‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 25 sur 206 · HISTOIRE TOPOGRAPHIQUE DE LA RÉGION AVANT LE XIII' SIÈCLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE TOPOGRAPHIQUE DE LA RÉGION AVANT LE XIII' SIÈCLE

rl’Ausa, est prétendue par le Parloir aux bourgeois. Les autres maisons de ce côté, jusqu’à la rue Saint-André-des-Arts, sont de la censive de l’abbaye Saint-Germain.

tt Rue Mâcon par la rue de la Vieille-Bouclerie, à gauche : Toutes les maisons de ce côté sont dans la censive de l’abbaye Saint-Germain.

et Rue Poupée : Toutes les maisons de ce côté sont dans la censive de l’abbaye Saint-Germain.

tt Rue Percée : Toutes les maisons de cette rue des deux côtés sont de la censive de l’abbaye Saint-Germain, à l’exception des deux maisons en entrant par la rue de la Harpe, à gauche, l’une appartenant à la fabrique de Saint-Séverin et l’autre au sieur Dumesnil, prêtre.

tt Rue Serpente, à droite, en entrant par la rue de la Harpe : Il n’y a que deux maisons, qui appartiennent actuellement au sieur Bazan, ainsi que celle du coin de la rue Hautefeuille, qui lui appartient aussi, qui sont dans la censive de l’abbave. Et, de l’autre coté de ladite rue, il n’y a que quatre maisons, qui appartiennent aux Chartreux, qui seraient dans la censive de ladite abbaye Saint- Germain.

tt Rue des Deux-Portes par la rue de la Harpe, à droite : Il y a trois maisons, mais l'on n’a aucune déclaration de ces maisons qui constate qu’elles soient de la censive de l’abbaye Saint-Germain; cependant il paraît qu'il y en a deux qui en dépendent et en font partie, et qui forment le derrière des maisons rue Serpente appartenant aux Chartreux, et qu’elles doivent faire partie de la censive de l’Abbaye.

tt Par la rue de la Harpe, à gauche : Il y a trois maisons, mais on ne voit rien qui constate la censive de l’abbaye sur ces maisons.

tt Rue Hautefeuille , par la rue Saint-André-des-Arts, à droite: Toutes les maisons de ladite rue de ce côté, compris l’église de Saint-André-des-Arts jusqu’aux Prémontrés, sont de la censive de l’abbaye Saint-Germain.

tt L’autre côté de ladite rue : Les maisons de l’autre côté, à commencer de ladite rue Saint-André-des-Arts, à main gauche : il y a onze maisons, jusques et compris les maisons des Chartreux qui sont delà censive de l'abbaye Saint-Germain jusqu’à la maison faisant le premier coin de la rue des Deux-Portes, dont la censive est prétendue par la ville.

tt Rue des Cordeliers, par la rue de la Harpe, à droite : Toutes les maisons, depuis le second coimde la rue Hautefeuille jusques à la rue du Paon, sont de la censive de l’abbaye Saint-Germain.

« De l'autre côté, par la rue de la Harpe, à gauche : Tout le côté est de la censive de l’abbaye, étant observé que l’abbaye Saint-Germain-des-Prés a originairement concédé aux religieux Cordeliers le terrain où ils se sont établis dans ladite rue, sous la réserve expresse, de la part de ladite abbaye, de rentrer dans la propriété dudit terrein, dans le cas où lesdits Cordeliers ne l'occuperaient plus.

