CHAPITRE XII
SUITE DE LA DESCRIPTION DES VOIES PUBLIQUES COMPRISES DANS IA RÉGION OCCIDENTALE DE L’UNIVERSITÉ.
RUE DU BATTOIR
Comme les rues Pierre- Sarrazin, Serpente, des Deux-Portes, Poupée, des Poitevins, du Jardinet, de l’Eperon, etc., celle du Battoir n’était originairement qu’un sentier de desserte tracé au milieu des terres de Laas et de Gibard, et servant à les lotir. Elle ne se transforma en rue et ne se borda de constructions qu’après le peuplement des voies principales, représentées par les rues SainL- André-des-Ars , Hautefeuille et des Cordeliers. 11 y a iout lieu de croire que la rue Serpente, dont elle forme la continuation à l’occident, se peupla la première, parce qu’elle débouchait dans la rue "de la Harpe, à l'extrémité de laquelle se trouvait la porte Gibard, l’une des entrées de Paris. Mais le chemin, ou rue du Battoir, aboutissait aux deux rues de la Vieille-Plàtrière et du Chevet-Saint- André, qui ont formé la rue Hautefeuille, ce qui lui donnait un débouché sur une voie de quelque importance. Elle ne tarda donc point à se border de constructions, les terrains qu’elle desservait ayant été, selon toute apparence, compris dans l’accensement ordonné en i 179 par Hugues V, abbé de Saint-Germain.
11 ne faut point s’étonner quelle ait été confondue avec celle et de la Serpent», puisqu’elle en était le prolongement vers l’ouest. Ce qui semble plus étrange, c est que la confusion se soit étendue aux rues Mignon , du Jardinet et de la Vieille- Plàtrière, qui en étaient pourtant fort distinctes. Les et Petits Champs», dont cette région était composée, et qui résultaient sans doute du lotissement déterminé par l’accensement de 1179, sont la cause de cette appellation commune aux trois voies que nous venons de citer. L’extrême division du sol sur ce point s’explique par les nombreux sentiers qui le desservaient, et qui ont formé le réseau de petites rues, au nombre desquelles figure celle du Battoir.
Le a battoir, bastouer ou baptquer» étant très probablement une enseigne, ce
n’est pas aux xnG et xmc siècles qu’on rencontre celte dénomination dans les titres. Tantôt la voie dont nous nous occupons est considérée comme la continuation de la rue Serpente, et alors elle en porte le nom; tantôt on la regarde comme une dépendance de la rue Hautefeuille, et alors on l’appelle nia viel Plastrière n. La rubrique du Livre de la Taille de 1292 la désigne par la périphrase suivante : c: K ri la rue de la Serpent, du coing de la meson à l’arcevesque de Rouen, jusques au coing de la rue qui va droict à Sainct-Andry et jusques au coing de la meson à labbéde Fesquantn. Les deux aboutissants démontrent qu’il s’agit bien de la rue du Battoir. Dans d’autres documents, cette voie, qui était, en réalité, la continuation de la rue Serpente, est indiquée comme ayant pour prolongement les rues Mignon et du Jardinet. Cette confusion a été faite même par des historiens et des topographes relativement modernes, tels que Du Breul et l’auteur du plan de Saint-Victor.
Un savant contemporain, IL Géraud, dans sou commentaire sur le Livre de la Taille de 1292, a identifié l’impasse du Paon — ou Larrey ■ — avec une certaine voie mentionnée dans ce document et portant le nom de Jehan de Fontenoy. Adolphe Bcrly estime qu’il faut y voir la rue du Battoir, et voici les raisons qu'il en donne :
r Dans le rôle de 1297, la rue Jehan de Fontenoy est énoncée sous la rubrique de la paroisse de Saint-André, à la suite de la rue Gaugain ou de l’Eperon, et avant celle de la Barre, formant la partie septentrionale de la rue Hautefeuille. Le rôle de l’année suivante la mentionne sous la même rubrique, après la rue de la Barre et avant la rue Gaugain. Dans le premier cas, le collecteur part du coin de la rue Saint-André-des-Ars, parcourt la rue de l’Éperon, passe par la voie transversale portant le nom de Jehan de Fontenoy, débouche dans la rue Hautefeuille et se dirige vers l’église Saint-André. Dans le second, il fait identiquement le même trajet, mais en sens inverse, partant du côté gauche, ou méridional de l’église, tandis que, l’année précédente, il était parti du côté droit, ou septentrional. Le premier parcours est mentionné sous la rubrique de la paroisse Saint-André, et le second sous celle de la paroisse Saint-Côme et Saint-Damien, ce qui est parfaitement conforme à la vérité, n
Ce seul rapprochement constitue déjà une forte présomption en faveur de l’identité des rues du Battoir et Jehan de Fontenoy; les deux rôles de 1297 et 1 298 nous fournissent un autre argument. La rue Jehan de Fontenoy y est énoncée avant celle des trVielz Plastrières n ■ — • extrémité méridionale de la rue Hautcfeuille; — mais le rôle de 1 297 la mentionne après la rue du Paon seulement, tandis que celui de 1298 la cite à la suite de cette même rue et de celle du Prince — impasse du lJaon — «derrière la meson Iarcevesque de Reims 11. Le
RUE DU BATTOIR. 265
collecteur part donc de la rue des Cordeliers, passe par celle du Paon, suit celle de Jehan de Fontenoy pour déboucher dans la rue Hautefeuille, et remonte cette dernière dans la direction de Saint-Côme. Il résulte de cette marche que la rue Jehan de Fontenoy était une voie reliant le point où se réunissaient les rues du Paon et de l’Eperon à celui où se rejoignaient les deux tronçons de la rue Hautel'euille portant les noms de la Barre et cc Vielz Plastrièresn. Or, ce dernier point était le débouché de la rue Serpente. Donc la rue du Battoir s’identifie avec celle de Jehan de Fontenoy.
