‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 33 sur 206 · LA TOVR ET LA PORTE DE N ES LE · texte numérisé non relu

LA TOVR ET LA PORTE DE N ES LE

TOUR, HÔTELS !.ï :

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TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE

des tour, porte, muraille et fossé de Nesle W, elle en gratifia le nouvel acquéreur. En août 1572, intervint un arrêt du conseil décidant que nie roy ayant déclaré que la grosse tour de Nesle, la porte, portail, logis et chambre du portier, les murailles, galeries, tours et grands fossés estons hors d’iceluy hostel, avoienl toujours esté dans son domaine, en conséquence ils estoient comprins dans la vente et adjudication des grand et petit Nesle Md.

Le prince de Nevers ne se prévalut point de cet arrêt : l’hôtel qu'il fit construire fut assis en retrait de la tour et de la muraille qui lui servirent de clôture et de perspective. Ce logis, dont la construction dura longtemps, était d’une telle magnificence, que le roi Henri IV, à ce qu’on assure, dit un jour en riant à son fastueux possesseur : «Mon neveu, j'irai loger chez vous quand votre maison sera achevée (1 2 3).r Elle ne le fut jamais complètement, et, malgré sa splendeur, elle n’eut qu’un très court destin.

Les plans contemporains, ceux de Quesnel (1609) et de Mérian ( 1 6 1 5 ) , ainsi que les estampes du temps, permettent d’apprécier l’aspect et l’étendue que devait avoir l'hôtel de Nevers. Sa façade principale , perpendiculaire à la rivière et tournée vers l’ouest, regardait la tour et la porte de Nesle. Elle devait se composer de trois pavillons, dont un central, à coupole età lanternon, à peu près dans le style de 1 ancien pavillon dit de l’Horloge, aux Tuileries, œuvre de Philibert Delorme. Deux corps de logis devaient relier le pavillon central au pavillon d’angle. L’un de ces pavillons, celui de gauche, se profilait librement sur le quai; mais l’autre, celui de droite, était, eu partie, engagé dans la muraille et. masqué par une tour. Le pourpris de 1 hôtel comprenait une vaste cour, avec deux arrière-corps de logis, 1 un sur le quai, I autre sur la rue ou ruelle qui en prit le nom, et qui lui servait de dégagement vers l’est. La construction du pont Neuf lui donna un accès beaucoup plus commode que l’étroit passage de la porte de Nesle, et cette résidence princière, quoique inachevée, devint bientôt le rendez-vous de toutes les élégances parisiennes.

(1) Fëlibien a imprimé clans ses Preuves (111, 818), une pièce datée da 25 mai 1671, d’où il résulte que le duc de Nevers ne devait point avoir la jouissance des «tour de Nesle, porte, fossé, arrière -fossé et bordage, voulant Sa Majesté qu'ils soient délaissez au prévost des marchands r ; ce qui précise encore la date de la vente.

(2) Note recueillie par Adolphe Berly.

(3) Raoul Boutravs, dont le poème est contemporain de Henri IV, décrit pompeusement le trpalatium ducis Nivernensisn. Dans son enthousiasme, il compare la Seine à THellespont, et ses bords à

Sestos et Abydos. Le Louvre et l'iiôtel de Nevers se contemplent sur les deux rives :

Seston uti bimarem Læandria spectat Abydos Liltore ab adverso, brevis et ni traclus utranique Dissociet, socias prope navila dixerit arces ;

Non aliter late, opposila, minor æmula, Ironie Nnnc Lupara ingenti Luparæ Nivernia certat,

Gonzagæ Clevensis opusque beroidis ingens;

Ni forsan vetet heroas se œquare minores Regibus impatiens consorlis summa poteslas.

Tecta caput lapide Andino, sudi ætheris instar 111a colorata est, rubet ilia bitumine cocto,

Marmoribus crebro inlexis et iaspide multa.

( Rodolplii Bolerei Lutetia (1612), p. 53.)

Dans les années qui suivirent l'acquisition faite par le duc de Nevers, les détails de l’opération furent régularisés. Le 7 septembre 15^5, dit Félibien, 011 vendit ce qui restait des « places du grand et du petit Nesle* et n'avait pu, sans doute, entrer dans le pourpris du nouvel hôtel D). En janvier 1676, une commission fut « obtenue par le duc de Nivernois* et adressée aux seigneurs de Thou et Jacques Violle, en leur qualité de prévôts des marchands «pour l’arpentage et mesurage d'une place usurpée par les archers de Paris, laquelle estoit des appartenances de riiostel de Nesle* W. C’était sans doute une partie de ces allées des murs, objets de tant de locations et concessions à titre gratuit ou onéreux M.