« Rue de la Harpe, à main droite, à commencer du coin de l’église Saint-Cosme : Toutes les maisons et collèges qui sont dans ladite rue de la Harpe, de ce côté, depuis et compris Saint-Cosme jusques à la porte Saint-Michel, où il y avait autrefois, comme à la place du pont Saint-Michel, un pressoir à verjus, sont de la censive de l’abbaye Saint-Germain.

et Des remarques cy-dessus faites de toutes les maisons qui sont dans la censive de l’abbaye Saint-Germain depuis le bout du pont Saint-Michel jusqu’à la porte Saint-Michel, par le chemin tracé de la rue Saint-André-des-Arts, Hautefeuille, des Cordeliers, de la Harpe, il résulte que toutes les maisons des rues de Ilurpoix, de l’Hirondelle, de Saint-André-des-Arts, du cimetière Saint-André, des Poitevins, du Battoir , des Cordeliers, du Paon, du Jardinet, Mignon, de l’Eperon, cul-de-sac de la cour de Rouen, Gît-le-Cceur, Pavée, Grands-Augustins, Savoye, Christine, Dauphine, d’Anjou et autres, qui se trouvent renfermées dans l’enceinte cy-dessus décrite, sont dans la censive de l’abbaye SaintGermainW. o

La portion de censive décrite dans le passage du procès-verbal que nous venons de citer n’est pas d’un seul tenant : on y remarque des enclaves, ou plutôt des et prétentions ii, comme dit le texte; mais ces prétentions ne font que confirmer ce que nous apprennent les anciens documents, à savoir que l’Abbaye avait reçu originairement en don le territoire de Laas et la plus grande partie des terres appelées plus tard et de Gibardr; qu’elle en avait accensé ou aliéné certaines parcelles, et quelle avait conclu, à différentes époques, divers arrangements modificatifs de sa censive primitive.

L’un des plus importants est celui de 1272, conclu entre le roi Philippe le Hardi et l’abbé de Saint-Germain-des-Prés. Dom Bouillart l’a imprimé dans ses Pièces justificatives : nous en extrayons seulement la partie qui a trait à notre sujet :

Facta finit concordalio in Imnc modum, dit le texte latin, videlicet quod a cuneo adaquatorii Malisconmsis comilis, eundo directe usque ad cuneum murorum firatrum Minorum, a dextera parte, et a prediclo cuneo firatrum Minorum usque ad cuneum murorum ecclesie sanctorum Cosme et Damiani, et ab eodem cuneo usque ad portant Gybardi, a dextera parte.

Procès-verbal du 26 levier 1790.

HISTOIRE TOPOGRAPHIQUE DE LA RÉGION AVANT LE XIII' SIÈCLE. 0 La part des religieux faite, au point de vue de la juridiction, le Roi se fait la sienne : ad nos et successores nostros, ex nunc in perpetuum, perlinebit Iota via, cheminum et viama , que est a predicto adaqualovio usque addiclum cuneum murovum Sancti Andree, et ah eodem cuneo usque ad cuneum murorum fratrum Minorum, et ab predicto cunco fratrum Minorum usque ad cuneum murorum ecclesie sanctorum Cosme cl Damiani, et ab eodem cuneo usque ad portant Gybardi (*).

Nous avons fait remarquer plus liant que la ligne constituant la limite orientale de cette censive se brisait à une certaine hauteur, et formait une sorte d’angle rentrant.

Cet angle résultait-il du périmètre originaire du jardin de lara, ou constituaitil une emprise sur les jardins, emprise déterminée par la fondation de certains établissements religieux ayant, eux aussi, leur censive? C’est ce qu’il est fort difficile de déterminer. Nous n’affirmerons donc rien à cet égard, nous bornant à prévenir le lecteur que nous ne tiendrons pas compte de cette brisure, et que le triangle que nous nous proposons de décrire, composé, pour la plus grande partie , des terres du fief de Saint-Germain encloses dans la ville par la construction de 1 enceinte de Philippe-Auguste, comprend trois côtés réguliers représentés : i° par la berge de la rive gauche du petit bras de la Seine, depuis l’abreuvoir Mâcon jusqu’à la porte de Ncsle; 2° par la muraille de Philippe-Auguste, depuis la tour de Philippe-Hamelin jusqu’à la porte Gibard; 3° par les rues de la Harpe et de la Petile-Bouclerie, depuis celte porte jusqu’à l’abreuvoir Mâcon et au pont Saint-Michel.

