NATIONALE
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, l’hôlel. Nous lui donnons cette seconde épithète, parce qu’il mourut en i5o3, cinq ans seulement après l’avènement de Louis XII, de la munificence duquel il le tenait, au dire de Jaillot.
Quel était ce nouveau possesseur? rrPoitiers, comtes de Valentinois, dit le Dictionnaire de la noblesse, maison qui a été la plus illustre et la plus puissante de tout le Dauphiné, après celle des dauphins de Viennois!1).') Voilà pour la souche; quant au rameau, Félibien l’indique dans les ternies suivants : «Le Roy pourvut au gouvernement de Paris et de l’Isle-de-France, par ses lettres données à Lvon le 3 février, par lesquelles il créa son lieutenant et gouverneur à Paris et dans les bailliages de Melun, Meaux et autres lieux, Charles d’Amboise de Chaumont. . . Le sire de Chaumont ne garda ce gouvernement que jusqu’au mois de juin suivant, qu’il s’en démit volontairement. A sa place, le Roy nomma, par ses lettres aussi datées de Lyon, le 2 juin, au uiesme emploi, Guillaume de Poitiers, marquis de Rotheron P) et seigneur de Clérieu, qui avoit accompagné le Roy au voyage de Sicile et s’y estoit vertueusement employé <3). v
C’est en cette qualité, et probablement lorsqu’il habitait son hôtel, que le seigneur de Clérieux procéda à la pose solennelle de la première pierre du pont Notre-Dame, réédifié après une chute qui compte dans les annales de Paris.
Le nouvel hôte de l’antique demeure des Sancerre, des dauphins d’Auvergne, des Montpensier, des Le Viste, des La Driesche et des Hallewin, sans compter les possesseurs royaux, représentait le Roi à cette cérémonie, et ses armoiries furent, en cette qualité accolées à celle de la Ville, ainsi que le témoigne le procèsverbal suivant extrait des Registres du Bureau de la Ville:
«Assiète de la première pierre du pont Nostre-Dame, 2 8 mars i5oo.
te Le vingt-huitième jour du mois de mars, a esté assise la première pierre du pont Nostre- Dame, que de nouvel on édiiïie de pierre, en laquelle pierre sont trois armes entaillées, c’est assavoir les armes du Roy au-dessus, par le travers desquelles est escript: Loijs par la grâce de Dieu Roy de France, douziesme de ce nom.
tr Au dessoubz, à dextre, sont les armes de la Ville de Paris, et à senextre, les armes de monseigneur de Clerieulx, lieutenant pour le Roy nostre sire et gouverneur de Paris; et au dessoubz desd. armes est escript : L an mil quatre cens quatre vinglz dix neuf, reste présente pierre fut assize la première par messirc Guillaume de Poistiers, le vingt-huitième jour de mars)) IV.
Deux ans après cette cérémonie, où l itote de la cMaison d'Hercule» avait joué le premier rôle, l’hôtel était le lieu de rendez-vous choisi pour aviser aux détails d’une autre fête, l’entrée solennelle du a très Révérend Père en Dieu» George
U) Dictionnaire de la noblesse , article Poitiers. — ■’} Le P. Anselme écrit Cotron. — t3) Histoire de la ville de Paris, II, p. 8r)i. — ■ 1 : Registres du Bureau de la Ville, H i 778, fol. 35 v°.
QUAI DES AUGUSTINS
d’Amboise, archevêque du Rouen, légat eu France, qui revenait de négocier le traité de Trente (i3 octobre i5oi), passé entre l’empereur Maximilien et le roi Louis XII. Or, c’est dans son propre hôtel que le gouverneur de Paris convoque les personnages qui doivent figurer à celte entrée. Les Registres du Bureau de la Ville nous apprennent que <r]e xmc jour de février mil cinq cens et ung, en l’Iiostel du Roy, près les Augustins, à Paris, estoient assemblez MM . , le gou¬
verneur de Paris, messire Guillaume de Poistiers, chevalier de l’Ordre, etc.; pour l'entrée de, etc. ; et fut dit, etc. ; et fut conclu, etc. n (*).
