DITE AUSSI DES DEUX-PORTES
L’expression ttrue percée », viens perforalus, indique ordinairement, à n’en juger que par l’étymologie, une voie ouverte postérieurement à celles auxquelles elle aboutit; c’est, pour employer un terme moderne, un percement. Il 11e faut donc point considérer la rue dont il s’agit comme exactement contemporaine de celles de la Harpe et de la Barre, qu’elle faisait communiquer entre elles, et, par conséquent, il y a tout lieu de croire quelle n’a point été originairement un de ces sentiers, ou chemins de desserte, existant à travers le clos de Laas, au moment où se produisit le grand accensement de 1 17g.
La première mention qu’on en trouve est de 128A : on la rencontre dans les
■l) On sait que Guillaume Poyet, successivement avocat en renom, puis avocat général et président à mortier, devint chancelier de France en i538. C'est lui qui avait plaidé pour Louise de Savoie contre le connétable de Bourbon. 11 fut plus tard convaincu de malversation et dépouillé de toutes ses charges.
(2) Henri-François d’Aguesseau, né en i G (5 8 , fut nommé, à l’Age de vingt-deux ans, avocat général au Parlement de Paris; six ans plus tard, il y occupait le siège de procureur général. Il fut
nommé chancelier de France en 1717. Son père, qui était conseiller d’Etat et du Conseil royal de* finances, avait habité l’hôtel et y était mort, dit Piganiol ( description de Paris, VIII, p. 1 1 4 ).
(3) L’intendant des finances La Houssaye était fils de Pelletier de la Houssaye, qui avait acquis ou habité une des maisons formées de l’hôtel de Nemours, après le percement de la rue de Savoie.
Le cardinal de la Roche-Aymon, archevêque de Reims, était ministre de la feuille des bénéfices.
cartulaires de Notre-Dame et de la Sorbonne (1). Or les rues de la Harpe et Hautefeuille, ou de la Barre, sont mentionnées, la première, dès 1 182, et la seconde, en 125a. Le désir d’établir une communication nouvelle entre les deux grandes voies perpendiculaires à la Seine, presque au débouché de la rue des Poitevins, — - laquelle était probablement un ancien chemin et qu’on trouve citée dans des litres de la première moitié du xmc siècle, — peut-être aussi le besoin de créer une ligne ■ narative entre les hôtels qui ont porté plus tard les noms de Cramault et de Fécamp et qui étaient situés, l’un au nord, l’autre au sud de la nouvelle voie, ont été les causes déterminantes de l'ouverture de la rue Percée. Le Beuf paraît en avoir fait une dépendance de la rue de la Harpe , en disant que « des 1 an 129g il y avoit dans la rue Percée un certain nombre de Juifs, qui lui avoient fait donner le nom de Judœaria^ n.
Plusieurs documents importants, tels que le Livre de la Taille de 1292, le Dit de Guillot, les manuscrits de Sainte-Geneviève et de la bibliothèque Cottonienne, la Description de Paris par Guillebert de Metz, 11c mentionnent pas la rue Percée. Le rôle de la Taille de 1 B 1 3 porte «rue Percicn. Dans le Compte des confiscations faites en 1621, on relève «une maison rue delà Harpe, au coin de la rue Percée, appartenant à feu Guillaume d’Auxerre, décapité à Paris », et une autre «maison rue Percée, qui fut à Messire Jean de Bonnelbns!3) Vers 1 éi a 3 , Régnault Savin, procureur au Châtelet, était propriétaire dans cette même rue<‘>. En 1/189, «Me Ambroise, mestredes requestes, propriétaire d’une maison, rue Percée, obtint de la ville de clore la rue; mais, sur les réclamations de divers propriétaires et du collège, • — il s’agit ici du Collège de Toubs dont l’entrée principale était sur la rue Serpente, mais qui possédait, dans la rue Percée, la maison de limage saint Martin, — on obtint la démolition du mur construit. Jugement du 27 juillet 1 él 9 3 n.
