CHAPITRE IX
EGLISE SAINT-ANDRE-DES-ARS
Sommaire : Origines de l’église. — Chapelle de Saint-Andéol. — Époque probable de la construction de cet oratoire. — Territoire et paroisse sur lesquels elle fut bâtie. — Création de deux nouvelles paroisses dans l’ancien clos de Laas, par suite de l’établissement d’une enceinte fortifiée. — Église Saint-André, édifiée de 1210 à 1220; ses diverses parties, leur style et leur époque. • — Importance des chapelles; leur situation sur les deux laces latérales et au chevet de l’église; époque de leur construction. — Monographie sommaire de chacune de ces chapelles : la Résurrection, l'Annonciation, Saint-Jérôme , Saint-Augustin, Sainl-Jean-Baptistc, la Trinité, Sainte-Anne, Saint-Antoine, Saint-Sacrement ou la Communion; chapelle des Fonts, deuxième chapelle de la Résurrection, Sainte-Marthe, Saint-Pierre , Saint-François , Saint- Laurent, Saint-Nicolas, Sacristie, chapelle de la Vierge, oratoire de Saint- Mathias. — Difficulté matérielle de placer toutes les chapelles dont il est fait mention. — Interprétation du mot chapelle dans le sens de chapellenie. — Fondations eaux autels», ce qui n implique point la fondation d’une chapelle. — Identification probable des titres ou vocables mentionnés par les historiens. — Confréries, ex-voto, logettes de recluses. — Entretien et réparations des chapelles vacantes, impétrables ou contestées. — Procès-verbal d’une visite de l’architecte Antoine, en 1772. - — Vente de l'église en 1797; sa destruction. — Tombeaux et inscriptions funéraires qu’elle renfermait.
I! en est des origines de l’église Saint-André-des-Ars comme du nom du territoire sur lequel elle a été construite : ttOn 11e peut rien avancer de bien certain à cet égard n, dit Le Beuf. L'esprit de légende, qui aime à reculer aussi loin que possible les commencements des édifices anciens, rattache la fondation de cette église à certaine chapelle de Saint-Andéol qui aurait précédé la fondation de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés ; or, l’existence de cette chapelle ne repose que sur la fameuse charte de Childebert, regardée comme apocryphe par tous les savants, et O11 s’est contenté, ajoute Le Beuf, de l’autorité de cette charte pour avancer que l’église de S. André a succédé à une chapelle du titre de S. Andéol, laquelle, selon cette charte, étoit une dépendance de l’abbaye de S. Vincent, depuis dite de Saint-Germain au faubourg de Paris, et qui auroit existé dès le ve siècle. Mais, comme il n’est lait aucune mention de cette chapelle de S. Andéol dans le Martyrologe d’Usuard, religieux de celte abbaye, quoiqu'il eût apporté à Paris, en revenant d’Espagne, des reliques de ce saint qu’il avoit eues dans le Vivarez, ni même dans aucune des additions faites à Topographe très ancien de ce Martyrologe, conservé en la même abbaye, et qu’on ne peut prendre à la
charte de Childebert, qui nomme cet oratoire, queleseul témoignage de Gislemar, chancelier de l’abbaye de Saint-Germain en 1070, qui en parle dans la vie de S. Droctovée : pour toutes ces raisons, je pense que cette chapelle, en quelque endroit qu’elle fût, n’est pas d’un temps antérieur au xf siècle t'b n
M. Jules Quicherat, qui a rnis en pleine lumière la fausseté du diplôme attribué à Childebert Ier, est d'accord avec Le Beuf pour repousser l’origine mérovingienne de la chapelle de Saint-Àndéol. tr Est-il admissible, dit cet érudit, que la fondation de la chapelle Saint-Andéol ait précédé la fondation de Saint-Germain-des-Prés? Pour croire cela, il faudrait avoir une mention quelconque do l’existence de la chapelle Saint-Andéol à l’époque mérovingienne, et 11’avoir pas la relation du voyage que le bénédictin Usuard, moine de Saint-Germain-des- Prés, fit en Espagne, en 858, pour aller chercher le corps de saint Georges le Bethléémite, voyage au retour duquel ce religieux s’arrêta au bourg Saint-Andéol et se fit donner des reliques du martyr qui y était vénéré. Or, du moment que l’arrivée des reliques de saint Andéol à Saint-Germain est expliquée par un document historique, il n’y a plus à reculer dans la nuit des temps l'origine de la chapelle qui fut dédiée à saint Andéol, dans le voisinage de V Abbaye
