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CHAPITRE III

TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE, HÔTELS DE NEVERS, DE GUÉNÉGAUD, DE CONTI, COLLÈGE MAZARIN, HÔTEL DES MONNAIES.

Sommaire : Enceinte de Philippe-Auguste sur la rive gauche. — Tournelle de Philippe- Hamelin. — Acquisition de terrains et construction par un seigneur de Nesle. — Le concierge de Nesle en 1292. — Description de la tour. — Philippe le Bel l'achète en i3o8.

Cette acquisition le détermine à faire construire le quai dit des Augustius. — ■ L’hôtel

de Nesle passe à Louis X, puis à Philippe le Long et à son épouse Jeanne de Bourgogne.

Légende de la tour de Nesle. — Achat de l’hôtel par Philippe de Valois. — Raoul II ,

comte d’Eu, y demeurait, lorsqu’il y fut jugé et mis à mort par ordre du roi Jean. — Charles, roi de Navarre, possède l’hôtel, à charge de retour à la couronne. — Travaux de défense exécutés à la tour, à l’hôtel et à la porte de Nesle. — Le pourpris de Nesle revient aux rois de France. — Charles VI le vend à son oncle, le duc Jean de Berry. — Celui-ci y fait de grandes réparations et des agrandissements considérables; il crée le séjour de Nesle au delà de l’enceinte. — Cession par échange aux religieux de Saint-Germain-des-Prés de l'hôtel de Navarre et des terrains sur lesquels on établit la foire Saint-Germain. — Le duc de Berrv appuie ses constructions sur la muraille de Philippe-Auguste. — 11 fait de la poterne de Nesle la porte de son hôtel. — Fêtes données à l’hôtel de Nesle par le duc Jean de Berry. — L’hôtel pendant la domination anglaise. — Charles VII rentre en possession du pourpris de Nesle, et en fait don à François, duc de Bretagne. — Nouveau retour à la couronne. — Don, par Louis XI, au comte de Charolais. — Cession temporaire à l'abbaye de Saint-Germain. — Les droits de la ville de Paris sur la partie de l’hôtel longeant les murs. — Établissement d’un haillage à l’hôtel de Nesle. — - François I"y installe Benvenuto Cellini. — L’hôtel transformé en un atelier de monnayage. — - La porte de Nesle rendue à la circulation. — Le pourpris de Nesle mis en vente par Henri II. — Expertise faite en 1 570 et procès-verbal de cette opération. — Acquisition de la presque totalité du pourpris de Nesle par Louis de Gonzague, prince de Nevers. — Le droit de propriété de la ville de Paris est méconnu. — Le nouvel hôtel de Nevers. — Transaction avec l’abbaye Saint-Germain-des-Prés. — Procès avec la Ville. — Revendication persistante des prévôts et des échevins. — L’hôtel de Nevers, quartier général de la Ligue et résidence du duc de Mayenne. — La maison de Gonzague- Nevers-Clèves se défait de l'hôtel de Nevers. — La ville de Paris fait rebâtir la porte de Nesle et confie cette entreprise à Bavière, constructeur de la porte Dauphine. — - Acquisition d’une partie du pourpris de Nesle par Henri de Guénégaud, et construction dun nouvel hôtel. — Description de cet édifice. — Sa porte principale. — Fondation du collège Mazariu. — Destruction de la tour et de la porte de Nesle. • — Commencement de la démolition des tours, des portes et de la muraille de Philippe-Auguste. — Protestations de la Ville

contre les plans de Le Vau. — Transaction, indemnités et « récompenses r. — Dépenses de construction du college Mazarin. — Sa situation dans l’Université. — Opposition aux volontés du fondadeur. Bâtiments quon néglige d’élever. — Distribution intérieure du collège. Etat descriptil de cet établissement. — Transformation de l'hôtel Guénégaud, devenu la propriété de la princesse de Conti. — Circonstances qui déterminèrent les Conti a ne plus habiter l’hôtel. — On établit sur son emplacement un nouvel hôtel des monnaies. — Description sommaire de cet édifice. - Conclusion.

Après avoir achevé, sur la rive droite, la muraille qui devait enclore Paris sur I un et 1 autre bord de la Seine, Philippe-Auguste fit entreprendre les travaux sur la rive gauche, a parle australi, disent les historiens du temps. Les chroniques de Saint-Denis nous ont conservé le souvenir de cet événement : crEn celle année (1211) fist li rois Phelippe, clore de murs la cité de Paris devers le miedi jusqu'à l'iaue de Saine, si largement que 011 a ceint, dedenz ia closture des murs, les chans et les vignes; puis commanda que on feist maisons et habitations par tout, si que toute la cité semblast plene jusques aux murs M. r

Le point de départ du demi-cercle méridional fut naturellement l’endroit delà rive gauche qui faisait face au donjon du Louvre, et où s’élevait déjà, à l’état de pierre d’attente, la u tournelle de Pliilippe-Hamelinn. En effet, malgré le témoignage du chroniqueur que nous venons de citer, et qui se borne à constater l’achèvement de 1 enceinte en 1211, celte tournelle, premier jalon de la muraille, avait été élevée dès l’an 1200; il en est question dans un acte de 1210, où elle est nommée tomella Philippi Hamelini super Secanam.

Prévôt de Paris au moment de la construction et ayant, comme Hugues Aubryot lent un siècle et demi plus tard, la c superintendance d des travaux, Philippe Hamelin donna ou laissa donner son nom à la tournelle qui était le premier et le plus important ouvrage de cette partie de l’enceinte.

Comment Pécha ngea-t-elle contre celui de rrtour de Neslen, de Nigella, sous lequel elle est beaucoup plus connue ? Ce fut le fait d’une construction dont nous ne connaissons point la date précise, mais qui dut être, élevée dans le courant du xin' siècle. Pour entrer dans les vues de Philippe-Auguste, qui voulait, disent les chroniques de Saint-Denis, a que 011 feist maisons et habitations par toutn, un seigneur de Nesle acquit des religieux de Saint-Germain la partie du clos de Laas qui touchait à la tournelle de Philippe-Hamelin, en arracha les vignes et autres plantations; puis, avec l’agrément du roi, il résolut d’accoler à ce petit donjon une sorte de Louvre formant, sur la rive gauche, le pendant du manoir royal (l). La première mention que l'on trouve de cette résidence est consignée dans le rôle de la taille lovée en 1292; parmi les contribuables figure nie concierge de

l; Quatre siècles et demi plus tard, Le Vau, l’architecte du nouveau Louvre et du collège Mazarin, obéil à la même pensée de symétrie.

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NeslenM. L’hôtel était donc alors construit et habité. A partir de cette époque, l’histoire de l’hôtel et celle de la tour se confondent, avec cette différence toutefois que la tour, antérieure à l’hôtel, a subsisté plus longtemps; l’une et l’autre ont eu leurs vicissitudes et leur sinistre histoire.

