‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 141 sur 206 · CARREFOUR DE L’ABREUVOIR MÂCON · texte numérisé non relu

CARREFOUR DE L’ABREUVOIR MÂCON

Les rues de Ilurepoix, de l’Hirondelle, de Saint-André-des-Ars, de la Huchette et des Deux-Boucleries avaient pour aboutissant naturel la place, ou carrefour, qui lormait, vers l’orient, la limite extrême de la censive de Saint-Germain -des-Prés. Avant la construction du pont Saint-Michel, ou Petit-Pont-Neuf, c’était un lieu de réunion, un point d’autant plus fréquenté que le quai s’interrompait à partir de là, et constituait une sorte d’impasse. Pour en sortir, il fallait ou suivre la rue de la Huchette et gagner le Petit-Pont, ou s’engager dans la rue de Hurepoix et suivre le quai des Augustins. C est ce qui donna l’idée d’un nouveau pont formant la continuation des ponts au Change et aux Meuniers, et mettant l’Université en communication avec la Cité et la Ville.

Ce pont se couvrit de maisons comme les autres, et les constructions, n’étant gênées, du côté du levant, par aucune rue transversale, se prolongèrent jusqu’au débouché des rues de la Bouderie orientale et de la Clef, extrémité de la rue Saint- André-des-Ars, absorbant ainsi une partie de la place. C’est alors qu’il se forma

(,) Nouvelle description de Paris, 8e édition, t. If, p. îag.

une rue du Pont-Saint-Michel, bordée, d’un côté, par ces constructions et, de l'autre, par les maisons d’angle des rues Saint-André, de l’Hirondelle et de Hure poix.

Nous avons, dans le premier chapitre de ce volume, et à propos de la région parisienne que nous y décrivons, indiqué sommairement les bornes de la juridiction temporelle de l’Abbaye. C’est ici qu’il convient d’en préciser la limite orientale, puisque le poteau de justice se dressait sur la place même, ancien carrefour de l’abreuvoir Mâcon W. Du Breul a publié in extenso l'acte de Philippe le Hardi fixant cette limite, et il l’a fait précéder de 1 exposé suivant :

De la justice temporelle (le Tabbaye de Saint-Germain-des-Prez.

Les religieux, abbé et convent de Saint-Germain-des-Prez , non seulement au bourg dudit saint, ont toute justice, haute, moyenne et basse, mais aussi dedans la ville do Parts, suivant leur privilège de fondation confirmé par les rois Dagobert, fils de Clotaire second, Charlemagne, Loys et Lothaire frères, Charles le Chauve, Robert, Henry premier, Loys le Gros, Loys cinquième, Philippe Auguste, S. Loys et par Philippe troisième, lequel nous borna ladite justice, selon qu’il est contenu en la transaction faite entre ledit roi Philippe et lesdils religieux, dont la leneur suit :

Philippus, Dei gratia, Francorum rex,

Notutn facimus universis tam præsenlibas quam futuris, quod cum contentio verteretur inter nos, ex una parte, et religiosos viros, abbatem et conventum Sancti Germani de Pratis, juxta Parisius, ex altéra, super justitia locorum infra scriptorum, tandem inter nos et dictos abbalem et conventum, de terra sua quam habent infra muros Par., facta luit concordatio in hune modum :

Videlicet quod, a cuneo adaquatorii Matisconensis, eundo directe adportam Sancti Germani (la porte de Bucy), a dextera parte usque ad Sequanam; et a cuneo murorum Sancti Andreæ, a sinistra parte, eundo directe ad prædictam portaro S. Germani; et a cuneo murorum S. Andreæ prædicti , eundo directe usque ad cuneum murorum Fratrum Minorum, a dextera paite; et a prædicto cuneo Fratrum Minorum, usque ad cuneum murorum ecciesiæ SS. Gosms et Damiani; et ab eodem cuneo usque ad portam Gibardi, a dextera parte; et in omnibus locis, plateis, masuris, domibus et vicis, quæ vel qui continentur infra metas superius nominalas, habebunt dicli ivligiosi, ex nunc in perpetuum, omnimodam jusliliam, altam et bassam. . .

Aclum apud Sanctum Germanum in Laya, anno Domini 1272, mense februario.

