FAÇADE DE L'EGLISE DU COTE OU QUAI
E Hochereau del
J Sulpis sc
COVVENT DES GRANDS AVGVSTINS
d'après un plan manuscrit déposé à la Bibliothèque Nationale
Inifj C/i Chardon et. Sorr,
COUVENT DES SACHETS ET DES GRANDS- AUGUSTIN S
de Rome, leur continuât les mêmes faveurs. Il leur préféra les ermites de Saint- Augustin. Voici comment Du Breul raconte cette transformation:
cr Les frères Sacliets ne demeurèrent là que trente-deux ans; car, y estant entrez au mois de novembre 1261, en l’an I2g3, le quatorziesme jour d'octobre, ils ceddèrent et quittèrent, par contract, es mains de révérend père et très docte personnage frère Gilles de Rome, procureur général de tout l’ordre des hermites de Saint-Augustin, allégans que, sans scrupule de conscience, ils 11e pouvoient plus tenir ledict lieu à cause de leur pauvreté, et que ledict ordre diminuoit de joui' en autre (‘b n
Sachets et Saclieltes avaient, en effet, perdu leur protecteur en la personne de saint Louis, et bien que les libéralités du pieux monarque pussent être considérées comme une autorisation implicite de résider en France à côté des autres ordres mendiants, les Pénitents et les Pénitentes de Jésus-Christ 11e tardèrent point à comprendre qu’il n’y avait pas place pour eux à Paris: la protection royale et les aumônes du public leur faisaient également défaut. Illettrés pour la plupart, ils ne pouvaient d’ailleurs vaquer à la prédication comme les Dominicains, ni se faire admettre dans 1 Université, comme les Cordeliers, les Carmes et les Bernardins.
Leurs successeurs, mendiants eux-mêmes, les avaient précédés à Paris de dix ans environ. Du Breul, Dubois et Félibien s’accordent à les y faire arriver vers i2oo. w Cet ordre, dit ce dernier historien, si connu depuis le xm” siècle, sous le nom de frères ermites de Saint- Augustin, 11e l'est pas de même dans son origine; ou convient, au contraire, que ses commencemens sont fort obscurs et fort incertains. On voit seulement, vers l’an 1200, se former, particulièrement en Italie, diverses congrégations d’ermites habillez de noir ou de blanc, dont les uns se disoient de l’ordre de Saint-Benoist, et les autres de celui de Saint-Augustin. 11
Félibien qui expose ainsi les débuts du nouvel ordre, ajoute que, fondus en un seul corps par le pape Alexandre IV, les Augustins eurent, à partir de 1256, une existence régulière, et qu’ils purent dès lors participer aux libéralités royales, tt On tient, ajoute-t-il , que leur première église estoit la chapelle de Sainte-Maried’Egypte (2), au delà de la porte qu’on appelait de Saint-Eustache P', sur le domaine de Paris ; que leur demeure s’estendoit jusques dans la rue qui a retenu le nom des Vieux-Augustins, et que ce quartier, pour lors encore hors de la ville, estoit tout planté de bois. Ils estoient encore en ce lieu en 1 25g, comme on le voitpar des lettres du mois de décembre de la mesme année P*, où il est parlé de quatre
(l! Antiquitez de Paris, éd. (Je i63ç),p. 4 1 6.
(s) O11 disait Sainte-MarieTÉgyplienne et, par corruption , la Jussienne : d'où le nom de la rue à l'angle de laquelle la chapelle était située.
Cetteporle appartenait à l'enceinte de Philippe- Auguste.
0' Ces lettres ont été publiées par Dubois ( Historié cccl. Parisiensis, II, p. ht i3).
livres parisis, que dévoient chaque année à l’évesque de Paris les frères ermites de Saint-Augustin, pour une maison qu’ils avoient achetée, sise hors les murs, par delà la porte Saint-Eustache, en la rue de Montmartre et dans le fief de l’évesque. Un décret de l’Université (P, de la mesme année , fait voir que les Augustins estaient déjà admis dans l’Université avec les Jacobins, frères Mineurs, Carmes, Cisterciens et autres PL s
Nous ne savons au juste pour quel motif les ermites de Saint-Augustin abandonnèrent leur première demeure; mais nous les voyons, quelques années plus tard, s’établir près de la porte Saint-Victor, en dedans de l’enceinte. Etait-ce pour vivre plus sûrement derrière une muraille fortifiée? Etait-ce pour être plus à portée des écoles? L’un et l’autre probablement.
Ils s’installèrent dans l’un des clos les moins peuplés de cette région, tten un lieu vague, inculte, remply de chardons, dit Du Breul, et qui pour cela s’appeloit cardinelum, a carduisn ; c’est le clos du Chardonnet. L’emplacement do leur maison est représenté aujourd’hui par ce qui reste des bâtiments de l’ancien collège du cardinal Lemoine. Ils firent en ce lieu diverses acquisitions, et, comme leur nouveau pourpris était encore insuffisant, Philippe le Bel voulul leur faire des avantages analogues à ceux dont jouissaient les Cordeliers et les Jacobins, en leur concédant certaines parties de l’enceinte contiguës à leur couvent: b D’abondant, dit Du Breul, le Roy de France, Philippe quatrième, en l’année ensuivante ( 1 a 8 8 ) , concéda aux Augustins l’usage des murs et tournelles de la ville (3,.r
Mais cette concession ne les retint pas en cet endroit, et la même nécessité, qui chassait les frères Sachets du territoire de Laas, fit fuir aux Augustins le clos du Chardonnet, où ils n’avaient pour voisins que de pauvres vignerons et des écoliers besogneux. «Voyants, dit encore Du Breul, qu’en tel lieu ils ne pouvoient commodément vivre, pour le peu d’aumosnes qu’on leur faisoit, du conseil dudict Roy (Philippe le Bel) et de Lévesque de Paris, Simon Matil'as de Bucy, ils vendirent ce qu’ils avoient acquiz au Chardonnet et s’en vindrent tenir au lieu où ils sont de présent, que leur cédèrent les frères de la Pénitence de Jésus-Christ (4). n
Quelques pièces, conservées aux Archives nationales et signalées par H. Cocheris, nous renseignent sur les circonstances dans lesquelles s’accomplirent le départ des Sachets et la prise de possession de leur maison par les Augustins. Les frères de la Pénitence de Jésus-Christ avaient laissé le lieu vide et vacant: locum quem nlimf mires saccorum de Penitentia Jhesu Chrisli h libellant, el quem dicti f mires ilimiserunt vacuum et vacantem, est-il dit dans les lettres données le mardi après la
1 Cilé par Du Boulay (Histoire (le ilJniv. de Paris, III, p. 356). — ~ Histoire de la ville de Paris . 1 . p. 33 1 . — (,l) 1 nliquitez de Paris, èd. de i63p, p. 4i6. — ['i Ibid,
COUVENT DES SACHETS ET DES GRANDS-AUGUSTINS
Noël de l’année 1 2 g 3 , par l’évêque Simon Malifas de Buci. Ils en avaient confié les clefs à deux clercs qui les remirent à Gilles de Rome, général des Augustins, lorsque celui-ci se fut entendu avec le Trésorier do Beauvais et le Prévôt de Paris, députés à cet effet par le roi Philippe le Bel. Il s’écoula donc un certain temps entre le départ des Sachets et l’entrée des Augustins; ceux-ci, qui avaient leur domicile au clos du Chardonnet et qui en tirèrent tout ce qu’ils purent pour compléter leur installation au clos de Laas, ne se pressèrent point de se transporter en ce dernier endroit.