Bâtie sur une sorte de talus, que les eaux de la Seine submergeaient en hiver et qui existe peut-être encore sous le sol de la place de l’Institut, la tour de Nesle avait vingt-cinq mètres de hauteur; son diamètre en mesurait dix. Formant la tête occidentale du mur d’enceinte sur la rive gauche, elle présentait une certaine force de résistance, et constituait sans doute un poste d’observation. Il semble qu’elle ait été, à l’origine, couronnée d’un toit conique; mais peu après, peut-être lors de la construction du mur de Charles V, époque où l’on crut devoir remanier, sur la rive gauche, celui de Philippe-Auguste, qui paraissait insuffisant, elle reçut une plate-forme ceinte de créneaux, du haut de laquelle les sentinelles purent surveiller plus facilement le cours de la Seine, et embrasser du regard les abords du Louvre, ainsi que la campagne environnante. Un escalier avis, placé dans un tourillon accolé à la tour principale et plus élevé qu’elle, conduisait à cette plateforme, d’où l’on jouissait d’une vue magnifique.

La tour était, dans le sens de sa hauteur, divisée en trois étages formés de voûtes solides, qui retombaient, selon toute apparence, sur un pilier central, comme la grande salle du donjon de Jean sans Peur, à l’ancien hôtel de Flandre et d’Artois. Des armes, des munitions et autres engins de guerre remplissaient sans doute les trois étages, et faisaient de la tour un petiL donjon correspondant à la forteresse du Louvre.

11 nous reste de la tour de Nesle, dit M. A. Bonnardot, un si grand nombre de vues peintes ou gravées, qu’on ne sait, au milieu de tous ces portraits, où trouver le véritable. Israël Silvestre, qui l’a plusieurs fois dessinée vers 1 6 5 5 , ne lui donne pas toujours les mêmes proportions ni les mêmes détails. Le côté qui regardait la ville a été moins souvent reproduit, parce qu’il était masqué par des maisons; celui qui faisait face au Louvre n’a pas été dessiné, ou du moins il ne nous en reste aucune représentation; quant à l’aspect de la tour vers la campagne, cesl celui que les artistes ont préféré, parce qu’il donnait plus de champ et plus dair à leur dessin. Callot, Perelle et Israël Silvestre ont dû se placer sur le chemin des fossés, au bord de la rivière ou aux fenêtres de l’une des maisons élevées sur 1 emplacement de l’hôtel de la reine Marguerite pour embrasser, dans leur ensemble,

(l) Le manoir dont te «concierge, avait la garde esl mentionné sous la rubrique suivante : crSur la rivière jusques aus Sasv, c’est-à-dire aux Sachets. C’était bien l’espace qu’occupait le pourpris de l’hôtel le long du lleuve.

(2) 11 s’agit de l’hôtel que Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, Ht élever dans les premières années du xvii0 siècle, qui fut vendu, puis démoli peu après. Voir le volume du Bourg Saint-Germain, à l’article de la rue de Seine.

ia tour, la porte et les restes de l’hôtel. Toutefois, il ne faut ajouter à ces diverses figurations, qu’une confiance limitée : amis du pittoresque, les artistes que nous venons de citer ont surtout voulu produire un « effet de ruines *. N’oublions pas, d’ailleurs, ajoute sagement M. Bonnardot, que la tour a subi plus d’un remaniement. Les larges fenêtres carrées dont elle est percée sur les estampes que nous possédons ont remplacé, à une époque que nous ne saurions préciser, des baies plus étroites, de forme ogivale, et garnies de treillis en fer. Quant à la lournelle primitive, aucune miniature ou ttpourtraicture» contemporaine ne nous en donne l'aspect.

Réunie à l’Iiôlel qui lui élait contigu, selon le singulier usage du temps — lequel donnait aux religieux, aux seigneurs, et même aux simples particuliers, la propriété, la jouissance ou le revenu d'une tour et d’une porte — la tour de Nesle ne fut pas longtemps possédée par les seigneurs de Nigella. En i3o8, dit Sauvai, Amaury de Nesle vendit à Philippe le Bel, moyennant cinq mille livres de te bons petits parisisu son hôtel de Nesle, situé sur le bord de la rivière, près du couvent des Auguslins M. Le voisinage de la Seine en rendait l’accès difficile à l’époque des hautes eaux, et le fleuve venait battre les bâtiments, dont il minait les fondations; aussi le monarque s’empressa-t-il de remédier à cet état de choses. Le 2.3 mai i 3 1 3 , il enjoignit au prévôt des marchands de faire disparaître «une saulsaye à l’ombre de laquelle, dit du Breul, les habitans s’alloient promener et rafraischir en étén, et qui, en hiver, était couverte par les eaux. Un revêtement en pierre remplaça la berge en pente douce qui ne pouvait contenir les débordements de la rivière, et le quai fut continué le long du couvent des Sachets jusqu’à la rue de llurepoix (2). Cette région était, en effet, le point le plus bas de la rive gauche du fleuve, et le plus sujet aux inondations. Le travail dont il s’agit contribua beaucoup à l’assainir.

A la mort de Philippe le Bel, l’hôtel de Nesle, partie intégrante du domaine royal, devint la propriété de Louis X, puis celle de Philippe V dit le Long, qui succéda peu après à son frère, et qui, en 1 3 1 g , fit don de ce manoir à Jeanne de

l! Histoire et recherches des antiquités de Paris , Il , 181. — "Le registre des chapitres généraux du chapitre de Notre Dame de Chartres » (fol. 73 v°) contient , à cet égard , un article fort curieux : c’est le reçu d une somme payée par le chapitre au vendeur Amaury de Nesle, en l’acquit du Roi, créancier de ce même chapitre. La pièce est ainsi conçue : "Quittance par Almaury de Nesle, prevost de Lylle, comme ayant reçu du doyen du chapitre de Notre Dame de Chartres la somme de trois mille livres tournois, au nom du Roi de France, assavoir seize cens livres tournois pour le Roi,

du chapitre, et deux cens minos de bled, de la valeur de quatorze cens livres tournois, reçus par... Gautier... sergent à cheval du Chastelet; C’estoit pour la vendue de nostre maison dicte la Maison de Neelle, séant à Paris sur la riviere de la Seyne, de lez les Augustins. Scellé de mon sceau l’an 1 3i 0 , novembre, le lundi apres la Saint Martin d’Yver.n (Note recueillie par Adolphe Berty.)

(î) Les lettres patentes du roi Philippe le Bel ordonnant l’établissement de ce quai ont été publiées par Félibien. Voir le présent volume, à l'article du quai des Augustins.

TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE. à\

Bourgogne, son épouse ttavec la liberté de le convertir en monastères et autres œuvres pieusesn. De fait, en 1 3 2 5 , cette princesse, par acte de dernière volonté, chargea les exécuteurs testamentaires de le vendre pour et frayer d à la fondation du collège de Bourgogne; mais la médisance, ou la calomnie historique, on ne saurait dire quel est le mot propre sous la plume de Bayle, a prétendu qu’elle devait bien cette réparation aux écoliers pour tout le mal quelle leur avait fait.

Ici se place la fameuse légende accréditée par le drame moderne et en possession, depuis un demi-siècle, d une véritable popularité, et Tout ce qui est merveilleux, dit M. A. Bonnardot, est adopté par le vulgaire comme une vérité incontestable; mais le fait des prétendues orgies de Jeanne ou de Marguerite de Bourgogne, orgies dont la tour de Nesle passe pour avoir été le théâtre, est loin d’être authentique : c est au moins une vérité fardée par des ornements d’emprunt. Une reine, quittant la nuit son palais et traversant un souterrain pour venir se livrer à des scènes de débauche, que termine, à la face d’une pleine lune, le f lac mystérieux, dans la Seine, d’un cadavre palpitant sous un sac funèbre, tout cela est ravissant. Mais le froid archéologue, qui se plaît à souffler sur les fables, est tenté d’envoyer cette histoire sinistre au diable de Vauvert (‘b v

Le judicieux auteur des Dissertations archéologiques ne prétend pas rejeter, comme purement fictive, la tradition relative aux crimes commis dans la tour de Nesle, mais il en trouve le récit trop vague et trop nébuleux; ce récit nous a été transmis, dit-il, «par des poètes et des anecdotiers, deux sortes d’auteurs fort enclins à l’exagération d.