Une seconde appellation lui fut donnée, au xvic siècle, sinon dans toute sa longueur, du moins dans sa partie orientale commençant précisément ci cette maison de I’Image saixt Maetix dont nous venons de parler; 011 la nomma «rue des Deux-Portes», sans abandonner toutefois l’ancienne dénomination. Corroze! écrit «rue Percée dicte des Deux-Portes». Cette appellation semblerait plutôt applicable à la rue Poupée, qui était parallèle et formait la continuation de la rue du Cimetière-Saint-André, dite aussi des Deux-Portes.
De plus, sans sortir de la région qui nous occupe;!6!, une troisième voie, située
•l) Antiquités de Paris, III, 54. (5) Note de Berty.
W Hist. de tout le diocèse de Paris, I, 186. (fl) Il existait, et il existe encore sur d’autres
(3) Antiquités de Paris , III, 296, 296. points, des rues devant leur nom soit aux portes
(‘) Idem, III , 3 1 7. dont elles étaient closes à leurs deux extrémités, soit
RUE PERCÉE
entre les rues Serpente et Pierre-Sarrazin, établissant également une communication entre celles de la Harpe et de la V ieill e-Plâtrière (Hautefeuille), portait aussi le nom de rue des Deux-Portes. Elle le devait sans doute aux deux liuis qui la fermaient à ses extrémités, dans des conditions analogues ci celles de nos modem es rues privées. 11 y a lieu de croire que le viens perforants eut originairement ce caractère; ce fut d’abord un percement particulier, qui passa ensuite au rang de voie publique.
La rue Percée a subsisté intégralement jusqu’à l’ouverture du boulevard Saint- Michel. Cette voie l’a raccourcie à son extrémité orientale, et réduite à l’état de cul-de-sac fermé par les hautes constructions qui forment la ligne occidentale du boulevard. Dépouillée de ses anciens noms, la rue Percée n’est plus qu’un tronçon informe, dénommé tt impasse Hautefeuille d. Une élégante tourelle en encorbellement en fait le coin méridional : c’est l’angle nord-ouest de l’ancien hôtel de Fécamp.
Nous avons déjà mentionné, à l’article de la rue Hautefeuille, la pièce extraite des Registres du Bureau de la Ville et relative à un élargissement des rues Percée et Poupée, par le retranchement d’une maison faisant l’angle de ces deux rues. L hôtel de Fécamp pouvait seul , ce semble, répondre à cette indication, ainsi que nous le faisons remarquer à l’article de la rue Poupée. Voici du reste le texte même du document :
k De par les Prévost des marchands et Eschevins de la ville de Paris,
«On fait asçavoir à tous ceux qu’il appartiendra, qu’il sera, lundy prochain vingt-huictiesme du présent mois de may, mil six cens quatre vingts, dix heures du matin, procédé, au Bureau de la Ville, à la publication et bail au rabais des ouvrages qu’il conviendra faire pour la démolition et retranchement et rétablissement de face d’une maison faisant les encoigneures des rues Poupées et Percées (sic), appartenant au sieur Olivier, mentionnez au devis quy en a esté fait, estant au greffe de ladite Ville, y compris le remboursement des étayemens faietz en ladite maison par le maistre des œuvres de ladite Ville, et pilotis qu’il convient aussy faire pour mettre des plaltes-formes ; dont touttes personnes quy voudraient faire des offres, pourront prendre communication W u.
au nombre de maisons, ou de portes qu'elles comptaient. Les rues des Deux-Portes Saint-Jean et des Deux-Portes Saint-Sauveur sont dans le premier cas; la rue des Trois-Portes, près de la place Maubert, était probablement fermée sur les rues Galande, del'Hôtel-Golbertetdu Haut-Pavé; quant
à la rue des Douze-Portes, aujourd’hui rue Villehardouin, au Marais, elle était bordée primitivement de douze maisons, et par conséquent de douze portes.
(l) Registres du Bureau de la Ville , H 1827, V' 686, 687.
CÔTÉ SEPTENTRIONAL
(d’Orient en Occident,).
GENS1VE DE SAINT-GERMAIN-DES-PRES
PAROISSE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS
Maison dd Baptouer (i483), contiguë à celle de la Pennevayre et du Barillet, que nous avons décrite à l’article de la rue de la Harpe, dont elle faisait le coin septentrional. Elle « aboutissait à un jeu de paume», dit Adolphe Berty dans ses notes, et paraissait, sur le plan dressé par cet érudit, toucher aux dépendances de «l’hoslellerie du Cheval Blancs, lesquelles s’étendaient également sur la rue Poupée.