Le seigneur de Clérieux, hôte du Roi dans le vieux logis de Sancerre réédifié par Jean de la Driesche, était, dit le P. Anselme, fort digne de cet honneur; mais ce n’était dans la r maison du Royn qu’un habitant de passage. Comme au manoir de Nesle, comme au château des Tuileries, les rois et les reines avaient coutume de loger viagèrement, dans ceux de leurs immeubles qu’ils n’occupaient pas, leurs favoris ou leurs bons serviteurs. Après la mort du bénéficiaire, le logis occupé par lui revenait de plein droit à son propriétaire qui le retenait ou le concédait à d’autres (-h
A la mort de Guillaume de Poitiers, survenue eu 1 5o3 , Louis XII ne se borna pas à retenir son hôtel du quai des Augustins: te Ce prince, dit Sauvai, y logea quelquefois avec Anne de Bretagne d P). Mais il ne tarda point à continuer le système des concessions temporaires, en mettant cette résidence à la disposition de quelque grand personnage. Cette fois ce fut un haut dignitaire de l’église et de
(1) Registres du Bureau de la Ville, II 1778, fol. 83 r°.
(2) rr Guillaume de Poitiers, seigneur de Clérieu , marquis titulaire de Colron en Calabre, conseiller et chambellan du Roi , gouverneur de la ville de Paris et de 1 Isle-de-France, bailly de Rouen, naquit peu avant la mort de son père, qui lui légua par son dernier codicille les baronnies de Clérieux, de Sabian et de Monts, etc., etc. Il avoit alors la qualité de chambellan du Roi, et jouissoit, en 1/178 et 1680, de 1 ,‘3 00 livres de pension du Roi sur les finances du Dauphiné. Le roi Louis XI lui donna à vie la terre de Bays-sur-Bays, en récompense de ses services, et ce fut sous son règne qu’il traita avec Charles d’Amboise, seigneur de Chaumont, du gouvernement de Paris et Isle-de-France, dont il presta serment le 3o novembre 1 Z178. Charles VIII relira de lui la terre de Bays, et lui assigna en récompense -4,o 00 livres tournois. 11 le députa en Espagne, puis en Écosse, relira de lui la capitai¬
nerie de Montlhéry, dont il avait été gratifié; et, pour demeurer quitte envers lui de plusieurs sommes qui se montaient à 10.000 livres, il lui transporta les terres et seigneuries de la Rochede-Cluy, de Beaumont et Montreux, scises en Dauphiné; ce que le roi Louis XII confirma par ses lettres données au chasteau d’Angers, en lévrier 1/198; il y est gratifié marquis de Colron, seigneur de Clérieu , conseiller et chambellan ordinaire du Roi , gouverneur de Paris. Le roi Charles VIII lui avait encore accordé 6,000 livres eu faveur de ses grands et louables services, et pour lui aider à récompenser Charles d’Amboise, seigneur de Chaumont, du gouvernement de la ville de Paris et Isle-de-France. Il mourut à Lyon, le 2 juin i5o3.» (Histoire généalogique , 11, p. 20/1.)
(i) Voir ci-avant, pour le manoir de Nesle, notre monographie de celle résidence, et pour le château des Tuileries, la Topographie historique du vieux Paris ( Région du Louvre et des Tuileries, II).
l’Etat qu'il honora de cette faveur: «Le roi Louvs donziesme, dil Du Breul, a donné cette maison à Révérend Père en Dieu Antlioine Du Prat, arclieVesque de Sens, et chancelier de France; laquelle doit à l’Abbaye, à cause de l’oflice de Pitancier, vingt-cinq sols parisis de fonds de terre, comme il appert par une copie de l’acquisition faite en 1 /i g 3 par le roy Charles VIII , et expédition de laChambre des comptes, en l’an i5ogn W.
