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CHAPITRE PREMIER

ASPECT GÉNÉRAL ET HISTOIRE TOPOGRAPHIQUE DE LA RÉGION AVANT LE XIII" SIÈCLE.

Sommaire : Ce que nous entendons par Région occidentale de l’Université. — PeTiode galloromaine. — Voies et chemins existant à cette époque. ■ — Constructions qui les bordaient. — De'couvertes faites sur leur emplacement. — ■ Les clos de Paris. — • Le clos de Laas. — Ses limites. — Ligne brise'e formant un angle rentrant. — Terre de Gibard. — Peuplement de ce territoire. — Accensement de 1179. • — Enceinte de Philippe-Auguste. — Antiquité relative des voies de cette région. ■ — Extraits des Dits des rues de Paris.

La portion du sol parisien que nous allons étudier appartient à l’ancienne région de l’Université, dont elle constituait la partie occidentale; c’est ainsi qu’elle nous apparaît au xiuc siècle, époque où des documents certains et suffisamment précis nous permettent d’en reconstituer l’aspect. Mais elle avait subi auparavant plusieurs transformations, qu’il importe de rappeler, parce qu’elles ont préparé l’état ultérieur et qu’elles en expliquent les particularités.

Durant la période gallo-romaine, l’espace compris entre la berge de la Seine, d’une part, la grande ligne de communication reliant Lutetia à Genabum et le versant occidental du mont Leucotitius, d’autre part, était occupé par les jardins du palais des Thermes. On sait que les plateaux et les plans inclinés du mont étaient, pour les Parisii de Y oppidum, indigènes ou conquérants, un lieu de plaisance, et qu’un certain nombre de villœ , dont ont on a retrouvé les substructions, s'étageaient sur les pentes de la montagne. Au delà des jardins s’éten-

daient, dans la direction du couchant, des terres en culture, que traversaient diverses voies secondaires conduisant au palais des Thermes et au pont par où l’on pénétrait dans la Cité. On s’accorde à en reconnaître quatre ou cinq : la première, assez rapprochée de la Seine, dont elle desservait les bords; la seconde et la troisième, qui coupaient le territoire par le milieu, et dont la trace est représentée par les rues de Sèvres et de Vaugirard; la quatrième, parallèle à la voie romaine, de Lulelia à Genabum, et conduisant à ce légendaire château de Hautefeuille, qui n’était sans doute qu’une villa ou peut-être un ouvrage de défense destiné à couvrir les abords du palais W; elle est représentée aujourd’hui par la rue Ilautefeuille.

Quelques écrivains, s’inspirant uniquement des textes anciens, et négligeant les découvertes archéologiques, qui seules peuvent déterminer un tracé, ont indiqué une cinquième voie, qui aurait rejoint le chemin de Sèvres, et qui serait représentée aujourd’hui par les rues de la Huchette, Saint-André-des-Ars, de Buci et du Four-Saint-Germain. Ils y ont placé , à peu près au point où s’élève la basilique de Saint-Germain-des-Prés , un et temple d’Isis ou de Cérèsn W. M. Albert Lenoir, interprétant les travaux de l’ingénieur Jollois et résumant les découvertes faites dans cette région, pense que les deux voies centrales s’infléchissaient, à partir du point qui répond à notre moderne Champ-de-Mars , avant d’atteindre l’enceinte des jardins du palais des Thermes, et qu’elles longeaient celte enceinte au sud, pour aboutir, comme les autres voies secondaires, à une sorte de carrefour établi devant la façade occidentale du palais. Le tracé actuel des rues de l’École-de-Médecine et Du Sommerard représenterait, selon les constats de Al. Jollois, la direction que ces voies auraient suivie; elles auraient par conséquent passé devant le théâtre dont les subslructions ont été reconnues sous le sol actuel de la rue Racine, longé la façade méridionale du palais et rejoint la grande voie de Lulelia à Genabum, à l’endroit où l’on a bâti depuis l’église de Saint- Benoît. M. Lenoir croit, en outre, qu'on avait pratiqué dans l'ara! du palais un passage ou guichet analogue à ceux qui existent aujourd’hui entre la rue de Rivoli, le Carrousel et le quai des Tuileries.

Ces diverses voies, dont nous rappelons l’existence parce quelles se sont, avec le temps, transformées en vues et sont ainsi devenues les principales artères de la région que nous allons étudier, ont été reconnues tant par les traces quelles ont laissées dans le sol que par les tombeaux élevés, selon la coutume romaine,

(1) Le continuateur de Guillaume de Nangis, qui vit creuser les fossés au fond desquels apparurent les substructions de cet édifice, émet lui-même celte double opinion : Ibi erat palalium , sive caslrum, ffuod ab anliquis Alturn Folium vocatur. (Voir, à l’article de la rue Hautefeuille, le résumé du savant travail de M. Qiiicheral sur le château; de ce nom.)

