‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 152 sur 206 · ACTUELLEMENT RUE DUPUYTREN · texte numérisé non relu

ACTUELLEMENT RUE DUPUYTREN

Cette petite voie publique n’a été ouverte qu’après la démolition du mur de Phdippe-Auguste; elle aboutit, en effet, sur l’ancien chemin des fossés, représenté aujourd hui par la rue Monsieur-le-Prince , et son faible parcours comprend , pour plus de moitié, l’allée des Murs, la muraille et le fossé.

te Vis-à-vis la porte de l’église des Cordeliers, dit Jaillot, étoit un jardin qui fut destiné ensuite à servir de cimetière ; on en a pris depuis une partie pour faire les rues de l’Observance et de Touraine; le reste est couvert de maisons. Ce jardin aboutissoit à une ruelle qui régnoit le long des murs jusqu’à la porte, d

Il résulte d’un acte, inséré dans les Registres du Bureau de la Ville , que ce jardin,

(1> La taxe des logements dans l’Université de Paris, p. 1 4 1 , i ha , i43, dans le tome IV des publicalions de la Société de l’Histoire de Paris et de l’Ile-de-France.

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, avec plusieurs constructions et entretenantes)!, situées sur une portion de son emplacement, fut vendu à l’Hôtel-Dieu par le Prévôt des marchands elles Echevins, au mois d'août 1673. La partie en bordure sur la rue des Cordeliers était de beaucoup la plus avanlageuse; elle ne tarda pas à sc couvrir de maisons; nous en donnons la succession et la nomenclature dans l’article relatif à la rue des Cordeliers, ou de l’Ecole-de-Médecine.

Jaillot, dans le passage cité plus haut, oublie de mentionner la date de 1 ouverture de la rue de Touraine ; c’est en l'année 1672, où eurent lieu la démolition des portes et le comblement des fossés, que fut décrété le percement de cette voie, ainsi que celui de sa voisine, la rue de l’Observance. Nous avons cité, à l’article de cette dernière rue, l’arrêt qui en ordonnait l’ouverture, et nous avons dit ce qu’était le jardin transformé en cimetière, à travers lequel les deux voies ont été tracées.

La rue de Touraine est indiquée sur le plan de Bullet et Blondel, qui porte la date de 1670-1 676, et elle figure depuis lors sur tous ceux qui ont été dressés; son appellation seule a été quelque peu défigurée. Contrairement à l’assertion de Jaillot, La Caille 11’a point écrit sur son plan rue Neuve de Tliurenne (P; le héros de la guerre contre les Impériaux aurait certainement pu être, à l’époque de sa mort qui coïncide avec l’ouverture de la rue de Touraine, le parrain de cette dernière voie; mais on lui a fait plus tard hommage d’une rue plus importante. Jouvin de Rochefort, qui dressait son plan à peu près à l’époque où Bullet et Blondel levaient le leur, a désigné la voie qui nous occupe sous le nom de rtrue de Turènei). Est-ce une faute du graveur? Est-ce un hommage rendu à l’illustre maréchal? Nous ne saurions le décider. Ce plan montre la muraille de Philippe- Auguste apparente, au nord et au sud de la rue de Touraine, mais détruite à la hauteur de cette voie.

L’origine du nom de la rue de Touraine a été indiquée sommairement mais inexactement, croyons-nous, par Jaillot: a Comme elle a, dit-il, presque le même alignement que la rue du Paon et qu elle semble en faire la continuation, on lui donna le nom de Touraine à cause de l’hôtel de Tours qui est situé dans cette dernière rue P', d

Quel est cet hôtel de Tours ayant servi à dénommer une voie autre que celle où il était situé? Nous en avons parlé à l’article de la rue du Paon, et nous résu-

(1) Ce n’est pas sur son plan, mais dans son texte que La Caille a écrit ctrue Neuve de Thurenne^; il ajoute rou de Touraine conformément à l’orthographe adoptée par son graveur. Peut-être le fatal

événement de Salzbach (1675) est-il pour quelque chose dans cette variante.

Remarques critiques, etc., Quartier Saint- A ndré-des-A ris , p . 1 h 6 .

RUE DE TOURAINE, mous ici ce que nous avons dit. L’un des archevêques de Tours, Victor Le Bouthilier de Chavigny, qui occupa ce siège de 1661 à 1670, avait l’habitude de descendre chez son frère Claude, ministre des affaires étrangères et surintendant des finances, lequel possédait une maison de famille dans la rue du Paon. Le séjour de ce prélat fit donner le nom d’hôtel de Tours au logis où il demeurait pendant ses voyages à Paris, et celle désignation fut acceptée d’autant plus facilement que la maison Le Bou thilier était plus voisine des hôtels de Reims et de Rouen. Les trois archevêques se trouvaient donc logés très près les uns des autres, et cette proximité consacra l’appellation d’hôtel de Tours, même après la mort du prélat qui l’avait habité. On comprend alors que le nom de rue de Touraine ait été donné à la voie percée presque en face de la rue du Paon : l’hôtel de Tours se trouvait, en effet, vis-à-vis de la voie nouvelle, et cette dénomination lui avait été conservée, bien que Victor Le Boutbilier fût décédé deux ans auparavant.