On comprend que le cardinal Du Prat ait été logé par le Roy dans l’antique demeure des Sanccrre et des dauphins deVienne. L’ancien hôtel des archevêques de Sens compris dans le pourpris de la résidence royale de Saint-Paul n’existait plus, et le nouveau qui se construisait alors à l’angle des rues du Figuier et du Fauconnier, n’était point en étal de recevoir le haut personnage qui occupait le siège métropolitain et tenait les sceaux de France. Mais faut-il prendre à la lettre le mot donné dont se sert Du Breul? C’est l’avis de Sauvai qui s’exprime en ces termes: ttA Paris, Antlioine Du Prat logeoit à l’hôtel d’Hercules, au coin de la rue des Augustins. Louis XII lui en fit présent en i5i4.t> Il est vrai qu’il ajoute aussitôt: <t François 1er, en 1 5 3 6 , après la mort de ce chancelier, se saisi! de cent mille écus qui s’y trouvèrent dans des coffres bandés de féru®.
Était-ce le payement de vingt-deux ans de loyer, ou la compensation d’un don que rien ne justifiait, ou l’équivalent de la mesure qui atteignit plus tard le surintendant Fouquet?
La spécialité de cet ouvrage ne nous permet pas de répondre à ces questions; nous devons nous borner à recueillir sur ce point le témoignage des historiens de Paris et constater, en particulier, une divergence notable. Selon Jaillot, ce ne serait point Louis XII, mais François Ier qui, en 1 5 1 5 , aurait gratifié le chancelier Du Prat de Fliôtel d’Ilerculc et pour lui et pour ses descendants * M. Le mot descendants peut paraître singulier, appliqué à un cardinal archevêque; mais il est justifié par les faits : ce prélat avait été marié avant son ordination, et sa femme, Françoise Veny d'Arbouse, lui avait donné deux enfants, dont l’un occupa l’hôtel après la mort de son père, ainsi que nous le verrons plus loin.
Ce qui prouve toutefois que la donation avait été définitive et non viagère, c’est que François Ier, fort besoigneux d’argent pour ses plaisirs, ses guerres
ll) Théâtre des antiquité :■ de Paris , p. 36 7.
(î) Sauvai. , Il , p. 1 4 9.
Les termes de la donation sont formels : cr A icelui notre chancelier, pour ces causes, avons donne', cédé, quitté, transporté et délaissé, et par la teneur de ces présentes donnons, cédons, quittons, transportons et délaissons pour lui, ses hoirs, successeurs et ayons cause, noslredit hoslel
et maison nommée de Tiennes, assise en noslredite ville de Paris près les Augustins . . pour en jouir et user par noslredit chancelier, sesdils hoirs et ayons cause . . -
ce Donné à Paris, au mois d’apvril, l'an de grâce m. dxiv avant Pasque, et de noslre règne le premier.
«Ainsi signé . François. n
QUAI DES AUGUSTINS. 221
et ses constructions, n’ordonna point que l’hôtel lui ferait retour, fil fit, dit le Journal d’un bourgeois de Paris, saisir et sceller tous les biens du chancelier, et il fut trouvé en la maison d'Hereules, où il se tenoit en son vivant, la somme de trois cens mil livres, qui estaient en coffres hendez de fer, qui furent emportez par le Roy, pour et à son prouffit, dont le Roy s'en lit héritiers h). ]| est vrai que l’année suivante, au témoignage de Sauvai , 1 hôtel reçut un hôte royal, envoyé sans doute par François 1er, qui s’attribuait volontiers la jouissance d’un logis donné en pur présent par lui ou par son prédécesseur: et Jacques V, roi d’Ecosse, y demeura lorsqu’il vint à Paris, en î 5 3 6, pour épouser Madeleine de France, fille de François IHr -n ('J) .