(2) Celle voie figure sur le plan imaginé par le commissaire de Lamare et dressé par le géographe Nicolas de Fer. De nos jours, l’ingénieur Jollois a repris celte idée, en donnant le tracé d'une voie cpii aurait traversé les jardins du palais et serait venue aboutir à la Seine au lieu où a été construit le Petit-Pont.

histoire topographique de la région AVANT LE XIII” SIÈCLE. 3 le long de leur parcours (1>. Dans ces tombeaux, sous le sol de ces voies, dans le dallage ou dans le cailloutis qui en formait la chaussée, on a découvert des fragments d’architecture, des débits de statues, des bas-reliefs, des médailles, des menues monnaies et divers autres objets.

De nombreux points de repère ont permis de retracer, sinon avec une entière certitude, du moins avec un degré suffisant de probabilité, le périmètre des édifices détruits.

Cette œuvre de restitution du Paris gallo-romain ne saurait être tentée partiellement : elle constitue un tout que l’historien et l’archéologue ne doivent point fractionner. Le premier auteur de cet ouvrage n’a pas voulu aborder cette tache, qu il considérait comme indépendante de la sienne; ses continuateurs doivent user de la même circonspection. Qu’il leur suffise de rétablir le parcellaire du vieux Paris, et, pour eux comme pour lui, le vieux Paris, c’est la cité du moyen âge, postérieure aux ravages des Normands.

Ces barbares, les derniers venus des envahisseurs de la Gaule, trouvèrent la région que nous étudions, non point en l’état où la domination romaine l’avait laissée, mais telle que les ravages des guerres l’avaient faite, avec les appropriations et les distributions opérées par les premiers rois mérovingiens. Aux jardins des palais et des villœ, que leurs nouveaux possesseurs avaient cessé d’entretenir et qui étaient redevenus des vignes, des prés ou des terres labourables, avaient succédé des clos acquis ou reçus à titre de don par les évêques, les monastères, les églises et les seigneurs. Le plateau et les versants de la montagne Sainte- Geneviève étaient couverts de ces clos, auxquels Sauvai et Félibien ont consacré plusieurs pages de leurs livres W. Des bords de la Seine au sommet de la montagne et le long de la voie romaine de Luletia à Genabum, on en comptait plus de vingt qui ont reçu plus tard différents noms : les deux clos de Garlande et Mauvoisin, du Chardonnet, de 1 yron , des Arènes , de Saint-Victor, les deux clos Bruneau , ceux do Saint-Symphorien, de Sainte-Geneviève, des Jacobins, des Bourgeois, des Poteries, des Mureaux, le fief des Tombes, les clos le Boy, Drapelet, Entelechière, Vigneray, de Saint-Sulpice, et enfin le clos ou terre de Laas qui occupait, avec la terre de Gibard, la plus grande partie de la région dont nous entreprenons de restituer 1 aspect. ttLe clos de Laas, dit Félibien, estoit un grand espace plein de vignes qui descendoit le long de la Seine depuis la rue de la Huchette jusqu à la porte de Nesle, et enfermoit la rue Serpente, la rue Poupée, celle de Saint- André et du cimetière de Saint-André, avec quelques autres qui sont

' Les bergers de Virgile, allanldjturfesàMantoue, — Histoire et recherches des antiquités de la ville passent devant les tombeaux qui bordent la route : de Paris, p. 6ij et suiv. — Histoire de la ville de

. Ecce sepulcrum Paris, I, p. 166 et suiv.

I ncipit apparere Bianoris . . .

depuis là jusqu’à la rivière, y compris le couvent des Augustins et l’ancien

oratoire de Saint-Andéol, autrefois basti au milieu d’un vignoble M. i>

Le nom de ce territoire a été diversement écrit, et l’on a proposé plusieurs étymologies qui prêtent également à contestation : on trouve, en effet, Laas, Lues, Lias. En vieux français, dit M. Cocheris t!), las ou lassiere signifie grange, lieu où l'on entasse les gerbes; lassée et lassie désignent les bas-côtés d’une grange; on a donc pu nommer cette terre Laas, comme on dit tria grange n, dénomination très fréquente dans nos campagnes. D’autre part, lues, en gaël, signifie feu, et liars ou lias, par suite de la chute de IV, équivalent aux mots les brûlés, les rôtis ; ce qui nous ramène aux incendies allumés par les Normands.