Une note égarée dans les papiers de Berty est ainsi conçue : tr 1 588, maison du Baptouer à Saint-Severin (1 683), tenant, d’une part, à une maison appartenant à ladite église, c’est-à-dire le Barillet, faisant le coin de la rue delà Harpe, d'autre part, tenant à Cardon, aboutissant au jeu de paulme de Miles Jolain. En \ klio, la masure entretenante à la maison du Baslouer était la Serained.
Il suit de là que te la Serained et la « Maison à Cardon» doivent être identifiées. Quant au ttjeu de paulme d de Miles Jolain, il était établi dans la tr Maison de l’Ymaige saiisct Niciiolas et du Cinge d , ayant façade sur la rue de la Harpe.
Masure de la Seraine (i Mo), contiguë à la Maison du Baptouer, et reconstruite probablement par Cardon, puisqu’en iô83 elle est appelée Maison à Cardon.
Château -Festu, contigu à la Seraine, ou Maison a Cardon, et devant être identifié avec les dépendances de l’hôtellerie du Cheval Blanc, laquelle paraît avoir eu sa principale entrée sur la rue de la Harpe; elle aboutissait, par un retour d’équerre , à la rue Percée , ou des Deux-Portes, en développant l’une de ses façades latérales, ou l’un des murs de son pourpris, sur la rue Poupée h). Cette hôtellerie ou plutôt ses dépendances semblent avoir été de chétives constructions, à en juger par ce nom de ttChâteau-Festu», caslcllum festucœ, c’est-à-dire maison de paille, qu’on donnait alors aux bâtiments légers ou mal entretenus. Peut-être cette dénomination ne s’appliquait-elle qu’aux dépendances, écuries et cr grandies d, ou (tgranchetles», s’étendant sur les rues Percée et Poupée h).
l) Nous avons trouvé, dans les tr papiers divers» de Berty, une note ainsi conçue : ff 1 372. Le Chastead-Festü aboutissait à la Seraine, censivc de Saint- Germain -des -Prés. Celte maison devait un muid de cens aux religieux de Saint-Germain, qui devaient le venir chercher, à cheval, audit hôtel, une rose à la main.»
(2) Adolphe Berty, rencontrant un irChasteau Festu» dans la rue Saint-Honoré, a donné de ce nom une explication qu'il nous semble utile de reproduire ici. Il commence par rappeler l’hypothèse de Le Beuf, qui consiste à regarder le Château- Fétu comme une sorte de halle, où l’on déposait les étoffes qui avaient subi ou devaient subir.
RUE PERCÉE
Partie latérale de l Hôtel de Cramallt , ayant sa principale entrée sur la rue de la Barre.
CÔTÉ MÉRIDIONAL
(d’Orient en Occident).
CENSIVE DE S A INT-GERH AIN-DES— PRES
PAROISSE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS
Partie latérale de la Maison de l’Image saint Pierre, ayant son entrée sur la rue de la Harpe, dont elle laisait 1 angle méridional. On y voyait appendue une poulie, à laquelle tenait la cliaîne servant à fermer la rue Percée, dite des Deux- Portes, parce qu’elle était close à ses deux extrémités.
Maison de l’Imaige Notre-Dame ( i 5 3 3), occupant un emplacement fort restreint et touchant, par le fond, à la maison de la Grant-H erpe , de l’Ange et de l’I.iiaige sainct Michel.
Maison de l'Immge sainct Martin (1670), dépendant du collège de Tours, qui avait son entrée dans la rue Serpente, et auquel elle touchait par le fond. Le plan dressé par Berty figure eu cet endroit trois divisions, sur lesquelles le texte ne fournit aucun éclaircissement. Le collège de Tours, qui n’utilisait point la maison située à l’extrémité septentrionale de son pourpris, et qui finit par la laisser dégénérer en et masure n, en détacha sans doute une ou deux portions qu il aliéna, et que Berty a représentées par des lignes. L’une d’elles, marquée par
un astérisque, formait probablement u