Sans la reculer rtdans la nuit des temps d, M. Quicherat incline à lui donner cent ans environ de plus que Le Beuf, c’est-à-dire à la faire dater du xc siècle; et l’un de ses arguments est tiré du prétendu achat de cette chapelle. En ellet, d’après le diplôme de Childebert, ce roi aurait acquis l'oratoire Saint-Andéol, argent comptant, de deux individus nommés Hilaire et Cliéron : Cum terra et vinea et oratorio in honore sancli Andeoli marliris que de Elario et Ceraunio, data precio , comparavimus. a Or ce trafic, dit M. Quicherat, est un acte de simonie au premier chef, qui n’aurait pas été possible au vic siècle. Une date toute différente lui est assignée par la fréquence des transactions de ce genre dans les chartes du x' et du xic siècle. C’est alors, en effet, qu’un grand nombre d’églises, aliénées par la précaire ou par l’inféodation, étant usurpées par ceux qui les détenaient, devinrent des propriétés négociables. Il est très possible qu’un roi ait acheté la chapelle Saint-Andéol pour en faire cadeau à Saint-Germain; mais c’est un roi de la fin de la seconde race, et non pas Childebert Ier (3j. n
A part cette légère différence de temps. Le Beuf, les bénédictins et M. Quicherat s’accordent à reconnaître que la chapelle Saint-Andéol, érigée trdans les environs de l'Abbaye 1», dit prudemment ce dernier, est ce qui précéda et motiva l’église paroissiale dédiée plus tard à saint André. Andéol, 1 apôtre du Yivarais , était un saint peu connu dans la Gaule septentrionale. Son nom, prononcé
11 Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris , (î) Bibliothèque de l Ecole des chartes, XXVI,
par l’abbé Le Beuf, édition donnée par Hippolyte p. 52 4.
Cocheris, III. p. 29 et suiv. (3) Ibid.
ÉGLISE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS
Andéeu, à la romane, l’aura fait confondre avec Andrieu, qui était alors la forme du nom d 'André. ttDe là, dit Le Beuf, put se former l’opinion que S. Andeu et S. Andrieu étaient le même saintW. *
La chapelle , simple oratoire de dévotion, n’avait et ne pouvait avoir le caractère paroissial; elle se trouvait comprise soit dans la circonscription de Sain t— Su 1— pice, soit dans celle de Saint-Séverin, selon qu’on la place à côté de l’Abbaye ou à l’extrémité orientale du territoire do Laas. Le Beuf penche pour ce dernier emplacement, et il invoque, à l’appui de cette opinion, une tradition qui a sa force probante : « Considérant, dit-il, que la paroisse de Saint-Séverin s'étend encore à présent — Le Beuf écrivait en 1761 — jusqu’au chevet de l’église de S. André, je suis assez disposé à croire que la chapelle S. Andeu avoit d’abord été comprise dans le territoire de cette même paroisse, et que pour cela le prêtre de S. Séverin y venoil en procession, le jour de S. Andeu, avec son clergé. Il est au moins certain que, durant qu’on bâtissoit en ce lieu, un peu après l’an 1210, une plus grande église pour servir de paroisse aux habitons détachés du faubourg de S. Germain par la nouvelle clôture de Paris, l’archiprêtre de S. Séverin avail alors ces habitans on dépôt, en vertu d’une sentence arbitrale, en attendant que cette église fut achevée ta. d
Il est vrai que Le Beuf infirme un peu plus loin la valeur de l’argument tiré de la tradition qu’il invoque : «Maintenant, dit-il, on ne commît plus saint Andéol dans l'église de Saint-André; on 11’y conserve aucune relique, et on n’y fait aucun mémoire ta. 1, Or, un oubli aussi complet est peu conforme à l’esprit de l’Eglise : quand on construit un nouvel édifice religieux sur l’emplacement d’une ancienne chapelle, on garde le vocable et les reliques du saint; on célèbre sa fête; on en fait «mémoire 11 dans les oraisons; souvent même on lui dédie une chapelle dans la nouvelle église. L’absence de ces divers memenlo tendrait à faire croire soit que l’oratoire de Saint-Andéol n’avait point été érigé sur l’emplacement où l’on a bâti plus tard l’église Saint-André-des-Ars , soit que la similitude des deux noms avait fait confondre complètement saint Andéeu avec saint Andrieu.
