‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 131 sur 206 · RUE PIERRE-SARRAZIN · texte numérisé non relu

RUE PIERRE-SARRAZIN

funéraires en langue hébraïque!1). De semblables découvertes avaient eu lieu plusieurs siècles auparavant, ainsi que le témoignent Félibien et Sauvai.

tr Philippe le Bel, dit le premier de ces historiens, après avoir exilé les Juifs, vendit, en 1 3 1 1 , leur cimetière de la rue de la Harpe, mille livres tournois aux religieuses de Poissy, qu’il avoit fondées. Comme le cimetière, d’une assez grande étendue, joignoit le jardin de Jean, comte de Forest, celui-ci l’acquit des religieuses, l’an i3ai . . . ; ce cimetière fut alors enfermé dans la maison du comte de Forest. . . Depuis, cet hostel a passé à plusieurs particuliers qui l’ont fait abattre, pour y bastir plusieurs maisons qui font partie de la rue de la Harpe, vis-à-vis celle du Foin. On trouve souvent, dans ces maisons, des épitaphes hébraïques. Génébrard fait mention de deux qu’il a vues, et les propriétaires en conservent plusieurs autres qu’ils montrent aux curieux!2). n

"Les tombeaux, les ossemens, les tombes et les épitaphes qu’on a, dit Sauvai, déterrés dans la rue Pierre Sarrazin, et particulièrement dans celle de M. Talon, avocat général, les inscriptions encore qui composent les murs de l’écurie de M. Doujat, conseiller à la Grand’Chambre, les marches de l’escalier de M. B ri— çonnet, conseiller au Parlement, dans la rue de la Harpe, près de la rue Pierre Sarrazin, le nom même de Sarrasin, qui est demeuré à cette rue, et que les Chrétiens donnaient autrefois aux Juifs pour leur faire plus de dépit, tout cela ensemble et bien d autres choses. . . ont fait croire, non sans raison, que les Juifs avoient là un cimetière!3) u. Les mots que nous avons soulignés contiennent une nouvelle et très hypothétique explication du nom de la rue.

Le cimetière de la Judœaria, rues de la Harpe et Pierre-Sarrazin, est indiqué dans un grand nombre de documents consultés par BertyW. Nous avons relevé dans les notes de ce savant les mentions suivantes : rr 1228 : Marlinus Hostiarius reconnaît devoir ho sous parisis de rente à Saint-Julien-le-Pauvre, sur sa maison située juxta cimelerium Judœorum. — t a33 : une maison et une grange sont dites voisines de ce cimetière : Domo et granchia sita, ut dicilur, juxta cimelerium Judœorum. v Il s’agit de dépendances enclavées dans le pourpris de l’hôtel de Forez. E11 1283, n lettre du roi Philippe le Hardi, par laquelle il est fait don à M" Guillaume de Suassia, chanoine de Bayeux, pour ses agréables services, de la maison qui jadis fut Martin, dit Hostiarius, juxta le cimetière des Juifs v. C’est l’immeuble dont nous avons parlé plus haut. Enfin, en 1 3 1 1 , ainsi que nous l’avons déjà dit.

qui avaient leur entrée rues de la Harpe et Hautefeuille. L’histoire topographique de la rue Pierre- Sarrazin tient donc à celle des deux grandes voies, sur lesquelles s’ouvraient les hôtels seigneuriaux qui s étaient agrandis aux dépens du cimetière des Juifs.

(1) Quelques-uns de ces fragments sont conservés à l’hôtel Carnavalet.

(2) Félibien, I, 5i4.

(3) Sauval, I, 498.

(l) Nous avons utilisé ces documents pour la monographie des hôtels de Forez et de Longueil,

la vente du cimetière fut consenlie aux religieuses de Poissy par le roi Philippe le Bel, et relatée dans les termes suivants : Plaleam vocalam cimeterium, Judœarum sitam Parisius; le prix en fut lixé à mille petites livres tournois : « mille librarum turonensium parvarum n.