Ils y trouvèrent sans doute une chapelle et des bâtiments conventuels, puisque les Sachets avaient été autorisés à y construire une église et à y enclore un cimetière ; trente-deux ans de séjour avaient dû leur permettre de réaliser ce double établissement, indispensable à toute communauté religieuse. Mais rien 11e nous renseigne sur ces premiers bâtiments, qui devaient être peu de chose, à en juger par les travaux que les Augustins y exécutèrent, quelques années après leur prise de possession. De 1299 à i3oo et probablement dans les années suivantes, ils s’occupèrent non seulement à réparer les constructions élevées par les Sachets, mais encore à- en faire de nouvelles.
Nous avons lu, aux Archives nationales, trois bandes de parchemin formant cirographe et contenant plusieurs mémoires de fournitures et charrois de matériaux, ainsi que des comptes de journées. Des apports de matériaux sont considérables ; il y est constamment question de très grosses pierres permag nos lapides, tirées des carrières du Chardonnet et de Notre-Dame-des-Champs, pour servir aux fondations, ad facienda fundamenta. Il y est dit, en outre, que la Seine apportait, à pied d’œuvre, la chaux, le sable et les moellons ; ce qui indique un chantier important. Quant aux comptes de journées, ils mentionnent des travaux de fouilles trpour vuider les fondemens»; ce qui exclut l’idée de simples réparations. Plus nombreux sans doute que les Sachets, les Augustins eurent besoin de construire de nouveaux bâtiments conventuels, et d’agrandir ceux que leur avaient légués leurs prédécesseurs. Ainsi s’explique le mot de tt réparations-», qu’on lit au revers des trois bandes de parchemin, et qui est d’une écriture bien postérieure aux pièces elles-mêmes.
Il y est fait mention de quelques pierres tombales. Les Sachets inhumés en ce lieu étaient d’origine italienne, à en juger par la désinence de leurs noms.
Quant ci l’église, il n’en est pas question: peut-être les Sachets 11e possédaient-ils que la chapelle de Notre-Dame-de-la-Rive, dont nous parlons plus loin, et à laquelle on a plus tard accolé le chœur de l’église bâtie par Charles V. Ces sortes de chapelles absidales ont souvent précédé la construction de l’édifice définitif, et il se pourrait fort bien, avons-nous dit à l’article de l’église Saint-André-
des-Ars, que la fameuse chapelle de Saint-Audéol ait été située au bord de la voie qui s’est appelée plus tard rue du Chevet-Saint-Andry. L’oratoire de Notrel)ame-de-la-Rive aurait été bâti dans les mêmes conditions, à l’angle du rtChcminsur-Sainnen et de la rue a Aux escholiers de Sainct-Denysi).
Jaillot confirme l’existence el la situation de cette chapelle primitive; mais il conjecture, d’après ctquelques tilresn qu'il ne cite point et dont il 11 indique pas le lieu de dépôt, qu’elle ne servit pas longtemps aux Augustins, peut-être parce qu’elle était trop exiguë. Avant la construction de la grande église, dit-il, de lieu appelé chez eux le Chapitre, servit à cet usage jW,
Le départ des Sachets, qui durent emporter leurs archives, nous a privé des documents de nature à nous renseigner sur ces points obscurs. Quant aux constructions faites par les Augustins, à la fin du xiu° siècle et dans le cours du xivc, nous les connaissons par le récit de Du Breul et des antres historiens de Paris.
C’est par eux également que nous connaissons le fait, dont un bas-relief, placé à l’angle de la rue et du quai des Augustins, était destiné à perpétuer le souvenir: il s’agit de l’amende honorable faite par trois huissiers pour meurtre commis sur la personne d’un religieux. Voici le texte de l’inscription placée autour et audessous de ce bas-relief :
Cesl la represcntacion de lamede honorable faite a luniusité de . eux et
oouent de céans pour loccision de feu fr . is . e et Religieux profes de .
Iris Vcj deuat piteusement . nee mil cccc xl. Dieu ait lame de lui. Ame.
Conditur hic Pctrus Go u gis cognomie dictus Huius professor ordinis assiduus.
Proth dolur occubuit preuenlus morte nephanda Tranffoss? latere sacrilego gladio.
. ste sui pfus9 saguine leti.
Inlicitur gradi crimine mortifero.
Hoc tamen ulla dies memori ne substrahat euo Indicio lirmo figitur iste Ia[pw]
. fa qua protulit buis.
L rbis prefects Jndicis arce sedens Exegit fieri nnmdj Jubar atque sopliie
Doc rie aima parens .
. Iris auxil iis pétri que cernitis omnes.
Signum iungatur cetibus angelicis.
cr 11 arriva en 1 hho , disent Du Breul et Félibien, que des huissiers eslant entrez dans le couvent des Augustins, sous prétexte de quelque exploit, tirèrent du cloistre
Recherches historiques, etc.. Quartier Saint-André-des-Arts , p. 3 li.
.■ -us. que la fameuse clin) voie qui s'est appelée plus î.i i Dame-dc-la-Kive nuruil r' sm-Saiime-r et de la »•»
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li ilieis. pu iiii- ut leurs archives, nous a privé des
■>; ure ii ii< >n ' ••ensei|;iier sur ee« points obscurs. Quant aux con- ■ •>.•> par les Au pistil s. à ;.i lin du vui' siècle et dans le cours du xivc. - unnaissoiis par le récit de Du Breul el des autres historiens de Paris, par eux également que nous i lontun bas-relief, placé
de la rue et du quai des Au'pist. us . fin u duce je souvenir :
- ,' ptde l'amende honorable faite par trois liui-e • commis sur
ifi-sniiiii' d'un religieux Voici le texte rt • *ri >■> > ■ > ,.i> et au-
ie sons de ee bas-rcliel :
+ ( est ta i epreseqUiion du kiucde honorable I. i. ■ l iiuiisUii i. ■ ■
roiiem de céans pour lorcision de feu l'r . . ...is . el ltet‘j;i*’« > p
iri.- t 'j deuat piteusement . nee mil ccc.c ,\l. Dieu ail lame de lui. Ame.
(londüiir hic Petrus Hnngis cogmmue dictus Ituiiis professor ordinis assidiiua.
l’rotli dolor oecubiiit prcuculus morte nephanda Tianllbssa liitere sacrilego gladio.
. le sui pTus? saguine loti.
iii'iciu.. , eli -ri mille morlifi’u.
liu .lira . 1 1 i es ui nii'iri ne substrahat eno t Ërtno fiçit'u > ’
... . . i fp pmlb'.U hoir.
f : ■ s ('•> fudicis arce svdeiis lixegii ti> . i ’ e uli juin- .Itjiie sopiue
Doc rie atmii [miens .