Voilà tout ce qu’il semble possible de savoir sur la chapelle Saint-Andéol. Quant à l’église définitive qui lui succéda, la construction en est duc, comme celle de l’église des Saints-Gôme-et-Damien à l’établissement de l’enceinte, dite de Philippe-Auguste, et cette circonstance contrarie encore l’opinion émise par Le Beul, relativement à la circonscription paroissiale dans laquelle l’oratoire de Saint- Andéol aurait été compris. En effet, si cet oratoire avait dépendu de la paroisse de Saint-Séverin, il 11’eût point été nécessaire de bâtir un nouvel édifice reli—
10 Hisl. de la ville et de tout le diocèse de Paris , édition H. Cocheris, Ht, p. 3o. — (!) Ibid. — '3) Ibid.
gieux pour les habitants que la nouvelle muraille enfermait dans la ville; il eût suffi d’étendre la circonscription paroissiale de Saint-Séverin. Mais nous devons reconnaître qu’une raison de droit féodal et canonique s y opposait : 1 emplacement sur lequel on éleva le nouveau sanctuaire faisait partie du territoire de La as, en censive de Saint-Germain-des-Prés, et, comme tel, était soumis à la juridiction temporelle et spirituelle de l’Abbaye. La sentence arbitrale que cite Le Beuf et que Félibien a reproduite dans ses Preuves W, le reconnaît formellement.
L’enceinte de Philippe-Auguste fut achevée sur la rive gauche vers 1210, et c’est en cette même année que l’abbé de Saint-Germain commença les travaux de la nouvelle église; cil les poussa si vigoureusement, dit Félibien, qu’ils furent achevés en deux ans n. Le Beuf place ce travail entre 1 2 1 0 et 1 220 , et il estime, avec raison, qu’on ne fit d’abord que le sanctuaire et le chœur; c’est, en effet, parles parties vitales que l’on commençait la construction de toutes les églises; la nef, les bas côtés, les chapelles surtout ne venaient qu’ après.
La sentence arbitrale rendue entre l’évêque de Paris, le chapitre de Notre- Dame et le curé de Saint-Séverin, d'une part, l’abbé, les religieux de Saint-Germain-des-Prés et le curé de Saint-Sulpice, d’autre part, est fort importante, non seulement au point de vue du règlement de la juridiction spirituelle entre l’autorité épiscopale et le pouvoir abbatial , mais encore comme point de départ des travaux de construction des églises Saint-Côme et Saint-André. Après avoir exactement délimité la circonscription de la paroisse de Saint-Séverin, les arbitres ajoutent ;
„ Dans tout le territoire bâti et à bâtir, au delà des bornes de la paroisse Saint- Séverin jusqu’aux murs du Roi, le monastère de Saint-Germain auia, à peipetuité, le droit de patronat pour construire une ou deux églises paroissiales, mais non plusieurs, et l’abbé sera tenu de présenter à l’archidiacre et à l’évêque de Paris les prêtres qui devront y être institués. Si l’on y construit deux églises, lun et l’autre prêtre devront payer à l’abbé de Saint-Germain, chaque année et à perpétuité, une somme de trente sous. Si l’on n’en construit qu’une, le chapelain sera tenu de payer audit abbé une somme de soixante sous; de son côté, l’évêque de Paris sera tenu de payer auditabbé quarante sous, tà la fête de saint Bemi, et cela pendant trois ans, à moins que, avant ces trois années, on ait construit sur ledit territoire une ou deux églises, parce que, du jour ou l’on en aura bâti une, le payement de ces quarante sous cessera. Et, même après trois ans, qu’une église ait été construite ou non, le payement de cette somme n’aura plus lieu.
n Et jusqu’à la construction de cette église, les paroissiens de ce territoire iront.
11 Tomr III, p. 1 19.
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ÉGLISE ET CIMETIÈRE ST ANDRÉ DES ARTS E. re- tutior
ÉGLISE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS. 1G3
à Saint-Séverin, sauf à regagner leurs paroisses respectives, après l’édification d’une ou de deux églises. Et si l’on en construit deux, les limites des deux paroisses seront fixées par l’abbé de Saint-Germain M. »
Régulièrement orientée, l’église Saint-André-des-Ars avait son abside en bordure sur la rue Hautefeuille ou de la V ieille— Plâtrière , qui, en cet endroit, prenait le nom de c rue du Chevet S. Andryn. Cette abside, comprenant le chœur et le sanctuaire, était bâtie dans le style ogival de l’époque, celui que caractérise l’ogive à lancette : «A en juger par les dehors et par quelques piliers du chœur, au côté septentrional, le fond du sanctuaire, dit Le Beuf, est de la construction d’entre les années 1210 et 1520^.11 — tr Le reste, ajoute-il, est bien postérieur, et le grand portail est du dernier siècle. Les niches et statues qui ornent le dehors de cette église, qui est le long de la rue du Cimetière, sont du seizième. . . La tour, qui était encore du gothique, paroit avoir été bâtie vers 1A90 ou i5oo.i> Les vues que nous possédons de 1 église Saint-André ne démentent pas ces diverses assertions.
