CENSI VE DU ROI
PAROISSE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS
Partie late'rale de l’Hôtel de Fescamp, ayant son entrée principale sur la rue de la Barre.
;,i Voir, dans les publications de la Société de l'Histoire de Paris et de l’Ile-de-France (I. IV, p. 1A0 et suiv.), le curieux travail de M. Charles Jourdain sur la Taxe des logements dans l'Université de Paris.
Le pourpris de l’hôtel formait un quadrilatère presque régulier, circonscrit pâlies rues Percée, Serpente, de la Barre, le collège de Tours et la Maison de l’Image saint Martin; nous en avons fait 1 histoire, à 1 article de la rue Hautefeuille.
Collège de Tours. La fondation de cet établissement est racontée ainsi par Félibien, d’après les lettres de fondation en date de l’année 1 333 (l).
cr Le collège de Tours fut fonde par Ltieune , archevêque de cette ville , sui nomme Bourgeuil, pour un principal et six écoliers de son diocèse, auxquels il donna pour demeure une maison située dans la rue Serpente, avec son verger et la, maison de derrière, qu'il avoit achetée de feu Pierre La Poslolle ou L’Apostoille, chanoine de Paris, et où ledit archevêque avoit fait bâtir une chapelle. Pour l’entretien des boursiers, il leur donna deux maisons situées dans la rue de la Harpe, l une appelée la maison aux Testes, l’autre la maison aux Chevaux, qu’il avait achetées de Simon La Postolle , père et héritier de Pierre, avec un bois dans la paroisse de Grisi, et tous les cens, terrages, dîmes et autres revenus et droits qu’il avoit, en vertu de la vente que lui en avoit faite Maufroi de Milan, docteur en médecine, et de plus les dîmes de blés et de vin qu'il avoit acquises en la paroisse des Monts, au diocèse de Tours, de Faverolle, avec dix livres dix sous de rente, sur le bois de Bois-Rideau et les prés voisins, dans la paroisse de la Yille-aux-Dames . . . Tous ces acquêts, il les a faits comme personne privée, et non comme archevêque de Tours. Il assigne à chacun des boursiers trois sous parisis par semaine, au heu de deux sous et demi qu’ils avoient jusque-là; ce qui fait voir qu’il avoit déjà formé une assemblée de boursiers avant l’an 1 336. Il donne quelque chose de plus au principal et au procureur <‘2)n.
') ,Aimo 1 333 . . . Universis présentes lilleras inspecturis, Stephanus, àrcbiepiscopus Turonensis, salutem. Noveritis. . . quod. . . sex scolares seculares et unum principalem , seu magistrmn collegii , quos perpeluo (le civilate vel diocesi Turonensi ordinamus et stotuimus assuraendos cotannis, fundainus et statuimus in studio Parisiensi prediclo, et ipsos in posterum ibidem poni, manere et studere vokiinus, expensis et bursis nostris; quibus scolaribus , pro babitatione sua et pro loco principali domus, concedimus et assignamus quamdam domum sitam in civitate Parisiensi, in vico de la Serpente, cum virgulto et domibus rétro earnexistentibus et perlinentiis earumdem, prout pretenduntur in longo et in largo, in qua jam didi scolares habitant, quas domos cum perlinentiis suis, jamdiu et tanquam private persone, ad usum dictoruin scolarium , acquisivimus a defuncto magistro Pelro La Postolle , canonico Parisiensi , doctore in
tlieologia; in qua dorno, ad usum dictorum scolarium, de novo fecimus edificare capellam supra virgultum domus alterius, de qua inferius mentio habelur, protensam . Ex nunc damus, conce¬
dimus et assignamus duas domos sitas in civilate Parisiensi, in vico Cithare, prout protendunlur in longo et largo, cum virgullis et perlinentiis universis earumdem; quarum domorum una vocatur Domus ail Capita,el altéra vocatur Domus ad Equos. Quas domos, cum perlinentiis suis, jamdiu et tanquam privata persona , ad usum dictorum scolarium acquisivimus a Simone La Poslolle, pâtre et solo bærede dicti deluncli magislri Pétri La Postolle, sicuti in litteris venditionis de eis nobis i'aclis plenius continelur.» (Félibies, Preuves, I, àog. )
Félibien, I, 58o, 5yi.