La justice abbatiale s’exerça, pendant plusieurs siècles, sur la place Saint-Michel. Sauvai en cite un exemple qui date de 1612

11 y en avait un autre, à l’extrémité occidentale de la censive de l’Abbaye. Berty l’a figuré sur son plan de restitution, en un lieu qui correspond à un point de la rue Chevert et de l’avenue de La Motte-Piquet. (Voir le volume consacré à la région du faubourg Saint-Germain.)

(2> Exécution devant le pont Saint-Michel , lieu de h justice de Suint-Gennain-des-Pves.

(Jean Hiérome, capitaine d'une compagnie d'Egvptiens ou Bohèmes, qui allaient par les provinces sans demeure arrêtée, se mêlant de dire, en regardant dans les mains, la bonne aventure. Étant venu

Les religieux y pratiquèrent, pendant de longues années aussi, l'exercice d’un autre droit moins rigoureux. Leur territoire étant en grande partie planté de vignes, ils avaient des pressoirs sur plusieurs points de leur censivcW, et notamment à la place ou rue du Pont-Saint-Michel; on y fabriquait, dit Jaillot, moyennant rétribution, vin et verjus. Dans leur déclaration do 1790, les représentants de l’Abbaye firent observer qu’ils avaient cessé d’user de ce droit, sans doute parce que la destruction des vignobles ne permettait d’en tirer qu’un revenu insuffisant ('2>.

Ancien carrefour et lieu de passage très fréquenté depuis la construction du tr Petit-Pont-Neufs, la place ou rue Saint-Michel possédait, en outre, trdes étaux de boucherie, un marché au pain h), une barrière des sergents!41, une Manque M

loger au faubourg Saint-Germain, sa femme devint jalouse de ce qu’il paillardait avec une autre jeune Egyptienne, en sorte qu’elle fit complot, avec deux autres, de la tuer et jeter dans la Seine; ce qu’elles exécutèrent, faisant semblant d’aller promener.

"•Mais cet assassinat étant découvert, elles furent menées à l’abbaye Saint-Germain, avec le capitaine Hiérome et deux autres Egyptiennes. Leur procès fait, des cinq femmes égyptiennes, quatre par sentence lurent condamnées à être pendues, et l’autre a assister à l’exécution avec le capitaine Hiérome, qui par le même jugement fut banni, et toute sa troupe, des terres et seigneuries de l’abbaye Saint- Germain.

ff Appel sur lequel , par arrêt, les trois Égyptiennes qui avaient assassiné furent pendues, le 23 du mois de février 1612, au bout du pont Saint-Michel, à une potence croisée, lieu de la justice dudit Saint- Germain-des-Prés; et les autres bannis du royaume à perpétuité, le vingt-huitième février 1612.» (Antiquités de Paris, Il J , p. 666.)

(l) Voir les volumes du bourg et du faubourg Saint-Germain.

(S) O11 a rapproché de ce pressoir réel celui qui était figuré sur le vitrage d’une des chapelles de Saint-André-des-Ars, et qui représentait Jésus- Christ foulé comme le raisin. Le premier, très voisin du second, a pu en suggérer l'idée : toutefois, nous avons fait remarquer, à l’article de l’église Saint- André, que cette image symbolique est empruntée au prophète Isaïe , et nous avons discuté l’interprétation donnée par Le Beuf.

(3) Nous avons parlé de ce marché, h l’article du quai des Auguslins. Les Registres du Bureau de la Ville (H 1827, f55 597, 598) contiennent un

acte dans lequel il est dit que rrSa Majesté désire que le publicq jouisse de toute la commodité qu’on a commencé à lui procurer, en transferrant le Marché au pain, qui se tenoit au bout du pont Saint- Michel, sur le quay des Augustins, et cpie la place au bout dudit pont soit rendue libre et dégagéede ce qui peult empescher le passage».

(,,) Quanta la barrière des sergents et aux étaux de boucherie, les mêmes Registres nous font connaître ce qu’on en fit :

rr Ordonne Sa Majesté que la barrière servant aux sergens, et les estaux de boucherie qui sont sur ladite place Saint-Michel seront transférez, sçavoir : la barrière des sergens dans le Marché neuf, et lesditz estaux de boucherie sur des places estans au delà du lieu où estoit la porte Saint-Michel et celle de Saint-Germain, dans l’estendue de six toises de long, sur deux toises de profondeur, lesquelles places, tant pour mettre ladite barrière, que les estaux, seront désignez par les Prévost des marchands et Eschevins de ladite Ville, auxquelz Sa Majesté enjoint de tenir la main à l’exécution du présent arrest, qui sera exécuté nonobstant oppositions ou appellations quelconques.» [Registres du Bureau de la Ville, H 1827, fü5 098.

