‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 30 sur 206 · FRAGMENTS DE L'ENCEINTE DE P H I LI P PE -AVGVSTE · texte numérisé non relu

FRAGMENTS DE L'ENCEINTE DE P H I LI P PE -AVGVSTE

lmp. C'A Chardon, et .formant - J’a/zs

ENCEINTES

Rabelais en parle fort irrévérencieusement : plein de l’antiquité classique, il considère les poitrines des combattants comme le meilleur rempart de la cité; cependant, avec cette pointe d’ironie qui lui est familière, il reconnaît que ttil fait bon avoir quelque visage de pierre, quand on est envahi par les ennemis Paris en a fait naguère la douloureuse expérience.

La dégradation et la démolition successive des murs, des tours, des portes et poternes, la transformation des fossés en pal-mails, en filoirs, en lieux de décharge et en égouts, tout ce travail de destruction et de comblement, qui n’a jamais été raconté d’ensemble, parce qu’il s’est toujours opéré par places et à différentes époques, ne saurait être convenablement exposé qu’à l’article des édifices et des voies publiques dont la construction et le percement en ont été la cause déterminante. Ce que nous savons par les récits et les documents contemporains, cest que l’enceinte de Philippe-Auguste, regardée depuis longtemps comme inutile sur la rive droite, où une autre fortification l’avait remplacée, devint aussi, vers la fin du xvi° siècle et au commencement du xvif, un obstacle à l’extension de la ville sur la rive gauche. Les Registres du Bureau de la Ville sont remplis de pièces relatives aux difficultés sans cesse renaissantes qui résultaient, soit du mauvais entretien delà muraille et des emprises qu’y faisaient les propriétaires riverains, soit delà location des allées des murs et de certains emplacements dans les fossés, soit de la projection des vidanges et des boues dans les ruisseaux qui pourtournaient l’enceinte.

Nous reproduisons, aux appendices, les parties les plus intéressantes de ces documents, au double point de vue des discussions juridiques auxquelles donnent lieu les prétentions de chacun et des opérations édilitaires qui motivent l’intervention de la municipalité parisienne dans ces fréquents débats.

(1) Ce passage, relatif à la muraille de Philippe- Auguste sur la rive gauche de la Seine, mérite d'être cité :

rr Pantagruel , quelque jour, pour se récréer de son estude,se pourmenoil vers les fauxbourg Sa nct Marceau, voulant voir la Folie Gobelin. Panurge esloit avec luy. A leur retour, Panurge considéroit les murailles de la ville de Paris, et, en irrision, dist à Pantagruel : a Voyez cy ces belles murailles. rrO que fortes sont et bien en poinct pour garder rr des oysons en mue ! Par ma barbe , elles sont compéfftemment meschantes pour une telle vilie comme rrcesle-cy, car une vache, avecques un ped, en rrabatfroit plus de six brasses. — O mon ami, dist ff Pantagruel, sçais-tu bien ce que dist Agesilaus, rr quand on lui demanda pourquoi la grande cité rr de Lacédémone n’esloit ceincte de murailles? Car

rrmonslranl les habitons et citoyens de la ville tan! rr bien experts en discipline militaire et tant forts rr et bien armés : rrVoicy, dist-il, les murailles de rr la cilé,n signifiant qu’il n’est muraille que de os, rr et que les villes et cités ne sçauroient avoir murr raille plus seure et plus forte que la vertu des rrcitoyens et habitons. Ainsy cesle ville est si forte rrpar la multitude du peuple belliqueux qui est rr dedans, qu’ils ne songent de faire aullres murr railles. D’advantage, qui la vouldroit emmurailler rr comme Strasbourg, Orléans ou Ferrare, il ne serr roi t possible, tant les fraiz et despens seraient exrrcessifs. — Voire; mais, dist Panurge, si faict il rrbon avoir quelque visage de pierre quand on est rr envahi par les ennemis, et ne fust ce que pour rrdemander : qui est lh?n ( Pantagruel , ch. xv, p. lia.)

Nous consacrons un chapitre distinct à chacune des portes percées dans la partie de l’enceinte comprise entre la Seine et l’extrémité du territoire, do Gibard. La tour de Philippe-Hamelin , qui est notre point de départ, donne lieu à une importante monographie : dans cette région, en effet, des constructions considérables, rattachées plus ou moins directement à la muraille de Philippe-Auguste, se succèdent pendant près de six siècles. Les autres parties de l’enceinte — portes, poternes, tours, fossés — ont une histoire moins touffue; toutefois, elles tiennent leur place dans l’ensemble, et l’on ne saurait trop regretter que Berty, tout occupé de son parcellaire, ail négligé de porter ses investigations sur ce point. Nous nous sommes efforcé de suppléer au silence de ses notes.

TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE

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