Quoi qu il en soit, la plus ancienne accusation portée contre la royale châtelaine de Nesle est formulée par Villon, dans la Ballade des dames du temps jadis :

Semblablement où est la royne Qui commanda que Buridan Fusl jeté en ung sac en Seine?

Mais ce poète de carrefour, ce tr robeurn qui eut tant de fois maille à partir avec la justice, n est pas précisément une autorité. Robert Gaguin, historien grave, que sa qualité de général de l’ordre des Matburins et les nombreuses missions dont il lut chargé par les rois de France doivent faire prendre au sérieux, appuie, il est vrai, le récit de Villon, son contemporain. Après avoir parlé des débauches auxquelles se livraient les trois princesses, épouses des trois fils de Philippe le Bel, il ajoute que ces désordres donnèrent naissance à une tradition injurieuse pour Jeanne de Navarre, femme de ce dernier. On prétend , dit-il, que cette reine recevait des écoliers dans son lit, et, pour effacer toute trace de ce crime,

01 Dissertations archéologiques sur les enceintes de Paris, p. Sq.

les faisait jeter ensuite clans la rivière par la fenêtre de sa chambre : eosque, ne paient scelus, protenus in Sequanam amnem, de cubiculi sui feneslra, abjecisse. Un seul de ces écoliers, Jean Buridan, aurait, par hasard, échappé à cette exécution, et n’aurait pas craint de divulguer le danger qu'il avait couru M. Gaguin défend avec raison Jeanne de Navarre des infamies qu’on lui imputait alors, car, lorsque cette reine mourut, en i3oô, Buridan venait de naître. Il croit que ces crimes doivent être attribués à trois princesses : Marguerite de Bourgogne, première femme de Louis le I lutin, Blanche, qui avait épousé Charles le Bel, et Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe le Long!2).

Il y a deux raisons péremptoires pour que la fondatrice du collège de Navarre ne soit pas l’objet d’une pareille imputation : la première, c’est qu’elle avait son hôtel patrimonial dans la rue Saint-André-des-Ars, proche la porte de Buci (3); la seconde, c’est qu’elle est morte quatre ans avant l’acquisition de l’hôtel de Nesle par Philippe le Bel, en i3o8. Les reines Marguerite et Blanche, quoiqu’elles aient laissé dans l’histoire une mémoire peu respectable, ne sont point nommément inculpées; il n’en est pas de même de Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe le Long, qui fut contemporaine de Buridan, et qui habita l’hôtel de Nesle pendant les huit années de son veuvage. Elle y pénétrait, dit Sauvai, par un passage secret.

Elle y mourut en i 3 2 9, et ordonna, par testament, qu’une partie du domaine de Nesle serait vendue pour construire un collège destiné à de pauvres écoliers du duché de Bourgogne (“h C’est probablement à elle que Brantôme fait allusion, quand il parle d’une trreyne qui se tenoit à l’hostel de Nesle, à Paris, laquelle faisoit le guet aux passants, et ceux qui lui revenoient et agréoient le plus, de quelque sorte de gens que ce fussent, les faisoit appeler et venir à soy, et, après en avoir tiré ce qu’elle en vouloit, les faisoit précipiter du haut de la tour qui paroist encore, en bas en l’eau, et les faisoit noyer (sLn Le poète hollandais Jean Second, Johannes Secundus, qui fut secrétaire de Chaides— Qui nt et composa de nombreuses pièces de vers latins, parmi lesquelles il en est une consacrée à la tour de Nesle!6), confirme le récit de Brantôme. Enfin, un des premiers historiens

L’édition in-folio ( 1 5o4 ) du Compendium Roberli Gaguini super Francorum gestis paraît être la seule où il est fait mention des féroces amours de Marguerite de Bourgogne et notamment de l’aventure de Jehan Buridan. On sait que ce docteur échappa à la noyade, si toutefois il en courut le danger, et que, par une singulière coïncidence, il fut reconnu professeur de philosophie au collège, de Navarre, fondé par la reine Jeanne, épouse de Philippe le Bel.

(2) La Tour de Nesle, par M. Alfred Franklin, dans Paris à travers les âges , p. 6.

(3) Voir, à l’article de la rue Saint-André-des- Ars , la monographie de cet hôtel.

Voir la monographie du collège de Bourgogne à l’article de la rue des Cordeliers ou de l’Ecole-de-Médecine.

(5) Vies des dames galantes.

W Elle figure parmi les Epigrammata de Jean Second publiés à Leyde, en i63i, et a pour titre :

TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE

de Pans, contemporain de Brantôme et de Jean Second, nous voulons parler de Corrozet, mentionne un fait qui semble prêter quelque consistance à toute cette histoire de souterrains, de meurtres et de noyades : ctL’an i538, dit-il, en édifiant des maisons sur la rive de Seine, delà la tour de Nesle, vis à vis du cliasteau du Louvre, furent trouvez unze caveaux, en l’un desquels estoit un corps mort armé de toutes pièces, qui tourna en poudre si tost qu’on le toucha R), n C’est avec ces divers éléments que deux dramaturges modernes ont composé leur pièce.

Quant à l’hôtel de Nesle auquel se rattache cette sombre histoire, nous le voyons, en i33o, c’est-à-dire après la mort de Jeanne de Bourgogne, passer à Philippe de Valois, ce qui l’eut, dit Sauvai, pour dix mille livres de bonne et forte monnoie». Le nouveau souverain qui, en vertu de la loi salique, héritait de la couronne, mais non des biens personnels de ses prédécesseurs, ne put acheter de Thomas de Savoie, exécuteur testamentaire de la reine Jeanne, que la partie de l’hôtel non vendue pour la fondation du collège de Bourgogne; le reste, c’està-dire la partie la plus rapprochée de la ville, fut couvert de constructions, qui enserrèrent peu à peu l’hôtel et l’isolèrent des maisons et jardins situés dans la rue et sur le quai des Augustins. Devenu la propriété des Valois, l’hôtel de Nesle ne fut point habité par eux; nous le voyons passer à divers personnages, tantôt à titre d’usufruit viager, tantôt comme concession gracieuse, mais tem-

In arcem Régime alhœ. On sait que les veuves des Chaoniæ sedem ponere nolii avis :

rois de France portaient le deuil en blanc, et Quàstrix, quà Furiæ voliient, quâplurima fatum

quelles se choisissaient une retraite, après la mort de leur époux; d’où l’appellation de « maison de la Reine blanche» appliquée à plusieurs anciens hôtels de Paris. Jean Second avait donc bien en vue Jeanne de Bourgogne et la tour de Nesle, quand il écrivit son épigramme. Malgré sa prodigieuse érudition et la sagacité dont il fait ordinairement preuve, Bayle s’y est mépris; il dit, en effet (p. 20G , t. II de son Dictionnaire ), à propos de l’aventure de Buridan : «Ce conte est semblable à celui d’une reine dont l’hostel ne subsistoit plus au temps de François Ier. Lisez cette épigramme de Jean Secundus, poète hollandais qui mourut en 1 536 : In arcem Reginœ albœ Parisiis. » Suit le texte de l’épigramme, :

Sic domus æternum, numerosæ conscia cædis, Impia tascivæ facta luit dominas.

