PR/EF. ET ÆDILES
Anno M.DC.LXIX ET M.DC.LXX.
ttFaute de fonds suffisants, on ne put jeter un pont entre les deux rives; mais, en face du pavillon des arts, à l’endroit où se trouvait le port à charbon, on installa de petits bateaux qui, moyennant six deniers par personne, transportaient devant le Louvre.
crLa première cour du collège des Quatre-Nations offrait alors exactement le même aspect qu’aujouril’hui. A droite et à gauche s’élèvent deux portails, dont l’un conduit à la chapelle et l’autre à la bibliothèque. Tous deux, placés au-
COLJLEGE DES OÜATRE HATIOHSo
Pu# de /. intérieur de l Eÿlùe , prurc de- la prenapa/e porte.
dessus d’un large perron de pierre, sont composés de quatre pilastres cannelés, d’ordre corinthien, qui supportent un fronton; et chacun de ces frontons représente deux vertus cardinales, appuyées, d’un côté, sur les armes de Mazarin, de 1 autre, sur le cadran d’une horloge.
«La chapelle a été entièrement métamorphosée sous l’empire, lorsque 1 Institut a pris possession des bâtiments du collège. Le sanctuaire était sous la coupole du petit dôme qui se trouve au fond de l'église, et, aux deux côtés, s’ouvraient deux chapelles qui devaient servir de lieu de sépulture aux membres de la iainille Mazarin. Un peu plus loin, une nef était réservée pour les élèves du coll ège. Comme aujourd’hui, on parvenait à quatre petites tribunes par quatre escaliers à vis. Un autre montait jusqu’au-dessus du dôme, qui présente une particularité fort curieuse : sa forme, parfaitement circulaire au dehors, est elliptique à l’intérieur, et c’est dans l’espace que laissent libre ces deux dispositions différentes qu’ont élé pratiqués les escaliers.
«Rien n’avait été épargné pour la décoration de cette chapelle. Le pavé, formé de compartiments en marbres blanc, noir et jaspé, était semé d’étoiles, pièces principales des armoiries de Mazarin. Sous les archivoltes des quatre grands arcs de la nef principale, Desjardins avait sculpté les huit béatitudes, et sur les clefs de voûte se détachaient les armes des quatre provinces en faveur desquelles le collège avait été fondé. Le tableau du grand autel, peint par Paul Véronèse, représentait la Circoncision. Tout autour de la frise qui règne au-dessous du dôme, on lisait cette inscription, qui s’aperçoit encore sous la couche de badigeon dont on l’a recouverte :
Sedebit sub umbraculo ejus in rnedio naliomm.
(Ezéchiel, cap. xxxi, v. 17.)
et sur les quatre fausses portes qui semblent soutenir le dôme, se trouvaient les inscriptions suivantes :
Prœccdcbat sapientiam omnium onentalium.
(Reg. , lib. III, cap. îv.)
Cor cjus adversum regeni austri.
(Daniel, xi .)
Ab oriente palet usque in occidentem.
(Math., cap. xxiv.)
Extendet manum suam super aquilonem.
(Sap. , xi.)
«Le mausolée de Mazarin est le chef-d’œuvre de Coysevox. Sur un sarcophage île marbre noir, soutenu par des consoles en bronze doré, repose la statue en marbre blanc da .cardinal. Il est représenté à genoux, les mains jointes, dans l’attitude d’un homme en prière; derrière lui un ange supporte un faisceau, une des pièces de son blason. La base du cénotaphe se compose de trois marches de
TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE. 75
marbre blanc, sur lesquelles sont assises trois figures allégoriques en bronze, qui représentent la Prudence, l’Abondance et la Fidélité. Les seules critiques que ce mausolée ait soulevées ont été dirigées contre le grand ministre de Louis XI\ . Dulaure prétend que Mazarin semble demander à Dieu le pardon des maux qu’il a fait souffrir à la France; enfin, les figures allégoriques ayant toutes trois la bouclie close, on a dit que Coysevox avait voulu rappeler ainsi le silence que Mazarin, pendant sou ministère, avait imposé à la Prudence, à l’Abondance et à la Fidélité. Sous l’arc qui s’élevait derrière ce mausolée, la Charité et la Religion, sculptées en bas-relief, soutenaient les armes du cardinal; et au-dessus, on lisait une longue inscription commémorative gravée en or sur une épaisse plaque de marbre noir.