‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 36 sur 206 · V:^;< - • ii> .T U •>'•*»! «Il 1»U‘ , ' HiaiT.llUi · texte numérisé non relu

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faisait le coin de la rue de Seine et du quai, et appartenait à François Popineau , procureur au parlement. Une autre, située dans la petite rue de Nesle qui joignait le chemin sur les fossés à la rue de Seine, fut achetée trente mille livres à Pierre Ariste , premier commis de M. de Brienne, ancien secrétaire d’État.

On donna trente-cinq mille livres à l’avocat Jean Mingot, pour six maisons tt faisans l’encoignure de la rue du fossé de la porte de Nesle et de la rue de Seine d. On accorda encore onze mille livres à Marie Petit, veuve de Christophe Gruchet, et juré porteur de charbon n, vingt mille livres à Jean Onfroy , tt conseiller général du Roy ii, douze mille livres à Geneviève Jeallin, veuve de Jean le Comte, tt fourrier des Cent- Suisses de la garde du Royn, et neuf mille cinq cents livres à André Maurice, tt sergent à verge au Chasteleti); Bernard du Bus, tt marchand espiciern, reçut dix mille cinq livres pour une maison tt seize au coing de la petite rue de Nesleii. Nous trouvons encore vingt-six mille livres accordées à Antoine Tournaire, ttscellierii, dix-huit mille livres à Claude Robert, serrurier, et sept mille livres à ttEsloy Antheaume, marchand chandelier n , dont les maisons étaient situées dans la petite rue de Nesle.

En somme, les dépenses faites pour l’achat du terrain, les expropriations et les diverses indemnités s’élevèrent à cinq cent soixante-quatorze mille cinq cents livres.

On commença aussitôt les constructions. Le plan de Le Vau ayant été adopté, cest lui qui lut chargé d’en diriger l’exécution. Deux autres architectes de mérite, Lambert et d’Orbay, furent placés sous ses ordres et conduisirent les travaux. Un arrêté des exécuteurs testamentaires fixa à trois mille livres les honoraires de Le Vau, qui devaient lui être payés et par chacun an, tant et sy longtemps qu’il seroit employé pour conduire et controller les bastimens de la fondation d. Lambert et d’Orbay recevaient seulement douze cents livres.

Nous avons dit déjà on quoi consistait le plan de Le Vau. La façade du collège formait une place demi-circulaire. Au centre s’élevait le portail de la chapelle; il faisait face au Louvre, et se trouvait dans l’axe de la porte que Le Vau venait d’y construire. Enfin deux pavillons massifs arrêtaient les limites de la place.

Dès r origine, le pavillon occidental, où Ton avait eu l’intention d’établir le manège et les salles d’escrime et de danse, porta le nom de pavillon des Arts, qu’il conserva jusqu à la Révolution. L’autre lut appelé pavillon de la Bibliothèque ; il fut bâti le dernier, et marque très exactement l’endroit où se trouvait la tour de Nesle. Les travaux marchèrent fort lentement. En 166/1, rien n’était encore arrêté pour la distribution intérieure des logements, car l’architecte alla visiter le collège Saint-Lazare, dit séminaire Saint- Charles, qu’il voulait prendre pour modèle.

Quant aux dépenses, d’après un devis dressé par Le Vau lui-même et conservé aux Archives nationales, voici comment elles devaient se répartir :

Construction de la chapelle . 3oo,ooo livres.

Construction de la bibliothèque, des pavillons et des logements donnant sur la place . 3/to,ooo

Construction des bâtiments intérieurs . 36a, ooo

Pavé des cours . 20,000

Construction du manège . i5o,ooo

Travaux pour seize maisons . 3 10,000

Mausolée du cardinal . 3o,ooo

Total . i,5i2,ooo

Achat des terrains, expropriation, etc . 57/1,000

Total . 2,086,000

Ce devis paraît être fort au-dessous de la vérité. Le seul revêtement du quai, dont il 11’est pas fait mention, coûta cent cinquante mille livres. Les seize maisons construites dans les rues Mazarine et Guénégaud, sur les terrains expropriés, exigèrent certainement une dépense de plus de cent dix mille livres.

Enfin, l’on sait que, du mois d’août 1 6 6 5 au mois d’octobre 1666, c’est-à-dire dans un intervalle de quatorze mois seulement, il fut payé à l’entrepreneur en maçonnerie une somme de un million deux cent quatre-vingt-quatre mille sept cent cinquante livres. Les comptes de construction , conservés aux Archives nationales, sont fort détaillés, et nous ne pouvons qu’y renvoyer le lecteur. Cependant, malgré l’abondance des ressources mises à la disposition de l’architecte, les bâtiments n’étaient point complètement terminés en 1672; 011 travaillait encore au pavillon oriental, ou de la Bibliothèque, ainsi qu’à la chapelle. Le manège n’était pas construit, et l'on dut y renoncer parce que l’Université désapprouva formellement l’établissement d’un cours d’équitation, d’escrime et de danse dans le nouveau collège. Les procureurs des Quatre-Nations (France, Picardie, Normandie et Allemagne), dont la maison devait porter le nom, repoussèrent unanimement ce qu’ils appelaient academia palœslrica; les professeurs d'escrime et de danse furent qualifiés par eux de ghdialores et de sakatores. La vieille Université, dans le domaine de laquelle se trouvait la fondation nouvelle, s’en tint obstinément à ses us et coutumes, et voulut faire un collège ordinaire, comme ceux qui peuplaient le quartier dit Latin et la montagne Sainte-Geneviève. Il en résulta que le nouvel établissement 11e répondit point à sa destination et resta une sorte de collège mixte, trop relevé pour les étudiants pauvres et insuffisamment approprié à l’éducation spéciale que recherchait alors la jeune noblesse. Les manèges, ou academiœ palœstricœ, fondés pour les fils de gentilshommes qui se destinaient au métier des armes, continuèrent à prospérer tant au laubourg Saint-Germain que dans les environs du Louvre et des Tuileries, et, un siècle plus tard, la création

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de l’Ecole militaire répondait au besoin que le cardinal Mazarin avait constaté M.

