HUE DE SAVOIE
Dauphine prolongée, et l’on encourageait l’industrie du bâtiment dans celte région nouvelle, touchant au plus beau pont de Paris. Michel de Marolles, abbé de Villeloin, qui a rimé une foule de choses sur les grands travaux de cette époque, donne à entendre que Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie entra, moyennant finances, dans les vues du Boi et du Prévôt des marchands : sous cette rubrique tr Grands hostels qui ont changé», il représente les possesseurs de ces anciens logis comme désireux d’en tirer bon parti et se laissant exproprier à l’amiable, mais à beaux de niers comptants :
Pour l’estendue, Vendôme et l’ample Longueville,
Le Nemours, le Chcvreuse et l’hostel à' Espernon,
Ainsi que X Angoulesme , ils ont change' de nom.
On quittent leur splendeur aux desseins de la Ville.
Au moment oii il fut morcelé pour être revendu et couvert de constructions,
1 hôtel de Savoie et de Nemours renfermait, dit-on, dans son pourpris des jardins, des e tables, un cellier, de petits bâtiments et diverses dépendances; ou y voyait même un pré, c’est-à-dire une pelouse. Il devait, en outre, avoir le long des murs de fond de l’hôtel d’Hercule une issue sur la rue des Grands-Augustins; autrement le percement projeté n’aurait pu avoir lieu. Il eût fallu, en effet, traverser les jardins de la Maison des Charités Saint-Denis, bien d’église d’une expropriation difficile et qui, sur le plan de Berty, sépare le pourpris de l'bôtel de la vieille rue des Sachets. 11 faut croire ou que les abhés de Saint-Denis consentirent alors aussi, moyennant finances, à livrer passage à la nouvelle rue, ou qu’une partie de leurs jardins avait été cédée antérieurement aux possesseurs de l’hôtel de Savoie et de Nemours. (Voir à la rue des Grands-Augustins. 1
La rue de Savoie a conservé, au milieu du quartier où elle a été ouverte, un aspect et un alignement relativement modernes : ou s’est borné à en prescrire 1 élargissement par mesure ordinaire de voirie. Les maisons qui la bordent sont, sauf les î econsti uctions partielles, de la lin du xvne siècle et du commencement du xvuic; elles n’ont d’autre histoire que celle de leurs possesseurs et de leurs habitants.
Deux ans après son ouverture (1674), la rue de Savoie faillit avoir un théâtre, celui de Molière, ou plutôt de sa troupe, puisque l’illustre comique était mort 1 année précédente. Ün cherchait naturellement une rue nouvelle dans ce quartier nouveau, ainsi qu’on l’a fait plus tard, en installant la Comédie française d’abord dans la rue des Fossés-Saint-Germain, puis sur les terrains de l’hôtel de Condé. Chassés de la rue Guénégaud, par les exigences de l’Université qui ne voulait point de théâtre dans le voisinage du nouveau collège Mazarin, les comédiens jetèrent les yeux sur la rue de Savoie; mais ils durent y renoncer à cause
do l’ opposition que leur fil le curé de Saint-Andre-des-Ars. A oir ce quon fit a
cet égard dans un écrit du temps cité par Dulaure :
rt Les comédiens marchandèrent des places dans cinq ou six endroits, paitout où ils alloient, c’éloit merveille d’entendre comme les curés crioient. . . Le curé de Saint-André-des-Arts, ayant su qu’ils songeoient à s’établir rue de Savoie, vint trouver le Roi et lui représenta qu’il n’y auroit bientôt plus dans sa paroisse que des aubergistes et des coquetiers, et que, si les comédiens venoient, son église seroil déserte. Les Grands-Augustins présentèrent aussi leur requête; mais on prétend que les comédiens dirent à Sa Majesté que ces mêmes Augustins, qui ne vouloien! point de leur voisinage, étaient fort assidus spectateurs de la comédie, qu’ils avoient offert de vendre à la troupe des maisons qui leur appartenoient dans la rue d’Anjou M, pour y bâtir un théâtre, et que le marché se seroit conclu si le lieu avoit été commode. L’alarme fut grande dans tout le quartier, et les comédiens eurent défense de bâtir dans la rue de Savoie (2). n
RUE SERPENTE
Cette voie était l’un des sentiers, ou chemins de traverse, qui coupaient autrefois le clos de Laas, d’occident en orient, et faisaient communiquer entre elles les rues Hautefeuille et de la Harpe, considérées comme plus importantes, parce que, se dirigeant du nord au sud, parallèlement à la rue Saint-Jacques ancienne voie de Lutetia à Genabum — elles tendaient vers la campagne et formaient entrée de Paris. La rue Serpente a donc dù se peupler un peu plus tard que les grandes voies dont nous venons de parler; cependant sa transformation en rue et la construction des maisons en bordure ont suivi de près 1 accensement ordonné en 1179 par l'abbé Hugues V, puisqu’on trouve, dans lannee suivante, une mention du viens Serpentis®.
