IMPRIMERIE NATIONALE
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AVANT-PROPOS
'armi les ouvrages d'érudition récemment publiés, il en est peu qui aient éveillé l'attention et excité l'intérêt du monde savant au même degré que la Topograplüe hstorique du vieux Paris. Gette restitution patiente, minutieuse, de toutes les rues, de toutes les maisons d'une ville ancienne, si souvent et si radicalement transformée, parut, il y a quinze ans, la plus étonnante des nouveautés. Lorsque l’auteur publia, dans la Revue archéologique d'abord, puis dans un fascicule qui fut présenté à l'institut, un premier essai de sa méthode appliquée à la Cité, on fut surpris et charmé de voir revivre chacune des parcelles bâties du vieux sol parisien: on admira la précision avec laquelle étaient délimitées les justices, les censives, les paroisses, les propriétés privées; on put constater, en rapprochant les plans restitués du texte qui en est la légende, que chaque contenance résultait d'un document authentique, et l’on acquit la certitude qu'on se trouvait en
présence d'un véritable cadastre rétrospectif.
Un travail de cette importance ne pouvait pas être une improvisation; non-seulement il était le fruit d’une préparation longue et persévérante, mais encore il avait ses antécédents; il se rattachait, par les liens les plus étroits, à une entreprise considérable, la Statistique monumentale de Paris. En soumettant, dès 1835, à M. Guizot, alors ministre de l'instruction publique,
«le plan d'un ouvrage étendu destiné à faire connaître les monuments de la
«capitale ®, » M. Albert Lenoir se proposait de retracer aussi fidèlement que
® Les trois {lots de la Cité compris entre les rues Adolphe Berty; Paris, Didier, 1860.— © Statisde la Licorne, aux Fèves, de la Lanterne, du Haut- tique monumentale de Paris, explication des planches Moulin et de Glatigny, fragments d'une histoire to- par M. Albert Lenoir, introduction, per
pographique et archéologique du vieux Paris, par
LLLE A
il TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
possible l'aspect ancien de la ville dont il allait étudier les principaux édifices; un «plan archéologique » rigoureux lui paraissait être le couronnement naturel de son œuvre. Il fallait, en effet, localiser exactement ces palais, ces monastères, ces églises, dont la plupart avaient été, à l'origine, le centre
rolomérations suburbaines ; il fallait
et le motif déterminant des diverses agp
suivre sur le sol leurs agrandissements successifs el mesurer, d'année en année, le rayon de cette circonférence que le mouvement de la population décrivait autour de chaque grand établissement civil ou religieux. Dans les idées et avec les institutions du moyen âge, la mise en valeur des terrains en censive était le mode de peuplement le plus uaturel:; le bail à cens, en appelant les familles sur les terres accensées, contribuait puissamment à l’accroissement de la ville et des faubourgs, en même temps qu'il assurait la prospérité de l'établissement possesseur du sol. Les abbayes de Sant-Germain. de Sainte-Geneviève, de Saint-Antoine, de Montmartre, le prieuré de Saint-Martin-des-Champs, etc., ete., ont rayonné ainsi dans la campagne, jusqu'aux portes de Paris, et les boures qui se formaient autour de ces édifices. à l'ombre de leurs eloîtres et de leurs clochers, ont constitué, en se soudant les uns aux autres, une seconde ville, que la destruction des vieilles enceintes a naturellement incorporée à la première.
La Topograplue historique du vieux Paris avait done dans la Statistique monumentale son point d'attache et sa raison d'être. M. Albert Lenoir le comprit dès le début de sa publication, et chargea l'un de ses collaborateurs de lui fournir les éléments du plan archéologique» dont il voyait nette-
ment la nécessité M),
Mais un document digne de ce nom ne peut être qu'une résultante : pour O
dresser un plan sérieux qui donne l'état contemporain, où tout au moins
l'état le plus rapproché possible de
) Feu Berty indique ainsi la mission qui lui fut confiée : «Au mois de janvier 1849, M. Albert - Lenoir, qui dirigeait alors la Statistique monumen- “tale de Paris, nous chargea de dresser un plan sarchéologique destiné à en devenir le complé-
-ment; ce plan devait comprendre les anciennes
la fondation des grands édifices pari-
+ voies des diverses périodes, le tracé des enceintes, “l'ichnographie des édifices détruits, résumer, en un mot, tout ce que l'on croyait savoir, et y ajourter autant que cela se pourrail. » (Topographie historique du vieuæ Paris, Région du Louvre et des
Tuileries, L, introduction, p. vin. )
AVANT-PROPOS. ll siens, 1l faut que chaque ligne, chaque trait, soit une induction ou une déduction rigoureuse. Il est fécessair® que les pièces écrites suppléent aux représentations fisurées, et qu'à défaut de documents graphiques, des textes clairs et précis guident le crayon du dessinateur. En effet, tous ceux qui ont étudié le parcellaire du vieux Paris savent quon n'en saurait donner une idée quelque peu exacte, si l'on se borne à reproduire, en les coordonnant, les petits plans de détail annexés à des pièces d'archives, et les plans d'ensemble ou « pouretraicts» qui commencent à paraître au xvi° siècle.