Après le départ du monarque écossais, le fils ^ ou le neveu du cardinal Du Prat (on trouve cette double qualification chez les historiens) recouvra la jouissance de l’hôtel, tout en conservant la propriété de cet immeuble, et lui donna plus tard le nom de sa charge. 11 fut, en effet, nommé prévôt de Paris, en 16/17, c’est-àdire à la mort de François I", ainsi que le témoigne Jean Le Feron, eu son Histoire des connestables : tt Antoine Du Prat, dit-il, chevalier, baron de Tliiest ou Thiers et de Viteaux, seigneur de Nantouillet et de Preux, conseiller de Henri 11, gentilhomme ordinaire de sa chambre et garde de la Prévosté de Paris, fut établi en cette charge au mois de mars 16/17 ••A"). La confiscation financière opérée par François Ie1', à la mort du cardinal, 11e lui avait pas été autrement préjudiciable, malgré le fâcheux souvenir qui en était resté : c Nonobstant ledit chancelier défunt, dit Du Rreul, son neveu, son fils légitime au témoignage du Gallia chrisliana, Anthoinc Du Prat, seigneur de Nantouillet et prevost de Paris, en a joui depuisul5). Malingre, qui a réédité et amplifié Du Breul, en 1 G 3 g , ajoute: nEt icelui décédé, il appartient maintenant à ses héritiers « P). Voilà donc l’hôtel d’Hercule, pendant plus d’un siècle, dans la maison de Nantouillet, seigneurie qui avait appartenu au cardinal, et dont ses descendants prirent le nom. O11 l’appela en conséquence et concurremment, Vhâtel de ftantouillet, du fait de ce marquisat, et l’hôtel du Prévôt, à raison de la charge exercée successivement par Antoine, IVe du nom, et par son fils Antoine, VL' du nom (16/17-1689).
Pendant cette période, l’antique résidence des Sancerre, des dauphins d’Auvergne, des Montpensier, des Le Viste, des Hallewin, des La Driesche, des Poitiers et des Du Prat est toujours, dans une certaine mesure, la tt maison du Roy n;
(1) Journal d’un bourgeois de Paris sous François I'r (529 juillet 1 535).
l2) Sauval, Antiquités de Pans , II, p. iAq.
(3) Le Gallia christiana affirme que le cardinal avait été marié avant d’entrer dans les ordres, et
dit positivement : trEx connubio genuerat Anlonium , præfecturæ parisiensi præpositum. *
Histoire des connestables , article Du Prat, Théâtre des antiquités de Paris , p. 867.
<°> Ibid.
on en use pour les réceptions, les assemblées, les cérémonies, et cela, dit Sauvai, pai'ce que ce logis «estoit si commode et si spacieux, qu il y avoit des préaux, des jardins, des galeries, et les autres superfluités des maisons de ce temps-là* h).
Ces agréments cl la qualité d’ancienne «maison du Roy* valurent à 1 hôtel d’Hercule diverses fréquentations qui se rattachent à 1 histoire de cette résidence. Charles IX, notamment, y fut le héros d’une singulière équipée qui peint bien les mœurs du temps. Alors que la maison était possédée et habitée par Antoine Du Prat, Ve du nom, seigneur de Nantouillet, prévôt de Paris, en survivance de son père, et l’un des seigneurs les plus fats de son temps, Charles IX et les futurs « mignons" de sa suite eurent un jour, après boire, la singulière idée daller y faire une scène de désordre. Sauvai, dans ses Amours des rois de Franco, raconte ainsi cette aventure, que Saint-Foix amplifia après lui:
« Voici une chose qui arriva eu 1573, et bien étonnante: le prince Charles IX, incité à cela par le duc d’Anjou, son frère, roi de Pologne alors, et depuis son successeur, résolut un jour d’aller un soir lort tard piller 1 hôtel de Nantouillet, — c’était le nom que portait alors l’hôtel d’Hercule, — et en eflel y vint, accompagné du roi de Pologne, du roi de Navarre, du bâtard d’Angoulême, du duc de Guise, et de quelques autres jeunes gens des principaux de la cour. Le prétexte fut que Nantouillet, homme fort riche, qui n’étoil pas marié, n’avoit pas voulu épouser une damoiselle de grande maison, que le duc d’Anjou avoit débauchée. Ce coup de jeune homme cependant pensa coûter la vie à trois rois et à leur suite; car, comme alors liteaux PI, homme déterminé, s'éloit caché dans ce logis pour une querelle particulière, avec quatre autres assassins, non moins déterminés que lui, au bruit que lit le Roi, ils crurent qu’on venoil pour les prendre, et aussitôt coururent aux armes, en intention de sortir l’épée et le pistolet au poing et de faire main basse sur tout ce qui se présenteroit, au cas qu’on enfonçât la porte. Mais heureusement Charles IX ne tourna point ses pas de ce côté-là; dont bien lui prit, car enfin sans cela ces cinq hommes, à la laveur de la nuit, et n ayant en vue que leur désespoir, auraient peut-être fait tout ce qu’ils eussent voulu, principalement dans un lieu dont ils savoient tous les détours, et contre une troupe de gens qui n’étoit pas en état de se défendre* *3).
