‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 34 sur 206 · a démolition , et obtint du roi . ■ t, ■ n -i · texte numérisé non relu

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TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARIS

TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE

du pan couppé servant à entrer de la montée en la gallerien. Léon Thomas, amaistre des œuvres de couverture delà Villes, et Simon Baillou, ttmaistre des œuvres de charpenteries, furent, par mandement du 10 juin 1 6 3 6 , invités à compléter, en ce qui les concernait, les travaux exécutés par GuillainW.

Mais ces réfections partielles étaient insuffisantes; la vieille poterne de Nesle, jadis simple sortie à l’usage de l'iiôtel, puis passage étroit pour les piétons et fort difficile pour les voitures, ne pouvait demeurer en cet état, depuis l’achèvement du pont Neuf et l’accroissement de circulation qui en avait été la conséquence. La Ville résolut donc de faire construire une nouvelle porte ; elle s adressa à l’architecte qui venait de bâtir la Sorbonne, et auquel on avait déjà demandé c le desseing de la porte Dauphine n.

Par ordonnance du 26 mars 1 6 4 3 , il fut enjoint à nmaistre Edme Ravière, bourgeois de Paris, de retirer des mains du sieur Lemercier, architecte du Roy, le plan et devis des ouvrages qui sont à faire à la porte de Nesle, et de lui païer et advancer, pour ses peines et sallaires, la somme de quatre cens livres, suret tant moins des frais que ledict sieur Ravière doibt faire pour l’entreprise de ladicte porte (2)d.

Le 2 octobre 1 6 4 5 , un traité fut conclu entre la Ville et Ravière. Les Registres du Bureau de la Ville nous en ont conservé la teneur :

Articles et conditions accordez par M. Jean Scaron, conseiller du Roy en ses conseils et grand chambre de sa cour de parlement, prevost des marchands, nobles hommes, Gabriel Langlois conseiller au Chaslellet, Martin du Fresnois bourgeois, Jean Gaigny commissaire examinateur audict Chaslellet, et René de la Haye bourgeois, eschevins de la Ville de Paris, M. Robert Aubry aussy conseiller du Roy en ses dietz conseilz, president en sa chambre des comptes, Anthoine Barthellemy, sieur Doinville , maistre ordinaire en ladite chambre des comptes, et Pampbillede la Court conseiller de ladite Ville, commissaires deppulez pour la revente du domaine d’icelle à Edme Ravière bourgeois de Paris, pourraison des places, fossez, contrescarpes etautres terres joignans la porte de Nesle, ensemble du basliment d’une autre porte au lieu d’icelle construction des quavs, d’une part pour la descharge des marchandises, abbrevoirs et autres ouvrages cy après déclarez. Le tout au dire de gens à ce cognoissans dont les partis conviendront ainsy qu’il eu suit.

L’entrepreneur fera la construction d’une autre porte au lieu de celle de Nesle, plus bas que l’ancienne, par le moïen de laquelle le quay de la ville et celluydu faux-bourg seront raccordez l’un à l’autre, afin de passer en droicle ligne de la ville au faux-bourg, et deux petites portes à costé, le dessus de laquelle sera couronné d’un fronton avec une architecture honneste, où les armes du Roy, par dehors, et de la ville, par dedans, seront appliquées suivant le dessaing quy sera paraphé par Messieurs de la ville. Laquelle grande porte aura onze à douze piedz d’ouverture, et les petites portes chacunes trois piedz et demy, le tout basty de pierres de cliquart depuis le rez de chaussée jusques aux impostes et au dessus de Sainct-Leu. La masse de laquelle sera faict retraite, le tout proprement massonné de chaux et sable .

I; Registres du Bureau de la Ville , H 1799, fol. 10. — ;J) Registres du Bureau de la Ville, H 1 8 0 li . fol. 429.

L'entrepreneur fera les portes de bois garnies de leurs ferrures convenables qu’il mettra en place.

Il sera tenu mettre quatre bornes aux entrées et sorties de iadicte porte, pour empêcher qu’elle ne soit endommagée par les liarnois et carrosses.

L’entrepreneur fera un petit logement bas, auprès de Iadicte porte, en cas que la tour de Nesle ne sera audict logement, jugée à propos à cet efiect, afin de n’incommoder le passage.

Suivent diverses stipulations relatives à la réfection du quai et à son raccordement avec celui des Augustins <r depuis Malaquest jusqu’au chasteau Gaillard d, au canal, ou égout sous voûte commencé antérieurement par Piavière, à la substitution d’une voûte au pont-levis de la porte de Bussy, au pavage de larueNeuvedes-Fossés (rue Mazarine), à la démolition du Château-Gaillard, et à la création d’un abreuvoir sur son emplacement.

