RUE DE SAVOIE
L ordre chronologique, plus impérieux encore que la succession des lettres de l’alphabet, nous a fait placer, à l’article de la rue Pavée-Saint-André-des-Ars, la monographie détaillée de l'hôtel de Nemours, sur lepourpris duquel a été ouverte la rue de Savoie. Nous nous bornerons cà rappeler ici que ce vaste logis, dont l'origine remonte peut-être à l’accensement de 1179, fut d’abord la résidence et probablement le domaine patrimonial de Gaucher de Châtillon , connétable de France; qu’il devint en i33y, et par suite d’une transaction avec Jean de Châtillon, l’hôtel de Jean d’Arcy, évêque d’Autun, lequel le légua, en 1 3 5 2 , à Hugues d’Arcy, son neveu, évêque de Laon. Ce dernier le donna à son église épiscopale; ce qui lui valut dès lors le nom d’hôtel de Laon et en fit la résidence parisienne des évêques de ce siège.
En r 3 g 3 , un évêque de Laon, Jean de Rouci, fut condamné, par une sentence des Requêtes du Palais, à payer cinquante sols de cens à l’abbaye de Saint- Germain-des-Prés, sur la censive de laquelle l’hôtel avait été bâti. C’est lui qui en opéra la reconstruction en 1A06.
De 1 A 2 3 à 1627, un autre évêque de Laon, Guillaume de Champeaux, qui tenait pour Charles Vil, vit l’hôtel confisqué par les Anglais et donné à l’évêque de Thérouenne, qui était de leur parti; mais cette propriété fit retour au siège de Laon, lorsque cessa la domination anglaise, et les évêques de ce diocèse
en jouirent jusque dans la seconde moitié du xvic siècle, époque où ils le vendirent à Jacques de Savoie, fils de Philippe, comte de Genevois, eL de Charlotte d’Orléans. La vente eut lieu entre les années t562 et 1 5 8 5 , et le vendeur fut ou Jean de Bours, ou Valentin Douglas, l’un et l’autre évêques de Laon.
L’ancien hôtel de Châtillon et de Laon, devenu, par cet achat, hôtel de Savoie, porta bientôt aussi le nom d’hôtel de Nemours, parce que le duché de Nemours avait été donné, en l 5 éi y , par le roi Henri 11 à Jacques de Savoie, et que la veuve de ce dernier en portait le titre, lorsqu’elle habitait l’ hôtel à l’époque de la Ligue. 11 fut occupé ensuite par Henri, leur second fils, qui épousa Anne de Lorraine, dont il eut Charles-Amé de Savoie, duc de Nemours. On sait que ce dernier fut tué en duel, l’an i65a, par le roi des Halles, le laineux duc de Beaufort. Il habitait alors l’hôtel de Savoie, puisque son cadavre fut porté à l’église Saint-André-des-Ars , csa paroisse i>.
L’aînée des deux filles qu’il laissa, Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie, vendit, en î 670, l’hôtel à des spéculateurs qui se proposaient d’y ouvrir une voie nouvelle, pour faire communiquer entre elles les rues Pavée et des Grands-Augustins. Jaillot raconte le fait dans les termes suivants :
s L’hôtel de Savoie fut vendu, le 3o décembre 1670, au sieur Brière de l’Épine, maître général des bâtiments du Boi, ponts et chaussées de France, et au sieur Boileau, bourgeois de Paris, par Madame Marie-Jeanne-Baptiste, épousé de Charles-Emmanuel , duc de Savoie, prince de Piémont, à laquelle il appartenait, comme seule héritière de Charles-Amédée de Savoie, son père, duc de Genevois, de Nemours et d’Aumale, et de feu Henri de Savoie, son oncle, a cause du délaissement à elle fait par la reine de Portugal, sa sœur, par contrat du 20 mars 1666. Cet hôtel fut vendu, par décret volontaire, auxdits sieurs de l’Epine et Boileau, et à eux adjugé moyennant 260,000 livres, par arrêt du 29 avril 1672 (1). n
Le ", décret n , que Jaillot qualifie de te volontaire n , ne le fut peut-être pas complètement. La vogue était alors aux embellissements de Paris; cest à ce moment qu’on détruisait, sur tout leur parcours, les enceintes de Philippe-Auguste et de Charles V, qu’on s’occupait de construire les portes Saint-Denis et Saint-Martin, de créer la place des Victoires, d édifier le collège Mazarin, et de prolonger la nie Dauphine, en démolissant la porte de ce nom. C est à cette dernière opération que paraît se rattacher le percement de la rue de Savoie: en la faisant déboucher presque en face de la rue Christine, on la mettait en communication avec la iue
Recherches critiques, etc., Quartier Saint-André-des-Arts , p. 122.