M. Bonnardot a publié, dans ses excellentes études sur les plans et les enceintes de Paris), quelques croquis à la plume, où sont grossièrement figu-
rées certunes parties de la ville. I] ne les considère que comme des mages
£ m à CBC 54 \
et ne leur accorde qu'une confiance limitée : «On suppose dans ce système,
«dit-il, que le spectateur plane successivement, comme ferait un oiseau,
“sur chaque point de la ville, et qu'il en aperçoit les édifices sous deux as-
«“pects, dont l’un se présente de face, l'autre de profil. On concoit, ajoute-
«tal, que ce genre de dessin-relief ne peut avoir pour base qu'une perspec- «live factice, qui s'éloigne souvent de la nature.» M. Albert Lenoir était du même sentiment ; cependant il fit rechercher ces croquis si naïfs dans leur mode de figuration et si dépourvus de précision géométrale. Quand son collaborateur les rencontrait dans les dépôts d'archives, 11 les acceptait sous toutes réserves, les rapprochait des documents écrits, les comparait aux plans factices qu'il avait faits lui-même, d'après Les textes, et les soumettait ainsi à tous les genres de contrôle. Sa probité archéologique lui faisait en outre un devoir de les mettre sous les yeux du lecteur : dans le volume même dont 1l nous a laissé les éléments et que nous publions aujourd'hui, on trouvera deux de ces images fidèlement reproduites. Ge sont : une vue à vol d'oiseau de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, datant de la premiére moitié du xvr' siècle, et un plan du Clos aux Bourgeois dressé, au commen-
cement du xvn*, par Francois Quesnel et Claude Vellefaux ®.
Études archéologiques sur les anciens plans de tations sur les enceintes, pl. XIT, fig. 4,6, 11. Paris; Paris, Deflorenne, 1851. — Dissertations @ Études sur les plans, p. 22. archéologiques sur les anciennes enceintes de Paris ; Ce plan, réduit par feu Berty lui-même, est Paris, Dumoulin, 1853. reproduit en noir à la page 292 du présent vo-
Etudes sur les plans, p. 23, — Disser- lume, ? E
iV TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
Si les plans partiels, croquis ou images, devaient compter comme éléments essentiels dans la préparation d'un «plan archéologique » véritablement digne de ce nom, ilne fallait pas non plus négliger les plans d'ensemble, ces vieux « pouretraiets de Paris» qui permettent, mieux que toute autre lis
St
uration, de plonger dans l'intérieur de la ville, d'en suivre les rues et de arer à plaisir dans les méandres de cette viabilité si différente de la nôtre. Feu Berty leur accordait quelque créance : représentation plus ou moins exacte d’un élat contemporain de leur publication, ils constituaient à ses yeux un jalon, un point de repère : mais il ne leur demandait aucune indication rétrospeclive. Beaucoup moins rigoureux que les croquis à la plume el les plans partiels dressés à l'occasion de quelque différend judicire, is lui paraissaient se rattacher plutôt aux fantaisies des anciens miniaturistes. C'est l'opinion que nous avons émise nous-même, à propos du célèbre plan de Tapisserie, devant une assemblée savante qui a paru la parlager :
«11 nous semble, disions-nous, que les plans en tapisserie, les plus an- «ciens parmi les « pouretrarcts de Paris.» ont une date dans l'histoire de la « lopographie figurée, qu'ils représentent une époque intermédiaire assez «définie, qu'ils sont une sorte de transition entre la miniature et la gravure «sur bois, à laquelle nous devons les premiers plans de Paris. Ils devancent «la xylographie, comme le manuscrit précède le livre. C’est une succession ticonographique véritablement curieuse. En même temps que les enlumi- “neurs parisiens saisissent toutes les occasions qui leur sont offertes de re- - présenter leur ville, alors même qu'il s'agit de Troie. de Jérusalem, de « Babylone, ou de toute autre cité lointaine, dont l'aspect leur élait in- «connu, les tapissiers + nostrez el sarrasinois, » comme ils sont qualifiés dans le Livre des Métiers, imitateurs nés des miniaturistes, s'étudient à tisser «ce que leurs confrères enluminent, et cherchent à obtenir, par des pro-
«diges de trame et de teinture, ce que l’on peut appeler de grandes minia-
ures en laine. Dans cette lutte, ils ont plus d'un désavantage : l'éclat des couleurs. le brillant des ors, le fini des détails et tout le chatoiement de la «miniature leur sont inaccessibles; mais leurs rivaux font pelit, et eux, ils rand. très-prand même. Ceux-là ont leurs chefs-d'œuvre enchainés
“font 9
AVANT-PROPOS
#dans les librairies; ceux-ci exhibent les leurs aux fêtes du Corpus Christ, “aux processions de sainte Geneviève, au feu de la Saint-Jean et autres “galas, sacrés ou profanes.
