‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 174 sur 206 · Lutetia nova, poème de Santeuil · texte numérisé non relu

Lutetia nova, poème de Santeuil

Le versificateur élégant qui a composé des distiques pour toutes les fontaines de Paris ne pouvait passer sous silence le travail de transformation dont il fut témoin dans la seconde moitié du xvne siècle, et qui ne put être exécuté qu’aux dépens des vieilles enceintes. Corneille avait déjà célébré dans Le Menteur (16^2), les merveilles cdilitaires accomplies du vivant de Itiehelieu :

Que l’ordre est rare et beau de ces grands bâtiments !

— Paris semble à mes yeux un pays de romans;

J’y croyais ce matin voir une île enchantée;

Je la laissai déserte, et la trouve habitée :

Quelque Amphion nouveau, sans l’aide des maçons,

En superbes palais a changé ses buissons.

— Paris voit tous les jours de ces métamorphoses :

Dans tout le Pré-aux-Clercs tu verras mêmes choses ;

Et l’univers entier ne peut rien voir d’égal

Aux superbes dehors du Palais-Cardinal ;

Toute une ville entière, avec pompe bâtie

Semble d’un vieux fossé par miracle sortie.

Santeuil, lui aussi, chante la destruction des anciennes murailles et le comblement des vieux fossés, préliminaire indispensable des travaux de construction que méditaient le Roi, la Ville et les particuliers. Mazarin venait de mourir, et ses exécuteurs testamentaires avaient fait choix du pourpris de Nesle pour y bâtir le Collège des Quatre-Nations; les fortifications de Paris, jugées inutiles, s’écroulaient sur les deux rives. Le Prévôt des marchands, Claude Le

APPENDICES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

Peletier, auquel Sanleuil dédia sa Lutetia nova, voulant, comme l’avait fait Henri II, marquer sur un nouveau plan les embellissements qu’il projetait, s’était adressé à Bullet, ami de l’architecte Blondel, et de l’effort combiné de ces deux hommes allait résulter un splendide «pourtraict de Paris??, ainsi que deux arcs de triomphe.

Sanleuil félicite d’abord Bullet de l’honneur que lui ont fait le « préteur urbain et les édiles?? :

Hinc libi magna quidem, major sed gloria surgai Cuin te jamdudum ornandæ qui præsidet Urbi,

Artilîcum numéro e lanto selegerit unum Prætor, et in partem te sponle vocarit honoris.

Ille novam e veteri medilans molirier Urbem, llegifico luxu, remeans quam Cæsar ab lioste lnvideat, dum celsa subit capilolia Victor,

Quærebat Reclorem operum insignemqne Magistrum,

Qui vicos urbisque situs describeret omnes,

Et lolam in plumbo descriptam exponerel Urbem.

Le plan achevé et les merveilles monumentales du nouveau Paris, encore en projet, étant figurées sur «le plomb?? comme effectives, le Prévôt Claude Le Peletier et le topographe Bullet ont le plus vif désir de les réaliser; mais Louis XIV, dont la modestie n’était pourtant pas la vertu favorite, veut tarder encore; il trouve qu’il n’a pas assez fait pour la gloire, il ajourne à d’autres temps les arcs de triomphe que l’architecte de la Ville a représentés sur son plan, comme' déjà érigés :

Hoc opus urgebat dudum nova gloria Magni ,

Tôt tituli pace insignes, et publica vota,

Et plausus populorum, et parti ex lioste triumphi.

Quippe triumphales, quos olli Urbs Iota parabat Erigere, oblatos Princeps damnaverat arcus;

Nondum parque suis respondens gloria fatis Famæ avidum peclus cumulaverat: undique lælos Quamvis per populos iret cita Fama perurbes,

Quæ meritos dudum Victori exposcerel arcus.

Mais la campagne du Rhin s’achève:

Au pied du mont Adule, entre mille roseaux,

Le Rhin, tranquille et fier du progrès de ses eaux ,

voit son lit traversé par l’armée du Roi; le Wahal, le Leck, la Meuse, divinités mythologiques chères à Boileau et à Santeuil, ont les cornes brisées, dit le poète latin; la modestie de Louis XIV n’est plus de saison; il est temps de renverser, sur l’une et l’autre rive de la Seine, les vieilles murailles de Philippe-Auguste et de Charles V. Le Prévôt Claude Le Peletier appelle alors Bullet et lui ordonne de réaliser les projets qu’il a conçus avec Blondel. Il s’agit surtout de détruire la partie de l’enceinte comprise entre la porte Saint-Denis et le Palais-Cardinal; les deux arcs de triomphe, figurés sur le nouveau plan, vont enfin être érigés; c’est la continuation de l’œuvre de démolition commencée par Le Vau sur la rive gauche :

Prætorem interea Victoria læta premebat,

Monstrabal caplasque urbes et diruta castra,

Gentes tôt domilas, totfraclis cornibus amnes;

Dumque nova rerura se totus imagine pascit Admirans, vocat artiGces operumque magistros.

Quos inter, Bullete, aderas; stat ponere magni Fundamenta operis, grandesque attollere portas ,

Magnificosque arcus, Urbemque ornare triumphis.

Gonsulitur; locus ipse favet; res ipsa secundal,

Bulleto monstrante; aperit sese oplima rerum Et forma et faciès: consullis omnia quadrant.

Jamdudum exesa Regina Lutetia palla ,

Annorumque situ et ruga deformis anili,

Squallebal socias inter despeclior urbes.

At nunc ilia novos tandem pulcherrima muros Induet, et lurres arcesque in pulvere ponet.

Indignas arces, indignas Principe turres.

Rumpuntur portæ antiquæ, rumpuntur et arces,

Belliquiæ parles murorum, avulsaque saxis Saxajacent; passim aspiceres veteresque columnas Subversasque domos, vicos, faucesque viarum Laxari anguslas, facta spatia ampla ruina,

Tôt loca nuda, novis quamprimum ornanda triumphis (1).

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