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ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT DU BOURG

En fondant l'abbaye de Saint-Vincent et de Sainte-Croix. nommée depuis Saint-Germain des Prést}, Childebert Jui fit don d'un vaste domaine, qui. après certaines diminutions et de nombreux accroissements, comprenait, au ix° siècle,

indépendamment de quelques places, où terrains à bâtir, en la Cité. le lit de la

Seine, les ponts de la ville jusqu'au ru, ou dépression, de la route de Sèvres, y compris le chemin de halage, les deux rives du fleuve sur une largeur d'une perche, l’oratoire Saint-Andéol, appelé depuis Saint-André-des-Arts, ainsi que les vignes attenantes (clos de Laas), et une terre, avec ses dépendances, appelée le lise d'Issy » Jiscus qui vocatur Isciacus ©).

Rien n'indique quelles étaient, vers le sud-ouest. les limites primitives de ce

Jise d'fssy; mais il n'y à aucune raison de croire qu'elles différassent sensible-

! L'abbaye prit le vocable de Saint-Germain l'an dans la Bibliothèque de l'École des chartes, Yautre

lorsqu'on y eut déposé, en 754, le corps du saint dans son excellente édition de l'abbé Lebeul. la

évêque de Paris, et l'on ajouta à ce nom une dési- fausseté de la charte sur laquelle on a voulu ap-

gnation locale, « pratis, des Prés, pour distinguer puyer ‘cêlte donation, et que, noùs: reproduisons,

l'édifice de la basilique de Saint-Germain, voisine

du Louvre, laquelle avait emprunté sa dénomina-

tion au pieux évèque d'Auxerre. — 1, M. r.

M. J. Quicherat et H. Cocheris ont démontré,

Hi

en appendice, après D. Bouillart, à titre de curiosité historique. Touléfois il: est certain que les religieux deSaint-Germain possédaient, dès le 1x' siècle,

le vaste territoire indiqué ci-dessus. — 1, M, r.

se:

\4 ment de celles de la seigneurie de l'abbaye, telles qu'elles nous apparaissent au

É ne siècle, car il est à peu près évident que, vers lorient, elles ne se sont mo-

ÿ difiées que d’une façon insignifiante. De ce dernier côté, la seigneurie de l'Abbaye,

41 dont nous fixerons plus loin et très-rigoureusement toutes les bornes, avait pour confins la rue de l'Abreuvoir-Mâcon et, plus tard, la place du Pont-Saint- Michel. la rue Saint-André-des-Arts, la partie postérieure de propriétés en bordure sur les rues de la \ ieille-Bouclerie et de la Harpe, les rues Hautefeuille, des

; Cordeliers (de YÉcole-de-Médecine), de la Harpe, d'Enfer, et l'ancien chemin de Vanves. Mesurant environ quatre mille mètres dans sa plus grande longueur, vers

a le couchant, et deux mille huit cents mètres à peu près dans sa plus grande largeur, la seigneurie de l'Abbaye formait un magnifique territoire entièrement

compacte, à l'exception de l'enclave du Pré-aux-Cleres!), et réparti, par lots très-

À inégaux, entre l'abbé, le pitancier, laumônier, le chantre, le cénier, le trésorier

k et infirmier du couvent®. Les moines } exerçaient les droits féodaux inhérents

L: à la qualité de hauts justiciers; un de leurs cartulaires, rédigé en 1593, les

Ê L énumère ainsi: ;

: «Et est à noter que, ès dictz lieux de Paris, Sainet Germain et la rivière de

| + Seyne, les dietz religieux, abbé et couvent, seigneurs, ont toute justice, haulte. #moienne et basse; et, pour l'exercice d'icelle, droict de commectre bailly, pré-

ä + vost, grellier, sergent, doien, geollier, garde de prisons et autres sergens et

% “officiers, pour garder leur dicte justice et autres droictz seigneuriaulx , et leur

if + faire porter verges, masses et armes nécessaires, Si mestier est, pour defendre

L. -leurs corps, leur diete justice et autres droictz, comme font ceulx du Chastellet

ke +de Paris, comme appert par le privillége et chartre du roy Phlippes; et, aussi,

e. «+ droict de faire tenir assises, congnoistre de cause d'appel, ressort et réformation des subjeetz d'iceulx lieux, et les amendes des dictes appellations, réglées de

a -soixante solz parisis.