Du lioullay , l'historien de l’Université , relate celle fondation beaucoup plus brièvement : nEodem anno(i333), Stephanus de Burgolio, patrie Aude-
RUE SERPENTE
Le chanoine Pierre La Postolle ou L’Apostoille, et son frère Simon , changeur et bourgeois de Paris, qui avait hérité de lui , vendirent donc à Étienne de Bourgueil les ti ois maisons dont la réunion forma le collège de Tours; mais ce ne fut pas la seule acquisition faite par le fondateur. Il résulte d’une noie recueillie dans les papiers d Adolphe Berty, malheureusement sans indication de source, que l’archeveque acheta encore deux autres immeubles pour étendre le pourpris du nouveau collège. Cette note est ainsi conçue :
cr 1 3 3 o . Vente par Guy Coquatrix, chanoine de Paris, pour fonder le collège, de deux maisons, 1 une rue de la Serpente, l’autre rue Percée, et à chaque maison un jardin, lesquels jardins joignent icelles, n
De tout ce qui précédé il resuite que la fondation du collège de Tours ne fut complète qu au bout de quatre ans, et qu’elle exigea l’acquisition de cinq immeubles possédés par deux chanoines et le frère de l’un d’eux; ce qui dut singulièrement faciliter la transaction. Dès i33o, l’archevêque fondateur installa quelquesuns de ses boursiers dans la première maison qu’il avait achetée; puis il en augmenta le nombre, au fur et à mesure qu’il étendait le pourpris du nouvel établissement, et leur assigna, comme pension hebdomadaire, trois sous parisis au heu de deux; cce qui fait voir, dit avec raison Félibien, qu’il avait déjà formé une assemblée de boursiers avant l’an i334d. A cette dernière date, l’établissement était complet, et 1 on ne voit, pas qu il ait été rien acquis plus tard pour l’agrandir.
Les cinq maisons, aménagées et réunies par leurs jardins et leurs vergers, suffisaient amplement d ailleurs au logement de six boursiers, d’un principal et d’un procureur. Celle qui était située rue Percée et qu’Étienne de Bourgueil avait acquise du chanoine Guy Coquatrix, paraît même avoir été inutile au collège, puisqu on la laissa dépérir et tomber à l’état de masure, ainsi qu’il résulte de la note suivante recueillie dans les papiers d’Adolphe Berty :
" 1 ^ ^ 9 ■ • ■ Et est tout notoire que ledict coleige (de Tours) a sa principalle enliee en la rue de la Serpente, au droict de la maison de Maistre Robert Hubout, président au Parlement. Et, au derrière dudict coleige, y a une masure qui respond en ladicte rue Percier, en laquelle souloit avoir maison qui contient trente piez de largeur, ou environ, tout au droict de la maison de mondict Sainct- Maiin, archevesque de Cambray, lequel, puis ung mois en ça, a l'aict clorre et murer ladicte rue Percier, qui est une rue passant, au coing de laquelle pend une chesne, et est ladicte rue pavée de carreaulx, comme les autres grans rues de Paris; en laquelle clousture ledict de Cambray y a compris la masure du coleige. »
ga\ensis, dignitalc archiepiscopus Turonensis, in marin addixit, bursarnmque collocationem sibi suisvico Serpente, collegium Turonense instituit et fun- que suceessoribus retinuit. Obiit autein ille anno (lavit, alque sex bursariis panperibus, unique pri- i336.» (. Hisloria Universitatis, IV, aio.)
Située à l’extrémité du carré long qui formait le pourpris du collège, la masure dont il est question ne pouvait être que la maison de I’Image saint Martin répondant, en effet, sur la rue Percée; par son éloignement des bâtiments scolaires, dont elle était séparée par les jardins et vergers mentionnés dans les actes d’acquisition, elle ne pouvait être qu’une etgranchen, un appentis, une dépendance quelconque.
Une autre note de Berty nous apprend qu’à la fin du xv° siècle la chapelle bâtie par l’archevêque fondateur tt tombait en ruines s; cependant Etienne de Bourgueil déclare, dans l’acte dont nous avons reproduit le texte, qu’il l’a fait construire à neuf en i 333, dans le verger d’une des maisons acquises, de novofecimus ædificare supra virguüum domus alterius. Il faut croire que l’insuffisance des revenus du collège avait amené le procureur à négliger l’entretien de cette chapelle, comme celui de la maison de I’Image saint Martin. Les malheurs de la guerre de Cent ans avaient dû peser sur les propriétés rurales du collège situées en Brie et en Touraine, et ce qui tend à le prouver, c'est que Félibicn évalue à trois mille livres les ressources annuelles que l’établissement possédait au xvuc siècle. Vers la fin du xvm\ dit M. Charles Jourdain, d’après Laverdy (l), le collège ne possédait plus qu’un seul boursier, et les revenus se trouvaient réduits à néant. La plupart des petits collèges de Paris étaient dans le même cas, et la mesure qui eutpourobjet de les réunir « à l’Université *, c’est-à-dire au collège Louis-le-Grand, était en partie motivée sur l’insuffisance ou l’absence de ressources.