On pourrait, il est vrai, mettre en avant ou la rue des Poitevins, ou celle du Jardinet; mais la première est mentionnée dans le rôle de 1298 distinctement et séparément de celle de Jehan de Fontenoy; quant à la seconde, elle ne dépendait pas, à la lois, des paroisses Saint-André et Saint-Côme, condition à laquelle répond parfaitement la rue du Battoir.
Cette dernière appellation ne devient exclusive qu’à partir du xvnc siècle, et on ne la trouve point avant i43o. Un document portant cette date la désigne ainsi : tt rue de Haulte rue, dicte du Bastouers. On ne s’explique guère la première qualification — viens altus, la haute rue — qui se rencontre dès 1867; le terrain, en effet, ne présente, dans cette région, aucun mouvement bien sensible, et si la rue du Battoir peut être dite et haute r, par rapport à celles des Poitevins, des Deux-Portes, Percée, Poupée, de Saint-André, du Cimetière, des Bouderies, etc., elle est basse relativement à celles des Cordeliers, Pierre-Sarrazin , de Saint-Côme et autres voies montant vers l’enceinte.
C’est surtout aux xvc et xvie siècles que fleurissent les synonymies servant à désigner la rue du Battoir. Dans les archives de l’Abbave, on trouve de nombreuses pièces où sont employées simultanément trois ou quatre appellations : le nom de Serpent ou Serpente, qu’on n’appliquait, d’ailleurs, qu’à la partie orientale de la rue, tend à disparaître; mais les autres persistent, et un cerisier, celui de 1020, mentionne la ttrue de Haulte rue, dicte du Bastouer, autrement la Vieille Plastrièren. Cette dernière dénomination, qu’on trouve dans le Dit de Guillot (i3oo) et dans plusieurs titres postérieurs, était due, selon toute probabilité, à l’existence d un ancien four à plâtre situé à 1 extrémité méridionale des rues Hautefeuille et du Battoir, dans la direction des Cordeliers W.
Aucune opération de voirie n’a encore entamé la rue du Battoir; elle n’a fait que perdre son nom, lorsque l’ouverture du boulevard Saint-Michel a réduit de moitié la longueur de la rue Serpente. C’est alors que cette dernière s’est annexé celle du Battoir et lui a imposé son vocable.
ll> Voip l'article relatif à la rue Hautefeuille.
CÔTÉ MÉRIDIONAL
(d’Oricnt eu Occident).
CENSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS
JUSTICE DE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS
PAROISSE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS
Partie latérale de la maison de la Corne de Cerf, laquelle avait son entrée sur la rue Hautefeuille;
Maison sans désignation sur le plan, mais à laquelle une note. d’Adolphe Berty donne le nom de Maison de la Souche;
Maison sans désignation, faisant le coin oriental de la rue Mignon, sur laquelle elle avait peut-être son entrée.
Au delà du débouché de la rue Mignon :
Pautie latérale du Collège Mignon, lequel formait un grand rectangle circonscrit, de trois côtés, par les rues du Jardinet ou de l’Écureuil, des Petits-Champs ou Mignon, du Battoir ou nHaulle ruer.
Maison de l’Ymage saint Martin, que le plan nous montre divisée en trois parties distinctes, mais qui, originairement, occupait lout l’espace compris entre les collèges Mignon et de Vendôme. Elle était, disent les titres, it taillée en pierres contre le mur et à deux pignons r. On lui donne pour aboutissants, tantôt la rue du Jardinet, tantôt le jardin de la maison suivante.
Maison sans désignation, provenant d'un démembrement de l’immeuble précédent, et ayant un jardin qui s’étendait sur la rue du Jardinet. 11 faut probablement l’identifier avec I’Hôtel d’Enneval, sur lequel le docteur Chéreau possédait des documents originaux pour une période d’un siècle et demi (lôôG-iyoa). Il résulte de ces pièces que l’hôtel d’Enneval appartint successivement à :
Guillaume Besançon et Jeanne Bourgoing, sa femme;
Barthélemy Faye et Marie Violle, sa femme;
Jeanne Le Roy, veuve de Jean Grondeau;
Jean de Sanastre, contrôleur général de l’argenterie du roi;
Charles de Prunelay, baron d’Enneval, qui donna son nom à l’hôtel;
Madeleine Pinart, baronne d’Enneval;
Anne de Tornebu, président au Parlement de Rouen;
Françoise de Prunelay, veuve de ce dernier;
Robert Tignaud, marquis de Lussac;
Claude Le Roux, prêtre, seigneur de Bougé.
RUE DU BATTOIR
Collège de Vendôme, formant angle sur les rues du Battoir, de l’Éperon et du Jardinet, et ayant, selon toute apparence, son entrée sur cette dernière voie. Nous lui consacrons plus loin un article spécial. (Voir rue du Jardinet.)
Il est question, dans les notes laissées par Adolphe Berty et non incorporées à son texte, d’une maison sans désignation formant le coin de la rue de l’Eperon (iô3o) et appartenant, en 1899, à l’abbaye de Vendôme; il faut sans doute l’identifier avec le collège auquel elle a dû être annexée.
CÔTÉ SEPTENTRIONAL
(d’Occident en Orient).
JUSTICE DE SAINT-GERM AIN-DES-PRES
CENSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS