RUE DE LA VIEIL LE-B 0 U GLE R I E
En i3go et i 3 g 3 , les deux qualificatifs qui servaient à distinguer la Bouderie occidentale passent à la Bouderie orientale; on la trouve dénommée la Grant et la Vieille Bouderie; mais il est impossible de s’y méprendre, le texte ajoutant ces mots significatifs « autrement appellée la rue Neufve du bout du Pont Sainct- Michel r,
Au xvc siècle, la confusion va s’accentuant davantage encore, et toutes les désignations de Finie des deux voies passent à l’autre; on trouve, en i 4oi et i4o4. rue Neufve Mascon ou de ÏAbbreuvoir Moscou; en i4og, nie de ÏAbbreuvoir Mascon aultrement la rue Neufve Sainct-Michel; en 1 4a 6 , me Neufve du Pont Saint-Michel, dicte la Bouderie; en î 442 , rue Neufve de l’Abbreuvoir de Mascon, jadis appelée la rue de la Petite Bouderie; en ) 465, rue de la Grant Bouderie, jadis appelée ÏAbbreuvoir Mascon; en i46g, rue Neufve Sainct-Michel, dicte la Bouderie.
Dans la première moitié du xvi° siècle, le nom de la rue de Mâcon étant appliqué exclusivement à la Bouderie occidentale, celui de Vieille Bouderie, qui lui appartenait sans conteste, puisque les boucliers ou fabricants de boucles s’y étaient établis depuis plus longtemps, passe définitivement à la Bouderie orientale, qui devient alors et qui demeure, jusqu’à l'époque contemporaine, la rue de la Vieille Bouderie.
Il nous reste maintenant à mentionner et à expliquer certaines appellations erronées qui ne sont que des fautes de lecture et de copie, et à donner raison du mot boucherie qui se trouve dans un titre de 1284.
Sauvai, cité par Jaillot, dit qu’il y avait à Paris deux rues de la Bouderie, l une appelée la Petite et située dans la Ville — ce serait aujourd’hui la rue du Poirier, suite de la rue Brise-Miche, dans le quartier Saint-MerriW, — l’autre sise dans l’Université et nommée la Grande Bouderie , la Vieille Bouquetterie ou Baùquetterie W. Il cite, en outre, l’article d’un compte du Domaine, de l’année i43g, dans lequel est énoncée une maison sise crue qu’on disoit la porte Bouclerière, et de présent communément appelée rue Neufve outre le pont S. Michel n(34
Berty a relevé d’autres erreurs dont une fort ancienne, puisqu’elle remonte à l’année 1262 ; à cette époque, la voie dont nous nous occupons était assez fré-
(1) Jaillot relève celte erreur de Sauvai : rCet écrivain, dit-il, s’est trompé sur la rue de la Petite Bouderie, en disant que c’est celle du Poirier. Il est vrai que, dans le quartier Saint-Martin, il v a une rue du Poirier, autrefois appelée la Bouderie ; mais celle dont il s’agit étoit située dans le quartier Saint-André, r,
Guillot les y place toutes les deux :
Assez tôt trouva Sacalie Et la petite Bouderie,
Et la çrant Bouderie aprez Et Hirondalc tout eraprez.
(2) Antiquités de Paris , I, p. 118.
W Ibid. , III, p. 33G.
quemment confondue avec celle de la Harpe, puisqu'on la trouve désignée sous le nom de rue des Juifs.
Quant au vocable Boucherie, qualifié généralement de mauvaise lecture, il a sa raison d’être : cJe ne pense pas, dit Jaillot, que ce soit une faute de copiste ou d’imprimeur, et je crois qu’anciennement on a dit la Bouderie et ensuite la Boucherie, parce que la boucherie de Saint-Germain étoit établie, au xuc siècle, à la place dite depuis du Pont Saint-Michel, qui n’existoit pas encore alors. On voit, en effet, dans les titres de cette abbaye, qu’on l’appeloit, en 1272 et années suivantes, rue de la Vieille-Boucherie, ainsi qu’on peut s’en convaincre en lisant l’acte d’amortissement fait à Saint-Etienne-des-Grès, et celui d’une vente faite au Chapitre Saint-Marcel, en 1277, dans lesquels on indique les Vieilles Boucheries et la rue de la Vieille-Boucherie b). v
tt C’est par altération du mot boucherie, ajoute Sauvai , et lorsque celles de l’abbaye Saint-Germain furent transférées, après le milieu du xmc siècle, dans la rue qui eu porte le nom aujourd'hui^, qu’on redonna à celle-ci le nom quelle portoit anciennement (3L v
Cette dernière assertion est conjecturale; mais le fait est vraisemblable, bien que Jaillot l’ait infirmé, dans une certaine mesure, en faisant remarquer que la grande rue Bouderie ou rue Mâcon tt aboutissoit alors à la Boucherie, située au coin delà rue de l’Hirondelle Wj.
11 y a peu d’années, la rue de la Vieille-Bouclerie était encore presque intacte; la formation de la nouvelle place de la fontaine Saint-Michel — qu’il 11e faut pas confondre avec l’ancienne place de la porte Saint-Michel — et l’ouverture du boulevard, dit d’abord de Sébastopol (rive gauche), puis Saint-Michel, ont réduit à fort peu de chose ce qui reste de celte antique voie. Le côté occidental a complètement disparu, et il ne subsiste, du côté oriental, que quelques maisons comprises entre le débouché des rues de la Harpe et de la Huchette. Le nom de Bouderie a disparu également : comme au temps où cette petite voie, continuant la rue des Juifs ou de la Juiverie, était désignée par le nom de l’instrument biblique propre au roi David, 011 l’appelle aujourd’hui rue de la Harpe. C’est une faible compensation donnée à cette ancienne artère de la rive gauche, pour tout ce que le boulevard Saint-Michel lui a enlevé.
' F. Arch. de Saint-Gennain, A. 3, 9 , 8 et 2 , 10 (ancienne cole donnée par Jaillot).
(S) 11 s'agiL de la rue des Boucberies-Saint-Germain , qui formait, hors de l’enceinte de Philippe-Auguste, la continuation de celle des Cordèles ou des Cordeliers, aujourd’hui rue de l’École-de-Médecine.
et qui a été, de nos jours, absorbe'e par le boulevard Saint -Germain. C’dtait,au moment de sa destruction , la seule rue des Boucheries existant à Paris.
(3) Becherciies, etc. Quartier Saint-André-des- Arts, p. /ii.
<*> Ibid.