De ces trois côtés, deux sont d’origine ancienne; ce sont : la berge de la Seine et la ligne séparative formant, à l’orient, démarcation entre les censives de Saint- Germain et de Sainte-Geneviève; le troisième, seul, est de création relativement récente. 11 résulte de la construction du mur d’enceinte, dit de Philippe-Auguste, qui coupa le clos de Laas et les terres de Gibard, ainsi que la plupart des clos situés tant sur le plateau que sur les versants de la montagne Saint-Geneviève. L’établissement de cette enceinte est un fait des plus importants dans l’histoire topographique du vieux Paris; nous lui consacrons plus loin un chapitre spécial.

Comment se peupla ce territoire? Quelles furent les premières rues ouvertes

(l) Cet angle de censive était moindre que l’angle d ejuslice; la pièce que nous venons de citer l’indique parfaitement : rrLes religieux, abbé et convent de Sainct Germain des Prez, non seulement au bourg dudit sainct, ont toute justice, liaule, moyenne et basse, mais aussi dedans la Ville de Paris, suivant leur privilège de fondation, confirmé par les rois Dagobert, fils de Clotaire second, Charlemagne, Loys et Lolliaire, frères, Charles le Chauve,

Robert, Henri premier, Loys le Gros, Loys cinquièsme, Philippes Auguste, saint Loys et par Philippes troisième, lequel nous borna ladicte justice, selon qu’il est contenu en la transaction faite entre ledict roy Philippes et lesdicts religieux. »Suit le texte: A cuneo adaqualorii Ma/isconensis (l’abreuvoir Mâcon), etc.

Nous faisons remarquer de nouveau qu’il s’agit ici de la justice et non de la censive de l’Abbaye.

et bordées d’habitations? On peut répondre à cette question par des probabilités et par des documents. En thèse générale , on peut affirmer que les quatre ou cinq voies, principales et secondaires, existant à l’époque gallo-romaine et qualifiées ilinera par le poète Fortunat, durent, les premières, provoquer un mouvement de construction. Avec les pierres des vtllœ en ruines, on éleva des chapelles ou oratoires, des maisons d’habitation, des bâtiments pour la culture et autres abris nécessaires à une population suburbaine. Le long des chaussées mal entretenues depuis le départ des légions romaines, s’alignèrent des étables, des bergeries, des tuileries, des fours, des pressoirs, comme il advint plus tard dans le laubourg Saint-Germain, aux abords de l’Abbaye.

Avec le développement de la ville, la culture recula de proche en proche, et les anciens sentiers ruraux se transformèrent successivemeut en voies transversales.

11 y a donc toute apparence que les rues de la Harpe, des Cordeliers ou de l’École-de-Médecine, Ifaulefeuille et Saint-André-des-Ars, comptèrent parmi les premières voies de la région.

Pour passer de l’une à l’autre, il existait des chemins ou traverses, comme on les a nommés plus tard dans les faubourgs W. Ces chemins devinrent des rues secondaires, en bordure desquelles on construisit, au fur et à mesure que la population se développait et que les propriétaires fonciers trouvaient intérêt à accenser.

Cette circonstance se présenta tout d abord en 1 1 7 9 ^ époque ou labbé de Saint-Germain, Hugues Y, accensa une partie du clos de Laas, et bailla à bâtir les terrains situés le long de quatre ou cinq chemins, les plus importants parmi ceux qui le traversaient. Du Breul, Félibien, et dom Bouillart ont fait ressorti! 1 importance de cet acte : te Hugues, abbé de Saint-Germain, dit Félibien, aliéna la plus grande partie de ce clos ou territoire, en 1179^ pour fonder son anniversaire, à la charge qu’on y bastiroit des maisons, n