Labuntur, lenlis et condemnata ruinis Implorant liominum pcndula saxa manus.

Implorant frustra : stant hæc rata loge severa, Instauratricem ne ferat ultus opem,

Aut subrat gladios, pretium pietalis iniquæ : Et quis adbuc ausit facta nefandu sequi?

En, eliarn saxis mortem censura minatur; Longaque post cineres stant monimenta mali.

[Johannis Secundi Epigrammata , lib. I, ep. lxxii. p. îôo.)

Nunc ullore mali ut tempore sola jacet !

Et, quassala undis, ventis habita tur et imbri,

Semirutam, ferturquam coluisse prius Efiera funestæ Regina libidinis, arcem,

Ccrnite, lia ventes1 ubi volvit Sequana lymphas.

Ainsi que tous ses confrères en poésie, Jean Second exagère en représentant l’hôtel de Nesle comme une ruine. Il était simplement inhabité, et n’avait probablement point été réparé depuis longtemps. C’est à peu près au moment où écrivait Jean Second que Benvenuto Cellini y fut installé, et le célèbre artiste le trouva, malgré son état d’abandon, parfaitement propre aux travaux qu’il projetait.

Mulla ubi ferales nocte querantur aves : Cypris ubi mitis, flamuias exosa cruentas,

(1) La fleur des antiquités de Paris, éd. de 1 5 6 1 , fol. 1 î .

hh TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS,

poraire, tantôt enfin en qualité de domaine aliénable W. En i35o, Raoul II, comte d’Eu et de Guiues, dont l’hôtel patrimonial était situé dans la rue Saint— André-des-ArsW, l’occupait, à titre gracieux sans doute, lorsqu’il y fut arrêté par ordre du roi Jean et retenu prisonnier comme accusé du crime de lèse-majcsté. Jugé par ses pairs et condamné à la peine de mort, il y fut décapité. Ce drame sanglant a été sévèrement jugé par l’histoire ; Sauvai s’en exprime dans les termes suivants : et Manière d'agir, sans doute digne d’être observée, de dire qu’en ce tems-là le Roi faisoit arrester prisonnier, juger et décapiter tout ensemble un connétable dans sa propre maison (3b n

Jean, qui s’était empressé de confisquer le comté d’Eu , en Normandie , et l’hôte de la rue Saint-André-des-Ars, ne jouit pas longtemps de son triomphe : on sait qu’après avoir été vaincu et pris, en 1 3 5 6 , à la bataille de Poitiers, il fut conduit en Angleterre, et la régence dévolue à son fils aîné Charles ttdalphin de Viennoise. Soit que le régent ait eu horreur de ce séjour, théâtre de tant de crimes, soit qu’il ait voulu suivre la tradition des dons et concessions gracieuses constamment suivie à l’égard de cet hôtel, il s’en défit, l’année même qui suivit le désastre de Poitiers, en faveur de son beau-frère et ennemi Charles, roi de Navarre, à charge de retour à la couronne de France, si ce prince et sa femme décédaient sans enfants mâles (41.

C’est à cette époque que la tour, l’hôtel, la poterne de Nesle et leurs abords, furent l’objet, de divers remaniements. La lour fut probablement surélevée, munie d’une plate-forme et de tt carneaulxn, en vue d’une défense sérieuse, si la ville était attaquée par les Anglais. Des fossés furent creusés h partir de la Seine jusqu’au point où la pente naturelle du terrain permit d’y introduire les eaux du fleuve, c’est-à-dire jusqu’à la porte Saint-Germain, et un pont-dormant, auquel on ajouta plus tard un pont-levis, établit une communication sur ce point entre la ville et la campagne. Il existait là, en effet, dès 1292 et probablement dès la construction de P hôtel, une petite porte, ou poterne, mentionnée dans le rôle de la Taille publié par H. Géraud, sous le nom de poterne de Philippe-Hameliu. M. Bonnardot incline à croire que cette poterne ne fut d’abord qu’une issue particulière, au moins jusqu’à l’établissement du quai, et qu’elle 11e devint une porte publique

(l) semble, dit Adolphe Berty dans une de ses notes isolées, que, lorsque l’hôtel était dans les mains des particuliers , et peut-être mieux en celle des princes, le roi en conservait la propriété; ce qui explique qu’elle parait toujours lui revenir. »

'2) 3 Voir, à l’article de cette rue, l’historique sommaire de cet hôtel.

(3) Antiquités de Paris , II, 1 44.

'I) ffEn 1367, Charles de France, régent du

royaume pendant la prison du roi Jean, ayant été contraint de recevoir à Paris Charles, roi de Navarre, le flambeau fatal de la France, son beaufrère, lui donna l’hostel de Nesle, situé près du pont Neuf, à la charge que, mourant sans enfant mâle, il seroit réuni à la couronne. Cependant, il y a grande apparence que cette donation n’eut pas lieu, puisque enfin le logis ne passa point à Charles le Noble , son fils et son successeur au royaume de Navarre.» ( Antiquités de Paris, II, 249.)

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qu’à l’époque où on la flanqua de deux tours, après l'avoir munie d’un pont de bois ou de pierre, et d’un fossé. Cette époque, c’est la captivité du roi Jean et la régence de Charles V.

Nous ne savons comment Charles le Mauvais usa de l’hôtel de Nesle; mais, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer plus haut, ce séjour n avait dû sans doute lui être concédé qu’à titre d usufruit, car la clause de retour à la couronne, en cas de décès du roi de Navarre et de sa femme sans enfants mâles, impliquait, dans l’hypothèse opposée, la légitimité dune transmission héréditaire. Charles laissa un fils qui lui succéda sur le trône de Navarre, et l’hôtel lien revint pas moins à la couronne de France, puisque nous le voyons, en 1080, vendu par Charles VI à son oncle, le duc Jean de Berry.

On sait que ce prince fut un des seigneurs les plus magnifiques de son temps : bibliophile passionné, ami du luxe et des arts, il eut à cœur de transformer l’hôtel de Nesle, un peu délaissé par ses anciens habitants, en une résidence aussi agréable que somptueuse. A l’intérieur, il fit restaurer et embellir tous les appartements, construire des galeries, une chapelle, un bâtiment pour sa riche s librairie*, et deux hangars pour un jeu de paume. Au dehors, se trouvant trop à 1 étroit, depuis l’aliénation d’une partie du pourpris de l’hôtel pour les frais de construction et de dotation du collège de Bourgogne, il résolut de s agrandir tant du coté de la ville que du côté de la campagne, afin d’installer commodément ses astables*, ou écuries, et d’entourer son hôtel de tt communs* convenables. Dans ce dessein, il fit deux acquisitions successives à cinq ans d’intervalle.