«Le lendemain de cette équipée, dit l’Estoille, le Premier Président fut trouver le Roi et lui dit que tout Paris estoit ému par le vol de la nuit passée, et que 1 on disoit que Sa Majesté estoit en personne et l’avoit fait pour rire; à quoi le Roy ayant répondu que ceux qui le disoient avoient menti, le Premier Président répondit: J’en ferai donc informer, sire. — Non, non, répondit le Roy, ne vous en mettez
i'i Sauvai, II, p. 187. troisième fils d'Antoine Du Prat, fils du chancelier.
(2) Ce rrVileaux», qu’on représente avec raison 11 fut tué en duel en 1 583. comme une sorte de spadassin, était Guillaume, le l3) Sauval, p. III, p. 17 et 18.
QUAI DES A U G U S T I N S. 223
on peine; dites seulement à Nantouillet qu il aura affaire à trop forte partie, s'il en veut demander raison W. s Le pauvre Nantouillet avait été cependant fort maltraité, tt car, dit Saint-Foix, malgré tons les prétextes qu’il put alléguer pour se dispenser de recevoir l’honneur de donner à souper à ses visiteurs, après le souper, leur suite pilla ou jeta par les fenêtres son argent, sa vaisselle et ses meubles ('-h. Sauvai, qui écrivait sous Louis XIV et n’était point un contempteur de la royauté, trouve néanmoins la chose et bien étonnante (3). v
Après la folle soirée des trois rois, il faut aller jusqu’à l’année 1 5 8 5 pour assister dans l’hôtel d’Hercule, désormais qualifié d’hôtel de Nantouillet, à un événement de quelque importance. La reine Elisabeth ayant exprimé le désir de conférer au roi Henri 111 l’ordre de la Jarretière, et Sa Majesté, dit Sauvai, commanda au sieur de Roddes, grand maître des cérémonies, de l’aller avertir qu’elle désiroit que ce fût le jeudi ensuivant, 28 du mois de febvrier, et quelle avoit, à cet effet, choisi l’église des Augustins. Ce que pour effectuer ledit jour, incontinent après le dîner, se trouva le comte de Derby à l’hôtel de Nantouillet, où il lui avoit été préparé et tapissé une salle et une chambre, avec tout ce q.ui appartenoit à la création d’un tel chevalier. Incontinent après, Sa Majesté arriva audit hôtel, accompagnée de toute sa cour, qui se retira aussi en la chambre et salle qui lui avoit été préparée à cet ellet. La où, après quelle eût été quelque temps, entra ledit comte de Derby et M. de Sfafort, ambassadeur ordinaire, accompagné d’un roi d armes, nommé Jarretière, et d’un héranlt de la reine d’Angleterre, avec cinq ou six des principaux milords et seigneurs qui avoient accompagné ledit comte de Derby. Et est à noter qu’en ladite chambre 11’entrèrent, de ceux de la cour, que les chevaliers du Saint-Esprit, lesquels eurent tous leurs grands colliez au col, mais non les manteaux. i>
Nous décrirons le reste de la cérémonie à 1 article de l’église des Augustins; qu il nous suffise de faire remarquer ici que l’hôtel d’Hercule se recommandait, pour ces sortes de cérémonies, non seulement par sa proximité de l’église des Augustins, mais encore et surtout par la beauté et l’ampleur de ses salles, par 1 étendue de ses galeries et de ses préaux, ainsi que par les fresques intérieures et extérieures auxquelles il devait son nom.