Dans la première moitié du xmc siècle, en 12A7 notamment, on trouve : Viens ad Serpentent, puis viens Serpentis en 1266, 1260 et 127b141. Ces deux appellations sont traduites, par les collecteurs de la Taille de 1292, en a rue de la Serpenta; on trouve, en 1297 et 1299, et de la Sarpenl, à la Sarpent et de la Serpenter. Le Dit de Guillot (i3oo), le Livre de la Taille de i3i3, un compte de
(l) Ce sont les maisons dont il est question aux articles des rues Dauphine. d’Anjou, de Nevers, et pour le service desquelles les entrepreneurs de ces nouvelles voies s’étaient engagés h ouvrir deux passages souterrains. Voir à la rue Dauphine.
(2} Galerie de l’ancienne Cour , ou Mémoires el anecdotes pour servir à l’histoire des régnes de Louis XIV et Louis X V, t. Il , p. 3qo et suiv.
(3) Cartulaire de Notre-Dame, IV, i5q.
<4> Idem.
RUE SERPENTE
1 3 5 3 cité par Sauvai P et le manuscrit de la bibliothèque Gottonienne portent «rue de la Serpent». Les staLuts du collège de Tours (i54o) qui sont écrits en latin et le Vidimus de la fondation du collège des Lombards ( î 5 û î ) , rédigé dans la même langue^3), reviennent à l’appellation de 1180, viens Serpentis, de même que celle de 1299, rc la Serpenter, est reprise par Guillebert de Metz (i434)W, Corrozct (édition de 1 5 8 G ) et Du Breul (édition de 1612). La rue porte encore ce nom dans le Procez verbail fait pour le neltoyement de Paris eni636®. Les plans de Paris, à partir du xvic siècle, portent Serpente ou la Serpente (“L
L’origine de cette dénomination, qui ne varie que dans la forme, a donné lieu à diverses hypothèses. Selon Sauvai, il faudrait l’attribuer à l’existence d’un «hôtel de la Serpente 11 dans la rue dont il s’agit; mais, puisqu’on trouve viens Serpentis, en i 1 80 , il paraît difficile d’admettre, dès cette époque, la construction d’un manoir de quelque importance, en un quartier qui commençait à peine à se former.
Jaillot n’a point accepté cette explication; mais il en a imaginé une autre plus spécieuse que solide: à l’en croire, la rue Serpente devrait son nom «aux sinuosités qu’elle formoit, à l’instar des serpents, avant qu’elle eut été redressées W. Et, pour appuyer son dire sur quelque autorité, il cite « un acte du mois de juin 1263, inscrit dans le Cartulaire de Sorbonne, où on la nomme viens tortuosus, qui est ab opposito palatii Termarum-n.
Adolphe Berty, qui a constaté, dans la rue, l’existence d’une «maison de la Serpents a combattu cette opinion. «Nous ne pensons pas, dit-il, que les prétendues sinuosités de la rue Serpente aient pu lui valoir ce nom; on ne voit point, en effet, quelle ait été aussi tortueuse que plusieurs de ses voisines, la rue des Deux-Portes notamment, avant qu’on l’ait alignée à nouveau. Pourquoi alors lui avoir donné une appellation qu’elle justifiait moins que les autres?»
Quant au vicus tortuosus, qui est ab opposito palatii Termarum, la rue Serpente 11e répond guère à cette désignation; au nord, ce serait la rue du Foin; au sud, les rues de la Sorbonne, des Maçons, ou Coupe-Gueule; à l’orient, la rue des Noyers; à l’occident, les rues des Cordeliers ou Pierre-Sarrazin , mais non la rue Serpente, qui est à plus de 80 mètres au-dessous et au nord du palais des Thermes; l’expression ab opposito ne peut donc raisonnablement s’y appliquer.
(î) Fllibien, Preuves, I, 4 19. — (3) Ibid., p. 429.
(4) Paris aux x ive et xvc siècles, p. 175.
(5) Félibien, Preuves, II, 1 33.
(ü) Voir, en particulier, La Tapisserie, Trilschet* Saint- Victor, Quesnel et Mérian.