En considération desquelz ouvrages et despenses à faire cy dessus. Messieurs de la ville donnent et délaissent audict entrepreneur, et promettent le faire jouyr à l’advenir en plaine propriété de toutes les places des fossez et contrescarpes en longueur depuis Iadicte nouvelle porte qu’il doibt bastir cy dessus specifllée jusques aux maisons basties sur les places cv devant baillées pour la construction de la porte et nouvelle rue Dauphine, sur toute la profondeur et largeur des fossez et contrescarpes. Ensemble le bastion qui est dans ledict fossé àl’endroict de l’hostel de Nevers et les murs de la ville de leur espoisseur entière, les tours y attachées de londz en comble en toute Testendue desdicles places et fossez; mesme l’ancienne porte de Nesle, ensemble ce quy se pourra conserver et mesnager de place en dedans la ville proche de Iadicte porte sans incommoder le passage*11.

Ces travaux coïncidèrent avec ceux que fit entreprendre Henri de Guénégaud, qui n’entra en possession des terrains de i’bôtel de Nevers qu’en 16/16. Four lui faire sa part et pour faciliter, en même temps, la vente des te places « qui restaient à l’orient du nouveau pourpris, on en revint à l’idée qu’avaient eue Henri II et Charles IX, et qui consistait â «percer par le milieu du grand Nesle une rue de quatre thoizes et demye de large, depuis le devant sur le quay* jusqu’à l’allée des murs, à la muraille et aux fossés de la ville. Mais la configuration des lieux n’était plus la même : le duc de Nevers, en reculant vers l’orient la façade de son hôtel, avait ménagé vers l'occident une sorte de place, ou avant-porte intérieure, que représentent aujourd’hui la petite place et l’impasse Conli. Une rue n’était donc plus possible «par le milieu du grand Nesle n; c’est à l’est et à l’extrémité du lot acquis par Guénégaud qu’il fallut la percer. Cette voie existe encore aujourd’hui et porte le nom de celui dont elle longeait l’hôtel, ou plutôt les jardins. Elle fut tracée parallèlement à la ruelle de Nevers, et les deux rues marquent encore aujourd’hui, celle-ci, la limite du pourpris de l’hôtel de Gonzague-Nevers-

(1) Registres du Bureau de la Ville, loc. cit.

TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE

Clèves, celle-là les bornes de l’enceinte moins étendue dans laquelle Henri de Guénégaud enferma le sien.

L’hôtel Guénégaud ne fut point une copie de celui de Nevers. Ce dernier avait été construit dans le style dit de Henri IV, et rappelait assez les pavillons de la place Royale, avec des corps de logis intermédiaires dans le goût de la place Dau-

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Fig. i. — Porte de l’hôtel de Coati.

phine; celui-là, bâti sur les dessins de François Mansard, annonçait plutôt le style de l’hôtel des Invalides. La porte d’entrée, qui passait pour une des merveilles de Paris, est ainsi décrite par un auteur contemporain : tr La baie, ou l’ouverture, est ornée d’un chambranle couronné d’un entablement dorique, soutenu de deux consoles, avec quelques autres ouvrages qui sont d’une excellente manière. Cette

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porte se trouve dans l’enfoncement d’une voussure en manière de niche, enrichie de refends, et le tout ensemble, d’une grande apparence, fait que cet ouvrage paroit le plus magnifique de Parisien. L’éloge peut sembler excessif, si l’on en juge par le dessin de cette entrée; toute l’originalité de l’architecte consiste ;\ avoir simulé une porte de ville, avec pavillon pyramidal, et d'avoir inscrit, dans une voussure simulant la baie de cette porte, le chambranle rectangulaire d’une porte ordinaire; disposition reproduite depuis par les architectes qui ont construit les hôtels du faubourg Saint-Germain. L’auteur que nous venons de citer le reconnaît, et il ajoute : et l’invention de cette porte a paru si ingénieuse qu'elle a été imitée en plusieurs endroits, mais d'une manière si grossière et si vicieuse que cet excellent original n’en paroit que plus remarquable et plus beau d. La façade principale, perpendiculaire au quai, correspondait au côté occidental de notre moderne hôtel des monnaies, faisant face à la petite place Conti. Celle qui donnait sur les jardins était basse et couronnée d’une balustrade à l’italienne; c’était alors le goût dominant, et l’on sait que le chevalier de Bernin voulait en généraliser l'emploi au Louvre. Le jardin, que les plans de l'époque nous représentent, était, au contraire, dessiné à la française, et représentait un compartiment de celui des Tuileries.