Nous n’avons plus à enregistrer, très sommairement et pour cause, qu’un seul incident dont l’hôtel de Nantouillet fut le théâtre, et qui eût certes mérité de trouver place dans l’opuscule que Sauvai a consacré aux Amours des rois. A défaut de cet historien, nous avons le Journal de l’Estoille, les Lettres de Malherbe, le
m Journal de l’Estoille, cilé par Sainl-Foix. — ls> Essais historiques sur Paris, I, et suiv. |3) Saij-
VAL, III, J). 17 et 18.
Dictionnaire historique de l’abbé Ladvocal, l’ Histoire généalogique du P. Anselme, le Grand dictionnaire de Moréri , les Historiettes de Tallemant des Beaux, et ï’Eupliormion de Barclay W. Tous ces ouvrages mentionnent le simulacre de mariage' contracté entre Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, delà maison de Sancerre,
et Philippe de Harlay, comte de Gésy, mariage «pour rire», qui devait servir de couverture aux amours de Henri IV. te La cérémonie, disent Monmerque et Paulin
Paris, éditeurs de Tallemant des Réaux, se fit dans I’Hôtel d’Hercules, maison Fameuse, à l’angle de la rue des Grands-Augustins , vers le quai v i^.
Le possesseur du logis était alors Michel-Antoine du Prat, seigneur de Nantouillet et de Précy, baron de Thoury, qui fut tué en duel, deux ans plus tard, par le comte du Sault; il le prêta aux pseudo-conjoints, ignorant sans doute que la fausse épouse venait consommer sa honte dans 1 hôtel qui avait appartenu à
ses ancêtres. ((Jacqueline du Bueil descendait, en elfet, de Marguerite, fille de
Jean 111, comte de Sancerre, laquelle, dil le P. Anselme, eut du dauphin Béraud II, une fille nommée Marguerite, aussi femme de Jean, II du nom, sire de Bueil, maître des arbalétriers de France, d’où vint Jean, 111 du nom, sire de Bueil et comte de Sancerre, amiral de France, duquel descendent les autres comtes de Sancerre n (3).
Plus loin, le savant généalogiste précise la descendance de la comtesse de Moret : «Claude de Bueil, dit-il, seigneur de Courcillon et de la Marchère, (ils puîné de Louis de Bueil, comte de Sancerre, et de Jacqueline de la Trémoille, rendit de signalés services au roi Henri IV, pendant les guerres de la Ligue et les trou¬
bles du royaume. Il liut fort dans son château de Courcillon, au passage du duc de Mayenne, fut pris et blessé au combat de Craon, et paya dix mille écus de
rançon. Il fut ensuite envoyé en Bretagne et mourut en 1696. . . Il eut pour femme Catherine de Montceler, et pour cillants... 3° Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, qui fut la maîtresse du roi Henri IV, dont elle eut Antoine, bâtard de Bourbon, comte do Moret
A partir de cette royale aventure, la vieille maison de Sancerre et d’Hercule ne fait plus parler d’elle; mais il était écrit quelle viendrait à mal par le fait de l’un de ces hauts et puissants seigneurs auxquels elle était vouée depuis son origine. Elle appartenait encore aux Nantoudlet, en i63g. selon le témoignage de Malingre;
ai Nous publions, aux appendices, le texte latin Historiettes, I, p. i55 et suiv. Nous repro-
Le latin dans les mots brave l’honnêteté,
puis parce qu’on y trouve une description sommaire de l’hdlel d’Hercule.
duisons, aux appendices, le récit de Tallemant des Réaux, avec quelques extraits de L’Estoille, de Peiresc, de Moréri et de Ladvocat.
(3) Hist. gcnéal, article Du Prat-Nantocjillet.
Ibid.
QUAI DES AÜGUSTINS.
mais elle avait un puissant voisin, l’ancien Iiôlel de Laon, devenu, par acquisition, hôtel de Savoie et de Nemours, qui se l’annexa sans autre façon. Du Breul, Malingre, Sauvai ne disent rien de cette nouvelle transformation. Seul. Jaillot l’indique sommairement en ces termes : « L’hôtel d'Hercule s’étendoit depuis la rue des A ugustins jusqu’à la seconde maison en deçà de la rue Pavée, et en profondeur, jusqu’aux jardins de l'abbé de Saint-Denis. Depuis, on y a construit l’hôtel de Nemours, détruit en 1671, et sur l’emplacement duquel on a ouvert la rue de Savoie. On y avoit aussi conservé une ruelle qui conduit aux jardins de Saint- Denis; il en subsiste encore des traces dans un passage de la Maison de la Tortue, qui communiquait du quai à la rue de Savoie; il est aujourd’hui fermé n 10. Jaillot écrivait il y a plus d’un siècle; le passage dont il parle est encore fermé, mais il 11 en subsiste pas moins, et permettrait à 1 heure présente d’établir une communication entre la rue de Savoie et le quai des Augustins.