(7) Nous avons constaté en Bourgogne, clans les environs de Dijon, l’existence de treombes à la Serpent», assez loin de tout centre habité; ce qui exclut l’idée d’une enseigne ou d’une sinuosité, et témoigne en faveur de l’origine animale du nom de la rue.
Restent deux explications, l’une, qui ferait dériver l’appellation dont il s’agit, d'un reptile trouvé sur ce point, soit au milieu des terres, soit dans quelques ruines de constructions romaines'1*; l’autre, qui lui donnerait pour origine une enseigne de nia Serpent n. Adolphe Berty avoue qu’il a constaté l’existence de cette enseigne, dans la rue, au xve siècle seulement; mais il la croit de beaucoup antérieure.
La rue Serpente avait jadis pour aboutissants les rues de la Ilarpe et Hautefeuille ; à l’occident, elle était continuée par la rue du Battoir, qui en était parfaitement distincte. De nos jours, l’ouverture du boulevard Saint-Michel, eu faisant disparaître la moitié orientale de la rue Serpente, l’a réduite à nôtre plus qu’un tronçon auquel on a soudé la rue du Battoir, en les confondant sous une seule et même dénomination. Pareille confusion s’est, du reste, produite avant les remaniements modernes, et l’on voit, dans plusieurs titres, les rues Serpente, du Battoir, Mignon et du Jardinet prises les unes pour les autres, sans doute parce qu elles avaient été ouvertes simultanément dans cette région des et Petits-Champs t> dont nous avons beaucoup parlé , et aussi parce qu'elles se continuaient ou se complétaient sur plusieurs points de leur parcours. Nous engageons le lecteur à se reporter à la monographie de chacune de ces voies.
CÔTÉ MÉRIDIONAL
(d’Orient en Occident).
JUSTICE ET CENSI VE DE SAINT-GERMA1N-DES-PRES
PAROISSE DE SA1NT-ANDRÉ-DES-ARS
Partie latérale de la Maison du Saint-Esprit, faisant le com de la rue de la Harpe, où elle avait sa principale entrée, et paraissant constituer une enclave dans la Maison de l’Arbaleste, qui lui était contiguë. Comme la plupart des maisons d’angle, celle-ci avait un symbole religieux pour enseigne.
Partie latérale de la Maison de l’Arbaleste ou Erbaleste, puis Maison des Deux Cygnes ( i 5 8 5 ) . plus amplement décrite à l’article de la rue de la Harpe.
Nous avons lu , dans un litre de i 3 2 7, que te l’Arbaleste aboutit à 1 Evesque de Saint-Brieuxr, c’est-à-dire à l’hôtel voisin qu’habitait ce prélat.
Hostel de Saint-Brielx ou Saint-Briot (1327). A la suite de la Maison de l’Image sainte Catherine, qui était contiguë à celle du Saint-Esprit etavaitéte construite sur un terrain dépendant de la maison de l’Arbalète, s’étendait un vaste
M Recherches critiques, elc.. Quartier Saint-André-des-Arts , article Serpente.
RUE SERPENTE
espace, borné au sud par la rue des Deux-Portes, et ne portant aucune désignation sur le plan dressé par Adolphe Berty. Toutefois les notes, souvent informes, qu’a laissées cet érudit, nous permettent d’affirmer que les évêques de Saint-Brieuc avaient là leur résidence. Outre la citation que nous avons faite à l’article précédent, il existe, également à l’année 1827, une mention relevée par Berty et ainsi
conçue: «Maison de l'Erbaleste, rue de la Herpe, tenant à . d’autre part à
Gagneur de Henaul, aboutissant à i’evesque de Saint-Briot. n
En 1 /T89 , l'hôtel de Saint-Brieuc appartenait à M° Robert Hubout, président au Parlement, ainsi qu’il appert d'une note relative au collège de Tours et débutant par ces mots significatifs : « 1 68g. Et est notoire que ledict coleige a sa principalle entrée en la rue de la Serpente, au droict de la maison de Maistre Robert Hubout, président au Parlement n.
Maison de la Sebpente, nommée, mais non délimitée sur le plan de restitution; elle fut, ainsi que la suivante, englobée dans le pourpris de I'Hôtel de Mibaulmont, logis seigneurial que nous avons décrit à l’article de la rue Hautefeuille, elauquel nous renvoyons le lecteur.
Maison aux Escollieiis de Suesse. Adolphe Berty ne mentionne cette maison ni dans son texte, ni sur son plan; à l’occident de l’hôtel de Saint-Brieuc, il 11e place que la Maison de la Sebpente, enclavée plus tard dans le pourpris de l’hôtel de Miraulmont. Mais 011 peut affirmer que, sur ce point de la rue Serpente, il a existé une maison destinée à loger des écoliers.