L’intérieur de l’hôtel renfermait un théâtre, où se donnaient des représentations dramatiques et lyriques; on y répéta l’opéra-ballet de Pomone, la première œuvre française de ce genre. La littérature proprement dite y avait aussi ses grandes et ses petites entrées : Boileau et Racine y lurent, l’un , ses premières satires, l'autre, ses premières tragédies. En somme, l’hôtel Guénégaud, moins vaste que celui de Nevers, était encore une magnifique résidence, fort à la mode dans la seconde moitié du xvnc siècle; il ne lui fut pas donné de vivre beaucoup plus longtemps que son devancier.

Avant de raconter cette nouvelle transformation qui ne fut pas la dernière, nous devons, pour suivre l’ordre chrononologique, exposer sommairement la fondation du collège Mazarin ou des Quatre-Nations, qui entraîna la destruction de la tour et de la porte de Nesle, derniers restes de ce groupe de bâtiments ayant occupé une si grande place dans l’histoire du vieux Paris. Mazarin avait depuis longtemps le projet de fonder un collège où seraient élevés les jeunes gentilshommes nés dans les provinces conquises pendant son ministère. La réédification de la Sorbonne par son illustre prédécesseur lui laisait ombrage : imitateur en tout du cardinal de Richelieu, il voulut, comme lui, attacher son nom à une œuvre durable, et il prit soin, avant de mourir, de dicter à deux notaires du Châtelet le plan, les statuts, l'organisation entière du futur établissement.

Voir l'article consacré à la rue Guénégaud.

TOUR, HOTELS ET PORTE DE NESLE

La maison devait comprendre deux institutions distinctes , un collège et une académie. Le collège serait ouvert à soixante écoliers, quinze du territoire de Pignerol, quinze des États romains, quinze de l’Alsace, quinze de la Flandre, de l’Artois, du Hainaut et de la Cerdagne. L’académie, complément de l’éducation reçue au collège, ne devait compter que quinze élèves choisis, auxquels on apprendrait en outre l’équitation, l’escrime et la danse, sciences frivoles aux yeux de l’Université, qui les appelait dédaigneusement artes palestricœ, gladiatoriœ et saltatoriœ. Mazarin plaçait son collège et son académie sous la surveillance de quatre docteurs de Sorbonne, c’est-à-dire sous le patronnage de Richelieu, léguait sa magnifique bibliothèque au futur établissement, et ordonnait — nouveau trait de ressemblance avec le grand ministre auquel il avait succédé — qu’il fût construit, au milieu des bâtiments scolaires, une chapelle où serait élevé son tombeau.

L’emplacement seul n’avait point été prévu : on hésita longtemps entre la pointe du Pré-aux-Clercs, les environs de la Sorbonne, les portes Saint-Jacques et Saint- Michel, le collège du cardinal Lemoine, les jardins des Plantes et du Luxembourg et le plateau de Sainte-Geneviève. Enfin , l’architecle Le Vau, consulté par Colbert, proposa de ttbastir le collège proche la porte de Nesle, vis-à-vis le Louvre, auquel lieu on pourroit faire une place publique, qui servirait d’ornement à l’aspect du Louvre n; c’était reproduire le parallélisme qu’offraient autrefois la vieille forteresse et la tour de Philippe-Hamelin. Louis XIV opta pour cet emplacement, et son choix mit à néant la protestation du prévôt des marchands et des échevins.

Le roi n'avait en vue que la perspective de ses palais; moins égoïste, la municipalité parisienne désirait, d’une part, que les bâtiments à construire, en rétrécissant le lit de la rivière, ne fussent point un obstacle à la navigation et une cause d’inondation pour les maisons des rues environnantes, aux époques des grandes eaux; d’autre part, que les pavillons en saillie sur le quai n’interrompissent ni la vue ni la circulation publique le long du « chemin sur Sainne». La protestation, présentée sous forme d’avis, occupe une place importante dans les Registres du Bureau de la Ville; nous la reproduisons en entier aux appendices, nous bornant à en citer ici les passages les plus significatifs.

L’échevinage parisien s’adjoignit, pour opiner avec compétence, trois architectes du roi, les maîtres des œuvres des ponts, six crmarchans voicturiers par eau 7i et autant de s passeurs d’eau - , pour examiner les a propositions et desseins présentés pour la construction de certains bastiments sur et le long du quay Malaquest, joignant la porte de Nesle à l’entrée de la rue de Seynen. Ces (t certains bastimensi) sont suffisamment désignés: il s’agit évidemment du collège Mazarin.

