‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 125 sur 206 · DÉNOMMÉE, EN DERNIER LIEU, RUE LARREY · texte numérisé non relu

DÉNOMMÉE, EN DERNIER LIEU, RUE LARREY

Cette voie, dont il ne reste plus trace aujourd’hui, mettait autrefois en communication les rues du Jardinet et des Cordeliers jde 1 Ecole-de-Médecine). Elle paraît avoir été contemporaine de toutes les petites rues de ce territoire si divisé, véritables sentiers serpentant à travers les tt Petits Champs 11, Parvi Campi , entre lesquels se partageait 1 ancien clos de Laas, que laccensement de 1179 construction de l’enceinte de Philippe-Auguste contribuèrent si puissamment a peupler.

Il est fait mention, dès 12/16, de la rue du Paon : le Carlulaire de Sorbonne l'appelle viens Pavonis , expression que les titres français traduisent pai Paon ou Pan. Cette dénomination provenait sans doute d’une enseigne appendue à une maison de la rue; mais il 11e nous a pas été possible de déterminer quelle était cette maison. Quelques auteurs ont cru que ce pouvait être l’hôtel des archevêques de Reims, sur les murs duquel une image héraldique de cet oiseau aurait été peinte ou sculptée, comme la pièce principale de l’écu. Dans la voie des conjectures, on peut aller fort loin : rien d’invraisemblable à supposer que l’un des grands hôtels voisins a possédé un paon dans ses jardins, selon l’usage du temps, et que c’est là l’origine du nom de la rue. La dénomination de celle des Lions- Saint-Paul a une cause identique.

Comme la résidence archiépiscopale occupait un vaste rectangle circonscrit par

Les anciennes Maisons de Paris, par Le I'euye.

les vues du Jardinet et de la Vieille— Plâtrière , ainsi que par les rue et impasse du Paon., ces dernières formant les limites occidentale et méridionale, on a pu donner à l’une et à l’autre le nom de nrue et ruelle à larcevesque de Rainsn. Le fait n est pas douteux pour le cul-de-sac du Paon, que l’on trouve généralement appelé ttrue de l’hoslelu, ou de et l’archevesque de Reims v, et qui ne devint une impasse qu’au moment où les agrandissements de i’iiôtel amenèrent la suppression du tronçon de voie unissant la rue Mignon à celle des Étuves O. il l’est davantage pour la rue elle-même, sur laquelle l’hôtel de Reims n’avait que des dépendances, la façade ou entrée principale paraissant avoir été située à l’angle de la rue et de l’impasse.

Sauvai prétend que le nom de ttrue de l’archevesque de Reims » se trouve ttdans un rôle de taxe imposée du temps du roi Jean», et Mercier l'a répété dans son Tableau de Paris. Mais Jaillot a objecté d’abord que la taxe dont il s’agit fut imposée en 1 3 5 6 , et non en 1 3 5 1 , à la suite de la funeste bataille de Poitiers et de la prise du Roi; il a fait remarquer, en outre, que Sauvai s’était mépris une seconde fois, en prétendant que et la rue de la Vieille-Plâtrière ne se trouve plus en ce quartier-là, et quelle a peut-être changé son nom en celui de la rue du Paon, ou de la cour de Rouen *.

La tt Vieille-Plâtrière n dont il est question paraît avoir été siluée dans l’espace compris entre les rues des Cordeliers, du Paon, du Battoir et la partie supérieure de la rue Hautefeuille , qui en avait pris le nom; la rue du Paon et la cour de Rouen en étaient donc assez voisines; mais il ne semble pas qu’on leur ait jamais appliqué cette dénomination, comme aux rues Hautefeuille et du Battoir.

Jusqu’à ces dernières années, la rue du Paon avait conservé en grande partie son ancien aspect : on avait seulement substitué à son vocable primitif le nom du baron Larrey, célèbre chirurgien militaire du premier Empire. L’ouverture de la seconde section du boulevard Saint-Germain et l’agrandissement du périmètre de l’École de médecine l’ont fait disparaître complètement. L’espace qu’elle occupait est représenté aujourd’hui par le terre-plein formant la pointe occidentale de la nouvelle Ecole, et par le sol du boulevard Saint-Germain, dans la direction du futur boulevard Saint-André.