E « Gonvient pareillement entendre que la justice des ditz seigneurs, à eulx

É «appartenante, à cause que dessus, en la dicte ville de Paris, s'extend aimsi et

Fe «par la manière qui s'ensuit, cest assavoir : depuis la porte Sainet Michel, au-

à +trement appellée la porte d'Enfer. du costé de Sainct Cosme, jusques au coing

; «de l'église du diet Sainet Cosme et jusques au ruyssel de la dicte rue, et depuis

pe -le dict coing jusques à la porte du dict Sainet Germain, du costé des Gordeliers.

l È + ainsi que la rue sextend, jusques au ruyssel d'icelle rue.

£ = [tem. En retournant devant la grant porte des Cordeliers, en la rue faisant

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* 5) Les fossés de l'enceinte de Philippe-Auguste, sont bien connues. Le pitancier et le cénier élaient

f qui furent creusés dans laterre de l'abbaye, et dont deux officiers claustraux chargés, l'un de distribuer

Ÿ la Ville obtint la seigneurie, furent une autre en- la pitance, ou portion congrue, aux religieux

à clave dans le fief des moines. l'autre de faire préparer, pendant l'été, le repas du

‘ } Les fonctions désignées par ces noms divers soir, CŒNA. — Le M.T.

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ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT DU BOURG SAINT-GERMAIN. 3 «le coing du collége de Prémonstré, jusques à la porte Sainct Germain, tant de + l’un des costez comme de l’autre.

e liem. Et depuis icellu y coing du collége de Prémontré, allant droit au coinp « de l'église Sainct Andry des Ars, du costé du dit Sainet Andry et du dict Prér monstré.

«diem. Du dict coing Sainct Andry des Ars jusques à la vielle porte Sainet «Germain, appellée la porte de Bussy (la quelle de présent est fermée), tant de «lun des costez comme de l'autre, et d'icelle porte venant directement Jjusques « à l'abruvouer de Mascon.

e liem. Du diet coing de 'abruvouer de Mascon. tirant droit au viel pont Sainel e Michel.

« tem. EL depuis le dict viel pont, tirant à la tour de Nesle, tant de l’un des «coslez de la dicte rue comme de l’autre; ensemble la riviere de Seyne depuis le «diet viel pont jusques à une bourne qui faict séparation entre monseigneur «l'Evesque de Paris et le dict Sainct Germain, assise au viel rue de Sèvre, ainsi «que la dicte rivière se contient, et une perche royalle oultre chascun bort et «ryve d'icelle rivyère de Seyne; ensemble toutes aubeynes et confiscations qui « pevent escheoir ès lieux dessus dicts.

«tem. Les dicts seigneurs ont tout droict de voirie, tant dedans la ville de « Paris, forshbourg Sainet Germain, que ailleurs, ès lieux, fins et mettes{ de leur « dicte justice et seigneurie.

& Jiem. I n'est loisible à aucun ou aucuns de ériger enseignes, auven{z, siéges «sur rue, barres devant leurs portes, planter pieux dedans la rivière de Seyne, “appartenante aus diclz religieux, sans leur congé et mandement espécial, sur «peine de confiscation et amende arbitraire.

« liem. Les dicts religieux seigneurs pevent faire maistres jurez de chascun mes- «lier, dedans les forsbourgs du dict Sainct Germain, tant seullement comme bou- «lengers, crieurs de vins, bouchers, vendeurs de poisson, drappiers, cousluriers, «chaussetiers, cordonniers, serruriers, chiandeliers, grossiers, apothicaires, bar «biers, cirurgiens, et generalement de tous autres mestiers qu'il plaist aus dicis + seigneurs, Sans que le Roy, nostre sire, ou autres quelzconques, y puissent mectre «aucun empeschement.