Félibien, et après lui M. Charles Jourdain, ont fait remarquer le caractère large et libéral des constitutions qui régissaient le collège de Tours. Nous ne savons si les boursiers primitifs se destinaient exclusivement à l’état ecclésiastique, et si le collège ne fut pas d’abord une sorte de séminaire, comme la plupart des etablissements de ce genre créés par les évêques et autres dignitaires ecclésiastiques, en vue d’assurer le recrutement du clergé séculier; mais, en i5ào, intervint un règlement qui permettait aux boursiers <t suivant l’intention du fondateur, d étudier à leur choix, en grammaire, logique, médecine, droit canon ou théologien. Clause plus remarquable, fait observer M. Charles Jourdain, celui qui voulait étudier le droit canon devait avoir, au préalable , étudié le droit civil ; d ou il résulte que le collège de Tours entretenait de futurs avocats et de futurs médecins.
Le collège de Tours, dont la fondation fut l’œuvre de quatre années, dont les constitutions sont aussi larges quelles pouvaient l’être au xive siècle, est donc, nous le répétons, l’un des établissements les plus libéraux de cette époque. Aussi les
c1) Compte rendu du 12 novembre ij63, concernant la réunion des boursiers fondes dans les colleges de non plein exercice, sis en la ville de Paris, par M. Laverdy.
RUE SERPENTE. 571
boursiers conservèrent-ils précieusement la mémoire de son fondateur : après sa mort, survenue en 1 336 , ils placèrent au-dessus de la porte d’entrée une inscription commémorative, qui a été relevée par Malingre: crAu portail du collège, dit cet historien, les armes du fondateur Estienne de Bourgueil sont engravées en pierre, avec telle escriture : Slephanus deBurgolio, Turonensis archiepiscopus , hujus collegii fundator magnifiais. Obiil anno i336. n
«Nous ne saurions dire, écrit le continuateur de Du Boullay, si le collège de Tours a eu des jours prospères, n Une telle recherche serait en dehors de la spécialité de ce livre; qu'il nous suffise de résumer très sommairement, aux appendices, les statuts de cet établissement et d’y constater, comme dans la plupart des documents de ce genre, cette discipline sévère qui fait les fortes études.
Entre la première maison acquise du chanoine Pierre La Postolle, ou L’Apostoille, pour la fondation du collège de Tours et le débouché de la rue Serpente dans celle delà Harpe, il existait trois maisons « entretenantes » , c’est-à-dire contiguës et ainsi dénommées :
Maison aux Testes ;
Maison du Cheval Rouge ;
Maison de l’Isiage saint Yves.
Le plan incomplet dressé par Berty eu figure trois, et n’en dénomme qu’une seule, la dernière.
Les deux premières, nous les connaissons déjà, puisqu’elles sont nommées dans lacté de fondation du collège. C est le 28 novembre 1 3 3 1 que ttmessire Estienne de Bourgueil, fondateur du collège de Tours, acquit de Simon Lapostoille, orfèvre et bourgeois de Paris, deux maisons tt entretenantes n , en la rue de la Harpe, l’une appelée la Maison aux Testes L’Apostoille, et l’autre le Cheval Rouge, tenant la première à Louis. . . , d’autre part, à Guillaume Asselin, aboutissant toutes deux, en la rue Serpente, à la maison que ledit Bourgueil avait acquise pour fonder le collège; sur l’emplacement desquelles le collège fit bâtir trois maisons, scolaires sans doute : deux, rue de la Harpe, et la troisième, au derrière de ces deux maisons, ayant son entrée sur la même rue par une allée commune, reconstruite en 172811 W. L’acquisition dont il s’agit est donc antérieure de deux ans à la fondation du collège ; elle la préparait.