CÔTÉ OCCIDENTAL

(du Nord au Sud).

JUSTICE ET CENSIVE DE SAINT-GERM AIN-DES-PRÉS

HÔTEL DE TOURS. A peu près vis-à-vis du débouché de la ruelle do Reims, ou

(I) Voir la rue de ce nom.

impasse du Paon, se trouvait une maison appartenant à ia famille Le Bouthillier de Chavigny, dont plusieurs membres ont rempli de hautes fonctions dans l’Etat et dans l’Église. Trois d’entre eux notamment, Claude, Victor et Léon, comptaient, nu xvuc siècle, parmi les grands personnages du royaume : le premier reçut, en 1618, le portefeuille des affaires étrangères, et lit nommer son neveu Léon, ministre et secrétaire d’Etat ; le second, Victor, fut évêque de Boulogne, puis archevêque de Tours, et premier aumônier de Gaston de France PL C’est à lui que l’hôtel Le Bouthillier dut son nom.

Ce prélat descendait, en effet, chez son frère et chez son neveu, lorsqu’il venait à Paris, et le séjour, probablement assez fréquent et assez long qu'il y faisait, lit donner à cette maison de famille le nom d’hôtel de Tours, d’autant plus naturellement que les archevêques de Reims et de Rouen logeaient dans le voisinage, et que l’opinion publique 11e distinguait pas entre leur résidence officielle et l’habitation privée de leur collègue.

C’est donc à tort que les auteurs du Dictionnaire historique de la ville de Pans ont écrit ce qui suit : «Dans un rôle de 16Ù0, il est dit : Maison appartenant à M. Boulillier, surintendant des finances, tenue par M. V archevêque de Tours. La demeure de ce prélat, et peut-être de quelques-uns de ses successeurs, aura pu faire donner à cet hdtel garni le nom qu’il porte encore aujourd’hui <2>. d Transformer en cc hôtel garni i> la demeure d’un ministre et d’un archevêque, parait être une erreur assez lourde ; mais la maison avait sans doute cette destination à l’époque où écrivaient Hurtault et Magny; le petit hôtel de Lyon, ancienne dépendance du séjour de Navarre et d’Orléans, était bien, à quelques pas de là, métamorphosé en auberge et en remises à carrosses de poste. 11 y a donc lieu de croire que les Bouthillier, dont la maison paternelle était située rue de la Couture, ou Culture-Sainte-Catherine, vendirent celle de la rue du Paon, et que le nom d’hôtel de Tours lui resta. A l’époque où écrivait La Tynna (1812), elle le portait encore.

Avant l’ouverture de la deuxième section du boulevard Saint-Germain, qui a fait disparaître la rue et l’impasse du Paon, les bâtiments de l’hôtel de Tours étaient occupés par un établissement de bains, et au fond d’une cour se trouvait, cachée derrière des constructions légères, une des tours de l’enceinte de Philippe-

1 Victor Le Boulkiller, coadjuteur de Bertrand d’Eschaux, archevêque de Tours, lui succéda sur le siège le 2 juin 1 64 1 . 11 reçut le pallium le 20 mars 16^2, et mourut le 12 septembre 1670, à l’âge de soixante-treize ans. ( Gallia christiana, XIV , 1 37, 1 38.) Il put donc, pendant près de vingt ans, loger dans la maison de la rue du Paon, suivant en cela

la coutume des évêques et archevêques de France, que leurs affaires amenaient chaque année à Paris pendant la saison d’hiver, et qui descendaient chez des parents ou chez des amis, quand ils n’y avaient pas de résidence officielle.

(S) Dictionnaire historique de la ville de Paris , par IIürtault et Magny (hôtel de Tours, III , p. 275).

Auguste : on l’aperçoit distinctement sur le plan de Jouvin de Rochefort. (Voir le chapitre des Enceintes, tours et portes.)