Malgré la vraisemblance de cette origine, nous devons eu indiquer une autre que nous avons déjà mentionnée à l’article de la rue des Cordeliers; nous voulons parler de ttl’hostel de Tourraine avec grand jardin au derrière pris dans le fonds du fossé d’entre les portes Saint-Germain et Saint-Michel i>. Le terrain sur lequel cet hôtel avait été construit faisait partie d’un jardin, vendu par la Ville à l’Hôtel- Dieu, ainsi qu’il résulte d’un acte inséré dans les Registres du Bureau de la Ville, jardin qui fut revendu par les administrateurs de cet établissement hospitalier, pour être couvert de constructions. L’hôtel a dû tout naturellement donner son nom à la rue.

La rue de Touraine a conservé son ancien aspect et n’a perdu son appellation primitive qu’en 1 85 1 , époque où le voisinage de l’École de médecine lui fit donner le nom du célèbre baron Jérôme Dupuytren, mort en 1 835 , après une glorieuse carrière chirurgicale. Rien 11e rappelle aujourd’hui le passage de l’enceinte de Philippe-Auguste sur ce point, ainsi que les travaux de défense couvrant extérieurement la porte Saint-Germain. Peut-etre en reste-t-il quelques débris sous le sol de la rue et des maisons qui la bordent.

CÔTÉ ORIENTAL

(du Nord au Sud).

JUSTICE ET CENSIVE DE SAINT-GERMAIN-DES-PRES

Les maisons situées de ce côté de la voie occupent l’emplacement d’une partie du jardin, transformé en cimetière, à travers lequel ont été percées les rues de Touraine et de l’Observance.

Maison sans désignation, formant l'angle des rues de Touraine et des Cordeliers (de l’École-de-Médecine). Bâtie sur l’allée des Murs et sur 1 emplacement de la muraille elle-même, elle a été divisée plus tard en deux propriétés distinctes.

Maison également sans désignation, contiguë à celle ou fut établie, de nos jours, l’École gratuite de dessin pour les jeunes filles, sous la direction de Rosa Bonheur. Cette école, où la célèbre artiste enseigna pendant plusieurs années, a été récemment transférée dans la rue de Seine.

Deux Maisons également sans désignation, bâties sur 1 emplacement du fossé et en bordure de l’ancien « chemin sur les fossés (rue Monsieur-le-Prince) n. Celle qui faisait le coin se trouvait en face des murs fermant le pourpris de l’hôtel de Coudé, avant la destruction de cette résidence princière. Celle qui lui était contiguë, sur la rue de Touraine, formait la partie postérieure du Collège de théologie des Cordeliers, aula théologien, dont nous avons parlé à l’article de la rue de l’Observance W.

CÔTÉ OCCIDENTAL

(du Nord au Sud).

mêmes justice, censive et paroisse.

De ce côté également, les maisons ont été construites sur l’emplacement de l’allée des Murs, de la muraille de Philippe-Auguste, des ouvrages extérieurs de la porte Saint-Germain, et du fossé longeant l’enceinte.

Maison d’angle faisant face à l’ancienne tourelle de la rue du Paon, et paraissant plus ancienne que la rue de Touraine. C était probablement la première maison que l’on rencontrait dans la rue des Cordeliers, après avoir franchi la porte.

Maison sans désignation, qui lut habitée par la veuve de Molière, Armande Réjart; ce qui prouve quelle avait été construite au moment du percement de la rue, ou peu après. Molière mourut, en effet, le 17 février 1673, et sa veuve épousa eu secondes noces M. Guérin dEstriches. C est donc pendant son veuvage, ou son second mariage, qu’elle habita la rue de Touraine.

Deux Maisons sans désignation, dont Tune, celle qui forme le coin de la rue

1 II ne fautpas confondre la salle de théologie, l'école établie rue de l’Observance, en face même située à l’intérieur du couvent des Cordeliers et du monastère, pour 1 instruction théologique des servant aux conférences des leligienx profès, avec

novices.

RUE DE TOURAINE

Monsieui'-le-Prince, a été reconstruite en ces derniers temps. L’autre est encore telle qu’elle fut bâtie il y a deux siècles.

Les exigences de l’ordre alphabétique, adopté par Adolphe Berty qui l’avait emprunté à Jaillot, nous ont conduit à terminer l’histoire topographique de la région occidentale de l’Université par la description d’une petite rue relativement moderne. Nous engageons le lecteur, désireux de rétablir l’ordre chronologique, à consulter le tableau placé à la fin du premier chapitre de ce volume et contenant la plus ancienne mention de chaque rue, telle qu’on la trouve dans les titres. Les inconvénients de l’ordre alphabétique seront ainsi atténués.

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