. . . .Ire amiliis pétri que cernitis omnes..
Signuin iuogatur cétikns angelieis.
■ I! arriva en : e . d.-enl Du Breul et l’élibieii. qm - )imvier> estant ■ ntr<w ■euvent des illgiel’i - • us p ••• v!" d me • vplotU tiréf : : ( i
COUVENT DES SACHETS ET DES GRANDS-AUGUSTINS
par violence le maistre do théologie, nommé Nicolas Aymerv, d’où s’ensuivit un tumulte, dans lequel Pierre Gougis, religieux de la maison, fut tué par l’un des huissiers. Un tel excès ne pouvait demeurer impuni. Le recteur de l’Université et le procureur du Roy au Cliaslelet se joignirent à la complainte des Augustins; et, par sentence du prevost de Paris, en date du i3 septembre 16A0, les huissiers furent condamnez à faire trois amendes honorables, l'une ou Ghastelet, en présence du procureur du Roy, la seconde au lieu où le meurtre avoit esté commis, et la troisième à la place Maubert, ou autre lieu qui seroit indiqué par l’Université. La mesme sentence portait qu’ilz feraient ces trois amendes honorables sans chaperon et nudz piedz, tenant chascun une torche ardente du poids de quatre livres, et demandant à tous pardon et miséricorde. . . Au coin de la rue des Augustins, à l'angle formé par la rencontre de cette rue avec le haut de l’église de ces religieux, on voit encore un bas-relief qui représente l’amende honorable des huissiers W. »
Ce bas-relief, ainsi que le constate l’inscription, était placé au-dessus de l’endroit où l’on avait inhumé Pierre Gougis.
Des réparations et des embellissements furent faits à l'église en i5o8, et constituaient, au témoignage de Du Breul, sinon une reconstruction, du moins une restauration importante, car te on voit, dit-il, un escrit contre le lambris d’icelle église, contenant ces mots : L’an iho8 fut parfait ce lambris, le 10 de juin ».
Il faut compter encore, au nombre des grands travaux exécutés dans l’église des Augustins, la construction du « tabernacle », don de Léonora Galigaï. La malheureuse prévovait-clle le sort qui l’attendait, quand elle indiqua trie pied d’iceluy tabernacle pour y estre inhumée, quand il plairait à Dieu disposerde ses jours»?
Tout l’ensemble des bâtiments conventuels, <r cloître, église, chapelles,» était encore debout et intact en 1797. Si nous ne possédons point, comme pour l’église Saint-André-des-Ars, un procès-verbal de visite du monastère, rédigé par un architecte, en revanche Millin, qui a vu tomber les constructions du couvent et
qui les connaissait bien, nous en a laissé une description semée de détails étran— *
gers, mais fort intéressante par les curieuses particularités dont elle est remplie.
Il décrit d’abord l’extérieur de l’édifice ; puis il pénètre dans l’église ainsi que dans le cloître, et énumère tout ce qu’il y rencontre :
te L’église, dit-il, est placée sur le quai, auquel elle a donné son nom, ainsi qu’à la rue qui conduit à celle de Saint-André-des-Ars; elle n’a rien de remarquable. Au bas, entre les contreforts, on a bâti plusieurs petites boutiques. La
[) Histoire de la ville de Paris , I, p. 83o-83i.
différence des bâtisses (différence de hauteur, veut dire Miliin) prouve que
d'abord on ne construisit que ie chœur, depuis la rue des Augustins jusqu’à la
petite porte qui s’ouvre sur le quai, et qui est décorée de figures1'). Ce bâtiment n’avait alors que sept croisées ; c’est probablement celui que Charles V fit con-
L’argument tiré de la différence de hauteur existant entre le cliœur et la nef n’est pas absolument probant. On cite , en effet, plusieurs édifices construits d’un seul jet et présentant néanmoins cette
particularité. Le chœur a toujours été d’ailleurs considéré comme la partie la plus honorable et la plus importante des églises, ce qui explique pourquoi on lui a souvent donné plus de hauteur qu'à la nef.
COUVENT DES SACHETS ET DES GRANDS-AUGUSTINS. struire en 1 3 6 8 . Cette même partie ne fut achevée, suivant toute apparence, qu’en 1 3g3 , car ia couverture ne fut faite que cette année ; le clocher a été refait depuis M. L’autre partie de l’église, qui a huit croisées sur le quai, a été construite postérieurement, peut-être vers le temps de la dédicace, en 1 6 5 3 . Cette église a, en tout, quinze croisées sur le quai ; ces croisées sont toutes en ogive. Entre chacune d'elles, il y a un contrefort, et, entre ces contreforts, on a construit des boutiques qui produisent aux religieux une augmentation de revenus (aL n
Façade latérale de l’église des Grands-Augustins, avec les boutiques de librairie créées entre les contreforts. (Fac-similé d’une planche de Millin.)
«On entrait, dit encore Millin, dans le couvent par quatre portes : deux dans la rue des Grands-Augustins, une au milieu de l’église, sur le quai, et une près du Pont-Neuf; c’est le grand portail. n
» Au-dessus de la petite porte qui donne sur le quai, ajoute le même auteur, on voit un bas-relief gothique dans un arc ogival, qui est lui-même dans un plein cintre, car toute la décoration de cette partie est d’architecture moderne. Ce has-
(1) Cette réfection eut lieu en 1767, dit Le Beuf en un français singulier : «La chute du tonnerre, arrivée le 8 juin 1747 sur le clocher et sur la couverture, a occasionné de changer la tuile en ardoise; et le nouveau clocher est beaucoup moins élevé que n’étoit l’ancien. n (Le Beüf, édit. Cocheris, 111, p. 35.)
La foudre était tombée sur l’église des Augustins trois siècles auparavant, en i4a8 et i44ç). Voici la menlion qu’on en trouve dans le Journal d’un Bourgeois de Paris :
rr Et advint que, le xme jour de juing, le tonnoire chut à Paris sur le clochier des Auguslins, et fouldroia ledit clochier, toute la couverture qui esloit
d’ardoise, et le merrien par dedans, que on estimoit le dommaige qu’il fîst à vmc ou mil xi-ans. »
En i44cj, le sinistre se reproduit avec aggravation :
ff Item, dit le Bourgeois de Paris , le xxx' jour de may, tist un terrible tonnoire, environ trois heures après digner, qui descouvry tout le clochier des Augustins d’un costé et d’autre, et rompyt gros chevron , et rompyt le bras à un cruxifis sur l’autel , et abaty de la couverture du moustiergrant partie.» ( Journal d’un Bourgeois de Paris, édit. deM. Tuetev, p. 295.)