Hôtel des Archevêques de Rouen, situé, dit Jaillot, « à l’extrémité du cul-desac de Rouen, et lui en ayant fait donner le nom ^ -, L’affirmation est peut-être un peu hasardée : l’hôtel dont il est question débordait à droite et à gauche de celui de Tours, lequel n’était qu’une enclave dans le vaste pourpris au milieu duquel s’élevait la résidence parisienne du prélat normand. 11 semble que l’assertion de Jaillot soit contredite par Sauvai qui, écrivant plus d’un siècle auparavant, était mieux en situation de déterminer l’emplacement de cet ancien logis : «l’hostel de 1 archevesque de Rouen, dit-il, qui estoit sciz à Paris, près la porte Sainl-Germain-des-Prés, à ï opposite de ïhoslel de Reims® n.

La contradiction apparente résulte de l'identité de situation des deux hôtels : placés 1 un et 1 autre dans un enclos , entre cour et jardins, entourés de bâtiments construits à diverses reprises et dans des conditions analogues à celles de l’ancien hôtel Saint-Paul, ils appartenaient, en réalité, aux différentes rues qui bordaient leurs murs de clôture. L’hôtel de Reims était donc à la fois sur les rues du Jardinet, du Paon, ainsi que sur 1 impasse de ce nom, et il touchait par un point à la rue Hautefeuille, ainsi qu’à la partie supprimée de la rue des Étuves. Celui de Rouen, délimité au sud par la rue du Paon, au sud-est par l’extrémité occidentale de celle du Jardinet, à l’est par le cul-de-sac qui lui devait son nom, au nord par la ruelle, ou allée des Murs, longeant les fortifications de Philippe-Auguste, avait probablement une première entrée vis-à-vis de la porte Saint-Germain, et une seconde a 1 extrémité de limpasse. L une donnait accès dans l’enclos; l’autre, plus rapprochée de la maison d’habitation, la desservait.

Il nous a été impossible de découvrir l’époque de sa construction ou de son acquisition par les archevêques de Rouen ; ce que nous savons, c’est que ces prélats séjournaient fréquemment dans la capitale, et étaient très mêlés aux choses parisiennes. Pour n’en citer que deux, qui comptent parmi les plus célèbres, Gilles Aiceün de Montaigu et le cardinal Georges d’Amboise ont attaché leur nom, l’un à la iondation dun collège, 1 autre à la création de plusieurs bourses en faveur des pauvres écoliers. On en voit d’autres figurer dans un grand nombre de cérémonies, assister à des entrées solennelles, à des processions générales, etc., toutes choses qui impliquent un séjour de quelque durée à Paris.

Les archevêques de Rouen paraissent avoir surtout habité la capitale pendant la domination anglaise. Ils tenaient pour l’étranger qui occupait presque con-

Recheeohes historiques et critiques, etc. , Quartier Saint-André-des-Arts, p. n5 — « Antiquités de Paris, l. lit,

sous la rubrique 1 4 30.

stamment leur ville archiépiscopale, ainsi que la province de Normandie; et ce sont précisément les documents de cette époque qui jettent quelque jour sur leur hôtel de Paris. De 1A08, date de l’entrée des Anglais à Rouen, jusqu’à iA36, année de leur départ de Paris, les prélats rouennais sont pensionnés, gratifiés, enrichis par les rois d’Angleterre. Le Gallia christiana , malgré sa reserve, laisse deviner cette particularité en ce qui concerne Louis d’Harcourt. Sauvai, moins discret, assimile Louis de Luxembourg, également archevêque de Rouen, à Pasqnier de Veaux, évêque de Meaux, dont le temporel fut saisi au retour de Charles VIL Le même auteur nous montre le successeur de ces deux prélats, Jean de la Roche-Taillée, pourvu par Henri VI, ou plutôt par Bedford, de maisons et domaines situés à Vanves, à Saint-Cloud, et ayant appartenu aux bourgeois de Paris, Jean et Simon Tarenne; ce qui semble prouver que cet archevêque habitait. alors son hôtel de la rue du Paon, et qu’il put facilement prendre possession des biens confisqués.