« Gelte proche parenté de la miniature et de la tapisserie parait ressortir “avec évidence de l'examen comparé de la célèbre tapisserie de Beauvais “avec diverses pages de manuscrits enluminés. Qu'on rapproche la miniature «placée dans la continuation des Chroniques de Monstrelet, et représentant «l'entrée du roi Louis XI à Paris, en 1461, avec le panneau de droite de la «tapisserie de Beauvais, l'analogie paraïtra évidente; c'est le même procédé. + Seulement, la scène historique, qui est réelle dans le texte, occupe dans «la miniature une place relativement considérable, et la ville de Paris n° “est que l’accessoire; dans la tapisserie de Beauvais, au contraire, la ville «remplit tout le fond du panneau. Les personnages légendaires du premier «plan, Pâris, Tureus, etc., habillés à la moderne, selon l’'anachronisme «constant des miniaturistes et des tapissiers, semblent s'écarter pour laisser «voir la cité dont on leur attribue la fondation.
« D'année en année, l'importance relative se déplace : le « pourtraict» de «la ville, d'abord vague, confus, ramassé, se précise et se développe, tandis «que les personnages, refoulés de partout, cèdent la place, se rapetissent «et se réfugient dans les coins, dans la bordure, où nous les retrouvons, à «l'état de petites illustrations, jusqu'au milieu du xvn° siècle. Le plan de « Beauvais était, relativement aux miniatures, un progrès considérable ; celui «de Paris, évalement en tapisserie, en a réalisé un plus décisif encore, « puisque au lointain, à la perspective, au second plan, il a substitué une vue intérieure et détaillée de cette cité, dont les miniaturistes et les tapissiers «précédents ne nous montraient que les saillies monumentales. Les plans «tissés sont done en avance sur les plans xylographiques. Ceux-ci, en effet, «tullés plus ou moins grossièrement et à peu de frais, se plaçaient dans un «livre imprimé quelquefois loin de la ville qu'ils avaient la prétention de représenter, comme la Chronique de Nuremberg et la Cosmographie de «Munster; on les consultait peu et ils pouvaient être impunément inexacts. «+ Ceux-là, au contraire, destinés à décorer les palais, les églises, les hôtels
«seieneuriaux, exécutés avec soin et dans de grandes proportions, exhibés
Ne - MENRCS ARON PET TRE DE Dr 7 sis : u . L
vi TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
«aux yeux de la foule dans les fêtes solennelles, exigeaient d'énormes dépenses et devaient présenter un degré d'exactilude suflisant pour ne pas + prêter trop ouvertement le flanc à la critique 0.»
Plans partiels el plans d'ensemble, plans manuserils, Uissés ou gravés, le collaborateur de M. Albert Lenoir dut tout voir et tout apprécier. Dans la préface du premier volume de la Æéoion du Louvre et des Tuileries, 1 a consigné le jugement imparual qu'un long et consciencieux examen lui à permis de porter sur chaque catégorie de documents : « L'insuflisance des notions «contenues dans les livres et dans les plans gravés étant bien constatée, 1l «devenait urgent, ditl, de recourir à des sources plus abondantes, c'est-à- « dire aborder les dépôts d'archives. À Faide des innombrables pièces inédites “qui y sont contenues, on devait, en eflet, pouvoir reconstituer d'une ma- «nière authentique cette topographie du vieux Paris restée si vague et dé- +naturée par tant d'erreurs ©
Feu Berty ne s'exprime pas moins nettement sur la valeur des documents manuserits qu'il a consultés : + Les plans manuscrits que nous avons utilisés. -ditl, sont tous partiels: ils renferment une rue, un ilot, un quartier au «plus. En fait d'anciens plans généraux, on ne faisait guère autrefois que + des ünages, telles que le plan de la Tapisserie, l'un des plus anciens + pourc- +traicts de Paris» qui nous soient parvenus et qui nest, en réalité, qu'une sorte de vue à vol d'oiseau. À l'époque où ce travail fut fait, l'art péodé- -sique était dans l'enfance, et ne visait nullement à la précision. . ...... + Quant aux plans tombés dans le domaine publie, il faut s'abstenir d'y por- +ter le compas et ne leur demander que des renseignements approximatbls. «Toutefois. on arrive à des conclusions très-voisines de la vérité, en combi- «nant les indications qu'ils fournissent avec les données plus précises qui se + déduisent de la lecture des textes et notamment des pièces consütuant les
«archives domaniales
Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris ei 2 Topographie historique du vieux Paris, Région de lle de France, année 18
L.-M. Tisserand sur un projet de reproduction du Topographie historique du vieux Paris, Région
p. 89. Note de du Louvre et des Tuileries, 1, préface, p. 1x.