M. Alfred Franklin, dans son excellente monographie du collège Mazarin, en a décrit fort exactement les bâtiments, les cours, la chapelle et les dépendances; il a également résumé l’histoire des diverses transformations que cet édifice a subies et qui en ont modifié, sinon l’aspect général, du moins l’agencement et les distributions intérieures. Nous ne saurions mieux faire que de lui emprunter cette partie descriptive :

<r La façade actuelle du palais de l’Institut ne donne qu’une idée très inexacte de ce qu’était celle du collège des Quatre-Nations. La grille qui ferme l’entrée de la chapelle n’existait pas alors; les sept marches qui y conduisent étaient entourées de lourdes bornes en pierre... Au-dessus du portail, l’inscription suivante rappelait que la chapelle avait été consacrée sous l’invocation de saint Louis :

SUB INVOCATIONE SANCTi LUDOVICI «Plus haut, sur la frise du fronton, on lisait :

JUL. MAZARIN S. E. R. CARD. BASILICAM. GYMNAS. E. C. MDCLXII.

et Six massifs de pierre, qui se voient encore au pied du dôme, supportaient six

groupes sculptés, composés chacun de deux personnages : les quatre évangélistes

(|; Voir, dans le volume consacré au Faubourg Saint-Germain, l’appendice relatif à l’École militaire.

d’abord; puis les Pères de l’Eglise grecque, saint Basile, saint Allianase, saint Jean Clirysostome et saint Grégoire de Nazianze; enfin, quatre docteurs de l’Église latine, saint Jérôme, saint Augustin, saint Ambroise et saint Grégoire le Grand. Le dôme était tt couvert d’ardoises taillées en écailles de poissons, avec tt des bandes de plomb doré». La lanterne qui a été reconstruite était moins large et plus élevée; elle était entièrement à jour, soutenue par des consoles et surmontée d’un globe doré qui supportait une croix.

a La porte qui conduit aujourd’hui dans la première cour servait également d’entrée au collège. Mais toutes les autres baies étaient fermées par des devantures vitrées et formaient une série non interrompue de vingt-quatre boutiques. La loge actuelle des concierges de l’Institut était alors coupée en deux, et on louait la pièce qui prenait jour sur le quai.

te Neuf boutiques étaient établies sous le pavillon de la Bibliothèque, et cinq d’entre elles donnaient sur la place Conti. Des documents conservés aux Archives nationales nous apprennent qu’en 1689, les deux premières étaient louées au sieur Le Roux, maître tailleur; la troisième était occupée par le sieur Dor, vitrier, les quatre suivantes, par le sieur Valfontaine, limonadier; les deux autres, donnant sur la place du collège, par un tapissier nommé Lamy.

tt Entre le pavillon de la Bibliothèque et la porte d’entrée du collège se trouvaient les dixième et onzième boutiques; ttl’horlogeur» Hanet y demeurait. La librairie classique d’Éclassan était établie dans les deux suivantes.

et De la chapelle au pavillon des Arts, on voyait cinq autres boutiques, louées aux sieurs Coquet, chandelier, Le Blanc, aubergiste, et Taboureux, vitrier.

et Sous le pavillon des Arts étaient six boutiques, partagées entre les sieurs Audijer et Lopinot. Enfin, un peu plus tard, trois autres boutiques furent ouvertes en retour de ce pavillon sur la rue de Seine; un charron et un menuisier les occupèrent d’abord. Le prix de location des vingt-quatre boutiques fut plus que doublé dans l’espace de cent ans. Les sept premières rapportaient douze cents livres en 1 698 , douze cent quatre-vingt-dix livres en 17/16, et deux mille sept cents livres en 1789. Le revenu des vingt-quatre boutiques était, en 1G96, de huit mille livres environ. Ce chiffre comprend lessommes perçues pour le loyer de quelques échoppes adossées au collège , près de la Seine , et pour plusieurs chambres et greniers situés dans la rue de l’établissement, et qui servaient de dépôt à différents commerçants.

et Deux appartements donnant sur la place du collège étaient loués à des particuliers : le premier s’étendait entre la porte d’entrée du collège et la chapelle; le second, beaucoup plus vaste, occupait toute la façade située entre la chapelle et le pavillon des Arts...

tt La partie du quai faisant face au collège fut complètement refaite; une somme de cent cinquante mille livres avait été affectée à ces travaux. Une balustrade en

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pierres de taille avait remplacé l’ancien parapet. En dehors, sur le mur qui fait face au Louvre, les armes de Mazarin étaient répétées trois fois à distances égales, et, au milieu, on lisait sur une plaque de marbre noir l’inscription suivante :

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