Le 3 juin 1 5 8 0 , l'abbaye Sainl-Germain-des-Prés cède «au duc de Nivernois un fossé et place jusques à la porte de Bussy, contenant environ un arpent W*. Le 12 octobre i582, un arrêt du Conseil ordonne que «les récompenses du prevost des marchans et aultres, pour les places qu'ils occupoient au dict hostel de Nesle, seront assignées au pavé des Tournelles, le long et environs des remparts de la ville, jusques à la quantité de quatre mille trois cens thoisest(l) * 3 * 5)*. Enfin, le 1 2 mars 1 586 , un contrat intervient entre l’Abbaye, dans la censive de laquelle l’hôlel de Nesle avait été construit originairement, et le duc de Nevers, acquéreur de la plus grande partie des terrains qui composaient le pourpris, contrat aux termes duquel l’hôtel est érigé en fief, moyennant une rente annuelle de cinquante sols parisis.

11 semble que ce double traité aurait dû mettre le duc de Nevers à l’abri de toute revendication; cependant nous le voyons encore, lui ou ses ayants cause, en procès avec la Ville, et appelant, en 1626, d’une sentence rendue en 1612 par le prévôt des marchands «pour raison do place sur le bord et mur du fossé de la ville, derrière la rue Dauphine et place des Archers*.

Charles de Gonzague de Clèves, qualifié de «duc de Nyvernois et de Rethelois* faisait alors construire sur les allées des murs et sur la muraille elle-même, et la Ville, toujours en sa qualité de propriétaire des divers ouvrages de l’enceinte, dont elle avait la «garde, tuieion et entretènement*, lui contestait ce droit. Défenses furent faites eu son nom, «tant à Nicolas Buisson qu’à Simon Mestonnier, massons, de travailler au bastiment sciz sur le bord et mur de la dicte ville, derrière la rue Dauphine, suivi à trois thoises de distance du dict mur du fossé*. Par

(l) Histoire de Paris, Preuves, t. III, p. 3.

(s) Note recueillie par Berty.

(3) Une autre note, de même provenance, et portant les dates de 1572 et i5y3, est ainsi conçue:

ff Le petit Nesle était à l’ouest. La place des archers

de la ville était depuis l’hôtel du grand Nesle jusqu’à la porte de Buci. Elle conlenoit cent toises de long sur quatre toises deux perches six pouces de large; elle fut adjugée moyennant 1,537

vres 17 sous et 12 deniers parisis de cens.»

(4) Note de même origine, trouvée dans les papiers d’Adolphe Berty.

(:,) Il s’agit d’un dédommagement territorial : en échange de l'allée des murs comprise entre les portes de Nesle et de Buci , la Ville reçoit des ff places » longeant «le pavé des Tournelles», c’est-à-dire circonscrites entre l’ancien palais de ce nom et la muraille de Charles V.

Le PonL-Neuf, le Château -Gaillard,!#, flèche de l'église des Augus tins, l'hôtel de Nevers, la Tour, la Porte de Nesle et son Pont-dormanl

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TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE

demande reconventionnelie, comme on dit au palais, le duc requérait que la Ville lui payât tria valleur de vingt-huict tlioises faisant partie de la place des Archers, desquelles avoit esté faict partye de la rue Dauphine, les dix pieds de largeur sur la longueur de quatre tlioises et deux pieds qui avoient esté pris pour faire un esgoust pour la conduicle des eaues de la dicte rue Dauphine, et trente tlioises de long sur quatre tlioises deux pieds et demy de large, qui avoient esté pareillement prises sur la dicte place pour la décoration de ceste ville de Paris et commodité publique d’icelle Md. Le parlement trancha la question en mettant les parties «hors de cour et de procès, sauf au dict de Gonzague de Glèves à se pourvoir pour le remboursement des dictes places contre qui il verra estre à faire Wn.

Nous ne suivrons point, année par année, les phases diverses par lesquelles passa la transformation du vieux manoir de Nesle. Les guerres de religion, les deux sièges de Paris, puis les procès, furent des causes successives d’atermoiement, et ces motifs réunis eurent sans doute quelque influence sur la détermination, prise plus tard par la famille de Gonzague, de se défaire de l’hôtel.

Registres du Bureau de la Ville , Il 1 80 1 , f° 2 2 8. La ville de Paris no laisse échapper aucune occasion de faire ses réserves à l’endroit des tour, porte, murailles, allées des murs et fossés touchant à l’ancien manoir et pourpris de Nesle. — En 1619, apprenant que cr Messieurs le présidens et trésoriers de France ont faict mettre des affiches en ceste ville, pour publier et rendre en leur bureau les places à la dicte ville appartenant, sizeslelong de la contrescarpe du fossé de la ville entre la porte de Bucy et celle de Nesle», elle déclare qu’elle cr s’opposera à la dicte publication et vente des dictes places, pour les causes, raisons et moyens quelle desduira en temps et lieu ». (Ibid., Il 1799, P369.) — Eni6a4, elle obtient un arrêt contre un sieur Claude Grelain crpour raison de quelques places par lui prétendues le long des murs de la ville entre les portes de Nesle et de Bucy, après avoir remoijslrez que , pourmesme faict, il y a eu arrest de ladicte cour contre Monsieur de Nevers». (Ibid., H 1801, f° 253.) — En 1 635 , elle s’oppose crau bail judiciaire delà tour de Nesle et deppendances, poursuivy au Chaslellet sur la saisie de ladite tour et lieux, faicte sur Claude Guérin locataire d’icelle». (Ibid., H i8o4,P388.) — En 1 6 38 , elle déclare s'opposer formellement à cr l’entérinement des brevet et lettres patentes en vertu desquelles le Roy a donné et octroyé à Claude Greveron la jouissance , habitation et logement de la