La rue Pierre-Sarrazin , que ces diverses mentions concernent, est indiquée nommément dans des documents d’une autre nature, cités par M . Charles Jourdain ; nous voulons parler de la Taxe des logements à l’usage des écoliers de 1 Université. En 1281, les taxateurs Adam de Goulv et Pierre de Vilarceaux, maîtres en théologie, désignent ainsi une des maisons de la rue Pierre-Sarrazin, destinee à loger des étudiants : «La maison de l’hostel Dieu, rue Pierre Sarrazin, prez d’un terrain non basti n. Quelle était celle « maison de l’hostel Dieu 11 et ce « terrain non basliv? L’identification ne saurait en être que conjecturale. Sept ans plus tard, d’autres taxateurs, au nombre de sept, trois maîtres en théologie et quatre maîtres ès artsW, évaluent, au point de vue de la location, une autre maison qu'il nous est également impossible d’identifier : et La maison de Pierre de l’Encloistre, rue Pierre Sarrazin, 8 liv. cinq sous. i>

Après avoir conservé ses dimensions et son aspect pendant plusieurs siècles, la rue Pierre-Sarrazin a été modifiée par 1 ouverture du boulevard Saint-Michel, qui l'a raccourcie à son extrémité orientale, et a déterminé une reconstruction des maisons du côté septentrional. Elle est. donc devenue moins longue et plus large. Le côté méridional est resté le môme, dans la plus grande partie de son étendue, et à son débouché dans la rue Hauteleuille.

CÔTÉ SEPTENTRIONAL

(d’Occident en Orient).

CENSIVE DE SAINT-GERMAIN -DES-PRES

Grand Hôtel de Longueil, figuré sur le plan de Berty, comme distinct du petit, <j ui faisait le coin des rues Pierre-Sarrazin et de la Vieille— Plâtrière , et dont il ne pouvait être qu’un démembrement. Nous avons consacre une étude de quelque étendue à cette résidence, et nous y renvoyons le lecteur. Pour éviter des redites inutiles W, nous nous bornons ici à résumer les notes assez confuses laissées pat Berty. Les titres relatifs à la Maison, ou Hôtel de Beaulieu, qui confinait au 1 etit Hôtel de Longueil, ne permettent pas, dit ce savant, de douter que les deux im-

<’> M. Charles Jourdain donne leurs noms; ce sont : Me Jean de Muni, Me Pierre de Saint-Omer et M* Lambert, dit Boucher, maîtres en théologie; M* Guillaume d’Auxerre, Me Gillet d’Angrene, M* Jean Case et Me Jean liasse, maîtres ès arts.

{La Taxe des logements dans T Université de Paris, dans le Bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de T Ile-de-France.)

(*) Voir ci-devanL, à l'article de la rue Hautefeuille.

RUE PIERRE- SARRAZ1N.

meubles aient constitué originairement une seule propriété, occupant, ainsi que le plan le fait voir, une portion de l’ancien cimetière des Juifs.

Pabtie de l’Hôtel de Fobez, puis de Bretagne, sur laquelle on construisit des maisons, lors du morcellement du vaste pourpris que l’hôtel occupait. On constate l’existence, sur ce point, d’une maison au xivc siècle, et d’une seconde vers la fin du xvi' ( 1 5 8 5 ) .

Nous avons également, dans notre description du côté occidental de la rue de la Harpe, consigné une monographie aussi complète que possible de l’hôtel de l' orez. Nous prions le lecteur de s’y reporter, pour connaître les parties de l’ancien cimetière îles Juifs que les propriétaires de 1 hôtel incorporèrent au pourpris de leur habitation. Le préambule historique, placé en tète de notre étude sur la rue de la Harpe, donne aussi d’utiles renseignements sur la Judœaria et sa nécropole.

Entre la partie méridionale de 1 Hôtel de Forez et la Maison de la Croix Blanche, qui formait l'angle oriental nord des rues de la Harpe et Pierre-Sarrazin, le plan dressé par Berty montre trois parcelles dépourvues d’astérisques, cest-a-dire non bâties. Cependant il résulte de notes éparses, rapprochées et interprétées par nous, qu’il existait sur ce point, à des dates diverses, trois ou quatre maisons dont voici l’ordre successif.