C’était la belle et brillante époque du règne de Charles VI. Paris, dit Guillebert de Metz, descripteur contemporain, était alors et dans sa fleur*, et il ajoute superbement : tt Grant chose estait de Paris, quant. . . les roys de France, de Navarre et de Cecille, plusieurs ducs, contes, prelas et autres seigneurs notables fréquentaient illec assiduelment. . . , quand les disciples de Gobert, le souverain escripvain, furent retenus des princes, par leur bien escripre, comme le juenne Flamel, du duc de Berry*. C’est sans doute à l’hôtel de Nesle que le frère de Nicolas Flamel allait offrir au duc ses belles tt escripturesW. *

Le duc Jean avait acquis du roi, son neveu, l’hôtel de Nesle au prix de vingt mille livres tournois. Cinq ans après cet achat, il devint, moyennant cinquante autres livres tournois, propriétaire de deux maisons, de deux tuileries et de deux jardins y attenant tt estant en la censive de l’abbaye Saint-Germain, les dicts lieux tt situés entour des fossés deNesle et du Pré aux Clercs, sur la riviere de Sainne (J|. * Le tout couvrait une superficie de sept arpents et demi : ce terrain, qui s’étendait

■ Paris et ses historiens aux xir‘ et xve siècles , Extrait de 1 acte de vente, qui est daté du

dans la collection de l’Histoire générale de Paris, i3 janvier 1 385. p. a33.

au delà de l’enceinte forlillée et occupait l’espace compris aujourd’hui entre la rue de Seine, la rue Bonaparte, le quai et la rue Jacob, fut enclos de murs et prit le nom de séjour de Nesle h).

En i3go, le duc de Berry, ayant pourvu, en dehors des murs, au logement de ses gens et de ses chevaux, voulut s’étendre du côté de la ville et agrandir ses jardins aux dépens de ceux de l’hôtel desahhésde Saint-Denis, qui confinaient aux limites orientales du pourpris de Nesle(2). 11 acquit donc de cette abbaye, au prix de trois cents livres tournois, une certaine portion de terrain qu’il joignit au pourpris de son hôtel. En 1 3 g 7 , dit Adolphe Berty, l’hôtel de Nesle se trouvait chargé d’une rente annuelle de neuf livres tournois, neuf sols et quatre deniers. Dans le total de cette redevance étaient compris l’hôtel lui-même, les terrains acquis de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés pour la création du séjour de Nesle, ceux qu’avait cédés l’abbé de Saint-Denis, et un jardin dit tt aux Augustins 11 , parce qu’il avait été détaché du pourpris de l’ancien couvent des Sachets, contigu, comme les jardins de l’hôtel des abbés de Saint-Denis, à l’extrémité orientale de l’enclos de Nesle

En 1 3 g g , le duc Jean de Berry, ayant achevé d’arrondir son domaine, obtint de son neveu Charles VI l’amortissement des tt maisons, masures, jardins, terres et autres appartenances qui furent au roi de Navarre, assis en la ville de Sainct- Germain-des-Prez ,4L\ Le 23 avril de cette même année, voulant éteindre les rentes annuelles dont son hôtel était grevé au profit de l’abbaye de Saint-Germain , il donna en échange aux religieux, qui acceptèrent, les tt maisons, masures, jardins , terres et autres dépendances qui furent au roy de Navarre, énoncées aux lettres d’amortissement cy-dessus». Cet emplacement, qui avait fait partie de l’hôtel de Navarre, hors des murs I5', et qui représentait une superficie de six à sept arpents, fut utilisé par l’Abbaye pour l’agrandissement de la foire Saint- Germain.

Le duc Jean de Berry a donc été le transformateur de l’hôtel de Nesle, et les travaux, ainsi que les agrandissements, qu’il y a faits ont notablement modifié le manoir et ses abords. Nous 11e savons s’il toucha à la tour; mais il disposa de la muraille de Philippe-Auguste, à laquelle il appuya ses constructions et qu'il ren-

(,) ffLe séjour de Nesle, auquel on parvenait par le pont sur les fossés, était construit sur les sept arpents et demi qui s’étendaient sur la rue de Seine, depuis celle des Marais jusqu’à la rivière. » (Note de Berty.) — Le séjour de Nesle a été décrit dans le volume du Bourg Saint-Germain , p. 191.

Voir l’historique sommaire de cet hôtel à la rue des Grands-Augustins.

(1) ff Le jardin qui fut aux Augustins avait ancien¬

nement appartenu à un nommé Jean L’Épicier.» (Note de Berty.)

(1) Note recueillie par Adolphe Berty.

(5) 11 ne faut pas confondre cet hôtel de Navarre extra muros avec celui qui était situé dans la rue Saint-André-des-Ars, proche la porte de Buci.Voir, pour l’un et l’autre, le volume du Bourg Saint-Germain, p. 157, et le présent volume à l’article de la me Saint-André.

TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE

força de six arcades. Quant à la porte, ou poterne, il la confisqua sans doute, à son profit personnel, afin de pouvoir se rendre commodément au séjour de Nesle, qui s’étendait au delà du mur d’enceinte, te II est vraisemblable, dit M. Alfred Franklin après M. Bonnardot, qu’il trouva cette entrée indigne de son hôtel; peut-être lui doit-on la construction du pont de pierre et de la porte monumentale, dite porte de Nesle, qui subsista jusqu’au xvu' siècle W.* Les mêmes écrivains ont résumé ce que les auteurs et les artistes nous ont laissé relativement à cette porte, figurée, ainsi que la tour et l’enceinte, sur les anciennes estampes dont nous avons déjà parlé; nous faisons le même résumé un peu plus loin.

Fendant le séjour que fit le duc de Berry à l’hôtel de Nesle , il y eut des réceptions solennelles, et il s’y donna des fêtes que la spécialité topographique de ce livre ne nous permet pas de relater. Nous mentionnerons seulement la tentative de réconciliation que le pacifique duc essaya entre le duc Louis d'Orléans et Jean sans Peur, tentative qui n’aboutit point, on le sait, puisque les deux ennemis tombèrent successivement, victimes de la haine qu’ils s’étaient jurée. Quelques années après, alors que Paris n’était plus «en sa fleuri), mais en proie aux discordes civiles, le séjour de Nesle fut pillé par les Cabocliiens, alors maîtres de la ville ( 1 U 1 1). ttEn faisant plusieurs aultres maulx, dit Monstrelet, ils vindrent encore abbatre et destruire une maison sur la rivière de Sainne, où iceluy duc de Berry tenoit ses chevaulx, et n’estoit point loing de l’ostel de Neelle, au dehors de la porte, n II ne paraît pas que l’hôtel ait eu à souffrir des incursions de ces factieux; mais le duc, bien qu’il ait vécu cinq ans encore après cet acte de pillage, ne fit point rétablir le séjour de Nesle, annexe de son hôtel.

Après la mort du prince, arrivée en 1/116, l’hôtel fit retour au roi Charles VI , héritier de son oncle, et fut donné, avec toutes ses dépendances, à Isabeau de Bavière alors toule puissante. L’épouse prodigue, la mère dénaturée y donna des fêtes, une entre autres qui est relatée par les historiens du temps et dans laquelle figurait la représentation du mystère de saint Georges. C’était en 1/122, l’année même de la mort de Charles VI; parmi les spectateurs se trouvait le jeune Henri VI , roi d’Angleterre , que la veuve du roi de France avait fait déclarer héritier du trône et à qui elle avait promis la main de sa fille Catherine. Le rédacteur du Journal d’un bourgeois de Paris raconte le fait dans les termes suivants : et Item pour l’amour du roy d’Angleterre et de la royne et dos seigneurs du dict pais, firent les gens de Paris, les Testes de la Penthecoste , qui fut le derrain jour de may, le mistere de la passion saint George, en l’ostel de Nelle (2>. u

(1) La Tour de Nesle , p. 7.

