‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 90 sur 206 · DE LA PETITE -BOUCLERIE, DE LA VIEILLE-BOUCLERIE · texte numérisé non relu

DE LA PETITE -BOUCLERIE, DE LA VIEILLE-BOUCLERIE

NEUVE SAINT-MICHEL, DE L’ABREUVOIR MÂCON, DE MÂCON ET DÉSIGNÉE PLUS EXACTEMENT PAR LE NOM DE BOUCLERIE ORIENTALE.

Adolphe Berty reconnaît que ce coin du vieux Paris lui a causé le plus grand embarras ; voici l’aveu qu’il a consigné dans ses notes :

-t Les rues de la Vieille-Bouderie, Mâcon et de l’ Abreuvoir-Mâcon sont certainement celles de tout Paris dont les noms présentent la confusion la plus embarrassante à élucider. 11 arrive souvent, en effet, que l’on ne sait à laquelle de ces rues il faut appliquer les titres. Aussi Jaillot lui-même s’est fourvoyé en en parlant, et nous n’aurions sans doute pas évité cet écueil, sans les éclaircissements que nous ont fournis les notes servant de bases à nos restitutions. Quoi qu’il en soit, aucune question de ce genre ne nous a présenté plus de difficultés à résoudre, n

L’erreur que Berty reproche à Jaillot consiste non seulement à avoir confondu les deux Bouderies, en attribuant à l'une certaines maisons situées dans l’autre, mais encore à ne pas avoir identifié suffisamment avec la rue Régnault le Harpeur la voie qui s’est appelée successivement Petite-Bouderie1, Vieille-Bouderie, Neuve- Saint-Michel et de V Abreuvoir-Mâcon. Cette double erreur reconnue, il esl juste de faire honneur à Jaillot des nombreuses sources qu’il a découvertes et des renseignements utiles que renferme sou article.

La plus ancienne mention de la Bouderie est celle qu’il a trouvée dans les registres de la temporalité de l’église Notre-Dame!1), où elle figure sous le nom de viens Boclearia. Il a rencontré la même appellation , à la date de 12 65, dans le cartulaire de la Sorbonne P). Mais il se trompe, quand il applique à la voie dont nous nous occupons la dénomination de vêtus Bouclearia, que les cartulaires de Saint-Victor et de Saint-Germain mentionnent en 12/16, 1265 et 1 267 (3) et qui, à cette époque, appartenait exclusivement à l’autre Bouderie, celle qui a gardé jusqu’à sa suppression le nom de Mâcon, et qui s’étendait de l’extrémité orientale de la rue Saint-André-des-Ars à l’extrémité méridionale de celle de la Harpe.

(l) Manuscrit de la Bibliothèque nationale , colé Cart. de Sorbonne, fol. io3.

5i85 B, fol. 191 (ancienne cote donnée par (3) Cart. de Saint-Victor et de Saint-Germain , aux Jaillot). années indiquées.

C’est à ce dernier point (pie commençait la rue dite d’abord de Régnault le Harpeur et désignée plus tard par les quatre autres noms placés en tête de cet article : Petite-Bouderie, Vieille-Bouclerie, Neuve-Saint-Micliel, Abreuvoir-Mâcon. Berty a porté la lumière dans cette obscurité :

<t C’est la rue de la Vieille-Bouclerie (Bouderie orientale), dit-il, et non celle de la Harpe, comme semble l’avoir cru Jaillot, qui s’appelait viens Reginaldi citharatoris (12/17), viens Reginaldi dieti le Harpeur ( t 2 6 5 ) , viens Reginaldi le Herpeor (126g), viens Reginaldi cithariste (1 270) , et en français, dei258ài283, rue Regnaud, ou Richard le Harpeur. A la fin du xra' siècle, cette appellation disparaît pour faire place à celle de Petite-Bouclerie. O11 lit, en ellet, dans une charte appartenant aux archives de' l’Hôtel-Dieu, et qui est datée de 128/1, viens Reginaldi le Harpeur, seu pana boucheria — lisez boucleria — et, dans plusieurs autres pièces provenant de la Grande Confrérie, niais postérieures d’un demi-siècle, ces mots significatifs : La Petite Bouderie que l’on souloit appeler la rue Richard le Harpeur, et rue Régnault le Harpeur, que l’on appelle à présent la Petite Bouderie. 71

L'identification de la Petite Bouderie, ou Bouderie orientale, avec la rue Régnault ou Richard le Harpeur, ressort évidemment de ces textes : à la fin du \uic siècle et dans la première moitié du xivc, on distinguait donc complètement l’une de l’autre, la Grande ou Vieille Bouderie occidentale — plus connue sous le nom de rue de Mâcon, — de la Petite Bouderie ou Bouderie orientale, qui formait la continuation de la rue de la Harpe. Mais la proximité des deux voies et la presque identité des deux noms amenèrent promptement une confusion entre elles. La Petite Bouderie, qui continuait la rue de la Harpe, conduisant plus directement que la grande à Yabreuvoir de Mâcon, on lui donna ce dernier nom vers la fin du xive siècle (i3gi), et l’on arriva même, en abrégeant, à dire rue de Mâcon. Au xvc siècle, les deux appellations sont fréquentes, et les titres où on les rencontre induisent facilement en erreur.

Une circonstance nouvelle vint ajouter à la confusion : ce fut la construction du pont Saint-Michel. Pour lui donner un débouché convenable, on fut obligé d’élargir la Petite Bouderie et, par conséquent, d’en démolir partiellement les maisons. Elle devint ainsi plus importante que la grande. C’eût été le moment de lui rendre son ancien nom de Régnault ou Richard le Harpeur; mais on ny songea point, et l’on continua à suivre l’usage. Reconstruite sur une plus granae largeur, elle hérita tout naturellement des noms et titres de la Grande Bouderie ou Bouderie orientale, laquelle était restée à l’étal de ruelle étroite, transversale et sans débouchés de quelque importance. A partir de la seconde moitié du xiv' siècle, la confusion est complète : ainsi, en 1 3 6 7 , on trouve la voie qui nous occupe appelée : «rue de la Petite Bouderie, aultrement de Masconr.

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