En 1 436 , il fallut rendre gorge et subir en outre, au moins momentanément, une dépossession de l’hôtel archiépiscopal. Deux documents de l’année 1/189 nous renseignent à cet égard : dans le Compte, cité par Sauvai, des «œuvres et reparations n pour cette année, on lit : «Œuvres et réparations faites en 1 lioslel qui fut à l’archevesque de Rouen, assis à l’opposite de l'hostel de Reims, prez la porte Saint Germain des Prez O. n Ces travaux, exécutés aux frais du Trésor, établissent clairement que l’hôtel avait été «mis en la main le Royn. Un passage du Gallia christiana nous montre, d’ailleurs, que le titulaire du siège, lequel était alors Louis de Luxembourg, était resté Anglais de cœur : créé cardinal par Eugène IV, en cette même année 1 4 3g , il déclara ne pouvoir accepter cette dignité qu’autant que le roi d’Angleterre l’y autoriserait W. Peu de temps après, il mourut au delà du détroit.

Nous ne savons à quelle époque précise 1 hôtel parisien des archevêques de Rouen fut rendu aux successeurs de Louis de Luxembourg ; peut-être la confiscation ne survécut-elle pas à ce prélat. 11 y a lieu de croire que les prélats normands y logeaient dès les premières années du siècle suivant, et probablement avant. Le ,3 février i5oa, «très révérend père en Dieu, Georges d’Amboise, archevesque de Rouen, légat de France n, — c’est ainsi que les Registres du Bureau de la Ville qualifient le cardinal négociateur qui venait de conclure le traité de Trente entre le roi Louis XII et l’empereur Maximilien , — était annoncé comme devant faire son

’ ' Antiquités de Paris, t. lit, année i43(î.

'• Les ailleurs du Gallia christiana le disent formellement (XI, p. 89) : «Promotus ad purpuram cardinalitiam ab Eugenio IV papa, anno i43g,

protestatus est recusaturum banedignitatem , nisi accederet regis Henrici consensus... Accessit regis consensus, litteris dalis apudWestmonasterinm, anno 1 44o, . . Anno 1 443 , obiif Harseldiæ in Anglia. »

entrée solennelle à Paris. 11 la fit, en effet, sous un rtcielu porté par les membres du Corps municipal et les chefs des corporations marchandes, ainsi que le constate cet extrait de la délibération prise à ce sujet :

ctMesdicts sieurs les Escbevins porteront ledict ciel depuis la porte Sainct Denis jusques à la fontaine la Royne ; et là le prendront les Drappiers, qui le porteront jusques devant le Sépulcre; etle bailleront aux Espiciers, qui le porteront jusques à la rue de la Calande ; et là le prendront les Changeurs, qui le porteront jusques à Nostre Daine; et au retour de Nostre Dame, le porteront les Merciers jusques au coing de Sainct Sevcrin ; et du coing de Sainct Severin jusques à sondict logis le porteront les Orfèvres W, n

De Saint-Séverin à la rue du Paon, il n’yavait, en effet, qu’une courte distance, et le trajet eût été moins long encore, si le cardinal d’Amboise était descendu à l’hôtel de Cluny, résidence abbatiale de son frère Jacques, qui fit reconstruire ce magnifique logis de i/i85 à 1/190; or il n’est pas improbable qu’il y ait séjourné, étant donné l’itinéraire que nous venons d’indiquer et qui désigne le et coing de Saint-Séverine, c’est-à-dire le carrefour situé à la rencontre des rues de ce nom, Saint-Jacques et Galande, comme lieu de passage du cortège. Mais que le cardinal d’Amboise ait été reconduit à l'hôtel abbatial, ou à a la maison de Rouen n, comme l’appellent les Registres du Bureau de la Ville, il est certain que cette maison était, vingt-trois ans plus tard, en pleine ttruyne et décadence n , ce qui ne s’expliquerait guère, si les successeurs de Georges d’Amboise avaient continué à l’habiter.