plan de Tapisserie. lu Louvre et des Tuileries. 1, p. xir et xt
AVANT-PROPOS. vi
On le voit, la lumière se faisait peu à peu dans l'esprit des auteurs de la Stahstique monumentale. L'idée d’une restitution complète du vieux Paris, à l’aide des indications fournies par les pièces d'archives, commençait à se dégager des obscurités qui enveloppent toujours un premier essai ; et cette perspective parutsi séduisante qu'on n'hésita point devant l'immensité du travail à entreprendre. « En peu de temps, dit feu Berty, à qui était échue la part «la plus considérable de la besogne, maloré les difficultés du début, nous +commençâmes à entrevoir la possibilité d'accomplir une œuvre entière- «ment nouvelle : la restitution de chacune des propriétés composant les ilots «de maisons. Notre courage s'en accrut, et, à la suite d'efforts opiniâtres, nous “eûmes enfin la satisfaction de constater qu'un groupe de maisons était rétabli “avec exactitude. Une feuille de plan fut alors entreprise, puis soumise, «dans une séance de l’un des Comités historiques, aux savants les plus “aptes à en juger, et accueillie par eux avec autant de faveur que de sur-
«prise. La voie était ouverte: il n'y avait plus qu'à y persévérer 0), ;
On comprend encore aujourd'hui la «faveur» et la «surprise » qui accueil- Brent, il y a quinze ou vingt ans, cette résurrection inespérée d’un parcellaire que les savants les plus au courant des choses parisiennes désespéraient de pouvoir jamais reconstituer. Les palais, les églises, les monastères, les résidences princières, les hôtels seigneuriaux, les demeures de la haute bourgeoisie peuvent, Jusqu'à un certain point, revivre dans un texte et sur un plan : Du Breul, Sauval, Félibien, Lebeuf et les autres historiens de Paris en ont fait l'histoire; Marot, Pérelle. Israël Sylvestre, Blondel, Millin, Alexandre Lenoir nous en ont conservé quelques aspects. IL n'est donc pas impossible à un érudit d'arriver, en coordonnant ces divers éléments, à composer de curieuses planches et d'intéressantes monographies. Mais, entre les prands édifices dont nous venons de parler, s'étendaient de vastes espaces couverts par des maisons bourgeoises et marchandes, maisons de toute forme, de toute grandeur, pleines de souvenirs historiques, peuplées d'objets d'art ou de métier, désionées par de curieuses enseignes, et
1 Topographie historique du vieux Paris, Région du Louvre et des Tuileries, L, préface, p. 1x.
offrant. dans leur infinie variété, des spécimens multiples de la construction, de la décoration intérieure et extérieure, de la distribution ainsi que de l'aménagement des demeures parisiennes au moyen âge. Ces maisons ont passé de main en main, el l'histoire de leur transmission se confond avec celle de la population parisienne ; tantôt divisées entre les membres d'une nombreuse famille, tantôt réunies pour former un logis plus important, elles sont sorties du domaine royal, aristocratique ou religieux, et leurs translorù . e LE : sc , À mations diverses ont suivi le mouvement politique et social d'où est résulté le Paris moderne.
Les auteurs des vieux + pourctraicts de Paris » et les topographes auxquels on doit les plans des trois derniers siècles ne se sont point embarrassés de cette masse de constructions privées. Is les ont figurées soit par des maisonnettes absolument uniformes, telles qu'on les voit sur les plans en élévation. ou à vol d'oiseau, de la Tapisserie, de Saint-Victor, de Truschet, de Quesnel, de Mérian, de Vassalieu, ete., soit par un pointillé ou des hachures, comme on peut le constater en consultant la série des plans édités
depuis Gomboust et Lacaille jusqu'à Delagrive el Jallot.
Déterminé à ne point suivre ses devanciers, mais à faire sortir la Lopographie parisienne de l'ornière où elle se trainait depuis longtemps, feu Berty a procédé comme tous les chercheurs logiques : 1l est allé du connu à l'inconnu. Ainsi que Jaillot, dont il à adopté l'épigraphe, empruntée à Horace), il s'est demandé quel esl l'élément topographique le plus simple, et 11 l'a trouvé. .... dans la rue. Qu'elle soit une voie romaine, un chemin royal, un chemin rural, une voie limitative des justices, des censives, des fiefs ou des paroisses, la rue lui parait être le fait topographique initial, le plus facile à saisir et à constater. Quand il a pu arrêter le tracé d'une rue, il en fait l'historique. d'après les tres qu'il a dépouillés, indique les juridictions différentes dont elle dépendait, énumère les dénominations successives qui lui ont été appliquées, fait connaître les modifications de longueur
et de largeur qu'elle a pu subir, et recueille, chemin faisant, toutes les in-
D Quid verum. .… curo et ropo, et omnis in hoc sum (Epist. |, n)
AVANT-PROPOS. IX dications qui peuvent lui servir à constituer son parcellaire. Les principales sont évidemment celles qui lui révèlent l'existence d’une voie parallèle, oblique, ou transversale : en effet, à l’aide de ce nouvel élément, il parvient a conshtuer un îlot, c’est-à-dire un polygone plus ou moins irrégulier, circonscril par trois ou quatre voies publiques.
