant la muraille de Philippe-Auguste et en comblant les fossés creusés sous le règne du roi Jean , 011 éprouva le besoin d utiliser les terrains que toutes ces destructions rendaient disponibles. Entre 1 ancienne porte de Saint- Germain ou des Cordeliers, le couvent de ce nom, et le et chemin sur les fossés n, il existait précisément un jardin converti en cimetière, lequel, n étant plus adosse à la muraille, 11e pouvait subsister en cet endroit. O11 résolut de 1 utiliser, et, après entente entre les religieux et le Bureau de la Ville, 1 ordonnance suivante fut rendue :

et 1 g août 1 672. Le Roy estant en son conseil, s’estant fait représenter le plan arresté entre les Prévost des marchans et Lschevins de sa bonne ville de Paris, et le sieur président de Mesmes, sindiq apostolique et protecteur général des Cordeliers de France, et en particulier du grand couvent de ladite ville, pour la construction d'une place de 9 thoises de large au devant du grand portail de leur église, sur 18 thoises de long, et d’une rue de G thoises de large, qui traversera ladite place jusqu’à la rue des Fossés, vis-à-vis 1 hostel de Conde, etc., Sa Majesté, estant en son conseil, a ordonné et ordonne que ledit plan sera execute selon sa forme et teneur PL*

Cette place et cette rue subsistent encore, malgré les démolitions successives qui ont eu lieu sur ce point, et en dépit des remaniements que le sol lui-même a subis. Le couvent des Cordeliers a disparu; 1 hôpital des Cliniques a ete transféré sur les terrains retranchés des jardins du Luxembourg et ayant lait partie du

a) On connaît, dans Le Meilleur de Corneille, les vers relatifs à celte transformation. 1 ' Voir, ci-devant le chapitre des Enceintes , tours , tournelles, portes et poternes. — ' Rei j. du Burcnu de lu 1 ille , H 1 8 s i .

RUE ET PLACE DE L’OBSERVANCE

clos des Chartreux; l’École pratique de médecine est en reconstruction sur son ancien emplacement. Quant au sol de la rue, il a pendant longtemps offert une pente rapide, représentant la différence de niveau qui existait entre la rue des Cordeliers et l’ancien chemin sur les fossés (rue Monsieur-le-Prince); depuis, cette déclivité a été rachetée par un escalier divisé eu plusieurs perrons. Mais il reste trace de la place et de la rue décrétées en 1672; la place, qui faisait face au portail de l’église des Cordeliers, est représentée par la partie basse de la rue, en retrait sensible sur la partie haute, et la rue est cette partie haute elle-même.

Les historiens de Paris qui ont écrit postérieurement à l’ordonnance de 1G72 nous renseignent sur la suite qui lui fut donnée. «Le portail des Cordeliers, dit Piganiol delà Force, est situé sur une petite place où commence la rue de l’Observance, qui lut percée en 1672, et qui a été ainsi nommée ;'i cause que la grande porle du couvent des Cordeliers y donne. Sur cette porte, qui est sur la même ligne que le portail de l’église, on lit cette inscription :

Le grand Couvent de l’Observance S. -François 1 673.75

Jaillot n’est pas moins affirmatif sur l'origine de la rue qui nous occupe : tt L’église des Cordeliers, dit-il, étoit un jardin qui fut destiné ensuite à servir de cimetière. On en a pris, depuis, une partie pour faire les rues de l’Observance et de Touraine; le reste est couvert de maisons. Ce jardin aboutissoit à une ruelle qui régnoit le long des murs jusqu’à la porte M. y,

Mais quelle est l’histoire de ce jardin, transformé en cimetière, et fort étroit sans doute, puisqu’il était limité par la rue et le couvent des Cordeliers, d’une part, la porte Saint-Germain et l’allée des Murs, de l’autre, ce qui lui donnait la forme d’un triangle!2)? L’un de nos collaborateurs a pensé qu’on pouvait l’identifier avec le Parvus Campus, ou Petit Champ, dont nous avons parlé à l’article de la rue Hautefeuillet3), et que nous inclinons à considérer comme la partie haute de cette dernière voie, déclassée depuis la construction de l’enceinte de Philippe- Auguste. Nous devons à ce collaborateur, dont le concours intelligent et dévoué 11e nous a jamais fait défaut, l’exposé des raisons qui lui paraissent militer en faveur de son hypothèse.

Elle a pourpoint de départ une charte de saint Louis datée de 1 269, et dont nous extrayons ce passage : tt Concessimus ad usus ipsorum (Cordigerorum), quemdam vicum, qui vocatur Parvus Campus, situm ad lattis sinislrum Fratrum predictorum, i ta quod ipsum vicum, propter usus suos et ecclesie sue, claudere

Description de Paris, par Piganiol de la Force, propriété de lTIù tel -Dieu, qui l’avait acquis de la VII, 16. Ville. Voir l’article relatif à la rue de Touraine.