Nous 11e savons si l’acquéreur du vieil hôtel de Laon annexa purement et simplement la «maison d’Herculesn à celle qu’il se fit construire ou approprier; nous ignorons même la date précise du contrat qui intervint entre lui et le marquis de Nantouillet; mais les agréments et les commodités de cette résidence ainsi que les fresques intérieures et extérieures dont elle était décorée à la mode italienne, durent être appréciés par un prince de Savoie quelque peu italien parle goût et les habitudes.
Reconstruite depuis un siècle seulement et dans un style moins «gothique * que 1 hôtel de Laon, la «maison d’Hercules» dut être la partie la plus élégante de la nouvelle résidence princière, et nous la posséderions probablement encore, si les spéculateurs qui achetèrent le tout n’avaient eu intérêt à lotir les vastes terrains qui eu composaient le pourpris, pour les vendre à des conditions avantageuses !2b
La fin de 1 hôtel de Laon-Nemours fut donc, en même temps, celle de la maison d’Hercule. Malheureusement, il n’en fut pas dressé un inventaire analogue à ceux de 1 hôtel de Nesle et du palais de la reine Marguerite, et, pour nous en laire une idée assez vague, nous sommes obligé de réunir les indications éparses chez les historiens. Du vieil hôtel de Sancerre, antérieur à la reconstruction du président de la Driesche, nous 11e savons absolument rien ; quant à la maison rebâtie par lui. Du Breul nous apprend que «par les salles et chambres et aussi extérieurement, le long des murailles d’icelle, les prouesses d’Hercules avoient esté dépeintes d. Selon le même historien, elle était garnie de meubles «de fer et de bois 11, quand Louis de Hallewin la vendit à Charles VIII. Sauvai y compte des
(1) Recherches historiques, etc. Quartier Saint- André- des- A rts. — {2> Voir, aux articles des rues Pavée et de Savoie, les détails de cette opération.
îurnniLnii ma
préaux, des jardins, des galeries et «autres superfluités des grandes maisons de
ce temps-là r.
Dans le courant du xvi" siècle, l’hôtel était jugé assez spacieux pour qu’on pût y loger un roi d’Ecosse avec sa suite, y donner à dîner à trois rois accompagnés de leurs gens, y procéder à tous les préparatifs de la réception d’un chevalier de la Jarretière et à toutes les magnificences d’un mariage entre grands seigneurs. La description latine de Barclay, comme toutes celles de Jean de Jandun, d’Astesan, de Knobelsdorf et de Boutrays est malheureusement trop vague et trop poétique pour nous renseigner exactement. Le narrateur de la cérémonie matrimoniale dont nous avons parlé voit, dans les salles de l’hôtel d’Hercule, tant de peintures, tant de sculptures, tant de lustres suspendus à des lambris dorés, tant de fleurs et d’objets divers, qu’il en est ébloui et qu'il compare ce splendide logis au ciel O.
Toutes ces merveilles tombèrent, en 1 Ü72 , sous le marteau des démolisseurs . on construisit, sur l’emplacement des hôtels d’Hercule et de Nemours, des maisons d’habitation commune qui subsistent encore aujourd’hui, et dont les dispositions intérieures et extérieures accusent le style des architectes de la seconde moitié du xvii0 siècle.
Couvent des Sachets, puis des Gbahds-Augustins, formant l’angle occidental du quai et de la rue de ce nom. L’importance historique et topographique de ce monastère méritait une notice à part : on la trouvera à la suite de la description du quai et de la rue des Augustins.