Parvenu à ce point, Berty commence à serrer de plus près l'inconnue topographique qu'il veut dégager. I entreprend alors ce travail de lotissement auquel 1] donnait plaisamment le nom de «casse-tête chinois.» Les censiers fournissant assez exactement le nombre des maisons et l'indication des contenances, 1l s'agit de placer ces maisons dans l’ordre où elles sont énumérées, et de combiner ces contenances avec celles que d’autres titres attribuent aux propriétés ayant leur entrée sur une rue parallèle ou transversale, mais touchant aux premières par le fond ou par le flanc. Lorsque les pièces de 1e je le pat +e s'emboitent bien les es dans les : ‘es. l'accord t = ce Jeu de patience s'emboitent bien les unes dans les autres, l'accord topo graphique est parfait et ilot est reconstitué. Mais il se produit souvent des discordances : les contenances indiquées par les titres sont plus d'une fois supérieures où inférieures à la superficie de l'ilot: les maisons, les clos énumérés dans les censiers résistent parfois au travail d'identification, c'est-àdire qu'on n'en retrouve pas la place sur le terrain, el qu'on ne saurait dire si telle dénomination, telle enseigne, existant à un moment donné, répond exactement à la même enseigne et à la même dénomination constatées à une autre époque.
Dans ces cas désespérés, Berty se souvenait qu'il était architecte et géomètre :1l quittait les Archives, se rendait sur le terrain, mesurait les superficies, retrouvait les murs mitoyens, postérieurs ou latéraux, et reconnaissail que ces limites étaient à peu près immuables. En eflet, dit-il, «quand on «reconsiruisait une maison, on ne pouvait l'élargir — ou l'agrandir dans le «sens de la profondeur — qu'en entamant les bâtiments contigus; or une pareille opération n'était réalisable que par voie d'héritage ou d'acquisi- “tion, circonstances fort rares au moyen âge, où les accensements de ter-
crains étaient réputés perpétuels®).» Les murs mitoyens l'aidaient donc à
Topographie historique du vieux Paris, Région du Louvre et des Tuileries, F, préface, p. x1v
ni. :
interpréter les textes, et c'est ainsi que, paléographe et architecte alternativement, il arrivait à cette identification parcellaire qui était le couronnement de ses longs travaux. I } parvenail également au moyen d’une faculté toute spéciale dont il était doué : c'était «eette espèce d'intuition qu'une “longue expérience finit par développer, et qui permet de discerner les re-
-maniements opérés dans les ilots(.>
\ l'aide de toutes ces ressources, l'ilot, le quartier se reconstituaient : les maisons, rigoureusement identifiées, prenaient place de chaque côté de la rue qu'on décrivail ; palais, églises, monastéres, hôtels, colléges, simples maisons de bourgeois et d'artisans se succédaient, sans autre ordre que celui de la contiguité; on faisait, à la suite de l'auteur, comme l’a dit ingénieusement M. Vitet, une sorte de promenade rétrospective à travers le vieux Paris : on allait ainsi de porte en porte; on S'arrétait devant un couvent, devant un hôpital, devant une résidence princière ou seioneuriale; on y entrait el l'on sv atlardait jusqu'à ce qu'on en eüt fait l'inventaire exact et l'histo-
rique complet.
Tel est le travail qui s'est accompli sous nos yeux, auquel nous avons pris une part. modesle, mais utile. et dont nous avons recueilli les éléments dispersés, pour les réunir et les publier un jour. \près l'interruption de la Slabstique monumentale, et la cession à la ville de Paris des planches desti-
nées à former le +plan archéologique » projeté par M. Albert Lenoir, feu
ss
Berty fit apport de son manuserit, qu'on nous pria de reviser; 1] accepla,
non sans quelque hésitation, notre concours littéraire, et nous imbia, trop
discrètement peut-être, à ses procédés de restitution. Grâce à cette collabo-
dde esp tr,
ration, que ses meilleurs amis lui avaient toujours conseillée, el qui eut pour but unique de faire ressortir les mérites de son œuvre, il put enfin voir paraitre le premier volume de cette histoire topographique dont il avait conçu l'idée et afhrmé la possibilité.
Contrairement à l'attente générale, ce premier volume n'était consacré
Topographie historique du vieux Paris, Région du Louvre et des Tuileries. [, préface, p. xv.
AVANT-PROPOS
ni à la Cité, mi au quartier de l'Université, double berceau de la ville galloromaine: 1l avait pour objet la région du Louvre et des Tuileries, c'està-dire une partie relativement moderne dans l'histoire du vieux Paris. L'auteur s'émut des observations qui lui furent faites sur cette apparente singularité, et il nous chargea d'y répondre dans la préface de l'ouvrage. Voici en quels Lermes nous fimes valoir les raisons auxquelles il croyait devoir obéir :
Un travail de restitution aussi étendu. aussi compliqué, est soumis à des + nécessités de toute nature, qui amènent forcément des interversions dans « l’ordre de succession des parles qui le composent. Les titres écrits ont leurs “lacunes et présentent de nombreuses difficultés d'interprétation; les docu- «ments lapidaires ne peuvent être utilement consultés qu'au moment où la “pioche ouvre les profondeurs du sol qui les renferme. Il faut done, pour «mettre sûrement la dernière main à un volume de texte et à une feuille de « plan, attendre tantôt la découverte de pièces manuserites nouvelles ou le dé- + pouillement d'anciens fonds qui n'avaient pas encore été livrés au publie, tan- «tôt l'exécution de grands travaux de construction ou d'édilité, d'où résultent «soit un utile complément d'indications, soit une confirmation matérielle des «renseignements fournis par les archives. Ces déviations, que ne connaissent «mi les littérateurs, ni les hommes de science pure, un historien-topographe “est obligé de les subir : il va où l'appellent les matériaux qui doivent en- +trer dans la composition de son œuvre: il suspend momentanément certaines “parties de son travail quand il à l'espoir de faire quelques bonnes trou- + vailles, et il ne se décide à les livrer au public que lorsqu'il croit avoir
+ épuisé les sources (1). ;
Fidèle à ces principes, que nul savant ne désavouera, feu Berty reconnaissait que la Cité, dont les vieilles maisons tombaient, au moment même où s'imprimait le premier volume de la Topographie, n'avait pas encore été assez fouillée dans ses profondeurs historiques; 1l confessait également que les
quartiers de l'Université, au milieu desquels on commencait à ouvrir de nou-
Topographie historique du vieux Paris. Région du Louvre et des Tuileries, 1, préface, p. xwr.