Ce que l’église Saint-André avait de plus important, c’étaient ses chapelles; elles avaient été construites, à différentes époques, soit par les soins des mar guilliers, soit par les libéralités de plusieurs riches et hauts personnages. Voisine du Parlement, de la Chambre des comptes et de la Cour des aides, l’église Saint-André renfermait dans sa circonscription de nombreux hôtels habités par des magistrats, des avocats et des procureurs, qui composaient son conseil de fabrique; elle avait également pour paroissiens des princes, des prélats, des bourgeois opulents qui désiraient y avoir leur sépulture. De là ces fondations de chapelles qui tiennent une si grande place dans l’histoire de l’église et de la paroisse : ce ne sont, pendant plusieurs siècles, que dotations et constitutions de rentes, éta-
(I) Voici le texte latin de cette sentence : ff In loto territorio edificalo sive edificando ultra metas parrochie S. Severini usejue ad muros regis, habebit monaslerium S. Germani in perpetuum jus patronatus ad construendam unarn vel duasecclesias parrochiales, non plures, et presbyleros ibi instituendos tenebitur abbas presentare archidiacono et episcopo Paris. Si ibi fuerunt due ecclesie construcle. ab u troque presbylero illarum habebit abbas S. Germani singulis annis in perpetuum triginla solidos. Si vero unica fuerit ibidem ecclesia, capellanus ejusdem singulis annis in perpetuum reddet dicto abbati sexaginta solidos. Episcopus autern Parisiensis tenebitur reddere abbati prediclo quadraginta solidos in festo S. Remîgii, usque ad
triennium, nisi ante triennium in prediclo terrilorio construcla fuerit ecclesia una vel due : quia ex quo construcla ibi fuerit ecclesia, cessabit solutio illorum quadraginta solidorum. Et etiam post triennium, sive sit construcla ecclesia. sive non, nihilominus cessabit solutio. El doncc ibi sit construcla ecclesia, parrochiani de illo territorio ibunl ad S. Severinum, tanquam parrochiani. Ecclesia vero ibidem constructa, vel ecclesiis constructis, parrochiani illi revertentur ad ecclesiam conslructam vel ecclesias. El si due ecclesie ibi fuerint, pro voluntate abbatis parrochie limilabuntur. » (Felibien , Preuves , I, p. 92.)
(a) Histoire de la ville et du diocèse de Paris, édit. Cocheris. III, p. 3i.
Glissement de droits de propriété et de transmission, concessions primitives par les marguilliers constructeurs, puis aliénations et concessions nouvelles, lorsque s’éteignent les familles des fondateurs ou des premiers concessionnaires. Nous avons dépouillé, aux Archives nationales, les cartons contenant les documents relatifs aux dix-huit chapelles, et nous en présentons ici un fidèle résumé M. Voici d’abord l’ordre dans lequel elles se succédaient :
En pénétrant dans l’église par le grand portail occidental, ou trouvait à droite, c’est-à-dire le long de la rue du Cimetière-Saint-André, neuf chapelles ainsi disposées :
L’une des deux chapelles de la Résurrection, la première, à partir de l’entrée de l’église;
La chapelle de l’Annonciation, qui suivait;
Celle de Saint-Jérôme, qui venait après;
Celle de Saint-Augustin, qui était la quatrième;
Celle de Saint-Jean-Baptiste, la cinquième;
Celle de la Trinité, la sixième;
Celle de Sainte-Anne, la septième;
Celle de Saint-Antoine, la huitième;
Celle du Saint-Sacrement, la neuvième.
A gauche, en partant toujours du portail principal, et par conséquent le long de la rue Saint-André-des-Ars, neuf autres chapelles se succédaient dans l’ordre suivant :
Chapelle des Fonts;
Deuxième chapelle de la Résurrection;
Chapelle de Sainte-Marthe;
Chapelle de Saint-Pierre;
Chapelle de Saint-François;
Chapelle de Saint-Laurent;
Chapelle de Saint-Nicolas;
Une ancienne chapelle supprimée pour l'agrandissement de la sacristie; Chapelle de la Vierge.
;i ] lippolyle Cocberis avait reconnu ces cartons; mais il n’en donne que la cote, et non l’analyse. Adolphe Berty en a lu quelques pièces et fait
quelques extraits. L'un de nos collaborateurs. M. Auguste Petit, les a tous inventoriés et dépouillés.
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