(S) Nous donnons plus loin quelques détails sur ces boutiques qui étaient louées à des libraires.
relief a été peint et doré, comme beaucoup de ceux de ce temps. Il oflre cinq figures : celle du milieu, plus grande que les autres, est celle de la Vierge. A sa droite est Charles V, dit le Sage, roi de France, qui lui présente l’image de l’église qu’il a fait bâtir en son honneur pour les religieux Augustins, dont on en voit un à côté de lui. De l’autre côté, est saint Augustin; il présente à la Vierge un religieux qui esta genoux, et qui lui oll're le plan en relief d'une chapelle. Ce religieux est Robert de la Porte, docteur en théologie et profès de la maison. Il y avait fait bâtir une chapelle dédiée à la Vierge, pour la confrérie de la Conception; c’est celle dont il tient la figure, comme symbole de la dédicace, n La construction de la chapelle datait de 1 4Ao, et l’installation de la confrérie, de 1 443 (I).
rr La porte voisine du Pont-Neuf, continue Millin, est la grande entrée du couvent; elle est décorée de trois statues ; celle de la Vierge au milieu, celle de Philippe le Bel, à qui l’on doit la première idée de la construction du quai (2), et celle de Louis XIV, bienfaiteur du couvent.
a A gauche de cette porte, on entre dans une petite cour, où est le vrai portail de l'église P). C’est dans cette cour que fut inhumé Raoul 111 de Brienne, comte d’Eu et de Guines, fils de Raoul II. auquel il avait succédé dans la dignité de connétable, v
Nous avons raconté sommairement, à l’article du manoir de Nesles, la fin tragique de ce personnage. Fait prisonnier en i346, alors qu il setait porté au secours de la ville de Caen assiégée par les Anglais, il fut conduit en Angleterre où il passa plusieurs années en captivité, favorablement traité par Edouard 111, dont il avait su gagner la bienveillance. Autorisé à rentrer en France pour en rapporter sa rançon, il fut vu de mauvais œil par Jean de La Cerda, qui faisait 1 intérim de la connétablie et désirait en devenir titulaire. Le roi Jean, qui venait de monter sur le trône, crut, sur les rapports de La Cerda, à la trahison du comte d’Eu, et, sans autre forme de procès, d le fit décapiter nuitamment dans son propre hôtel W. Sauvai, et après lui, Millin, ont flétri cet acte de violence et cette inhumation honteuse dans une cour, sans tombe, sans inscription funéraire, en signe de félonie.
11 Le Beuf mentionne une autre confrérie, rivale de ceile de Saint-Julien des Ménétriers et ayant son siège dans une des chapelles de l’église des Grands- Augustins: c’était celle de Sainte-Cécile fondée en 1 656 , par les cr Musiciens du Roy» avec l’autorisation de l’archevêque de Paris. Les statuts de cette confrérie avaient été enregistrés en Parlement.
H. Cocheris ajoute qu’il en existait encore une, celle de la Ceinture du couvent des Augustins, qui fut unie, le îG août i634, a l’apchiconfrérie de la Ceinture de Bologne.
(2) Voir ci-avant l’article relatif au quai des Augustins.
f3) Plusieurs historiens de Paris ont cru que l'église avait pour entrée principale la grande porte latérale décorée des statues de la Vierge, de Philippe le Bel et de Louis XIV, laquelle donnait accès dans l’intérieur du couvent. L’église avait son portail, ou façade, au couchant, dans l’axe de l’édifice; Du Breuil le fait remarquer expressément.
(1) Voir l’article relatif au manoir de Nesles, p. 4 4.
COUVENT DES SACHETS ET DES GRANDS-AUGUSTINS
L’auteur des Antiquités nationales continue sa description de l’église des Auguslins, en mentionnant successivement le portail, la nef, les chapelles et le chœur.
tt Le portail de l’église, dit-il, est de différents temps : on y voit une voûte à plein cintre, soutenue par des colonnes sous une voûte en ogive. Aux deux côtés, sont les figures de sainte Anne et de Charles V, que Du Breul appelle le fondateur du te second bastiment de l’église des Augustinsu, ainsi que le témoignent les vers suivants gravés sur le socle de sa statue :
Primus Francorum rex Delphinus fuit isle,
Exempter morum, Carolus diclus, bone Christe,
Merces juslorum, dilexit fortiter isle.
Hic palet exemplum , libi nam complevit honore :
Hoc presens templum Deo ditetur honore.
» Au milieu de la porte, ajoute Millin , il y a un médaillon de marbre sur lequel on lit : Templum divœ Annœ Sacrum Avant lui. Le Beuf avait écrit : rc l’église des Grands- Augustins est sous le titre de Sainte-Anne n, et, depuis, Hippolyte Cocheris a fait cette addition: non la nommait aussi Notre-Dame-de-la-Riven.
Nous craignons qu’il n’v ait ici une confusion de vocable. Ce n’est pas l’église toulentière, bâtie dans la seconde moitié du xxve siècle , et placée sous l’invocation de sainte Anne, qui a été appelée Notre-Dame-de-la-Rive : c’est la chapelle qui contenait les tombeaux des Commines et qui , ainsi que nous l’avons dit plus haut, paraît avoir été l’oratoire des Sachets. Nous y reviendrons plus loin, à son rang successif. Il se peut que l’appellation se soit étendue plus tard à tout l’édifice , ce qui s’expliquerait par les nombreuses statues de la Vierge dont il était décoré.
Comme dans toutes les églises monastiques, le chœur était, aux Grands-Augustins, plus spacieux que la nef. Celle-ci avait une voûte moins élevée et était encombrée de monuments et d’inscriptions funéraires, dont Millin a fait le relevé. Il cite notamment les armoiries des de Mesmes, et le tombeau de Jean de La Fontaine Solare, noble personnage originaire d’Asti, en Lombardie, et venu en France avec les ducs d’Orléans, comme le versificateur Astesanus (citoyen d’Asti) , dont nous avons publié le poème descriptif W.
Du Breul et Millin ne sont pas d’accord sur l’endroit où se trouvait l’inscription commémorative de la consécration de l’église : l’un dit trau derrière du chœur n; l'autre tten entrant dans la nefn. Le texte est identique dans les deux auteurs:
tr A tous suit cogneu que Van M 1111e LUI, le sixiesme jour de maij , qui est la feste de Saint Jean Porte Latin , celuy temple dédia et consacra honorable homme de grande sapience , Docteur en Droit civil et Canon , très venerable et reverend sage Messire Guillaume Chartier, Pasteur et Evesque de la vénérable eglise de Paris , en la presence de plusieurs seigneurs d' Eglise et lai'cz , c’est à sf avoir en
1 Paris et ses historiens aux xiv’ et n ' siècles , dans la Collection de l'histoire générale de Paris.
la présence de M. d’Albie , de Monseigneur de Chaulons maintenant et auparavant evesque de Nismcs , et de Monseigneur d'A vranclies, evesque ; desquels un chascun a donne perpétuellement de sa grâce du thresor de nostre inerc Saincte Eglise , a un chascun vraij confes et repentant , annuellement cestuij jour visitant reste église, trente jours de pardon. Et cecij , du consentement du Irez reverend pere en Dieu, Monseigneur de Paris dessus nommé ; et icelui mesme reverend pere en Dieu, Monseigneur de Paris , mesmement a un chacun qui visitera icelmj jour ceste eglise , a donné quarante jours dé indulgence , a la requeste et honorable supplicacion de frere Nicolas Aimeri, maistre en théologie, et des frères du Couvent, l’an et jour que dessuz nommez. Piur.y. Dieu rouit eux !