xII TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
velles voies, avaient encore bien des secrets archéologiques à révéler, et depuis, les faits lui ont donné complétement raison. La Topograplue lastorique du vieux Paris débuta done par la région du Louvre et des Tuileries, à travers laquelle de grandes voies venaient d'être ouvertes, et qui lui paraissait suffisamment explorée.
Un seul doute restait dans son esprit, et il eut, avant sa mort, la satisaction de le voir levé d’une façon péremptoire. Quel était l'emplacement exact du vieux Louvre? Les substructions que la forteresse de Philippe- Auguste à laissées dans le sol existent-elles au point précis où les titres les signalent? Et, pour élever le problème à la hauteur d'une question de principe, doit-on, lorsqu'il n'est pas possible d'interroger le sol, accorder une créance entière aux restitutions qui ont pour base unique l'interprélation des documents écrits? Les fouilles exécutées dans la cour du Louvre. par le Service historique de la ville de Paris, répondirent victorieusement el fixèrent toutes les incertitudes : l'étude des pièces d'archives et «l'intuition » archéologique avaient suffi; le vieux Louvre, avec ses lours, son donjon, son enceinte, ses fossés, était bien enfoui dans le sol à l'endroit où le placait le travail de restitution accompli par feu Berty. Un second volume fut le fruit
de ces heureuses investigations (D.
Depuis, aucune partie nouvelle de l'œuvre n'a pu être publiée. Berty à laissé des notes très-confuses qui exigent un travail de coordination et de révision minutieuse. Les +interversions » nécessaires, les « déviations» oblioées se montrent dans tous ses papiers. Comme il le dit lui-même, il allait là où le conduisait le dépouillement d'un fonds d'archives, où l'ouverture d'une tranchée dans le sol lui permettait de plonger, où l'inspection des murs mitoyens pouvail aider à la formation de son parcellaire. Une exigence d'une autre nalure simposait en outre à son travail : la division de son « plan archéologique» en seize feuilles, destinées à être réunies, l'obliseait de comprendre dans un même carré des portions du sol parisien assez étran-
Un double compte rendu de cês fouilles, écrit breuses planches permettent de suivre toutes les
par feu Berty et par M. Legrand son continualeur, phases du travail, et constituent une histoire 1c0-
occupe la plus grande partie du volume. De nom- nographique de la forteresse.
AVANT-PROPOS. XIIT gères les unes aux autres. C'est ainsi que la feuille V, plus particulièrement consacrée à la région du Louvre et des Tuileries et publiée avec le volume de texte, franchit le fleuve et embrasse, dans son périmètre, une certaine étendue du territoire connu sous le nom de bourg et faubourg Saint-Germain. Cette extension a dû imposer à l'auteur l'obligation de se transporter sur la rive gauche de la Seine, à ce moment surtout où l'entreprise avait pour but la formation d'un plan archéologique destiné à servir d’annexe à la Stahstique monumentale, et nullement la publication d'une série de volumes contenant l’histoire topographique du vieux Paris. Lorsque l'œuvre s'est transformée, le travail, poussé dans une certaine direction, élait trop avancé pour qu'on songeât à lui faire subir une «déviation» nouvelle: il à fallu se résoudre à en publier les diverses parles, au fur et à mesure de leur achèvement, avec les feuilles de plan qui sy rapportent, et en se bor-
nant à les distinguer par le terme, un peu vague, de r'émion.
\insi se justifie le volume que nous présentons aujourd'hui au publie el que feu Berty avait conduit à un degré d'avancement beaucoup plus considérable que les autres parties de son travail. Voici, du reste, de quelle façon 1l délimite lui-même son champ d'exploration topographique : « La
“seigneurie de l'Abbaye — c’est-à-dire le sol sur lequel se sont formés
«le bourg et le faubourg Saint-Germain avait pour confins la rue de « l’Abreuvoir-Macon, et, plus tard, la place du Pont-Saint-Michel, la rue *Saint-André-des-Arts, la partie postérieure de propriétés en bordure sur «les rues de la Vieille-Bouclerie et de Ja Harpe, les rues Hautefeuille, des « Cordeliers (de l'École-de-Médecine), de la Harpe, d'Enfer et l’ancien che- «min de Vanves. Mesurant environ quatre mille mètres, dans sa plus grande “longueur, vers le couchant, et deux mille huit cents mètres à peu près «dans sa plus grande largeur, la seigneurie de l'Abbaye formait un magni- «fique territoire entièrement compacte, à l'exception de l’enclave du Pré- #aux-Clercs 0. »