Dulaure, relevant dans le poème de Fortunat une expression qui avait jusquelà passé inaperçue — le mot arx appliqué aux deux palais des Thermes et de la Cité, ou peut-être à cette tt œuvre sarrasine v , opus Sarracenorum , qui n’était autre chose qu’une construction romaine — a mis en avant une étymologie nouvelle que Berty a considérée comme fort spécieuse, et à laquelle s’est rallié M. Albert Lenoir (3>. Dans cette hypothèse, laas serait une forme de i'arx, citadelle ou palais; on aurait dit d’abord les jardins de Y arx; puis la chute de la consonne aurait donné lax, las et laas. Cette explication vaut peut-être mieux que les étymologies tirées du gaël et du vieux français.

Quoi qu’il en soit, les jardins de 1 arx ou les terres de Laas lurent, en 553, l’objet d’un don royal qui comprit également le vaste territoire connu sous le nom de fiscus Isciacus ou Isciacensis, fief d’IssyW. Dans la fameuse charte apocryphe dont les éléments ont été empruntés à Gislemar, auteur de la Vie de saint Droctovée, il est dit : Jiscum largilatis noslre qui vocalur Isciacus , qui est inpagis Parisiorum prope alveurn Serai le... cum areis et casis in Parisius civitale, cum terra, cum vinea et oratorio in honore sancli Andeoli marliris.

Les terrains et les maisons, areœ clcasæ, situés dans la ville de Paris, in Parisius civitale, et le vignoble au milieu duquel s’élevait l’oratoire de Saint-Andéol, c’est bien là, dans sa partie la plus orientale, le vaste domaine donné par Childebert à saint Germain. Le clos de Laas s’identifie donc avec les jardins de l’ara, devenus les jardins du roi ou de la reine Ultrogothe, puisque Fortunat, poète contemporain, raconte que le roi les traversait quand il allait visiter la nouvelle basilique :

Hinc iter ejus oral , quuni limina sancta petebat.

Selon toute apparence, Childebert suivait l’une des voies que nous avons indi-

(l) Histoire de la Ville de Paris , I, p. 166. w Notes et additions au texte de Le Beuf, III, p. 275.

(3) Nous revenons sur cette question d’étymo¬

logie à l’occasion de la rue Saint-André-des- Ars.

(4) Voir Topographie historique du vieux Paris, volume du Bourg Saint- Germain, p. 1 et 2.

HISTOIRE TOPOGRAPHIQUE DE LA RÉGION AVANT LE XIII' SIÈCLE. 5 quées et qui partaient, soit du palais des Thermes, soit du pont établi sur le petit bras de la Seine; il passait donc au milieu des terres de Laas, qui avaient dù être aliénées en tout ou en partie, car il dut eu racheter une portion pour arrondir le domaine dont il fit présent à la nouvelle abbaye. La charte de fondation porte en effet ces mots : fiscum nostrum Isciacensem, mais elle ajoute : cum terra, vinea et oratorio que dalo precio compaiuvimus.

Un cartulaire de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, que nous avons déjà cité, détermine les limites de la portion orientale de ce domaine, enclose plus tard dans la ville par la construction de l’enceinte de Philippe-Auguste :

ci C’est assavoir — enladicte ville de Paris — depuis la porte Sainct Michel, autrefois appellée la porte d’Enfer, du costé de Sainct Cosme jusques au coing de l’église dudit Sainct Cosme, et jusques au ruyssel de ladicte rue, et depuis ledict coing jusques à la porte dudict Sainct Germain, du costé des Cordeliers, ainsi que la rue s’extend, jusques au ruyssel d’icelle rue!1).

tr Item. En retournant devant la granl porte des Cordeliers, en la rue faisant le coing du collège de Prémonstré, jusques à la porte Sainct Germain, tant de l’un des costez comme de l’autre.

«Item. Et depuis icelluy coing du collège de Prémonstré, allant droict au coing de l’église Sainct Andry des Ars, du costé dudict Sainct Andry et dudict Prémonstré.

ce Item. Dudict coing Sainct Andry des Ars, jusques à la vielle porte Sainct Germain appellée la porte de Bussy (laquelle de présent est fermée), tant de l’un des costez comme de l’autre , et d’icelle porte venant directement jusques à fahruvouer de Mascon.

ce Item. Dudict coing de fahruvouer de Mascon, tirant droit au vielpont Sainct Michel.

« Item. Et depuis ledict viel pont, tirant à la Tour de Nesle P), n

Le cartulaire dont nous avons tiré les indications pour la région qui fait l’objet de nos études est de i5a3, mais il reproduit exactement les limites données par les cartulaires antérieurs, et notamment par la sentence arbitrale de 1 2 1 0 (1 2 3). A la

(1) Le ruisseau , coulant alors au milieu (le la rue, était considéré comme la limite séparative des censives de Saint-Germain et de Sainte-Géneviève, qui se touchaient du côté de l’Orient.