tour de Nesle», et réserver tous ses droits à la propriété du fonds sur lequel «ledit Greveron a faict construire quelque bastiment entre ladite tour et la porte de Nesle... , et ce pour les raisons et moyens quelle entend dcsduire et alléguer». (Ibid., H i8o5, P 5qo et 591.) — En 1609, elle s’oppose «au décret qui se poursuyt en cour rie Parlement» relativement h ce deux maisons proches la porte de Nesle, applées l’une le Petit Chantier , et l’autre le Petit Corps de garde-n. (Ibid., P 4 87.) — En 1 648 , elle s’oppose à la vente aux criées «d'un appentv et filouer scis dans les fossez de la ville entre les portes Sainct Germain etSainct Michel, saisis sur Jean Martin Cordier, à qui elle en a faict bail», et elle demande «main levée de la dicte saisie, comme faicte sur un homme qui n’a rien à prétendre au fondz nv à la propriété de la chose saisie, la ville estant résolue de faire abattre ce qu’il y a de bastiments dans ledit fossé, au delà de ce qu’il en faut audict Martin pour serrer ses ustenciles et outilz de son mestier. » (Ibid., H 1806, P 180.)

(2) La Ville renvoyait les plaideurs, contre lesquels elle avait gain de cause en justice, au roi de qui émanaient toutes ces concessions, cause de perpétuels conflits. Le monarque se trouvait donc mis en demeure de chercher d’autres compensations pour ses protégés.

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Celle résidence, si lentement et si somptueusement construite, fut, dit L’Estoile, le quartier général de la Ligue ; on la confondait alors avec l’hôtel de Nesle, qu’elle avait remplacé, et on lui donnait indifféremment l’une ou l’autre appellation. Après avoir dit que les chefs du parti catholique s’y réunissaient fréquemment ( Journal , VI, 37), L’Estoile ajoute que <t ce jour (2 2 juin 1 5 9 3 ) , leduc deMaïenne vinl logera l'hoslel de Neele». Quelques pages plus loin, il mentionne d’hostel de Nevers, logis du duc de Maïennen. 11 faut croire que ce personnage s’y trouvait bien, car il y était encore sept ans après la réduction de Paris, ainsi que l’affirme l’Estoille : te 1601, le samedy 1 B de ce mois d’aoust, le Roy arriva de Calais à Paris, où il 11e list que disner chez M. de Maïenne, à l’hostel de Nevers, et de là il s'en alla en poste coucher à Fontainebleau, d

Nous 11e savons à quel titre le duc de Mayenne logeait chez le duc de Nevers, eu 1G01, et s’il y demeura longtemps encore; nous ignorons également le nom des locataires qui lui succédèrent; mais ce qui est historiquement certain, c’est que l’hôtel n’abrita que deux ou trois générations des Nevers-Clèves-Gonzague, et que cette magnifique demeure n’eut guère qu’un demi-siècle de durée. En 16A1, Marie, petite-fille de Henriette de Clèves et de Louis de Gonzague, acquéreur du manoir de Nesle, appelée en Pologne par son mariage avec le souverain du pays, ne se contenta pas de louer, ni même d’aliéner la riche demeure de la famille ; elle en ordonna la démolition, et obtint du roi des lettres patentes qui l’autorisaient à vendre l’emplacement de l'hôtel à des particuliers, pour y percer des l ues et y bâtir des maisons.

Alors commence une nouvelle métamorphose de l’antique pourpris de Nesle, déjà si tourmenté, et ce n’est pas la dernière. Un nouveau logis va s’élever sur ce sol foulé par tant de possesseurs et d’usufruitiers : c’est l’hôtel Guénégaud dont nous parlons plus loin. On démolit, on déblaie, 011 vend les terrains, et la Ville profite de cette occasion pour faire reconstruire la porte de Nesle, fort caduque et fort peu protectrice en ces temps, car, dès l'année 1616, la Ville avait cru devoir suppléer aux moyens de défense qu’elle présentait, en faisant refaire une palissade de moyens pieulx, à prendre deux thoises avant dans l’eaue, continuer jusques contre la tour de ladicte porte, et mettre les pieulx prez à prez, eu sorte que l’on 11e puisse passer entre deulxWn.

Dix-huit ans plus tard (i63A), Augustin Guillain, maître des œuvres, avait été chargé te de faire parachever et abattre les thuyaux de cheminée, tant de la première que seconde chambre du logement de la porte de Nesle, du costé de la porte de Bussy, lesquels sont en partie tombez et ont gasté la couverture d’ardoysen. Guillain devait en outre crlatter et couvrir de piastre le pan de bois de charpenterie, y faire mettre un chesneau et godet de plomb, et refaire le total

;i) Registres du Bureau de la Ville , II 1806, fol. 34o.

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