(S) La blangue, ou loterie, dont il s’agit avait été établie en 1 584 , dans un théâtre de bois. Raoul Boutrays, qui écrivait ou commencement du xvnc siècle, l’appelle sorlitio per schedulas, et lui consacre une vingtaine de vers latins, ff Le sieur Bcrthaud» qui composa en i6Ô2 , un livre intilnlé : La ville de Paris en vers burlesques, énumère les lots variés qu’on offrait en appât aux joueurs; c’était une collection de vieilleries.

et des boutiques de toutes sortes de marchandises s, dit Lemaire. Elle avait aussi, comme le quai de la Ferraille, la spécialité des enrôlements : «C’est là, dit le Géographe parisien , que se promènent tous les députés des régiments qui sont envoyés à Paris pour faire des recrues. » Enfin Jaillot nous apprend que la place du Pont-Saint-Michel était le théâtre de certaines exécutions, autres que celles pour lesquelles il fallait un gibet : et C’est là, dit-il, que se font, les mercredis et les samedis, par le ministère d’huissiers-priseurs, les ventes ordonnées par la justice W. n

Il ne reste plus rien aujourd’hui ni de l'ancien pont, ni de la rue : une nouvelle place dite de Saint-Michel, qu’il ne faut pas confondre avec celle qui existait, avant le percement du boulevard, à la jonction des rues de la Harpe et des Francs-Bourgeois, et dont le nom véritable était tt place du marché, ou de la porte Saint-Michel 7i, occupe l’emplacement de l’ancienne, agrandie de 1 abreuvoir Mâcon et d’une portion des rues de Hurepoix, de 1 Hirondelle et de la Clef.

Berty a figuré sur son plan un «carrefour de 1 abreuvoir Mâcon n : c était la partie ta plus méridionale de la place du Pont-Saint-Michel, au point ou commençait la ruelle conduisant à l’abreuvoir.

CÔTÉ OCCIDENTAL

(du Nord au Sud).

JUSTICE ET CENSI! E DE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS

PAROISSE DE SA1NT-A.NDRÉ-DES-ARS

Maison du Dieu d’Amoubs (îâii), puis du Mortier dOr (i5ai), faisant le coin occidental des rues de Hurepoix et du Pont-Saint-Michel. En 1A11, c était une «place vuiden. Il ne faut pas confondre cette maison avec le Palais d Amour, qui s’élevait à l’angle des rues do Hurepoix et Gilles-Cœur, et qui eut François I'r pour hôte. Voir à l’article de ces deux rues.

Sur l’emplacement de cette maison, ou sur la partie du terrain qu’elle occupait, était située la Maison des Trois Loups, à laquelle touchait la boucherie inlra muros de Saint-Gerniain-des-Prés. On sait, en ellet, que, dans les temps de guerres ou de troubles, les bouchers de l’Abbaye transportaient leurs etaux « au bout du pont Sainct-Michel , comme on tourne à aller aux Augustinsn. Le local où ils étalaient attenait aux Trois Loups, orientent versus; il devait occuper, avec ladite maison, tout ou partie de l’angle formé par les rues du Pont-Saint-Michel et de Hurepoix.

Les bouchers de Saint-Germain , après un séjour plus ou moins long dans les en-

Recherches historiques, elc., Quartier Saint-André-des-Arts.

virons du Pont-Saint-Michel, ne devaient pas regagner, en temps de paix, la rue des Boucheries hors la porte des Cordèles, sans chercher à conserver la clientèle qu’ils s’étaient acquise pendant leur installation temporaire. Us y conservèrent donc quelques étaux, avec l’autorisation de l’Abbaye et du Parlement, ainsi que nous 1 avons dit a 1 article de la rue de Hurepoix. G est ce qui explique le maintien de ce commerce sur la place Saint-Michel jusqu’en i(18o, époque à laquelle un arrêt du Conseil prescrivit de tt rendre la place du bout du pont libre et dégagée de ce qui pouvoit empescher le passage en cet endroit*, et ordonna «que les estaux à boucherye, qui estoient sur ladicte place, seraient transférez sur des places estans au delà du lieu où estoit la porte Saint-Michel W*.

Maison de lIIymaige sainct Aves (i5ai), ayant l'ait, un siècle auparavant, partie de la précédente; ce qui explique comment le Dieu d’Amours et les Trois Loups ont pu coexister sur le même emplacement.

