‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 130 sur 206 · RUE PIERRE-SA RR AZIN · texte numérisé non relu

RUE PIERRE-SA RR AZIN

partie orientale de la rue des Cordeliers, ou de Saint-Côrae, dont elle n’est séparée rjue par une zone de terrain de peu de profondeur. Comme les rues Serpente, Poupée, du Cimetière-Saint-André, des Poitevins, du Battoir, du Jardinet, etc., elle faisait très probablement partie de cet ensemble de sentiers de traverse, tracés d’occident en orient, pour desservir les terres de Gibard et le clos de Laas.

Il est question de la rue Pierre-Sarrazin dès la première moitié du \m° siècle. Sauvai cl Félibien ont fait remarquer que le bourgeois de Paris ainsi nommé possédait, en face même de cette voie, une maison qu’il vendit en 1 2 5 2 aux Prémontrés, pour 1 établissement de leur collège I1', ce qui fait supposer qu’il en était propriétaire depuis 1111 temps plus ou moins long. Peut-être la tenait-il de sa famille, et cette possession remontait-elle à 1179, époque du grand accensement qui eut lieu dans cette région.

Puisque nous sommes dans la voie des hypothèses, pourquoi n’en pas risquer une nouvelle que Le Beul n’eût point désavouée? Les Sarrazins, aïeux de Pierre, avaient peut-être fait bâtir ou agrandir ce fameux château de Hautefeuille, peu distant de la rue qui nous occupe; dans ce cas, l’expression opus Sarracenonnn, employée par le continuateur de Guillaume de Nangis, s’expliquerait tout naturellement P). Si hardie que paraisse cette conjecture, elle s’appuie, du moins, sur ce fait que la famille Sarrazin, gens Satracena , possédait de nombreux immeubles dans cette région : on trouve mention de maisons appartenant à Pierre et à Jean, et pour que la rue entière ail porté leur nom, il faut qu’ils y aient possédé divers immeubles.

Ce qui est hors de doute, c’est que Pierre Sarrazin, qui vendait, en 12 5a, la maison appelée domus Pétri Sarracem, n’existait plus en 1 a 5 5 : un second acte de vente, signé en juin de cette année et publié par Du BreulW, dit formellement qu d était mort : sa maison est appelée domus defuncli Pétri Surracem. Enfin un ti oisieme contrat d acquisition, passe 1 année suivante (1266), mentionne encore la maison que fuit Pétri Sarraceni M.

liien. d'accord ici avec l’acte de fondation du collège «le Tours.

ffEn effet, Félibien (l. I, 5 qo) articule ceci : alîmirgueil donna pour demeure (aux écoliers)

(rime maison située dans la rue Serpente, avec son rr verger et les maisons de derrière, r

« L’acte de fondation n’est pas moins explicite : ffQuibus scolaribus, pro babitatione sua etpro loco ffsuo principali, dainus... quandam domum sitam fin vico de la Serpente, cum virgulto et domibus «f rétro eam consistentibus et pertinenliis earumdem. . . v 'îD’où il semble découler que les deux maisons

sans désignation du plan de Berly étaient, au même litre que Y Image saint Martin , des appartenances du collège de Tours.»

(l) Sauvai., I, 157; Félibien, III, 208 et 210.

(S) Nous devons avouer sincèrement que l’hypothèse, très hasardée d’ailleurs, a contre elle ce fait que les monuments romains ont été considérés, sur divers points de la France, à Arles, notamment, comme l’œuvre des Sarrasins, opus Sarraccnorum.

(3' Anliquilez de Paris , p. hn\.

(4; Histoire de la ville de Paris, Preuves, I, 210.

Cette maison, qui avait son entrée dans la rue Hautefeuilie et laisait face à la voie qu’elle a servi à dénommer, ne tarda pas à être entourée de plusieurs autres constructions qui s’alignèrent dans cette dernière rue. Mentionnée dans les Livres de la Taille de 1292 et de 1 3 1 3 , ainsi que dans le Dit de Guillot (1 3 00), la rue Pierre-Sarrazin était déjà une source de revenus en i32 0 : une charte de cette année parle de rentes établies super domibus ultra Parvurn Pontem, in vico Pétri, Sarracénie

Néanmoins c’était alors un point assez éloigné du centre populeux de la rive gauche; le cimetière des Juifs, qui ne fut confisqué, détruit et couvert de constructions qu’après i3ii, existait encore au temps où Guillot rima son Dit, et ce descripteur nous apprend qu’on essayait les chevaux dans la rue qui bordait cette nécropole :

. rue Pierre Sarrazin

Où l’on essaie maint roncin.

Si elle servait de piste à cette époque, c’est quelle était encore peu fréquentée et quelle confinait à la campagne; les marchés et champs d’essai pour les chevaux sont, en effet, toujours éloignés des habitations.

Sauvai, qui a relevé le nom de la rue Pierre-Sarrazin dans un grand nombre d'actes des xiv° et \vc siècles, fait observer que sa dénomination n’a pas varié. Il constate, en outre, qu’en 1 Ù2 1 elle comptait au nombre de ses habitants et Me Jean Hermant, libraire, jadis maistredela Chambre aux deniers de feu M. de BerryP’n, et que, en i/i3â, «Pierre de Cerisaie, procureur au Parlement, y demeuroit(3) n.

Les deux seules variantes que nous ayons rencontrées sont celles-ci : Pierre Gosselin, erreur de copie tout à fait évidente, par suite d’une certaine similitude entre les dénominations des rues Perrin Gosselin, dans le voisinage du Grand- Châtelet, et Pierre Sarrazin dans la région de l’Université; Jehan Sarrazin, nom qui se lit d’abord dans un acte de février 1272 mentionné par Du Breul W, puis dans un Compte de la prévôté de Paris, de l’année i5t 3, cité par Sauvai (3). On ne s’explique guère comment ce nom reparaît, après deux siècles et demi, pour désigner la rue connue sous la dénomination traditionnelle de Pierre-Sarrazin. 11 est probable que le Jehan de 1272 était fils, frère ou cousin de Pierre, et que celui de 1 5 1 3 descendait de la même famille.

Le terrain que recouvrent les maisons construites dans 1 ilôt limité, au nord, par la rue des Deux-Portes, représente l’ancien cimetière des Juifs. On y a trouvé récemment, en faisant des travaux de fouille, plusieurs fragments d inscriptions

(1! Carlulnirc de Notre-Dame , IV, 33. — Sauvai , III, 2q5. — ! ' Idem, p. 579. 1 Du Breul,

p. 2I18, — Sauval, 111, 558 et 56 1 .

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