« lem. Les dicts religieux ont toute visitation, amendes et confiscation. à cause « de leur dicte seigneurie et justice, sur toutes et chaseunes les faulses mesures de «blez, vins, huilles, sel, aulnes, toises, poix, et générallement de toutes choses + qui concernent les... que dessus et autres.

« liem. Les dicts religieux ont puissance, dedans les diets forshourgs, de instituer «maistres jurez, comme mesureurs de blez. sel, foin, chaulx, et généralement

© Bornes. da latin meta

n TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.

«de toutes sortes de marchandises, sans

ce que le Rov nostre sire, ses ofliciers ou

“autres, y puissent mectre aucun empeschement.

+ Esquelles terres et seigneuries, sur pl [ Le] ° I

usieurs maisons, Masures, jardins, terres,

«vignes, prez, saulsoyes et autres héritaiges, sont deuez (dues) chacun an plu-

«sieurs rentes et cens fonciers portans lotz, ventes saisines el amendes, quant le cas

-eschet, paiables chaseun an aux jours que deubz sont, en la dicte abbaye de Sainet

« Germam Desprez, sur peine de l'amende accoustumée!. »

Au commencement du xm° siècle, la

Auguste ayant coupé en deux le fief de

construction de l'enceinte de Philippe-

l'abbaye Saint-Germain, l'une des deux

parties de ce fief se trouva renfermée dans la ville, et continua à relever de la

seigneurie du monastère; elle constitua

nouvelles, celles de Saint-Côme et de $

ainsi la circonseription de deux paroisses

aint-André-des-Arts, érigées aux dépens

de la paroisse primitive de Saint-Sulpice, qui en était trop éloignée. La seconde

partie du fief de Saint-Germain, séparée de la première par la muraille des forti-

fications, demeura le territoire particulier de la paroisse Saint-Sulpice , territoire

qui s'est identifié avec le faubourg Saint-

Germain, parce que, généralement, on à

considéré comme faisant partie de ce faubourg non-seulement le bourg lui-même,

mais encore les terres cultivées qui l'entouraient et en dépendaient.

Le bourg Saint-Germain, qui a été quelquefois qualifié de ville, ou de village,

villa Sancti Germani, et dont les habitants furent affranc

is en 12Db, jouissait

d'immunités spéciales, en raison de ce qu'il était considéré comme une agglomé-

ration entièrement distinete de Paris et régie par ses propres lois. En 1297,

les bourgeois de Paris ayant voulu fur

e supporter aux manants des bourgs de

Saint-Germain et de Saint-Marcel leur part d'une somme de cent mille livres que I Il

le roi leur avait imposée, Philippe le Bel, par des lettres patentes du mois de

mars, reconnut que ces mananls ne devaient point être réputés habitants des

faubourgs de Paris : n0n esse, nec censeri debere de suburbüs et perinentüs ville Pari-

siensis ?. Le faubourg Saint-Germain n

sous Louis XIV, de sorte qu'en 1611 |

1 Arch. nat., reg. LL, 1119, M Dom Bouillart, Hist. de l'abb. royale de Saint-

Germain-des-Prés. In-P s,1724.Preuves, p.73.

Toutefois, ainsi que le fait remarquer M. Bordier, l'argument liré de l'autonomie des deux faubourgs n'est pas aussi probant qu'il est dit ici. Les habitants de Saint-Marcel et de Saint-Germain-des- Prés élaient parfaitement compris, comme les Parisiens, dans les rôles de la taille ordinaire. C'est ce qui est mis hors de contestation par leur inscrip-

tion au rôle de 1292, rôle que Géraud a publié

x été définitivement réuni à Paris que

e grand voyer de France fut débouté de

(Documents inédits, 1837, p. 173-178). Seulement lescent mille livres tournois, levées en 1297; étaient une imposition extraordinaire, qui concernait plus ialement la Ville de Paris;

en se fondant sur ce que la dépense à faire ne les

spé et c'est sans doule

regardait pas, qu'ils n'en profileraient point où qu'ils n’en avaient pas encore profité, que les gens de Saint-Germain obtinrent d'en être exemptés. Il ne leur eût point suffi de dire qu'ils n'étaient pas Parisiens, puisqu'on les voit imposés en cette qualité cinq ans auparavant. — L, NT.

ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT DU BOURG SAINT-GERMAIN. 5 ses prétentions à y jouir du droit de voirie. Cependant le roi avait dû posséder certains droits de cette espèce, au moins sur la principale voie du bourg, puisque

la rue du Four est énoncée la «chaussée du Roy» dans une charte de 1398 0).

L'abbaye Saint-Germain-des-Prés, qui a été l'une des plus considérables de la France, a produit un très-grand nombre de savants: on serait dône disposé à croire que ses archives, riches et soigneusement conservées, contiennent de nombreux renseignements topographiques, tant sur le bourg lui-même que sur l'abbaye et ses diverses propriétés foncières. I n'en est cependant point ainsi. Les archives de l'abbaye, bien qu'elles nous aient été léguées presque intactes, ne contiennent, sur le bourg Saint-Germain, qu'une très-petite quantité de titres du xm° et du xiv° siècle, pour la plupart sans application possible. Les documents du xv°sièele sont moins rares: ceux qui datent de la première moitié du xvi siècle sont fort nombreux; mais malheureusement cette abondance relative ne compense guère l'obscurité et l'incohérence de ces pièces, qui se reproduisent les unes

les autres sans aucune critique. De plus, leurs énonciations inexactes, ainsi que

leur classement défectueux, les rendent exceplionnellement diMiciles à interpréter ©),

Les archives de l'abbaye présentent, en outre, une fâcheuse et irrémédiable

lacune, qui commence au milieu du xt siècle et qui s'étend jusqu'au milieu

du xvu°6, Pour certaines régions, une pareille interruption n'aurait pas de con-

séquences {rès-graves; mais elle est désastreuse pour le bourg Saint-Germain, qui

s'est si profondément modifié depuis l'avénement de Henri I Jusqu'à celui de

Louis XIV. On ne saurait en effet y suppléer, puisque la quasi-totalité des ren-

seignements sur le faubourg ne peut provenir que du chartrier de l'abbaye (4.

( Il convient, dit encore M. Bordier, de faire remarquer que le roi s'était altribué, dans toute l'étendue du royaume, la justice des grands chemins, ce qui n'impliquait pas absolument un droit sur les terres bordant la via TOP. — LM. T.

® Les censiers, cette base essentielle de notre travail de restitution, énoncent communément les maisons dans leur ordre topographique naturel; dans les censiers de l'abbaye, le classement est conslamment interrompu par l'énumération des diverses propriétés, rurales ou autres, appartenant à l'individu dont l'ordre topographique amène le nom sous la plume du rédacteur. De plus, les rues sont morcelées en fragments, répondant aux fiefs secondaires dont se composait le grand fief de l'abbaye. Tout cela cause une insupportable confusion, qui ne se retrouve pas dans les registres des autres seigneuries.

® Cette lacune, que nous ne savons à quoi at-

tibuer, mais qui semble correspondre à l'époque

des guerres de religion, est constatée vers 1660.

On peut juger de son étendue par ce fait, que, de

1547 à 1687, il ne subsiste que deux censiers : l'un 7 7

de 1698. presque sans valeur, et l’autre de 1295,

relativement fort précieux. Ce dernier constitue l'unique et fort insufisante ressource au moyen de

laquelle nous avons essayé de relier l’état ancien à

l’état moderne. Le censie * qui porte la date de 1595 est, en réalité, postérieur, et contient des indications

des premières années du xvn° siècle. parce que le

compte qui y est transcrit, réellement commenc en 1595, n'a été «délivré» qu'en 1607. On S'aperçoit facilement, du reste, qu'il a été copié en grande

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