C est en face de ces deux maisons que s’élevait le poteau de justice de l’Abbaye.

Maison de l Hïmaige Nostre-Dame (1Ô2A), fort étroite, comme la précédente , et touchant par le lond à la Maison de la Couronne, qui avait son entrée sur la rue de Hurepoix.

Maison de la Croix de Bois (1A38), n’offrant qu’une très étroite façade, et paraissant avoir été détachée de la suivante.

Maison du Croissant (i 46a), formant enclave dans la précédente, avec laquelle elle a dû se confondre primitivement. Les comptes de la fabrique de Saint- Jacques-la-Boucberie, publiés par 1 abbé Villain, nous apprennent que Nicolas Flamel avait des rentes assises sur un c h os tel du Croissant au pont Sainct- Michel *. Peut-etre faut-d voir, dans cette désignation sommaire, la maison qui conduisait au pont.

Maison sans désignation (i56i), ayant, dit Berty, issue sur la rue de l’Hirondelle; en effet, les trois immeubles occupaient l’antépénultième, le pénultième et le dernier rang sur le côté septentrional de cette voie, quoique le plan représente l’immeuble dont il s’agit comme tout à fait distinct. On ne saurait donc dire avec laquelle de ces trois maisons il communiquait.

Maison de l’Échiquier (i46a), faisant le coin septentrional de la rue de l’Hirondelle. On s’explique le peu de place quelle occupait, par le fait qu’une forge de maréchal y existait en 1 438 ; c’était donc un atelier plutôt qu’une habitation. Le

(l) Registres du Bureau de la Ville, H 1828, f01 727 el suiv.

voisinage de l’abreuvoir, où l’on menait boire les chevaux, était probablement sa

raison d’être en ce lieu.

Deux Maisons sans désignation, dont l’une formait l’angle méridional de la rue de l’Hirondelle, et l’autre, l’angle septentrional de la rue de la Clef, prolongement de celle de Saint-André-des-Ars.

C’est dans la première que Jaillot place la boucherie intermittente de l’Abbaye, et c’est ainsi qu il explique le nom donné, dans quelques litres, aux deux Bouderies. Voir ce que nous en disons plus haut, ainsi qu’à I article de ces deux rues.

CÔTÉ ORIENTAL

(du Sud au Nord).

CENSIVES DE LA GRANDE CONFRERIE ET DE LA SAINTE-CHAPELLE. PAROISSE DE SAINT-SÉVERIN.

De ce côté, les maisons ne commençaient qu’à la hauteur de l’angle méridional de la rue de l’Hirondelle, laissant ainsi un certain espace au débouché des rues de la Clef, de la Bouderie orientale et de l’abreuvoir Mâcon; ce qui formait le carrefour de ce nom.

Berty a figuré sur son plan neuf divisions ; mais il n’a trouvé et nous n’avons, après lui, rien découvert de bien précis sur la division des immeubles formant le côté oriental de la rue. Leur partie postérieure était située sur la descente de l’abreuvoir, et leur façade continuait la ligne des maisons construites sur le pont. Quant à leur identification, elle est difficile, et nous ne pouvons, à cet égard, que reproduire certaines notes éparses, il où 1 on peut dégager quelques renseignements. Ces notes portent, les dates de i ô i g , iia5, iA35, 1Ô60 et iù65. L’époque à laquelle elles se réfèrent est donc postérieure à la construction du pont Saint-Michel: c’est, en effet., après son achèvement que l’on songea à lui donner une sorte d’avenue, en bâtissant des maisons qui formèrent le côté oriental de la nouvelle rue.

Voici, telles quelles, ces notes dont la source n’est point indiquée :

„ i éi a 5. Maison tenant, d’une part, à une maison faisant le bout du pont Saint- Michel; d’autre part, à. . . n

t( 1 ù6o. Autre Maison au bout du pont Saint-Michel, du costé de l’abreuvoir de Mascon, tenant d’une part aux maisons du pont Saint-Michel; ladite appartenant aux Tare une W, aboutissant à l’abreuvoir, n

1 II s’agit sans doute ici des Tarenne, changeurs el bourgeois de Paris, qui avaient de grandes propriétés en ville et au dehors, et qui suivaient le

parti de Charles VII. Leurs biens furent confisqués pendant la domination anglaise. Voir le volume du bourg Saint-Germain , à l’article de la rue Taranne.

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