Du Breul, Piganiol et Millin s’appuient sur ie texte de cette inscription pour affirmer que l’église des Auguslins ne fut point reconstruite en i/i53 ; ou ne lit alors que procéder à sa consécration et à sa dédicace. Il serait, en effet, fort invraisemblable que l’édifice construit par les libéralités de Charles V, à peu près en même temps que la chapelle du château de Vincennes, qui est encore debout aujourd’hui, ait dû être rebâti soixante-dix ans seulement après son achèvement. L’hypothèse d’une reconstruction n’est très probablement qu’une fausse interprétation du texte commémoratif que nous venons de reproduire; il est, d’ailleurs, parfaitement notoire que les consécrations et les dédicaces avaient lieu parfois longtemps après l’achèvement des églises et des chapelles.
En poursuivant sa description, Millin ajoute: tt Auprès du chœur, à gauche, est une niche gothique dans laquelle il y avait sûrement un tombeau. Les moines y avaient substitué une vierge barbouillée de rouge, objet d’une grande dévotion pour toutes les vieilles femmes du quartier. - Puis il passe les chapelles en revue, après avoir fait observer que , tt au côté gauche de l’église ef dans toute sa longueur, il règne une galerie fort basse et mal éclairée, où plusieurs chapelles sont adossées à contre-jour H.
La première, à partir du portail, est celle où se trouvait le tombeau de Le Clerc de Lesseville, conseiller au Parlement.
La seconde, dite de Saint-Augustin, renfermait les tombeaux du baron de Larchant, de Diane de Yivonne de la Chàtaigneraye, et de Bernard Chérin, généalogiste et historien.
Dans la troisième, se voyaient ceux de Jacques Polan, comte de Vicence, de Jérôme Luillier, procureur général en la Chambre des comptes, de Charles Brùlart, ambassadeur, etc.
C est dans la quatrième que les Barentin avaient choisi leur sépulture.
La cinquième chapelle est celle de la Vierge, fondée par Bobert de la Porte. La confrérie de la Conception de Notre-Dame y avait son siège.
La sixième, sous le vocable du Saint-Esprit, était à côté du grand autel ; elle avait été construite et dédiée en mémoire de l’ordre fondé par Henri III, le der-
COUVENT DES SACHETS ET DES GRANDS-AUGUSTINS
nier jour de l’an 1679. La confrérie des Pénitents blancs, dont le monarque faisait partie, se réunissait dans cette chapelle.
Au fond de l'église, dans une sorte de chapelle absidale qui était la septième, se trouvait le tombeau des ComminesW. C’est l’historien Philippe qui l’avait fait bâtir sous le vocable de Beate Marie Virginis de Riva (Notre-Dame-de-la-Rive), nom qu’elle devait à sa situation sur le bord de la Seine. Nous avons fait remarquer que ce vocable avait pu s’étendre à l’église tout entière, dont la position était la même, mais qu’il n’excluait point celui de Sainte-Anne, attesté par l’inscription dont nous avons reproduit le texte.
irCette chapelle, dit Millin, a été décorée de plusieurs colonnes de porphyre*; mais il fait remarquer que, de son temps, on en voyait seulement le haut et les chapiteaux , a le bas ayant été enterré lorsqu’on éleva le sol de l’église , soit à cause des inondations qui arrivent très souvent, soit lorsqu’on a bâti le Pont-Neuf*. Millin ajoute que tries chapiteaux de ces colonnes sont d’un goût moitié antique et moitié gothique*; ce qui, dit-il, fait reconnaître l’époque a de la régénération des arts*. La Renaissance, en effet, précéda de plusieurs années les règnes de Louis XII et de François Ier. Les relations des ducs d’Orléans avec le Milanais et l’expédition de Charles VIII en Italie avaient introduit en France les goûts ultramontains et, en particulier, l’usage des marbres, négligés par les architectes des xnie et xive siècles.
Construite à une époque de transition, la chapelle des Connûmes manquait d unité, et Au milieu, dit Millin, est l’autel sur lequel est une Vierge qui a l’air plus gothique que l’architecture et les ornements qui la décorent, ce qui prouve combien on était encore ignorant en sculpture. Cette Vierge, qui était peinte à fresque selon I usage, est entourée de grands rayons dorés, et derrière, en bas, est un navire avec tous ses agrès.* Millin oublie de nous dire si ce navire symbolisait la proximité de la rivière et motivait le nom de tt Notre-Dame-de-la-Rive *, ou s’il était un souvenir lointain de la nave antique, montée par les Nautes parisiens et les confrères hausés qui leur succédèrent. L’historien de Charles le Téméraire et de Louis XI avait son tombeau dans la chapelle absidale des Augustins;on y voyait également celui de sa fille.
cEn sortant de cette chapelle, dit Millin, on trouve, à droite, un des panneaux de la muraille du chœur chargé d’ornements assez élégants et singuliers: il paraît que ce pan de muraille faisait encore partie de la chapelle des Commines, et que la chapelle avait été décorée par la comtesse de Penthièvre, sa fille, car son écusson se retrouve sur le montant, chargé d’ailleurs de feuilles d’eau, d’épis de bled, d’enroulements, de moulures qui indiquent, pour l’art, les règnes de
(l' Ce tombeau est aujourd’hui au Louvre (Musée de la Renaissance).
Charles VIII et de Louis XII. Ce qu’on y remarque de plus singulier, c’est la parabole de celui qui voit une paille dans l’œil de sou voisin et ne voit pas une poutre dans le sien, représentée par deux hommes habillés en Ions, l’un avec de longues manches, comme on figure Momus, l’autre en feuillages. Tous deux se montrent réciproquement an doigt. Entre eux, il y a une pierre carrée, sur laquelle on lit les paroles de cette parabole : Quid auteni vides feslucam in oculo fratris lui , trabem aulern , que in oculo tuo est, non considéras? Sur l’enroulement, on lit encore ces mots qui ont rapport à la mort: nescilis diem neque horam. Le tombeau et les ornements sont d’un meilleur goût que la chapelle; ils paraissent avoir été faits quelque temps après, par les soins de la famille des Commines W. *
Dans cette chapelle, se voyaient encore les épitaphes de Jacques de Sainte- Beuve, le fameux théologien de Port-Royal, de Gui du Faur de Pihrac, auteur des célèbres quatrains, du poète Rend Belleau, qui fit partie de la Pléiade; de J.-B. Sapin, conseiller-clerc au Parlement de Paris, qui fut saisi dans le cours d'une mission et pendu par les huguenots.
La chapelle de Saint-Nicolas-de-Tollentin, qui venait ensuite, c’est-à-dire qui se trouvait à la droite du chœur et touchait aux bâtiments conventuels, renfermait les tombeaux de Pierre Quiqueran, évêque de Senez, de Pierre Dussayer, baron du Poyet, et de quelques autres personnages.
Millin ne mentionne point une chapelle de Saint-Jean et de Saint-Jacques, fondée par l’illustre famille parlementaire des de Mesmes, et contenant la sépulture de plusieurs de ses membres. Peut-être était-ce l’une des trois dont il n’indique point le vocable. Blanchard, auteur d’une monographie des Présidents à mortier, supplée, sur ce point, au silence de Millin :
s Jean-Jacques de Mesmes, dit-il, chevalier, seigneur de Roissy et autres lieux, décéda âgé de 79 ans, au mois de novembre, l’an 1 5 G 9 , et fut enterré en la chapelle de Saint-J ean-et-Saint-Jacques de l’église des Grands- Augustins, par lui fondée.