Félibien a publié, dans ses Preuves, des Extraits de différents Registres du Parlement, parmi lesquels il place la pièce suivante, sous la rubrique : Règlement pour les grands hostels inhabités :

et An 1 5 2 5 . Dudict jour, le Prévost des marchands a dict à l’Assemblée qu’il V a en ceste ville plusieurs grandes maisons tout ouvertes, qui sont en ruyue et en décadence, ezquelles il n’y a aucuns demourans, et où plusieurs mauvais garçons se pourraient retirer et eulx fortifier, comme l’hostel de la Royne, la maison de Rouen, l’hostel de Nevers et aultres ; et est besoin d’y pourvoir, et l'ault sçavoir si on contraindra ceulx à qui elles sont de les réparer, clorre et fermer, u

L’hôtel de la rue du Paon était du nombre de ces grands logis abandonnés : aux termes de la délibération qui intervint à la suite de la requête présentée par le Prévôt des marchands, les archevêques durent recevoir l’ordre de remédier à

l) Registres imprimés du Bureau de la Ville , t. I, p. 68.

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, cet état de choses. Il fut cradvisé, en eiïet, que, pour le présent, on ne contraindroit point ceux à qui sont lesdictes maisons de les bastir et réparer, mais que on leur feroit faire commandement d’y faire faire portes, et les faire clorro et fermer, et y faire mectre gens, alfin que aulcuns mauvais garçons ne y puissent entrer n.

L’état d’abandon dans lequel les archevêques de Rouen avaient laissé leur hôtel parisien prouve évidemment combien peu ils tenaient à cette résidence. Ils la trouvaient sans doute trop « gothique-», surtout depuis que l’abus de la commende leur avait donné de plus beaux logis, à l’un l’hôtel des abbés de Gluny, à l’autre le palais abbatial de Saint-Germain-des-Prés. Ce fut précisément le constructeur de ce magnifique logis, encore debout aujourd’hui, qui vendit la vieille et maison de Rouen n. Charles de Bourbon, archevêque de Rouen et abbé de Saint-Germain, fit en effet bâtir le cc chasteau u dont une petite rue voisine porte encore le nom W; les auteurs du Gallia christiana le constatent en ces termes :

cc Palatiurn abbatiæ suæ Sancli Germani a Pratis Parisiensis ædificavit, miro artificio cardinalitia causia in appendice tecti collocata®. v Tout occupé de cette construction qui portait le signe extérieur de sa dignité, absorbé d’ailleurs par les Ligueurs, qui voulurent en faire un roi de France, le cardinal de Bourbon se défit de l'hôtel de Rouen vers i58ô, et on ne le vit plus dès lors, ainsi que son neveu et successeur, habiter d’autres logis que Ædes Sangermanenses , — c’est l’expression du Gallia christiana, — soit qu’ils séjournassent à Paris, soit qu’ils n’y fissent que des voyages.

Délabré comme il l’était, composé de divers corps de logis séparés les uns des autres, l’antique hôtel de Rouen dut subir, après la vente, des lotissements et des appropriations qui en dénaturèrent complètement l’aspect. Le vieux mur, bordant 1 impasse qui le séparait du séjour de Navarre et d’Orléans, est le seul reste de la clôture limitant le pourpris de cette ancienne résidence archiépiscopale.

CÔTE ORIENTAL

(d’Orient en Occident).

HÔTEL des ARCHEVÊQUES DE Reims. Bien que cette résidence archiépiscopale ait communiqué avec la rue Hautefeuille, à la suite des agrandissements qui eurent pour conséquence la suppression d’une partie de la rue Mignon et le raccourcis-

!l) La rue Bourbon-le-Château est contiguë au palais abbatial. — (î) Gallia christiana, XI, 99-100.

RUE DU l'AON.

sentent de la ruelle de Reims transformée en impasse du Paon, nous croyons devoir, avec Berty, placer son entrée principale dans la rue et l’impasse de ce nom, disposition qui la mettait en communication directe avec la rue et la porte des Cordeliers 0).

cil y a si longtemps, dit Sauvai, que les archevêques de Reims demeurent a la rue du Paon<2>, que je n’ai su découvrir quand ils ont commencé à s’y établir. Je m imagine que Humbert, patriarche d’Alexandrie, archevêque de Reims, dauphin de Viennois auparavant, y demeurait en 1 353, et que ce fut pour l’agrandir que, cette année-là même, le roi Jean lui donna, au mois de juin, une grange qu il avoit près des Cordeliers, à la rue de la Vieille— Plâtrière , que je ne trouve plus en ce quartier-là, et qui peut-être a changé son nom en celui de la rue du Paon, ou de la rue de la cour de Rouen. Quoi qu’il en soit, par un traité fait en i35a, entre le même Jean et cet archevêque, le Roi promit de lui rendre, ou sa maison de Reuilly, derrière l’abbaye do Saint-Antoine, ou bien sa maison de la Grève, que Philippe de Valois avait donnée tant à Gui son frère, dauphin, qu’à lui-même, en i3aa et i 3 38 , appelée communément la Maison aux Piliers, ou la Maison au Dauphin (3). »

Ce texte de Sauvai donne lieu à différentes observations; on y trouve d’abord la date, non de la création, mais des agrandissements de l’hôtel qui amenèrent la suppression et le raccourcissement de deux rues. On a lieu ensuite de s’étonner qu’un érudit tel que Sauvai, n'ayant plus trouvé la rue de la Vieille-Plàtrière tten ce quartier-là n, ait pensé qu’elle pouvait s’identifier avec celle du Paon, ou avec la cour de Rouen. 11 est constant, en effet, au témoignage de Sauvai lui-même, que les archevêques de Reims tr logeoient depuis longtemps à 1a rue du Paonn; ce ne peut donc etre dans cette direction que les agrandissements eurent lieu; le pourpris des hôtels de Tours et de Rouen, le tracé même des rues du Paon et du Jardinet ne permettaient aucune extension de ce côté. La grange que le roi Jean possédait «près des Cordeliers à la rue de la Vieille— Plâtrière n, ne pouvait être située qu’à l’orient de l’hôtel, et comprise entre les extrémités orientales du viens Scurelli (rue de l’Ecureuil) et de la tt ruelle a larcevesque de Rainsv, ainsi que nous lavons lait remarquer à 1 article de la rue Hautefeuille. Sur ce point, ladite

w La Tynna, sans indiquer la source où il a puisé ses renseignements, place l'entrée principale de l’hôtel dans la ruelle a larcevesque de Mains ». Peut-être a-t-il vu dans celte seule dénomination un motif suflisanl pour affirmer le fait.

(î) Le plan de Gomboust (1662) donne à l’impasse le nom de rr petite rue du Paon»; celui de Bullet et Blondet (î 676), rrC. du Paon » , abréviation qui signifie cul-de-sac. Il se peut que Sauvai ait

appelé indifféremment les deux voies rue du Paon.

(3) Antiquités de Paris, t. Il, livre vu, p. 77. A titre de remarque accessoire, il n’est pas sans intérêt de faire observer qu’un archevêque de Reims , antérieurement dauphin de Viennois , a possédé la maison qui est devenue l'Holel de Ville, et celle où l'on a établi plus tard une manufacture de glaces. La caserne de Reuilly occupe aujourd'hui l’emplacement de ce dernier immeuble.

grange était à une très faible distance de l’église des Cordeliers; elle pouvait donc être dite <c près d de ce monastère.

Un coup d’œil jeté sur le plan parcellaire, malheureusement fort incomplet, qu’Adolphe Berty a dressé, fait voir que l’hôtel de Reims, limité de trois côtés par des voies publiques, n’avait d’extension possible que vers la partie de la rue Hautefeuille appelée Vieille-Plâtrière, et c’est là, en effet, que Sauvai lui-même place la grange donnée par le roi Jean.

Nous ne connaissons que très imparfaitement l'hôtel de Reims : deux anciens plans de Paris, ceux de Bâle et de Saint-Victor, nous le montrent tel qu’il était au xvie siècle et ayant subi probablement diverses modifications. La principale entrée paraît être sur la rue et impasse du Paon , où est figurée une façade à pignon et à tourelles; une grande baie semble former l’entrée du cul-de-sac, lequel aurait été une sorte de cour commune aux archevêques et aux autres habitants de la ruelle. Conçu dans les mêmes conditions que l’hôtel Saint-Paul, celui de Reims était un composé de bâtiments, de galeries, de préaux, de cours, de jardins et autres dépendances; on y voyait un oratoire et une chapelle. Il fut doncfacile d’en opérer le lotissement et la vente, comme on l’a fait pour l’hôtel Saint-Paul, ainsi que pour une grande résidence qui en était plus voisine : nous voulons parler du séjour de Navarre et d’Orléans, ayant son entrée sur la rue Saint-André-des-Ars.