(î) Le nouvel e'diteur, M. Alexandre Tuetey, ajoute au récit du Bourgeois la glose suivante : rr Cette représentation théâtrale, organisée par au¬

cuns hahitans qui s’en Ire tenoient d’iceulx jeux, dura deux jours consécutifs, les mardi 2 et mercredi 3 juin. La nouveauté du spectacle attira une brillante affluence ; l’élite de la noblesse anglo-

Ce détail montre ce que fut l'hôtel pendant la domination anglaise : séjour intermittent de la reine mère, lieu de réception et de fête, habitation de quelques favoris de Bedfort ou de Henri VI, il ne cessa point de faire partie du domaine royal, et, comme nous l’avons fait remarquer plus haut, il revint toujours à la couronne, après une donation viagère ou une concession en usufruit. C’est ce qui advint après le départ des Anglais : Charles VII rentra naturellement en possession de ce manoir, et nous ne voyons pas qu’il en ait disposé avant l’année 1 Ai 6, époque où il en fit don à François, duc de Bretagne, en considération des services que celui-ci lui avait rendus en l’aidant à chasser les Anglais. La donation comprenait l’hôtel et le séjour ruiné depuis 1/112, «ensemble une place appelée le séjour du dict Nesle , que lenoit en son vivant le duc de Berry, avec toutes ses dépendances P) r. Il semble cependant que le duc de Bretagne ne reçut pas le tout à titre complètement gracieux : une partie des terrains sur lesquels avait été créé le séjour de Nesle fut aliénée, et, l’année même où le duc François prenait possession de son nouveau domaine, l’abbaye Saint-Germain-des-Prés faisait saisir les récoltes pour assurer le paiement des cens qui lui étaient dus.

Nous ne savons si le duc de Bretagne habita l'hôtel; mais il mourut, eu 1/160, sans postérité, et le manoir revint encore une fois à la couronne de France. Un an avant que Louis XI montât sur le trône, il fut donné au comte de Charolais, son plus redoutable ennemi, qui ne dut point y séjourner, car il possédait, à Paris, l’hôtel de Flandre et, d’Artois, et, quand il y venait, il habitait de préférence le donjon de Jean sans Peur, qui lui offrait, sans doute plus de sécurité.

Il y vint, d’ailleurs, d’autant moins que son hostilité contre Louis XI s’accentua davantage. Bien que son royal ennemi habitât ordinairement le château de Plessislez-Tours, Charles s’abstenait de loger dans Paris, craignant sans doute qu’on ne l’y retînt, comme il avait lui-même retenu le roi de France à Péronne.

Inhabité pendant tout le temps que dura la lutte entre le rusé monarque et le dernier représentant de la grande féodalité, l’hôtel de Nesle fit, comme toujours, retour à la couronne, après la défaite et la mort du Téméraire devant Nancy. Cependant Louis XI n’en disposa que cinq ans après : en 1/182, il le céda, à litre temporaire, aux religieux de Saint-Germain-des-Prés, sur la censive desquels il avait été construit, et probablement pour les dédommager des arrérages de cens et rentes qui leur étaient dus. On se rappelle, en effet, que des saisies de récoltes

française, se pressant sur les pas du roi et de la reine d’Angleterre, assista à la fête. »

Corrozet est moins précis dans ses dates : selon lui, ce ne serait pas le «derrain jour de may n que le spectacle aurait commencé, mais le 29 de ce

mois: crie 29 may 1622, on ioua devant le roy d’Englelerre et la Royne, le mystère de la passion S. George, en l’hoslel de Nelle.» (Edit, de i532, fol. 44.)

(l) Noie recueillie par Adolphe Berty.

TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE. 49

avaient eu lieu précédemment sur des terres iabourabies dépendant du domaine de Nesie.

Pendant ies dernières années du xvc siècle et jusqu’au règne de François I", il n’est plus question de l’hôtel, de la tour et de la porte de Nesie. On ne voit pas que Charles VIII en ait disposé, ainsi que ses prédécesseurs, soit comme propriété, soit comme usufruit. L’échevinage parisien seul s’en occupe, au point de vue de la défense et en qualité de copropriétaire des murs de ville. Or, on sait que, depuis les travaux d’agrandissement exécutés par le duc Jean de Berry, l'hôtel s’appuyait sur la muraille, qu’on avait renforcée de six arcades, et faisait, en quelque sorte, partie intégrante de l’enceinte fortifiée. C’est, pour ce motif que le petit Nesie avait été donné à la Ville, à charge par elle d’y faire les travaux nécessaires pour la ttdeffense et tuicion d’icelle n.

Il ne faut donc point s’étonner devoir la prévôté des marchands disposer d’une partie de l'hôtel, comme de chose lui appartenant, et s’opposer à ces concessions intermittentes que les rois avaient coutume de faire et dont nous avons déjà vu tant d exemples. De là des actes de propriété et des conflits que nous devons également mentionner.

En 1/170, le prévôt des marchands donne à bail tun logeis assis sur Talée des murs et closture de la ville, en l’espace de quatre thoises de large par bas, par lequel on a acoustumé aler et venir pour la défense de ladicte ville; ensemble le dangier daler et venir par les haultes alées des dictz murs d’icelle ville, depuis ledict logeis jusques à l’endroict de galleries de Nesie; iceluy logeis situé à Tendroict du bout du jardin d’iceluy hostel de Nesie, par devers la court dudict hostel, et avec un jardin ouquel souloit estre rue commune alant des Augustins à la porte joignante de la tourW, faisant Tune des gardes de la rivière de Seyne, proche du dict hostel de Nesie, tenant tout au long à iceluy hostel, ayant jadis une entrée par devers la dicte porte, et de présent près de l’entrée du dict hostel de Nesie ('2>. 11

Cette sollicitude de la prévôté des marchands pour tout ce qui touchait à la défense de la ville explique, nous le répétons, son intervention fréquente dans les affaires relatives aux actes de concession royale et aux entrées en jouissance qui résultaient de ces actes. Le groupe de Nesie tout entier, hôtels, tour, porte et remparts, étant considéré comme refaisant Tune des gardesde la rivière de Seynen,

1 echevinage parisien avait peine à comprendre que le roi eût pu concéder, gracieusement et à titre privé, une tête de pont, un poste avancé qui défendait à la fois le fleuve, la ville et le Louvre. Aussi fit-il, en 1 5 2 3 , opposition à l’installa—

' ) Celte rrrue commune» ne peut être que te commodément à l’hôtel de Nesie. Voir l’article requai dont la construction fut ordonnée par Philippe latif au quai des Augustins. le Bel, en 1 3 i 3 , comme moyen d’arriver plus (3i Note recueillie par Adolphe Berty.

tion dans l’hôtel de Nesle, d’un bailli spécial chargé de connaître des délits commis par les écoliers; et pourtant la création d’une juridiction particulière, à proximité des deux Prés-aux-Clercs, était fort nécessaire après les graves désordres dont cette promenade avait été le théâtre M. Une note annexée aux Mémoires de Benvenuto Celliui, dont nous parlerons plus loin, résume ainsi la courte histoire de cette juridiction : « En 1 52 2 , François Ier y établit, dans le petit hôtel de Nesle, un bailli chargé de conserver les privilèges et dé juger les procès de l’Université de Paris; mais, quatre ans après, ayant aboli cette charge et rendu au prévôt de Paris le soin de protéger l’Université, il lui laissa tacitement le château de Nesle, bien que ce magistrat demeurât au Châtelet; voilà ce qui occasionna la difficulté de Celliui avec le prévôt Jean d’Estouteville, seigneur de Villebon. *