«Son troisième fils, Jean Gabriel de Mesmes, conseiller au Parlement de Paris, mourut au mois d’avril , l’an 1612, et lut enterré avec ses père et mère en 1 eglise , des Grands-Augustins de Paris.
et Henry de Mesmes, seigneur de Roissy, chancelier du royaume de Navarre, conseiller d’État, ambassadeur, décéda en 1 5 9 6 . Il gît aux Grands-Augustins de Paris, avec ses père et mère.
tr Jean-Jacques deMesmes, IIe du nom, chevalier, seigneur de Roissy , fils unique d’Henry (le précédent), conseiller au Parlement, maître des requêtes et conseiller
(I) Millin a figuré, dans deux de ses planches, le tombeau des Commines et la parabole de la poutre et de la paille.
Le chœur de l'église dos Grands- Auguslins et le tabernacle donné parLéonora Qëligaï. (Fac-similé d’une planche de Millin.)
COUVENT DES SACHETS ET DES GRANDS-AUGUSTINS. 255 d’Etat, décéda l’an 16^2, et fut enterré avec Antoinette Grossaint, sa femme, en la sépulture de cetle famille, aux Grands-Augustins de Paris, n
L’église des Augustins, située comme celle de Saint-André-des-Ars en plein quartier parlementaire, servait donc aussi de sépulture aux magistrats qui pouvaient, bien que ce fût un édifice conventuel, y fonder des chapelles. A cet égard nous devons renouveler l’observation précédemment faite, à savoir que la pluralité des vocables n’entraîne pas toujours celle des chapelles, et que plusieurs noms de saints étaient quelquefois donnés à une seule et même chapelle, quand la propriété passait d’une famille à l’autre.
Entre le chœur et la nef, s’élevait un jubé que Millin dit avoir été s d’un dessin très médiocre n. Quant au chœur, il était, au témoignage du même descripteur, n grand , spacieux et avait été décoré par différentes personnes n. Depuis le règne de
Henri III, on y faisait les cérémonies requises pour la promotion des chevaliers de l’ordre du Saint-Esprit; il était alors tout à fait insuffisant pour la foule des
gens de qualité qui s’y pressaient ; mais c’est près d’un siècle plus tard qu'on songea à l’agrandir. Les religieux y placèrent des portes et des balustrades, avec grandes cariatides en fer ouvragé et doré. Ces ouvrages de ferronnerie étaient, on le sait, fort en honneur aux xviic et \vni° siècles.
Il en était de même des grands tableaux à cadres dorés, employés comme décoration du chœur et du sanctuaire, témoin les mai de la basilique de Notre-Dame. L’église des Augustins en possédait sept, qui étaient placés au côté droit du chœur et qui représentaient les cérémonies accompagnant la collation de l’ordre du Saint- Esprit. Ils avaient pour auteurs Philippe de Champaigne, l’un des Van Loo et le peintre de Troy : et On y voyait, dit Millin, l’intérieur des Augustins et les lieux où les chapitres se sont tenus.» Ces tableaux offraient donc un intérêt topographique, et il est fort regrettable qu’ils aient péri, avec les <r boîtes» de l'ordre.
Au milieu du chœur, s’élevait le grand autel, ainsi que nous le montre une planche de Millin : et II consistait , dit ce descripteur, en huit colonnes corinthiennes de marbre de savarèche, en brèche violette, disposées sur un plan courbe et soutenant une demi-coupole, au fond de laquelle était le Père Eternel dans sa gloire, en bronze doré et d’après le dessin de Charles Le Brun. Aux côtés, étaient deux anges en adoration, et, un peu plus loin, deux figures plus grandes que nature, dont l’une représentait sainte Anne, et l’autre sainte Monique. L’autel était surmonté d’un riche tabernacle donné, en i6o5, par Léonore Galigaï, l’épouse infortunée du maréchal d’Ancre. »
Millin mentionne encore deux vitraux décorant les fenêtres du chœur, avec effigies de Henri II et de Catherine de Médicis, et il relève les inscriptions funéraires de plusieurs personnages marquants, ayant leur tombeau dans le chœur:
Charles Henri de Maison, seigneur de Bercy, bienfaiteur du couvent, l’un des donateurs du grand autel; Engelbert de Clèves, comte de Nevers, d’Eu, de Rhétel et d’Auxerre, troisième fils de Jean Ior, duc de Clèves; Isaheau de Bourgogne, dame de Neauphle, femme de Pierre de Chambely, seigneur dudit lieu; Jeanne de Valois, fdle de Charles et sœur du roi Philippe de Valois.
Le reste de l'église n’offrait rien de remarquable : il n’existait point de chapelles latérales à droite de la nef, laquelle prenait jour, de ce côté, sur la cour du monastère, entourée par les bâtiments conventuels.
En face de la grande porte d’entrée ouvrant sur le quai, et à droite de la porte qui donnait accès dans l’église, se trouvait celle du cloître, et Elle était, dit Millin, d’une architecture passable, d’ordre ionique; les colonnes supportaient un Ironton en anse de panier, qui était brisé pour faire place à une assez belle statue de saint Augustin, elle était de J. Champagne, élève du cavalier Bernin.»
Quand on avait pénétré dans le cloître, on y apercevait plusieurs pierres tumu-
COUVENT DES SACHETS ET DES GRANDS- AUGUSTIN S. laires et deux anciens tombeaux : là était la sépulture de Gilles de Rome, Ægidius Culmina, Augustin, devenu archevêque de Bourges, quoique religieux mendiant. Ses restes avaient été apportés, en i3iG, d’Avignon où il était mort, au couvent des Augustins de Paris. Les autres tombes étaient celles de Louis Venceman, évêque de Chartres, de Bon de Broé, président au Parlement, et de plusieurs autres magistrats, membres de cette même famille.
En sortant du chœur, on s’engageait dans un passage compris entre la grande porte et une autre porte plus petite donnant dans le cloître. Là se trouvaient plusieurs inscriptions funéraires, en l’honneur des membres des familles de Rohan, de Gondi et de Retz. Millin les a relevées et consignées dans sa monographie du couvent. Ce qui ne pouvait être qu’un passage à l’époque où il écrivait (1791) paraît avoir été une chapelle au temps de Du Breul (1612); cet auteur mentionne, en effet, une chapelle tr du Préau i>, où se trouvaient le tombeau d’un Gondi et celui d’un Retz. Il est probable que, comme il advint à l’église Saint-André-des- Ars, la désaffectation d’une chapelle fut jugée utile au dégagement du chœur et du cloître; celle du Préau, par la situation que nous lui connaissons, était précisément dans ce cas.