Or voici les objections qu’éleva la commission municipale : cc i° Le desseing proposé ruineroit la navigation, mesmes les maisons qui sont sur le bord de la rivière, d’aultant que, dans le temps des grandes eaues, la rivière, estant resserrée et n’ayant pas son cours à l’endroit dudict fossé de Nesle, se gonflera, et que, dans le temps des glaces, les glaces prendront en peu de temps; ce qui causera infailliblement la perte de tous batteaux, sans parler des inondations auxquelles le desseing proposé pourroit contribuer, en faisant rentrer et regorger l’eaue dans la ville;

rc 2° On doit continuer le quay encommancé du costé du pont Neuf, suivant son allignement, en droicte ligne jusques à la tour de Nesle, et, depuis icelle, le conduire aussy en ligne droicte jusques à la rue des Petits Augustins, conlormément aux alignemens donnez aux propriétaires des maisons basties sur ledict quay;

rt 3° Quant à ce qui concerne la disposition de deux grans pavillons proposez à bastir sur ledict quay, en advançant vers la rivière, l’un vers la tour de Nesle, icelle comprise, l’autre au devant de la rue de Seyne, nous estimons que cela sel'oit fort préjudiciable à la décoration du dict quay et au bel aspect de toutte cette advenue, qui seroit couppée et interrompue de part et d’autre par les deux pavillons : au lieu de la dicte tour, estant abattue, on pourra voir du bout du pont Neuf jusques au pont Rouge, tout le long du quay, et d’iceluy, en montant, on verra toujours l’isle du Palais et la Saincte Chapelle, qui font une des plus belles veues et perspectives de l’Europe; de façon que, sans avoir esgard aux maisons des particuliers qui sont sur le dict quay, nous croyons qu’il est de l’interest publicq de conserver cette décoration, sans qu’il soit fait aucune advance ni saillie considérable de bastiments sur ledict quay, tant pour n’oster pas cette belle veue, que pour n’occuper pas le chemin et le passage destiné à quantité de carrosses qui passent incessament par cet endroict là;

tri0 On pourroit faire d’autres observations touchant les incommoditez qu’on recevroit sy la rue de Seyne estoit bouchée, ou du moins coudée par ce bout; ce qui est de l’intérest de quelques particuliers et du faubourg Sainct Germain;

rr 5° On espargneroit de grands fraiz à bastir dans le courantdela rivière, a ne pas boucher la rue de Seyne ny achepter des maisons pour y faire une rue en esquaire; on pourroit faire, du costé du pavillon, une grande arcade, et en feindre anltant du costé de la tour de Nesle ; ce qui ne changeroit rien au desseing, ni au bel efl’ect que celte façade peut causer à la vue du Louvre <'>. v

On ne saurait nier que ces observations ne fussent parfaitement fondées ; aujour-

O Registres du Bureau de la Ville, H 1 8 1 6 , fol. 1 5a et suiv.

TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE

fl’hui encore les deux pavillons interrompent la ligne des quais et masquent la vue; la rue de Seine, bouchée et coudée en équerre, Cnit brusquement al ors qu’elle a pour point de départ la façade du palais Médicis. Quant aux arcades proposées, elles ont été réduites, d’un côté seulement, à d’étroits guichets qui ne ménagent aucune perspective.

Le roi ne tint aucun compte des protestations de la Ville, et le prévôt des marchands fut invité h s’entendre avec l’architecte pour le règlement des indemnités auxquelles elle avait droit comme copropriétaire des tt places d qu’il fallait occuper, places dépendant tant du petit hôtel de Nesle, dont elle avait, malgré tout, conservé la possession, que des murailles, allées des murs, fossés et portions de quai, dont l’expropriation était nécessaire.

Doux ans auparavant et pour continuer les hastimens encommencez entre le pont Neuf et la tour de Nesle v, ainsi que pour remplacer l’ancienne porte par une nouvelle, le roi avait ordonné qu’il fût fait a vente des terres vaines et vagues du fossé de Nesle jusqu’à la rivière d. Après plusieurs tentatives d’adjudication, dont il est parlé fort au long dans les Registres du Bureau de la Ville W , la Ville réussit à aliéner une partie de ces terrains, à la condition que les adjudicataires seraient retenus de faire abattre et démolir incessamment la tour de Nesle, porte et petites maisons joignant icelle, pont-levis et pont-dormant, faire faire et construire le quay, depuis le lieu où il est cessé devant l’hostel deGuénégaud jusquesau coin de la rue de Seyne ® n.