Le Vidimus de la fondation du collège des Lombards, que Félibien a fait imprimer dans ses Preuves, contient la mention suivante : uPrefatus revercndus pater D. Andréas de Florentin obligavit spécialité)- domum suam, quam habet Parisius in vico Serpenlis, cumjuribus et pertinentiis universis ipsius domus , cui, ab un a parte, coheret domus scolarium de Suecia, et, ex alla parte, domus Joliannis de Dordanna hostellarii, et domus Johannis dicli le Couconnier, et via publica a parte anleriori, et etiam posteriori, v
D’autre part, le savant continuateur de Du Boullav, M. Charles Jourdain, a constaté que «les premières maisons affectées au collège des Lombards furent un immeuble situé rue Serpente, quelque temps habité par des étudiants d'Upsaln.
Nous devons maintenant rapprocher de ces deux textes une note que nous avons trouvée, égarée dans les papiers de Berty :
« 1367. Une maison qui fust jadis grandie, séant à Paris, en la rue de la Vieil Plastrière, faisant le coin de la rue que l’en dit entre Deux Portes, prez l’église des Cordeliers, et tient, d’aultre coslé par devers ladicte rue de la Vieil Plastrière,
à Simon de Fresnuy, et aboutissant par derrière à aultres maisons, vieils places vuides, qui sont aux escolliers de Suesse. »
Restes de l’hôtel de Miraulmont reconstruit à l’angle des rues Serpente et Hautefeuille , d’après une photographie.
La maison qui les abritait était donc située au couchant de l’hôtel de Saint- Brieuc, puisque celui-ci adhérait à l’ Arbalète, et que le logis des écoliers adhérait lui-même à la maison formant le coin de la rue des Deux-Portes. Peut-être faut-il l’identifier avec la maison de la Serpente.
Après avoir déterminé la situation topographique de la maison des écoliers de Suesse, on peut à première vue s donner de trouver une sorte de college en cet endroit: les étudiants de ce pays possédaient, en effet, dès le xuc siècle, dans la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, un collège qui leur était commun avec les
RUE SERPENTE
Danois et qu’on appelait, pour celte raison, collège de üacc ou de Svesse. Les bâtiments de ce collège, qui étaient contigus à celui de Laon et au couvent des Carmes, y furent plus tard englobés. D’autre part, les Danois, au témoignage de Félibien, furent transférés dans une maison de la rue Galande, et l’on ne voit nulle part mention d’une translation semblable pour les Suédois.
Qu’était-ce donc que cette et maison des écoliers de Suesse», à laquelle tenait celle que l’évêque d’Arras, André Ghini, de Florence, engage ou hypothèque, en i 333, pour assurer la fondation du collège des Lombards?
11 semble qu’on ne doive y voir qu’un logis à l’usage de quelques étudiants venus d’Upsal et suivant les cours de l’un des nombreux établissements scolaires situés dans le voisinage de la rue Serpente. Peut-être aussi lui donnait-on improprement le nom de n collège», ou de et maison d’écoliers» , comme on l’a fait pour les prétendus collèges d'Albuzon ou Aubusson, du Dauphiné ou de Chavesnil, de Maître Clément, de Vendôme surtout, lequel était très voisin de la domus scolarium de Suecia, et n’a jamais logé que des abbés ou des religieux.
Le titre de collège était honorifique dans la région de l’Université, et on aimait à le donner aux maisons qui, n’étant ni des hôtels ni des établissements scolaires proprement dits, recevaient pourtant des écoliers; on tenait à les distinguer ainsi, non seulement des maisons bourgeoises et marchandes ayant enseigne, et ne jouissant pas des privilèges attachés aux immeubles universitaires, mais encore de celles que l’Université taxait et qui étaient louées à des étudiants, sans être ni des collèges ni des maisons d’écoliers (*).
Enfin , la maison des écoliers deSuesse ne doit-elle point être identifiée avec ce logis qui, en i/i3o, était devenu trvuide, vacque et comme inhabitable» etc subhasté» ou vendu aux enchères au Châtelet? Nous livrons ces diverses conjectures à la sagacité du lecteur.
Partie latérale de la Maison de l’Image saint Kristofle, ayant son entrée sur la rue de la Barre, ou Hautefeuille, et incorporée à I’Hôtel de Miraulmont. (Voir la monographie de cette résidence seigneuriale.)
CÔTÉ SEPTENTRIONAL
(d’Occidenl en Orient).