Une des curiosités du cloître des Augustins était la célèbre figure de saint François d’Assise, œuvre de Germain Pilon; elle représentait le fondateur des Franciscains, dit Du Breul, « aussi grand que le naturel, habillé comme les Capucins et à genoux sur un rocher, les bras estendus devant un crucifix 11. Boutrays l’a décrite en vers latins d’une bonne facture :
. Quis non simulachrum insigne precantis
Francisci miratur liions? In marmore vivit ;
Usta cutis livescit, uti gens Affra per æslus;
Hirta tegit pannis, centone cuculla nec uno Texta prenait lumbos, fimis nodoque coercel.
Et, ni mente Deum vo toque silenle precetur.
Ni vetet ordo loqui , suspiria anhela piasque Funderet ore preces, quas jussa silentia servant (1).
Millin parle également de cette statue; elle était, dit-il, en terre cuite, et représentait le saint dans l’attitude où il devait être quand il reçut les stigmates de la passion de Jésus-Christ. Il en donne le dessin dans l’une de ses planches.
Les bâtiments conventuels se composaient de trois corps de logis, dont deux, les plus petits, étaient parallèles à la rue des Grands-Augustins ; le troisième, parallèle à l’église, avait à peu près la même longueur. On y voyait, outre les
(,) Lulclia { 1G12).
cellules des religieux, plusieurs grandes salles qui ont servi pendant deux ou
trois siècles :
i° Aux chapitres généraux de l’ordre royal du Saint-Esprit, institué par Henri 111 , le 3 1 décembre, alias le icr janvier î 57g (v. s.) ;
a0 Aux audiences du Parlement et de la Chambre des comptes, lorsque le Palais se trouvait soit en réparation, soit en préparatifs de l’êtes, de réceptions ou d'entrées solennelles;
3" Aux assemblées générales du clergé de France, depuis 1 6o5.
Plusieurs estampes représentent les salles des Augustins au moment où ces dill’érents corps y siégeaient; ce sont des documents historiques et topographiques d'une véritable importance, parce qu'ils donnent l'aspect des assemblées et la configuration des locaux qu’elles occupaient dans les bâtiments du monastère.
Un chapitre de l’ordre du Saint-Esprit dans l’église des Grands -Augustins. (Fac-similé d’une estampe de Sébastien Le Clerc.)
Du Breul et Sauvai, qui vivaient au temps de ces assemblées, en ont parlé comme d’événements contemporains. Leur récit contient certains détails topographiques; c’est à ce titre que nous en reproduisons les passages principaux.
Voici d’abord ce que dit Du Breul des séances du Parlement tenues aux Augustins :
L’an 1 548, la Cour de Parlement tint son siège aux Augustins, et y donna audience environ sept semaines entières, par crainte de la peste, qui faisoit mourir tous les prisonniers de la Conciergerie. J*
Ladite Cour tient son siège audit Couvent, loutesfois et qualités que l'on marie les enfants de France, ou qu’il se fait entre'e de Roi ou de Reine à Paris, pource que toutes les magnificences se doivent faire en la grande salle du Palais, et ès environs, qui est le lieu où sied d’ordinaire le Parlement.
COUVENT DES SACHETS ET DES GRANDS-AUGUSTINS
Ainsi est-il arrivé, l’an 1610, que l’on préparoit à Paris la magnifique entrée de notre Reine
très chrétienne, veuve du défunt Roy de louable mémoire, Henri le Grand . Ledit couvent
des Augustins fut honoré de la présence de notre Roy Louis XIII: car, s’étant transporté audit lieu et séant en son lit de justice, après avoir été reconnu et honoré de tous comme Roy de France, il déclara sa mère, là présente, Régente du Royaume.
Du Breul rappelle ensuite que les Etats généraux cle 161 5 se réunirent dans le même monastère :
L’an 161 5, se tinrent au couvent des Augustins les Etals généraux de France, où se rendirent les Députés des trois ordres, dès l’an i G 1 6 . La procession solennelle se fit de ce couvent en l’église de Notre-Dame, où le Roy, Monsieur son Frère, les Princes, Chevaliers de l’Ordre et tous les Députés assistèrent en fort bel ordre. Le jour avant l’ouverture des États, fut célébrée la messe du Saint-Esprit au chœur dudit couvent, où tous communièrent.
L’ouverture étant faite avec les harangues accoutumées, et le serment fait, les Députés se rendirent chacun en leur chambre, ceux du Clergé , en la salle qui est en V allée qui sort du couvent en la rue de l' Hostel-Saint-Dcnïs ; ceux de la Noblesse, en la salle de théologie P), en la cour dudit couvent, et ceux du Tiers Etat, en la grande salle du réfectoire.
En la Chambre du Clergé, présidaient les cardinaux du Perron et de Sourdis; en celle de la Noblesse, le baron de Senecé; en celle du Tiers État, le Président Miron, Prévôt des marchands de la Ville de Paris, et Messire Henri de Mesme, -lieutenant civil de la Ville, Prévôté et Vicomté de Paris. En après, chaque Chambre travailla à la compilation de leurs cahiers, jusques au commencement de l’an 1 G 1 6 ' qu’ils les présentèrent au Roy, en la salle de Bourbon. Puis chacun d’eux retourna chez soi (2h
Sauvai complète les renseignements fournis par Du Breul, en donnant quelques détails sur les assemblées générales du clergé de France :
Jusques en iGo5, dit-il, les assemblées du clergé se sont faites en différents endroits . ,
mais depuis iGo5 qu’elles commencèrent à se tenir aux Grands-Augustins, peut-être n’onlelles pas changé de lieu.
Ces assemblées-là, au reste, s’y font tous les cinq ans, dans une grande salle qui tient à la rue des Augustins, autrement dite (la rue) des Charités-Saint-Denis; mais parce qu’elles durent longtemps, ce qui embarrasse les Religieux, ceux-ci de leur côté, afin de profiler de l’occasion, assez souvent en pleine assemblée, présentent quelques requêtes, où ils donnent à entendre leurs nécessités. Si bien que, par ce moyen, ils en tirent d’assez bonnes sommes, parfois trois mille livres, et parfois quatre.
Or, comme il survient des affaires et que, pour lors, les députés sont obligés de s’assembler extraordinairement, ces affaires-là d’ordinaire se traitent dans une autre salle que le Clergé loue cent écus, et où sont enfermés ses registres et scs archives. Celle salle est dans la cour, dont elle occupe tout le fond (3).
Cette salle devait son nom au cours de théologie qui s’y faisait, car, ainsi que le fait remarquer Jaillot [Quartier Saint-André-des-Arts , p. 3 9 ) , le couvent des Augustins de Paris rrservoit de col¬
lège pour les jeunes religieux des quatre provinces de leur ordres.
(2) Antiq. de Paris (éd. de 1689), p. 260 et suiv.
(3) Sauval, II, p. 489.