En 1 5 4 o , opposition nouvelle de la part de la Ville, et d’autant mieux motivée qu’il s’agissait encore du petit hôtel de Nesle, donné, ainsi que la tour et la porte, à la prévôté parisienne, en vue d’assurer la défense de la Ville. Une concession en jouissance avait été accordée par François Ier à son artiste bien aimé, le fameux Benvenuto Cellini. Celui-ci nous a laissé, dans ses Mémoires, une relation fort curieuse du litige qui survint à cette occasion. Nous en extrayons les passages suivants :

et J’appris au Boi, dit le célèbre ciseleur, que j’avais trouvé un emplacement qui me semblait convenir parfaitement à mes travaux, c Cet endroit, ajoutaitc je , se nomme le petit Nesle et appartient à Votre Majesté, qui l’a cédé au prévôt ttde Paris; mais comme celui-ci ne l’utilise point, Votre Majesté peut le donner à ttmoi qui en tirerai bon parti pour son service. — Ce château est à moi, répliqua de Roi, et je sais très bien que celui à qui je l’ai laissé ne l’habite point; ainsi, reprenez le donc pour vos travaux.* — Et aussitôt, il enjoignit à l’un de ses lieutenants de m’en mettre en possession. Cet officier lui représenta que c’était impossible. Mais le Roi se fâcha et déclara qu’il entendait donner son bien à qui bon lui semblait, et surtout aux gens qui travaillaient pour lui; que ce château ne servait à rien, et enfin qu'il voulait qu’on ne lui parlât plus de cela. Le lieutenant ajouta qu'il faudrait employer un peu de force. — ce Allez, allez, s’écria le ccRoi, et si un peu de force ne suffit pas, employez-en beaucoup.* — Le lieutenant me conduisit alors au petit Nesle, et fut, en effet, obligé d’employer la force pour m’y installer. 11 m’avertit ensuite de bien me tenir sur mes gardes, si je désirais ne point y être tué. Dès que j'eus pris possession du château , je m’entourai de domestiques , et j’achetai une grande quantité d’armes.*

L'opposition du prévôt de Paris — qui aurait fort bien pu, pour les motifs déduits plus haut, être appuyée par celle du prévôt des marchands — fut longue

(1> 1 53 1 . — Hôtel de Nesle rren partie duquel hostel se tient le bailliage de Paris, le dict bailliage de nouvel érigé». (Note recueillie par Berty.)

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TOUR. HOTELS ET PORTE DF 'FS,, J

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• Voir aux appendices tes e.\t iis -le li, : ne Benwiiulo Celtini, écriii .eu Iv -même et traduite par i Paris, Audot, >833). — 1 N--t- -c-teiHie par Adolphe Beily.

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TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE

et acharnée; cependant, Ja victoire resta à l'artiste italien. Nous savons combien de temps il demeura au petit Nesle dont il avait été nommé seigneur par le roi, et quels travaux il y exécuta W. Le séjour de la cour à Fontainebleau et dans d’autres maisons royales l’y ramena plus tard, et d’ailleurs son royal protecteur mourut en i547. Aussi, deux ans après, le petit hôtel de Nesle fut-il alfecté à un autre usage.

11 s’agissait cette fois d’en faire un atelier de monnayage. L’endroit avait été choisi sans doute parce que l’artiste florentin l’avait abandonné. Pour la vingtième fois depuis le duc Jean de Berry, ttce château ne servait à rienn. De plus, il était voisin de la rivière, dont on se proposait d’employer le courant comme moteur. Trois documents des années i5Ag, i55o et 1 5 5 1 nous apprennent ce qu’on en lit. Le a5 mars 1 5 Zi g , Henri II ordonna, par édit, d’installer au petit Nesle une forge pour la fabrication des pièces de deux sols six deniers, et enjoignit de (t contraindre les detempteurs du dict lieu de Nesle par toutes voyes, nonobstant le don qu’ils en ont ou pourroient avoir obtenu n. Ces détenteurs étaient encore les prévôts et échevins, toujours chargés de tria defense et tuicion de la ville d, toujours empressés de rentrer dans ce qu’ils regardaient comme leur domaine. Il leur fallut néanmoins obtempérer aux ordres royaux.

Les monnayeurs s’installèrent tant à l’hôtel de Nesle que dans l’îlot de la Gourdaine , situé à la pointe de l’île du Palais. Deux pièces nous apprennent qu’ils y étaient encore en i55o et 1 5 5 1 ; mais une troisième, datée de janvier i552 (v. s.), prouve que le monnayage a cessé, puisque le domaine de Nesle est mis en vente.

La première pièce (i3 avril 1 5 5 0 ) est ainsi conçue : ttlleceu avons l’humble suplicacion de nos bien amez les manans et habitans du fauxbourg Sainct Germain des Prez et les monnoyers de nos monnoyes besongnans ordinairement en nostre hostel de Nesle, contenant que, de tout temps et ancienneté, entre les portes de nostre dicte ville, y en ait deux fort propres et usitées pour entrer et sortir de nostre dicte ville, au dict fauxbourg, l'une appellée de Bucy l’autre le pont-levis de Nesle; lesquelles sont demourées closes et fermées dès et depuis le temps des guerres, par lesquelles ledict fauxbourg fut ruiné et réduict en terre labourable, mesme à l’endroict des deux portes. Le feu roy, nostre père, avoit ordonné qu’on rouvrislla porte de Bucy, et refist le pont; nous ordonnons qu’on en fasse de mesme pour la porte de Neelle, les piétons et les chevaulx sellés devant y passer, connue les charrettes d®.

La porte de Nesle était, en effet, cestoupéen depuis un quart de siècle. Murée en 1 5 2 5 , après le désastre de Pavie, elle n’avait point été rouverte depuis, et le pont qui la précédait tombait en ruines. Au moment où elle fut rendue à la circu-

Voir aux appendices tes extraits de ta Vie de Bcnvenulo Cellini , écrite par tui-même et traduite par Farjasse (Paris, Audot, i833). — 12) Note recueillie par Adolphe Berty.

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, lation, selon le vœu des ctmonnoyers besongnans en l’hostel de Neslen, on établit au-dessus du fossé, pour remplacer l’ancien pont de pierre, un petit pont de bois qui subsistait encore quatre-vingt-dix ans plus tard, puisqu’on le voit figurer sur le plan de Mérian (i6i5). Il fut plus tard reconstruit en pierre, et c’est dans cet état que nous le montrent les estampes du xvuc siècle.