Maison de l’Ymaige sainct Jehan (i 543), faisant le coin méridional du cul-desac du Paon.

Maison de la Fleur de Lïs (i 5 . .), dont nous n’avons trouvé qu’une mention.

Maison du Daulphin ( i 5 6 3 ) ttprez et joignant le collège de Bourgognen. 11 résulte d'une note au crayon, relevée dans les papiers d’Adolphe Berty, que et le Dauphin, rue du Paon, doit une rente à la Sorbonne de i livre îo sous».

Mais s’agit-il ici de la grande ou de la petite rue du Paon , c’est-à-dire de l’impasse? La confusion, ayant été faite par Sauvai, a pu l’être par d’autres, et notamment par l’auteur auquel Berty a emprunté ces deux mentions. Les mots ttprez et joignant le collège de Bourgogne n semblent devoir s’appliquer à une maison contiguë au collège : or celte contiguïté n’est possible que si l’on place la Maison du Dauphin dans le cul-de-sac; en la mettant sur la rue, à la suite de la Maison de la Fleur de Lys, elle est ttprezr, mais non ^joignant le collèges, puisque le plan dressé par Berty montre deux propriétés qui l’en séparent. D un autre côté, on ne saurait identifier cette maison du Dauphin avec l’tt hostel du couvent de Sainct Jehan en Vallées (îàôg), appartenant à labbaye de Cernay, lequel hôtel

IMPASSE DU PAON

touchait au flanc occidental du collège de Bourgogne. La localisation de la Maison du Dauphin reste donc douteuse.

Masure sans désignation.

Maison de l'Image saint Leu, faisant le coin de la rue des Cordeliers.

Cette masure et cette maison, situées à droite ou à gauche du Dauphin, dans l’hypothèse où l’on placerait cette dernière en la rue du Paon, sont localisées par la note suivante trouvée dans les papiers de Berty : «Collège de Sorbonne (îùGi). — Masure près la porte Saint-Germain, tenant à l’évêque de Banuc d’autre, à Laigneur, par derrière à l’hôtel de Saint Jean en Vallée. — Maison de l’Image saint Leu, tenant audit sire de Banuc, et de l’autre aboutissant à l’hôtel de Saint Jean en Vallée. «

IMPASSE DU PAON

Ce qu’on appelait, il y a peu d’années encore, «le cul-de-sac du Paon » était une ancienne rue transformée en impasse, par suite de la suppression de son extrémité orientale. Celte voie étroite, qualifiée de ruelle dans plusieurs titres anciens, allait de la rue du Paon à celle de la Vieille-Plâtrière, et longeait le mur méridional du pourpris dans lequel l'hôtel de Reims était enclos. Elle nous apparaît ainsi dans divers documents du xuie siècle; ce qui prouve quelle était contemporaine des rues du Jardinet, du Battoir, des Poitevins et autres voies transversales établissant une communication plus ou moins directe enlre les artères principales de cette région, rues Hautefeuille, des Cordeliers et Saint-André-des-Ars.

Deux noms lui sont donnés dans les Livres de la Taille de 1 292, 1 298 et 1 299 : le premier est celui de «rue au Prince d. Le rôle ajoute « derrière la meson larcevesque de Bains 11 : ce qui semble indiquer, contrairement à l’affirmation de La Tynna, que 1 hôtel de Reims n’avait pas son entrée principale, ou son devant sur cette ruelle. Nous disons ailleurs que deux anciens plans, ceux de Bille et de Saint-Victor, montrent assez confusément un pignon à tourelles et la baie d’une sorte de porte cochère, à l’angle de la rue et de l’impasse du Paon. La seconde dénomination est celle de «rue Martin Alesoiresr. L’une et l’autre appellation s’expliquent, celle-ci par le fait d’un particulier qui habitait la rue ou qui y possédait des immeubles, celle-là par la proximité du logis d’un grand dignitaire

01 Banuc ne désigne point un siège épiscopal ; c’est un nom de personne, ainsi que le prouve d’ailleurs la suite de la note, où le même personnage est appelé «le sire de Banuc».

ecclésiastique, du cousécrateur des rois de France, et par conséquent d’un « prince de l'Église n. Les noms de rue ou ruelle de l’archevesque de Reims donnent lieu à la même explication.