Une région aussi étendue ne pouvait être ni figurée sur une seule feuille
1 Topographie historique du vieux Paris, Région du bourg Saint-Germain, I. p.1 ele.
de plan, ni décrite eh un volume unique. Feu Berty en a réparti le parcellaire entre trois grandes planches, ce qui, de sa part, impliquait la division du texte en trois volumes distincts. La Commission des Beaux-Arts et des Travaux historiques, à laquelle nous avons proposé de respecter cette distribution, en a reconnu la convenance, et les développements du manusenit que nous avons placé sous ses veux lui ont paru la jusüfier de tout point. Rien n'est, d'ailleurs, plus conforme à la vérité historique et topographique L'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, élément formateur de toute la répion devient peu à peu le noyau d'une agglomération suburbaine, qui se presse autour de ses murailles et rayonne ensuile vers l'orient el l'occident, c'est-à-dire vers la ville et vers la campagne. Cest le bourg Saint-Germain proprement dit. Au commencement du xm° siècle, la partie orientale de ce bourg esl enfermée dans la ville, par la construction de l'enceinte de Philippe-Auguste elle constitue la circonscription de deux nouvelles paroisses urbaines, Saini- Côme et Saint-André-des-Arts, et se trouve ainsi séparée du monastère. Enfin. dans les deux derniers siècles, les prés. les jardins, les allées d'arbres. les terres cultivées se couvrent de constructions : couvents, hôtels el maisons de plaisance sy élèvent en grand nombre, à raison de la salubrité de l'air el du calme dont on y jouit, tout en demeurant à proximité de la ville. Il en résulte une extension considérable du bourg Saint-Germain, qui n'est plus
limité aux environs immédiats de l'Abbaye et devient ainsi un long faubourg.
De ces trois parties. bien nettement délinutées, c'est la première qui fail le sujet du présent volume. Dans un chapitre préliminaire, l'auteur fait connaître origine et les développements successifs du bourg Saint-Germain ; il en énumère les voies, compte celles dont l'existence est constatée des le ur siècle, celles qui n'apparaissent qu'au wwe, celles dont il est fait menlion seulement au xv°, et celles dont on ne trouve pas trace avant le xvr°, \près ce coup d'œil général sur le bourg, il s'engage dans la descripuon de chaque rue, à commencer par celle des Petits-Augustins qui doit le premier rang à l'ordre alphabétique.
Ce système, adopté pour les deux premiers volumes de l'ouvrage, ne pouvait
être abandonné: il a ses avantages au point de vue de la facilité des recherches :
AVANT-PROPOS. \F mais 1l présente de réels inconvénients sous le rapport historique et Lopographique. Il à surtout, dans la région qui nous occupe, le tort de ne pas montrer assez le rayonnement progressif du bourg Saint-Germain autour de l'Abbaye considérée comme point central, et de ne pas distinguer suffisamment les parties du sol primitivement et successivement accensées. Feu Berty reconnaissait ces désavantages ; mais il faisait remarquer, d'une part, que l'ordre alphabétique élait emprunté à Jaillot, qui n'en avait pas trouvé de meilleur, et d'autre part, qu'il existe trop d'incertitudes sur l’antériorité relative des voies publiques du bourg, pour quil soit pos-
sible de les classer par rang d'ancienneté.
L'ordre alphabétique étant ainsi maintenu , les voies du boure Sant-Gerintun se succèdent sans interruption depuis la rue des Petits-Augustins jusqu'à la vue des Quatre-Vents. L'auteur en fait l'historique détaillé ; puis il énumère chaque parcelle bâtie du côté gauche et du côté droit, en indiquant la paroisse, la Justice et la censive dont elle dépend. Les hôtels, les couvents, les hospices , quelques établissements d'une importance secondaire et certaines particularités topographiques donnent lieu à de courtes monographies qui n'interrompent point la succession du parcellaire. De ce nombre sont : le couvent des Petits-Augustins, la Noue ou Petite-Seine. l'hôtel de Malicorne, la maison de l'Annonciation. la petite rue Bourbon-le-Château. la chapelle Saint-Martin-des-Orges, le Petit Pré-aux-Cleres, le Clos Chéradame, le Jeu de Paume de l'Écu de Savoie, l'hôtel de Gondi et de Condé. la maison du Cheval-d'Airain. les Granges aux Malades de Naples, l'hôtel du Sépulcre, la Ferme ou Pressoir de l'Hôtel-Dieu, le Clos aux Bourgeois, le Clos Férou, le cimetière Saint-Sulpice, l'hôtel de Plancy, l'hôtel de Navarre, la foire Saint-Germain, le carrefour de la Croix-Rouge, l'hôtel de Gamaches, l'hôtel de Casin, Fhôtel de Garancière, l'Ilot de la Butte, le Séjour de Nesle, la Charité ou le Sanitat. ln Saumonière, l'Écorcherie Sablonnière, la Tuilerie aux Flamands, l'hôtel des Yveteaux, le Pilori de l'Abbaye, l'hôtel de Sansac, la chapelle et le cimetière Saint-Père, la Voirie ou la Butte, la petite rue Saint-Guillaume, l'Oseraie, l'hôtel de Mézières .