Pour terminer l’exposé des diverses utilisations qui ont été faites des bâtiments des Grands-Augustins , il nous reste à dire ce qu’en avait fait 1 ordre du Saint- Esprit. tcCetordre, dit Millin, avait fait peindre et sculpter deux salles, où il tenait ses séances. On y voyait les portraits en buste, les écussons et les principales qualifications de tous les cardinaux, prélats, commandeurs et chevaliers reçus dans cet ordre, depuis son établissement jusqu’en 1773. L’abbé de Pomponne et le marquis de Breteuil avaient fait exécuter cette décoration, en celte même année; un religieux la faisait voir aux curieux à des heures indiquées, v
Le couvent des Grands-Augustins avait servi à trop d’usages différents, pour qu’on ne s’empressât pas de l’utiliser lors de la sécularisation des biens d’église. Millin nous apprend que, même avant 1790, les religieux louaient les salles jadis occupées par le Chapitre de l’ordre, le Parlement, la Chambre des comptes et l'Ordre du Saint-Esprit, à des sociétés particulières et à des agents de ventes publiques. En 1 790, on y installa des bureaux pour la recette des contributions, et l’imprimeur Didot 11e tarda point à y installer ses presses pour le tirage des petits assignats (‘h
Au moment où les Augustins durent abandonner leur monastère (9 mars 1790), ils n’étaient plus que dix-huit religieux profès et quatre frères lais. Le sous-prieur, qui était alors François Jausion, docteur en Sorbonne, déclara, au nom du prieur Michel Grise, que le grand Couvent et Collège général des Augustins jouissait d’un revenu de 65,275 livres là sous 8 deniers, tandis que les charges ne dépassaient pas 5 , 6 7 A livres 8 sous. Les religieux, a 1 exception de deux moines
01 L’utilisation industrielle et commerciale du couvent des Augustins datait de loin. Nous avons parlé plus haut, d'après Millin, des petites bout] ques que représente l’une de scs planches, et qui étaient intercalées entre chaque contrefort de l'église. On y faisait traditionnellement le commerce des livres, qui a toujours été et qui est encore celui du quai et du quartier. Tout récemment encore, nous avons vu les pavillons de l’Institut envahis par les étalagistes en vieille librairie. Tout ce monde de bouquinistes, chassé de partout, étale maintenant sur le parapet des quais.
Il est question, dans beaucoup d’écrits des xvir et xviii’ siècles, des petites boutiques accolées à l'église des Augustins. Voici ce qu'en dit Colletet dans ses Tracas de Paris (1 65a) :
Mais, en chemin faisant, regarde Tous ces liseurs de nouveautés,
Dans ces boutiques arrêtés.
D’un à son nez met sa lunette,
Afin de lire la Gazette,
Ecrite en prose, écrite en vers.
De nouvelles de l’Univers.
C’est un plaisir, pour ces lectures,
De voir les diverses postures.
Parmi ces gens , en voilà deux Fichés tout droits comme des pieux ;
D’autres rangés sous étalages Tout aussi comme des images ;
Ceux-là dessus un banc pressez,
Ceux-ci dans la porte entassés ;
Car chaque boutique est si pleine,
Qu’on n*y sauroit tenir qu’à peine.
Celui qui lit plus promptement Prèle à l’autre un commencement.
Un autre curieux demande Une Gazelle de Hollande,
Et celui-cy celle d’Anvers ;
Cet autre-là la Lettre en vers,
Non de Loret, fils du Parnasse,
Mais de celui qui tient sa place,
El qui fait si bien aujourd’hui Que Loret ressuscite en lui.
Toutes ces choses innocentes Sont-elles pas divertissantes?
(Les Liseurs de nouvelles aux petites boutiques des Auffustins, p. 80, 81 des Tracas de Paris.)
COUVENT DES SACHETS ET DES GRANDS- AUGUSTINS
incapables d’être transportés, à raison de leur grand Age et de leur état de maladie , furent conduits à la maison des Carmes de la place Maubert. On porta l’argenterie à la Monnaie; on vendit sur place les grilles de l’église, et l'on transporta dans les dépôts littéraires les livres et les manuscrits qui étaient tout à la fois rares et nombreux, car c’est aux Augustins de Paris que Gilles de Rome avait légué sa bibliothèque, en i3iG '*). Les marbres, les vitraux, les bas-reliefs, les portraits, bustes et écussons des dignitaires de l’ordre du Saint-Esprit furent transportés au Musée des monuments français; les Petits-Augustins donnèrent donc l'hospitalité aux épaves des Grands.
L’État demeura en possession des bâtiments du monastère, pendant près de sept ans, et il les employa à divers usages. Le i3 ventôse an v (3 mars 1797) et le icr brumaire an vi (21 octobre de la même année), il les vendit, et l’on ne tarda point à les démolir. Sur une partie de l’emplacement que couvraient les bâtiments, on perça, en l’an x, la rue du Pont-de-Lodi, commémorative de la victoire du général Bonaparte, et l’on réserva une autre partie, le long du quai, pour y établir le marché à la volaille et au gibier, qui se tenait traditionnellement dans cette région f'2K
La construction de ce marché avait été décrétée en septembre 1807, mais la première pierre n’en fut posée que deux ans plus tard. 11 occupait à peu près l’emplacement de l’église. Agrandi en 1 8 1 3 et en 181 5, il était encore debout en 1867 ; la construction des Halles centrales, où un pavillon est affecté à la vente en gros des mêmes denrées, ayant rendu inutile le marché du quai des Augustins, la Ville le vendit, et une partie des hangars dont il se composait servit d’écuries pendant quelque temps. Des maisons particulières, en bordure du quai, un groupe scolaire, sur les rues du Pont-de-Lodi et des Grands-Augustins, couvrent aujourd’hui l’emplacement de cette balle et de ses dépendances.
Voici quelle était, selon M. Alfred Franklin, l’importance de cette bibliothèque au moment où Ameilhon en prit possession :
«La Bibliothèque du couvent des Grands-Augustins était installée rrdans un superbe vaisseau «bien éclairé». Germain Brice ajoute que la salle a regnoit au-dessus d'un des dortoirs», et l'exactitude de ce renseignement nous a été confirmée par un plan tracé à la main, que nous avons trouvé au Cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale , dans la précieuse collection dite Topographie de Paris. Cette galerie était entourée de boiseries, et des portes grillées protégeaient les volumes ; on y voyait aussi deux beaux globes exécutés par Coronelli , etc.
ff La collection renfermait dix-huit mille cinq cent cinquante volumes, y compris quatre cent vingtsix manuscrits.»
(SJ Voir, à cet égard, l’article du quai des Auguslins. Au marché qui se tenait depuis plusieurs siècles sur ce quai, fut réuni, en 1G79, celui de la rue Mauconseil. A celte époque, la dame Le Prévost de Courtalvert et le marquis de Sourches et de Guitry exploitaient, dans la rue Mauconseil, un mauvais hangar étroit et bas, servant de halle et répandant dans tout le quartier une odeur malsaine. Sur la plainte des habitants voisins, il fut décidé que la volaille se vendrait sur le quai des Augustins , où il existait déjà un marché de ce genre , et point ailleurs rr sous peine du fouet».
On l’avait surnommée le Marché de la Vallée, parce qu’il était situé dans la partie basse de la berge du fleuve, à l’endroit où existait jadis la rtsaulsaye» dont parlent Du Brcul et Félibien, et au point où Philippe le Bel avait jugé nécessaire la construction d’un mur de quai.
Il ne reste donc plus rien aujourd’hui nr du couvent des Grands-Augustins, ni du marché qui lui avait succédé.
HUE DU BATTOIR