Jaillot croit que la rue ou ruelle dont il s’agit fut réduite à l’état d impasse par suite de la permission, donnée à un premier président du Parlement, de faire construire, sur le sol même de cette voie, à son débouché de la rue Hautefeuille, une et grandie n, des écuries et autres dépendances (l). La haute situation de ce magistrat, que nous avons nommé ailleurs, expliquerait parfaitement cet acte de faveur; mais il semble plus naturel d’attribuer le raccourcissement de la «ruelle a larcevesquc de Rains» à un agrandissement du pourpris de l'hôtel habité par ce haut personnage. C’est déjà une extension de ce genre qui motiva la suppression du tronçon de voie publique unissant la rue Mignon à la rue des Étuves; il est donc plus raisonnable de croire que la même cause produisit le même résultat. La plus grande partie du sol de la voie déclassée aura été accordée à l’archevêque; le premier président se sera fait donner le reste. (Voir rue des Etuves.)

Jusqu’à la fin du siècle dernier, l’impasse du Paon se prolongeait à une assez grande profondeur : son extrémité orientale atteignait le nnir de fond du collège des Prémontrés. Les travaux exécutés par l’architecte Gondouin, pour la transformation du collège de Bourgogne en école de chirurgie, la réduisirent de moitié; elle se termina, dès lors, au demi-cercle formé extérieurement par le mur de l’amphithéâtre. De nos jours, l’agrandissement de flicole et l’ouverture du boulevard Saint-Germain ont fait disparaître ce qui restait de l'impasse du Paon. Comme la rue sur laquelle elle avait son débouché, 1 impasse du Paon avait reçu le nom du baron Larrey, chirurgien militaire du premier Empire.

CÔTÉ SEPTENTRIONAL

(d'Orient en Occident).

JUSTICE ET CENS1VE DE SAINT-GEBMAIN-DES-PRES

Partie antérieure et latérale de l’IIôtel de Reims , dont 1 entrée principale reste indécise. Les plans de Saint-Victor et de Bâle montrent, sous le nom d hôtel de Reims, un groupe de bâtiments dont les façades se développent sur les trois rues. A l’angle de la rue et du cul-de-sac du Paon, apparaît un pignon flanqué de deux tourelles, et une grande haie semble être, en même temps, la porte cochère de l’hôtel ainsi que l’entrée de l’impasse. Un édifice surmonté d un campanile est sur la rue du Jardinet; c’est sans doute la chapelle de 1 hôtel. Dans ces condi-

l1) Recherches historiques, etc. Quartier Saint-André-des-Arts , article relatif au cul-de-sac du Paon.

IMPASSE DU PAON

tions, l’hôtel do Reims, avons-nous dit, aurait eu quelque ressemblance avec l’ancien hôtel Saint-Paul, qui était un ensemble de bâtiments réunis entre eux par des cours et des jardins. Les plans du xvuc siècle sont plus confus : celui de Qucsnel, malgré sa précision géométrique, ne fait voir qu’un amas de constructions, terminées par une sorte de clocher. Quant à ceux de Mérian et de Vassalieu, ils ne montrent ni le cul-de-sac du Paon ni l’hôtel qu’ils semblent confondre avec le collège Mignon. Sur le plan de Gomboust, la place de l’hôtel de Reims n’est plus indiquée que par un pointillé.

CÔTÉ MÉRIDIONAL

(d’Occident en Orient).

Maison de l’Image saint Jean ( 1 563), formant le coin de la rue et de l’impasse du Paon.

Maison sans désignation, n’aboutissant point à la rue des Cordeliers.

Partie postérieure de l’Hôtel de Saint-Jean-en-Vallée (i/iôg), ayant appartenu à l’abbaye de Cernay.

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