l'hôtel Dauphin, de Bouillon, de Liancourt et de La Rochefoucauld, l'hôtel
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xvI [OPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
et les jardins de la Reine - Marguerite, le presbytère de Saint-Sulpice, l'hôtel de Taranne, le Clos ou Courtille de l'Abbaye, l'hôtel Ventadour. l'hôtel de Savoie. le Pré-Crotté, l'hôtel de Champrenard, l'impasse des Quatre-Vents, ete., elc
Tout en suivant l'ordre de succession du parcellaire, nous avons distingué typographiquement ces divers articles, de manière qu'ils ne se confondissent boint avec la masse des notices consacrées aux maisons, €los, terrains oranges et autres parcelles de moindre unportance. Mais, quand nous nous sommes trouvé en présence des trois principaux établissements de la région l'Abbaye; l'église Saint-Sulpice el la Maladrerie Saint-Germain, nous avon: evu devoir scinder l'historique des rues sur lesquelles ces édifices avaient leu principale entrée. sauf à le continuer après une interruption justifiée pal l'importance des monographies à intercaler. La Commission et les savants que nous avons consultés ont pensé, comme nous, qu'il y avait là matière à trois chapitres distincts. Restait une quatrième monographie que l'auteur avait volontairement omise, parce que l'édifice à décrire n'appartient point, par la date de sa construction. à la période historique dans laquelle se renferme la Topographie historique du vieux Paris. Placé chronologiquement sur l'extrôme limite de deux âges — 1610, date finale que feu Berty avait assignée à son travail de restitution, 1613 ei 1615. date des achats de terrains et de l'ouverture des travaux de construction du Palais Médicis, — cet édifice eûl échappé ainsi à toute descriplion et fût demeuré à l'état de lacune dans l'étude rétrospective d'une région où il üent pourtant une si srande place, si nous n'avions cru sage de franchir une limite quelque pe
rbitraire et évidemment trop rigoureuse
La mème date terminale avait condamné feu Berty à écourter les monographies de l'église Saint-Sulpice et de la Maladrerie Saint-Germain. Deux circonstances qu'il eût certainement mises à profit, a elles se fussent produites de son vivant, nous ont permis de conduire l'historique de ces établissements au delà du point où il l'avait laissé, et de compléter, en les recühiant, les indications qu'il devait à une connaissance imparfaite des lieux. Son ami
ot collaborateur, M. Th. Vacquer, a pu étudier à loisir les deux anciennes
AVANT-PROPOS. Avi églises Saint-Sulpice, en relever le plan et remettre au jour quelques débris d'architecture et de sculpture ayant appartenu à ces édifices. Ce nouvel apport contribuait naturellement à développer la notice extraite des papiers de feu Berty; nous en avons fait l'objet d’un appendice qui présente un véritable intérêt, au double point de vue du texte additionnel et des planches dont il est enrichi. Quant à la Maladrerie Saint-Germain, la destruction radicale de cette antique Léproserie, consommée après le décès de l’auteur, la faisait entrer dans le domaine de l’histoire, depuis son premier étal Jusqu'à sa dernière transformation. Le point d'arrêt fixé par feu Berty n'avait plus ici sa raison d'être : les Petits-Ménages, aussi bien que les Petites-Maisons, appartiennent désormais au vieux Paris; aussi avons-nous franchi sans
scrupule la date de 1610, limite des investigations de notre auteur.
Dans tout ce travail de révision et de développement, un devoir nous élait particulièrement imposé : celui de respecter l'intégrité du texte original. Nous y avons touché cependant à chaque page et presque à chaque ligne, mais seulement pour essayer un rapprochement entre la science el la grammaire, pour opérer, entre l'archéologie et la langue française, une conciliation que feu Berty jugeait inutile, tellement il avait l'amour du fond et le dédain de la forme. Partout où nous avons cru pouvoir hasarder une contradiction ou formuler un dissentiment, nous avons consigné nos observations en notes ou en appendices signés de nos initiales. Notre collaborateur, M. Th. Vacquer, a également pris la responsabilité de toutes ses additions et de toutes ses critiques. Dans le cours du volume, à l'exception de la notice consacrée au palais du Luxembourg, que nous avons rédigée en entier, les notes qui ne portent pas de signature appartiennent seules
au texte de feu Berty.
L'éditeur d'un troisième volume doit au public et à la mémoire de l’auteur une autre preuve de respect : c’est de prendre pour modèle les parties de l'ouvrage déjà publiées et de se conformer à toutes les prescriptions consignées dans les papiers dont il a la garde. Ce devoir d’exécuteur testamentaire, nous croyons l'avoir consciencieusement rempli : à chaque page, à