L’année suivante (iB5i), les monnayeurs travaillaient toujours à l’hôtel de Nesle, et ils durent y ttbesongnem quelque temps encore, puisqu’on leur donne comme annexe le vieux moulin de la Gourdaine, situé à la pointe occidentale de la Cité, presque en face de leurs ateliers. Les Registres du Bureau de la Ville contiennent, à cet égard, une pièce importante que nous transcrivons en note1'), et qui se trouve corroborée, un demi-siècle plus tard, par L’Estoile. On lit, en effet, à la date de 1600, dans le journal de ce bourgeois de Paris : et Aubin Olivier, natif de Boissy, en France, inventeur et conducteur des engins de la monnoyedu moulin, qui est en l’isle du Palais, à Parisf2,.r 11 s’est donc créé, sur ce point de Paris, une tradition de monnayage qui a été continuée, inconsciemment peut-être, par le roi Louis XV, lorsqu’il a ordonné, en 1765, la construction du nouvel hôtel des monnaies.

Mais le moment était venu où l’hôtel de Nesle, entré dans le domaine royal en 1 3o8 et concédé tant de fois, tantôt en propriété viagère, tantôt en usufruit, allait sortir définitivement des mains du roi. Depuis les agrandissements ou plutôt les empiétements opérés par le duc Jean de Berry, depuis la cession à la Ville de la tour, de la porte et du petit Nesle, comme partie intégrante de l’enceinte

fortifiée dont elle avait la rrdeffense,

(1) Du xn* jour de raay mil vc li.

Au jour d'huy ont été apportées par la poste les lettres missives du Roy, dont la teneur en suit :

Lettres missives nu Roy.

A nostre amé et féal notaire et secrétaire , contrôleur général de nostre Chancellerie , maistre Claude Guyotj prévost des marchans de nostre ville de Paris.

De par le Roy :

Nostre amé et féal , nous avons faict venir d’Allemagne certains engins à monnoye, dont, pour l’espérance qu’il y a d’en tirer grande ulillilé, nous voulions faire faire preuve et expérience, pour lequel effect il est besoing s’ayder d'un vieil moulin, qui est à la porte de nostre jardin du palais de Paris, nommé La Courdinc, appartenant à ceulx de l’église Saint-Eustace , ausquelz nous inscripvons présentement estre comptant baillé led. moulin à nostre amé et féal varletde chambre ordinaire Guil-

et enlretenement», le conllit était per-

laume Marillac, ayant de nous charge et superintendance desd. engins , les adverlissant que vous adviserez avec eulx sur la récompense dud. moulin, ainsi que vous verrez par noz lettres que led. Marillac vous montrera, vous priant vous transporter devers eulz, comme aussi fera led. Marillac, et tant faire qu'ils veullent promptement satisfaire à la requeste que nous leur en faisons, afïin que lad. affaire ne soit aucunement retardée, et au demeurant regarder d’accorder avec eulx, sur la récompense que leur en deverons faire, au plus raisonnable pris que faire se pourra , eu esgard à la valeur du moulin , pour après nous en advertir , afin d’y faire satisfaire h leur contentement; et vous nous ferez service très agréable en ce faisant. Donné au Plessis lez Tours, le ixc jour de may mil v° li.

Signé : Henry de Làubespine. ( Registres du Bureau de la Ville, H 1781.)

(2) Journal de L’Esloille, année 1600.

TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE

mauent entre la prévôté bourgeoise et les concessionnaires de l’hôtel. Le roi, qui ne tirait aucun profit de cette singulière propriété, était à chaque instant obligé d’intervenir pour concilier les parties. Henri II résolut de faire cesser cet état de choses : par lettres patentes du mois de janvier 1 5 5 2 , il ordonna que «la maison, place, pourpris et tenue du grand Nesle, ainsy qu’ils se poursuivent et comportent, seraient vendus au plus offrant et dernier enchérisseur, à charge de cens et rentes v.

Le petit hôtel de Nesle était, ainsi que la tour, la porte et le fossé, nommément exclus de la vente; il constituait une sorte de propriété collective, qui, dans les usages du temps et d’après la jurisprudence royale, ne faisait pas obstacle à une concession en usufruit, temporaire et même viagère. François II, suivant en cela l’exemple que lui avait donné son aïeul François Fr, fit, en 1 55g , don à sa mère, Catherine de Médicis, du petit Nesle, te sa vie durant, pour y mettre sa chambre des comptes et en disposer à sa volonté v. O11 sait, en effet, que la reine mère avait sa comptabilité particulière et son gouvernement à elle. Dès ce moment, elle méditait une grande construction dans le voisinage du Louvre et en dehors de la muraille de Charles V : le château des Tuileries; le petit Nesle devait être, en quelque sorte, ï agence des travaux qu’elle projetait, et qui commencèrent cinq années après, en 1 564

Cependant, la vente ordonnée par Henri II n’avait pu avoir lieu , et le domaine de Nesle se trouvait encore dans le même état en 1570 Les besoins d’argent qui en avaient conseillé l’aliénation, en i 552, étaient encore plus impérieux; aussi Charles IX renouvela-t-il, en 1571, l’ordre donné par son père(1 2 3h L’argent à provenir de la la vente devait, dit Sauvai, et servir à payer comptant les Suisses et

(1) Voir les volumes du Louvre et des Tuileries.

(2) M. Franklin a fait remarquer que rhôlel de Nesle figure encore, comme intact, sur le plan de Saint-Victor, attribué à du Cerceau. Or on s’accorde à considérer ce plan comme postérieur à l’année t552.

(3) La même année ( 1 57 1 ) , la Ville avait usé de ses droits sur la tour, la porte, le fossé et certaines dépendances du petit Nesle. Elle loua, en effet, à un marchand, nommé Balthasar Bordier, la tour, ffles chambres, cellier, jardin, terrasse et autres petits édifices formant ladite tour», moyennant trente livres tournois par an. Et lorsque le duc de Nevers se présenta pour acquérir le domaine et pourpris de Nesle en entier, la Ville obtint des lettres du roi ffrémémorant que les murailles, porte et tour de Nesle, et jardin des Archers, n’ont pu estre acquises en mesme temps que l’hostel, parce que

elles servent à la défense de la Ville». (Note recueillie par Berty et enregistrée par lui sous la date de 1571.)

Quarante ans plus tard, les droits de la Ville furent exposés dans un Mémoire de la Ville, présenté au roy Louis XIII et à son conseil au sujet des murs , fossés et anciennes portes de Paris. Il y est dit textuellement : a L’on fera apparoir des lettres du feu roy Charles IX, que Dieu absolve, datée du xxv* jour de may mdlxxi, adressantes à monsieur Saincton, procureur de S. M.au Trésor, par lequel S. M. lui enjoinct de se départir de la poursuite qu’il faisoit pour bailler à monsieur le duc de Nevers la tour de Nesle, porte, fossé, arrière-fossé et bordage, voulant S. M. qu’il§ soient délaissez aux prevost des marchands et eschevins, comme à eulx appartenant, et dont ils avoientjouy de tout temps.» (Félibien, Preuves, III, p. 818.)

les reistres, et autres étrangers qu’il falloit licencier ». Pour faciliter cette opération, il parut utile de faire une visite générale des lieux, d’en expertiser la valeur et de lotir les terrains de manière à les morceler au besoin. Les experts allèrent jusqu’à proposer de percer, à travers le grand hôtel de Nesie, crunc rue de quatre toises et demie de largeur, depuis le devant sur le quay des Auguslins, jusques contre le mur qui sépare la grande cour et le jardin de derrière le petit Nesie ».

Le procès-verbal de cette expertise nous a été conservé. Adolphe Berty l’a transcrit sur une copie défectueuse; mais nous en avons collationné le texte sur le manuscrit que possède la bibliothèque de la ville de Paris.

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