(2) Archives nationales, reg. LL 1119, fol. 1 v°.

(3) Celte sentence arbitrale queFélibien a publiée dans ses Preuves et que Le Beuf invoque à l’appui de son opinion sur les origines de la chapelle Saint-Andéol, n’a trait qu’au règlement des juridic¬

tions spirituelles; cependant elle donne des limites précises à une époque fort importante topographiquement, c’est-à-dire au moment où s’achevait l’enceinle de la rive gauche.

Nous en extrayons le passage suivant relatif aux délimitations. Voici d’abord pour le terri toire extra rnuros :

ffTotum territorium quod continetur a tornella Philippi Hamelini supra Secanam usque ad metam

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, fia du xviu' siècle, au moment de la sécularisation des biens d’église, le receveur général des économats de l’Abbaye, pendant la vacance du bénéfice, interrogé par les commissaires chargés de l’exécution de la mesure, répondit en formulant une déclaration d’ensemble qui est consignée dans le procès-verbal du 26 février 1790. Cette pièce, que nous avons publiée en entier dans le volume du Bourg Saint-Germain W, établit que le point de départ de la censive, en amont de la Seine, était bien le Petit-Pont; mais cette partie extrême du fief, toujours contestée, s’était fort réduite avec le temps. La censive de Saint-Germain ne comprenait plus alors, à celte extrémité orientale, qu’une maison dans la rue du Petit-Pont, sept dans la rue de la Huchette, trois dans celle du Chat-qui-pêche (rue Berlhe ou des Bouticles), et une dans celle des Trois-Chandeliers (partie septentrionale de la rue Zacharie). Ce qui semble prouver que l’Abbaye n’était réellement pas sur son terrain entre le Petit-Pont et le pont Saint-Michel, c’est qu’elle n’avait pu obtenir, sur la berge gauche du petit bras de la Seine, la « perche légale ■» que lui concédait la charte de fondation depuis le Petit-Pont jusqu’à la rue de Sèvres: unarn perlicam terre legalem ad ducendas naves et reducendas, ad mittenda retia et relrahenda. Les maisons des rues que nous venons de citer aboutissaient, en effet, sur le fleuve, et l’on a dû les démolir pour établir le moderne quai Saint-Michel.

Arrivé à la place du pont qui porte ce nom, on se trouvait réellement et sans conteste sur les terres de l’ancien fief de Saint-Germain; le procès-verbal de 1790 le constate positivement, en indiquant toutefois les enclaves et les prétentions:

e. Rue de Hurpoix : Toutes les maisons qui sont des deux côtés de ladite rue sont de la censive de l’abbaye Saint-Germain.

tt Place du Pont Saint-Michel : Toutes les maisons qui font face sur la place du Pont Saint-Michel, depuis la rue de Hurpoix jusqu’à la rue Saint-André-des-Arts, du côté du faubourg, sont de la censive de l’abbaye de Saint-Germain.

«Rue de Mâcon, par la rue de la Vieille-Bouclerie, à droite : Les trois premières maisons sont prétendues par la Sorbonne, à cause de leur fief de Rosières. Les deux suivantes relèvent de l’abbaye Saint-Germain. La sixième, dite l’Hôtel

que dividit lerram Beali Germani, ex una parte, et terrain Sancte Genovefe, ex altéra , versus Gamelles, siculSecana comportât, et ab eadera seconda meta usque ad melam que est prope cheminum Issiaci, que simililer dividit utramque predictam terrain; et ab alia meta usque ad quartam metam quam nos posuimus extra muros versus Sanctum Slephanum, sicul cheminum Issiaci comportât ab ilia terlia meta usque ad quartam predictam metam, et ab ilia meta usque ad supra dictam tornellam Philippi Hamelini,

sicuti mûri extra se comportant, exemplum maneat ab omni jure episcopali etparrocbiali spirituali Paris, in perpetuum.»

Voici maintenant l'indication sommaire delaparlie de la censive de Saint-Germain-des-Prés enclose dans la ville par l'enceinte de Philippe-Auguste :

frTotum territorium quod est infra muros eril in perpeluum de juridictione episcopali Parisiensi. « (Félibien, Preuves, l. I., p. 92.)

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TOPOGRAPHIE HISTOP.IQVE DV VIEVX PARIS

RÉGION OCCIDENTALE DE LVNIVERSITE EXTRAIT DV PLAN DE TRVSCH ET ET HOYAV 11562)

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