Maison sans désignation, paraissant avoir été, selon un document de i3o3, celle tt qui lut jadis à Pierre le Mangeur, que len dit le cardinal de Rode, tenant d un costé ... et aboutissant au conte de Forez i>. 11 s’agit sans doute ici du célèbre Peints Comestor, ou Pierre le Mangeur, qui fut, au xnc siècle, chancelier de l’Université de Paris, et eut sa sépulture dans l’église de l’abbaye Saint-Victor. 11 en résulterait alors que le côté septentrional de la rue Pierre-Sarrazin aurait reçu des constructions, dès le premier bannissement des Juifs par Philippe-Auguste, et qu une partie de leur cimetière, ou tout au moins une bande de terrain contiguë à cette nécropole, aurait été tt baillée à bastirr.

Hôtel des Éveqdes de Laon. L existence de cet hôtel se déduit d’une note recueillie par Adolphe Berty et ainsi conçue : tt Maison, rue Sarrasin, tenant à autre maison , d autre part, aux evesques de Laon, aboutissant à l’hostel de Forez, n Cet hôtel occupait probablement la parcelle centrale indiquée sur le plan.

Si l’on place à gauche, c’est-à-dire à l’occident, la maison de Pierre Comestor, on est obligé de mettre à l’orient, c’est-à-dire à droite, celle ou l’une de celles que possédait Pierre Sarrazin, et qui ont contribué à dénommer la rue. Il ne faut pas, en effet, confondre la maison sise rue Hautefeuille ou de la Vieille-PIatrière et

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, appartenant à Pierre Sarrazin, avec celle qui était en bordure de cetle dernière voie. La première ne peut en aucune façon s’identifier avec celle que désigné la note suivante recueillie dans les papiers de Berty : et Maison rue de la Harpe, tenant à la grant maison des contes de Forez, d’aultre part à la maison de feu Sarrazin, et aboutissant au cimetière des Juifs, i3a5.Ti La seconde, au contraire, se concilie parfaitement avec ce texte. L’immeuble que nous restituons serait donc une

Maison de Pieiuie Sarrazin, contiguë, d une part, à 1 hôtel des évêques de Laon, et d’autre part, à la maison de la Croix Blanche, faisant l’angle nord-est de la rue de la Harpe. Ce fut une de celles que le comte de Forez s’annexa, en ! 3 2 1 , après avoir acquis le cimetière des Juifs des religieuses de Poissy, et pour agrandir le pourpris de son hôtel. Jaillot est très affirmatif à cet égard; en parlant de la rue Pierre-Sarrasin, il s’exprime en ces termes : « Ce nom est dû à un bourgeois qui possédoit plusieurs maisons en cet endroit, au xmc siècle. . . ; le comte de Forez achela les autres , situées entre les rues Hautefeuille et de la Harpe P). » C’est exactement la situation de l’immeuble que nous venons délocaliser. Il faut, ce semble, l’identifier avec une Maison sans désignation, dont Berty a trouvé mention dans un document de î 585 , et qui, au siècle suivant, portait le nom du Petit Dauphin. Si elle était contiguë à la maison «faisant le coin nord de la Harpe d, c’est-à-dire à la Croix Blanche, comme 1 indique la note, ce ne pouvait être que l’ancienne maison de Pierre Sarrazin acquise par le comte de Forez, ou du moins une construction occupant le même emplacement. Le plan n’en montre pas d’autre.

Partie latérale de la Maison de la Croix Blanche, ayant son entrée sur la rue Saint-Côme, ou de la Harpe. Cette maison , ainsi dénommée sur le plan, est désignée dans les papiers de Berty sous un autre nom. On lit, en effet, dans les notes non classées :

t; Maison du Grand Dauphin faisant le coin de la rue Sarrasin et de la rue de la Harpe (iCa3), et le Petit Dauphin, contigu en la rue Sarrasin n. La date, relativement moderne, du document où ces indications ont été prises, permet d affirmer qu’il n’y a eu là, comme en plusieurs autres endroits, quun simple changement d’enseigne, probablement après une reconstruction. Celle du Petit Dauphin a été donnée à l’ancienne maison de Pierre Sarrazin, absorbée dans les dépendances de I’Hôtel de Forez, et celle du Grand Dauphin a succédé à la Croix Blanche. L identification des deux immeubles n’en est pas moins établie.

'' Recherches historiques, etc. , Quartier Saint-André-des-Arts , p. 117-

TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARIS

Niveau du Rez-de-chaussée de la maison N ? 4-

Rue Pierre Sarrazin

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