Les Louages des Augustins, à l’occident du monastère des Augustins et dans la « ceinture n même du couvent, s’élevaient, dit Du Breul, au moment de l’ouverture de la rue Dauphine (1 607).
«Cinq ou six cours d’hôtel servant auxdits religieux Augustins; lesquels estaient à l’avenue du Pont-Neuf, au travers desquels passe maintenant la rue Dauphine, avec de nouveaux bastiments faits de part et d autre, au lieu des vieux, r
Parmi ces Nouveaux bâtiments, il y en avait qui s’élevaient à l’angle du quai et de la rue Dauphine, et en bordure sur cette dernière voie. On distinguait particulièrement un Grand corps de logis exhaussé d’un étage, en 1 685 , et loue ensuite à des particuliers, selon le témoignage de Le Maire, qui lait autorité parce qu’il était contemporain de cet état de choses.
0) Voir, aux appendices, le texte latin de cette description.
QUAI DES AUGUSTINS
Les nouveaux bâtiments dont il s’agit ayant été ((faits de part et d’autre i>, sur l’emplacement de ceux ((au travers desquels passe maintenant la rue Dauphine t., il s’en trouvait à l’angle occidental de cette voie et en bordure sur le quai, jusqu’à la rue de Nevers. Nous décrivons plus loin ('2) et nous rappelons ici pour mémoire trois maisons qui appartiennent en même temps aux rues de Nevers et Guénégaud, parleur situation d’angle, ainsi qu’aux quais des Augustins et Conl i ; ce sont :
Une Maison sans désignation, faisant l’angle occidental de la rue de Nevers et du quai, et existant, dès i33î. Elle appartenait à Raoul le Romain, dit le Queux <3).
Maison sans désignation (i33a) appartenant également à Raoul le Romain, dil le Queux. Elle était située entre les deux maisons d’angle des rues de Nevers et Guénégaud.
Maison sans désignation (1 33a) , ayant formé plus tard le coin oriental du quai et de la rue Guénégaud. L’acte de fondation du collège des Lombards nous apprend qu’elle fut hypothéquée pour subvenir aux dépenses de cet établissement. Elle appartenait alors à Jean Renier, bourgeois de Pistoie, et tenait, d’une part, à la maison de Raoul le Romain, dit le Queux, d’autre part, au jardin de Nesle, par derrière au verger de ce manoir et par devant au quai ou « chemin sur SainnenW.
Ces trois maisons étaient dites « entretenantes n. Nous y reviendrons aux articles du quai Conti et de la rue Guénégaud. La construction du Pont-Neuf leur donna de l’importance. Celle de Jean Renier, en particulier, qui avait du être reconstruite entre 1 332 el 1670, abritait à celLe dernière date le Théâtre des Marionnettes du fameux Wattelin, ou Datelin, dit Brioché. Elle faisait face au Château Gaillard, point extrême du quai des Augustins ou des «quais du Pont-Neufn, comme on disait au xvue siècle (5).
La ligne du quai des Augustins a donc pour complément : à l’est , la rue de Hurepoix, formant la «descente» ou «tournées du pont Saint-Michel; à l’ouest, la «descentes du Pont-Neuf et l’ancien chemin conduisant à la porte de Nesle. Nous consacrons un article spécial à chacune de ces deux voies.
(1) Voir l’article relatif à la rue Dauphine.
(S) Voir les articles relatifs aux rues de Nevers el Guénégaud.
t3) C’est la maison où Napoléon Bonaparte a , dit-on, occupé une mansarde avant 1789. Mais il résulte de nouvelles recherches que c’est au quai Conti que résida ce personnage. Voir l’article relatif à ce quai.
(fl) ff . . . Predictus Renerus obligavit expresse
domum suam quam habet Parisiis super ripa in Secane, prope Nigellam, cura juribus el pertinentiis ipsiusdomus cui adhèrent domusRodolphi Romani, dicli Coquus, sive Le Queux, ab una parte, hortus Nigelli, ab alia, viridarium Nigelle a parte rétro et via publica a parte ante. » ( Acte de fondation du collège des Lombards, imprimé dans les Preuves de Félibien. )
Voir la monographie du quai Conti,