(î) Ce jardin paraît avoir été, au xvne siècle, la ^ Voir à la rue Hautefeuille.

valeant ac tenere in perpetuumW. v Voilà donc les Cordeliers mis en possession d’une rue, viens, située au côté gauche de leur église, et ayant le droit de la fermer et de la garder à tout jamais. Mais quel était ce côté gauche? Tout en regrettant que l’expression latus, qui désigne généralement une nef collatérale, n’ait pas été remplacée dans la charte de concession par le mot caput, lequel s’appliquerait au chevet de l'église, et constituerait, dans l’espèce, une preuve décisive en faveur de. la partie haute de la rue Haulefeuille, nous croyons, dis-je, qu’elle doit s'entendre par rapport au spectateur placé dans la rue des Cordeliers, seul endroit par où il pût approcher de l'édifice. Dans cette situation, si impropre que soit le terme laïus, il faudrait entendre, par latus dexlrum, le portail de l’église, à l’ouest, et par laïus sinistrum, le chevet de l’église, à gauche. Notre collaborateur estime, au contraire, que le mot laïus sinistrum peut parfaitement s’appliquer à la rue de l’Observance, en supposant le spectateur, ou plutôt le rédacteur de l’acte de 1269, placé, soit dans l’église au milieu de la grande nef, ayant le sanctuaire à droite et le portail à gauche, soit dans la rue des Cordeliers, mais tournant le dos à l’église et s’orientant selon la méthode universelle, c’est-à-dire ayant l’œil fixé vers la Grande Ourse ou l’étoile polaire. Dans cette situation , le mot laïus sinistrum désignerait évidemment la rue de l’Observance.

Nous devons faire remarquer que l’arrangement de 1672, intervenu entre le Bureau de la Ville et les Cordeliers, semble militer en faveur de cette interprétation. Si la Ville r arrête un plan-», d’accord avec les religieux, pour l’établissement d’une rue et d’une place au-devant de leur église, ne serait-ce point parce que le terrain à occuper leur appartenait, et n’aurait-on pas alors quelque raison d’y voir ce Parvus Campus que la charte de 1 2G9 leur donne à toujours, in perpeluum ? Un des termes de cette charte paraît néanmoins assez peu compatible avec l’hypothèse de notre collaborateur : le mot viens s’entend généralement d’une rue et non d’un territoire; on le comprend parfaitement appliqué à la partie déclassée de la rue Hautefeuille; on s’en rend plus difficilement compte lorsqu’il s’agit d'un jardin converti plus tard en cimetière. D’ailleurs, quelle rue, autre que l’allée des Murs, pouvait-il y avoir, en 1269, entre celle des Cordeliers et la muraille de Philippe-Auguste, à quelques pas seulement de la porte Saint-Germain? Aucun document imprimé ou manuscrit ne nous renseigne sur ce point.

CÔTÉ ORIENTAL

JUSTICE ET CE.NS1VE DE S A INT-GERM AIN-DES -PRES

Portail occidental de l’Eglise des Cordeliers. Nous le mentionnons seulement (1) Recherches critiques, etc. , Quartier Saint-André-des-Arts, p. 55.

RUE ET PLACE DE L’OBSERVANCE. 493

comme étant en bordure de la place et de la rue de l’Observance, renvoyant le lecteur à la monographie de cet édifice, que nous avons écrite ailleurs W. On le voit se profiler sur tous les anciens plans de Paris et sur un grand nombre d’anciennes estampes. Piganiol de la Force estime qu’il se ressentait « du goût gothique qui régnoit au commencement du treizième siècle, et qui a régné encore longtemps après i). Il ajoute que tria statue de saint Louisu décorant ce portail était tt estimée des antiquaires i>.

Grande Porte du Couvent des Cordeliers, placée, selon Piganiol, ttsur la même ligne que le portail de 1 église n, et ornée de l'inscription que nous avons reproduite plus liant.

1 avillon occidental de 1 aile de bâtiment formant le coté sud du couvent, et venant aboutir à 1 angle des rues de l’Observance et des Fossés Monsieur-le-Prince.

CÔTÉ OCCIDENTAL

(du Nord au Sud, comme le côté oriental).

Maison sans désignation, formant l’angle de la rue des Cordeliers, et ayant dû exister avant l’ouverture de celle de l’Observance. Celle qui subsiste aujourd’hui, et qui parait postérieure à i 672 , est probablement une reconstruction.

Six Maisons sans caractère architectonique, parmi lesquelles il en est trois qui méi îtent une mention particulière. Ces immeubles, qui communiquent par le fond avec deux autres ayant leur entrée sur le côté oriental de la rue de Touraine, étaient, avant la suppression du couvent des Cordeliers, occupés par les jeunes étudiants en théologie de l’ordre de Saint-François.

C’était donc un collège spécial , analogue à celui de Vendôme et des Bernardins; on le trouve qualifié aula théologien, et l’on en constate l’existence dès le commencement du xvi siècle. 11 avait été établi à la suite de la réforme ordonnée en 1 5o2 , parle cardinal d’Amboise, légat du Saint-Siège, et opérée, non sans difficulté, par les évêques d’Autun et de Castellamare W. Installé dans les dépendances du monastère et en debois de la clôture, parce quil s agissait de |eunes religieux non encore profès, ce collège se trouva séparé du monastère par le fait du percement de la rue de 1 Obseï vance , et cette circonstance sufiirait a expliquer 1 arrangement qui intervint entre la Ville et le couvent, pour cette opération de voirie. Il est vrai

de celle réforme el les obstacles que les Cordeliers y apportèrent. (Histoire de la ville de Paris, II, 900 et 901.)

(,) Voir ci-avant, delà page 333 à la page 356 inclusivement.

(î) Félibien raconte assez plaisamment l'histoire

quelle implique également la possession, par les Cordeliers, du terrain dans lequel notre collaborateur croit voir le Parvus Campus de 1 26g.

Ces bâtiments du collège, situés sur la rue de 1 Observance, communiquaient, avons-nous dit, avec deux maisons de la rue de Touraine; on les a divisés pour les vendre, lors de la sécularisation des biens d’église. M. Le Feuve, qui les a visités, y a constaté te un puits commun au centre, ainsi que des rapports constants de construction , montrant quelle était l’importance, au xvme siècle, en tant qu’édilice, du collège de ces religieux de l’ordre de Saint-François (1> ».

Voir, pour plus amples détails sur Yaula lheologica intérieure et extérieure, la monographie du couvent des Cordeliers.

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