La fondation de Mazarin et le choix de remplacement de la tour, de la porte, du fossé et du petit hôtel de Nesle, pour réaliser les intentions du cardinal, interrompaient le k desseing arrêté d en 1 65g , lequel avait déjà reçu un commencement d’exécution.

Les adjudicataires de la Ville n’eurent donc rien à démolir, et c'est à Le Vau qu’échut le triste honneur de faire de nouvelles ruines en ce lieu déjà si tourmenté. C’est lui, en effet, qui, avant de jeter bas le peu qui restait de l’ancien manoir, nous a conservé le dernier aspect de la tour, de la porte de Nesle, et de la portion de muraille, percée de six arcades, sur laquelle le duc Jean de Berry avait appuyé ses constructions.

Quant à la Ville, après avoir vu ses observations repoussées et l’ancien te desseing ti abandonné pour le nouveau, elle n’avait plus qu’à renoncer à la vente de ses terrains et à recevoir, pour la cession en bloc qui lui étaitimposée, 1 indemnité fixée par le roi.

C’est ce qu’elle fit; l’ordonnance suivante extraite des Registres du Bureau de la Ville est donc la dernière pièce du procès.

: 1 ; Voir aux appendices l’ordonnance de mise en adjudication, que nous publions in extenso. — (J Registres du Bureau de la Ville , H 1816, ibid.

Pour recevoir les 130,000 limes des exécuteurs de la fondation de M. le cardinal Mazarin.

Do par les prevost des marchans et eschevins de la ville de Paris,

Il est ordonné, ouy et ce consentant le procureur du Roy et de la Ville, à maistre Nicolas lîoucol, receveur du domaine, dons et octroys de la dicte Ville, de recevoir de Messieurs les exécutteurs de la fondation de feu Monsieur le cardinal Mazarin, la somme de six-vingts mil livres, a laquelle Sa Majesté a réglé louttes les prétentions que la dicte Ville avoit, à cause des places de la porte de Nesle et des contrescarpe et fossé d’icelle, par arrest du Conseil, du huitiesme aoust mil six cens soixante-deux, aux charges et conditions portées par le dict arrest, pour eslre, la dicte somme de six-vingts mil livres, employée au payement des sommes de deniers esquelles les débets des derniers comptes rendus par le dict Boucot, tant des dicts domaine, dons et octroys de la dicte Ville, que de icelluy revenu des dicts solz pour muid de vin d’entrée à Paris, se trouveront monter; lesquelles à cette fin il retiendra par ses mains, et en fera recepte et despense au premier compte du dict domaine qu’il rendra, et le surplus employé ainsy qu’il sera par nous ordonné.

Faict au Bureau de la Ville, le dix neufviesme jour d’aoust mil six cent soixante-deux P).

Mais il ne suffisait pas de désintéresser la Ville; il fallait encore indemniser ses ayants droit et particulièrement les concessionnaires des s places vaines et vagues de 1 ancien lossé et porte de Nesle, contrescarpe et fossé d’icelle a: c’étaient Ravière et ses associés, dont il est amplement question à l'article des rue et porte Dauphine, ainsi qu’à propos du quai des Augustins. L’entrepreneur Jean Rupalley, bourgeois de Paris, et l’architecte Lambert, qui représentaient ce syndicat, reçurent dix mille deux cent douze livres.

La liste des <r récompenses * était loin d’être épuisée: il fallut encore dédommager le garde-clef de la porte de Nesle, qui reçut huit cents livres erpour son logement et charge de portier d, ainsi que les locataires et sous-locataires des échoppes situées aux environs de la tour et de la porte. Il fut payé, de ce chef, douze mille livres à Madeleine Gruin, veuve de Guillaume Sachet, premier valet de chambre de la reine Marguerite.

M. Alfred Franklin, qui a consulté aux Archives nationales le registre original des délibérations tenues par les exécuteurs testamentaires de Mazarin, les comptes fournis par leurs fondés de pouvoir, par les trésoriers et procureurs du collège , ainsi que les devis et mémoires de l’architecte Le Vau, donne un excellent résumé de ces diverses pièces dans sa monographie du collège Mazarin. Les expropriations, sur lesquelles nous insistons parce quelles représentent le côté topographique de 1 entreprise, comprirent encore les maisons construites à l’extrémité septentrionale de la rue de Seine et du chemin sur les fossés, ainsi que sur le quai et aux environs de la porte de Nesle. La plus chère fut payée trente-quatre mille livres; elle

m Registres du Bureau de la Ville, H 1817, folios 11 et 12.

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