Deux de ces maisons, tout en aboutissant dans la rue Serpente, développaient
(l) Noie d’Adolphe Berly.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, leur principale façade sur la rue de la Harpe, puisque les lettres que nous avons reproduites en note les disent sitas in vico Cithare. Le parcellaire de la rue de la Harpe (voir cette rue) confirme la situation topographique de ces deux maisons: en restituant celles de I’Imaige sainte Barbe et de Samson Fortin, ou du Barillet d’Argent.
Adolphe Berty a constaté qu’en l’année i33o, où lurent faites les premières acquisitions pour la fondation du collège de Tours, les deux immeubles dont il s’agit touchaient au Ciieval Bouge et à la maison aux Deux Testes Lapostoille. Malheureusement, cette contiguïté n’est pas accusée sur le plan.
Avant de terminer notre monographie de la rue Serpente, nous devons mentionner deux maisons qui y étaient situées, et que nous n avons pu identifier, laute d’indications suffisantes; il s’agit de :
i° La Maison de Guillaume de Saint-Cyr, citée par M. Charles Jourdain dans son curieux travail sur la Taxe des logements dans l’ Université de Paris; maison qui est dite sise rue Serpente, «avec un petit pré et un cellier sous les établesn et que l’on taxe à dix-huit livres pour le logement des écoliers11);
a° La Maison aux Escoliers de Tours, qui était redevable à la Pitancerie de Saint-Germain-des-Prés d’une rente annuelle de vingt-cinq sous.
La première de ces maisons était évidemment 1 un de ces logis affectés aux élèves externes, dénommés alors galoches ou martinets, lesquels ne pouvaient, faute de bourse ou déplacé, être admis dans les bâtiments scolaires. Cest pour eux, dil M. Charles Jourdain, que l’Université avait été amenée au régime de la taxation.
«Comment, écrit le savant continuateur de Du Boullay, la nombreuse jeunesse accourue d’Angleterre, d’Allemagne, d’Italie, même des contrées septentrionales comme la Suède et le Danemark, à plus forte raison des provinces de France, notamment de la Normandie et de la Picardie . . . parvenait-elle à se loger ? Il n a pas toujours existé à Paris des collèges pour y donner 1 hospitalité aux étudiants venus de loin; et, même après l’établissement des premiers collèges, ni les bourses comprises dans leur fondation, ni les pensionnats qui ne tardèrent pas à se multiplier, ne suffisaient pour donner un asile à la tonie de ceux qui fréquentaient les écoles de l’Université. Où donc allaient-ils chercher un gîte ? A quelles conditions l’obtenaient-ils? Quelles mesures l’autorité ecclésiastique et 1 autorité civile avaient-elles prises à cet égard?. . . L’acte le plus ancien, à notre connaissance, où il soit fait mention du logement des écoliers, est l’ordonnance promulguée dans
[l) Culleclion de mémoires publiés par la Société (le l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France , t. IV , p. îlrj.
RUE DE TOURAINE
le coui ant du mois d’août de l’an de grâce 1 2 1 5 , par le cardinal Robert de Courson. Il y est dit: ctFacere possuntmagistri et scholares, tam per se quarn cuni aliis, obligationes et constitutiones, fide vel pœna , vel juramento vallatas. . . pro taxandis pretiis hospitiorum. n Seize ans plus tard, le pape Grégoire IX ayant Fait appel à l’autorité royale en faveur des écoliers de Paris, et supplié Louis IX de leur accorder le droit de faire établir la taxe des loyers à leur usage, par l’entremise de deux maîtres de l'Üniversité et de deux bourgeois assermentés, celui-ci, de l’avis de son conseil et de sa mère, Blanche de Castille, accéda sans peine au vœu du Souverain Pontife M.
La maison de Guillaume de Saint-Gyr, à propos de laquelle nous avons rappelé l’ancien régime de la taxe des loyers scolaires, avait été tarifée en 1281, par le ministère de Me Adam de Gouly et Pierre de Vilarceaux, maîtres en théologie. Quant à celle des écoliers de Tours, c’était ou le collège lui-même, ou quelque maison contiguë affectée au logement des étudiants, par suite de l’insuffisance des locaux et des ressources du collège. La rente qu elle payait à la Pitancerie de Saint-Germain avait probablement pour origine l’accensement fait en 1179, par Hugues V.
N. B. — Il convient de se reporter aux rues Hautefeuille et de la Harpe pour l’histoire détaillée des maisons formant les angles septentrional et méridional de ces deux voies, et ayant leurs façades latérales sur la rue Serpente.
RUE DE TOURAINE