Une seconde occasion plus favorable encore se présenta bientôt après : ce lut la construction de l’enceinte de Philippe-Auguste sur la rive gauche, aparté australi. Ouvert du côté de la campagne, sans autres ouvrages de défense que les vieilles ruines romaines, qualifiées improprement de châteaux, le territoire de Laas ne présentait aucune garantie de sécurité. Il en fut tout autrement, lorsqu un solide rempart eut enclos les vignes, les champs, les marais etles maisonnettes des cultivêieurs. tt L’Université, dit Malingre ou plutôt Du Breul, estant ainsi enclose de murs, sous le règne de ce sage et prudent rov Philippes Auguste, fust bastie

tlJ Le nom générique de traverse est reslé, jusqu’à ces dernières années, à l’une des rues du faubourg Saint-Germain, qui porte aujourd’hui le nom du frère Philippe.

De nos jours, les diverses rues traversières , existant notamment aux faubourgs Saint-Honoré el Saint-Antoine, ont échangé cette dénomination contre des noms propres

HISTOIRE TOPOGRAPHIQUE DE LA RÉGION AVANT LE XIII' SIÈCLE. 11 presque tout de neuf, tant à cause des lieux vagues et inutiles où furent lors basties de belles maisons et dressées de belles et grandes rues, comme aussy la pluspart des maisons là basties, n’estans bien commodes ni logeables, estons réédifiées de neuf. Il fallut aussy lors ériger de nouvelles églises et parroisses, pour tant de nouveaux habitans, qui venoient demeurer esdites maisons, d

L’antiquité relative des voies de la région pourrait être le sujet d’une étude intéressante; mais on ne saurait la déterminer avec quelque précision. Tout ce qu’on peut affirmer à cet égard, c’est que les artères principales datent de l’époque mérovingienne, et que les rues secondaires sont ou d’anciens chemins transformés, ou des percements faits à travers le clos de Laas, à la fin du xuc siècle et au commencement du XIIIe.

De nombreux baux à cens furent la conséquence de l’accensement de 1179; le bâtisseur des terrains accensés exigea naturellement la mise en état des anciens sentiers ou chemins de desserte dont nous avons déjà parlé, et l’ouverture de quelques rues destinées à délimiter les îlots, de même que l’achèvement de la clôture, mit en valeur les parties excentriques des territoires de Laas et de Gibard. Telle est certainement l’origine de la plupart des voies secondaires que nous allons décrire et à l’établissement desquelles nous ne pouvons assigner qu’une date approximative.

On trouve mention des rues Saint-André-des-Ars et du cimetière Saint-André en 1 1 79 ;

Des rues Poupée et de l'Hirondelle en 1200 ;

Du <tChemin-sur-Sainner (plus tard quai des Augustins) en 1 2 1 5 ;

Des rues Pavée et Gilles-le-Queux à la même époque;

Des deux Bouderies en 1236;

De la rue et de l’impasse du Paon en 1 2/16 ;

De ttla Serpente d en 12/17 ;

De la rue des Etuves en 1 2 52 ;

De la rue des Poitevins en 1 2 53 ;

Des rues Mignon et Pierre-Sarrazin en 1 2 5 5 ;

De la rue de l’Eperon en 1257 ;

De la rue des Augustins en 1 262 ;

De l’abreuvoir Mâcon en 1272 ;

De la rue Percée en 1 28/1 ;

De la rue du Battoir en 1 292 ;

De la rue du Jardinet en 1299;

Du quai des Augustins et de la rue de Nevers en i3i2.

Deux documents bien connus confirment l’ancienneté relative des voies de celte région : ce sont le Dit de Guillot, qui est de la fin du xiu0 siècle ou du commen-

ceinenL du xiv', et la liste contenue dans un manuscrit de l’annee 1 45o , dit manuscrit de Sainte-Geneviève. Nous empruntons à ces deux pièces la nomenclature des rues du quartier que nous étudions.

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