RUE D’ENFER
La rue d'Enfer commençait aux fossés de la ville, devant la porte Saint-Michel, à l'extrémité de la rue des Francs-Bourgcois, et, après un certain parcours, elle se transformait en un chemin de très-médiocre importance, qui menait vers Montrouge; mais ce chemin dépendait du faubourg Saint-Jacques, et nous en reparlerons en son lieu. La partie de la rue d'Enfer comprise entre les fossés et l'ancien chemin de Vanves, ou d'Issy, se rattache seule au faubourg Saint-Germain, dont elle constituait une limite. Continuani la rue de la Harpe, elle remplaçait une voie gallo-romaine, sur laquelle s’embranchait le chemin de Vanves, et on ne la considérait généralement que comme un tronçon de celui-ci. Il y est ainsi fait allusion sous le nom de cheminum Issiaci dans la sentence de 1210, relative aux bornes de la paroisse Saint-Sulpice, et elle a été désignée par la formule via qua itur apüd Vallem Viridem, en 1251, ainsi que par une formule analogue, en 12651.
Suivant Jaillot, elle aurait été dite, en 19
58, «rue de la Porte Gibart, » et nous la trouvons énoncée «rue par laquelle on va de la porte Saint Michel aux Char- «treux,» en 1435: «chemin par où l'on va de ladite porte Saint Michel au «clos des Chartreux,» en 1453; «chemin tendant de la porte Saint Michel au «couvent des Chartreux,» en 1518; «grant chemyn de la porte Sainet Michel «allant aux Chartreux,» en 1545; «rue tendant aux Chartreux,» en 1589, et «rue des Chartreux,» en 1571, 1581, 1587, ete.
Aussi bien, dans la seconde moitié du xvi siècle, la partie de la rue d'Enfer dont nous parlons a commencé à n'être plus distinguée du chemin conduisant à Montrouge, avec lequel elle s'est confondue, et, en conséquence, elle a reçu les mêmes dénominations de rue Veuve, rue Neuve-Saint-Michel et Saint-Louis. Cest
(Nous ne connaissons aucun ancien exemple du de Vauvert.» La rue d'Enfer ne pouvait guère ménom de rue de Vauvert, cité par Jaillot, qui a peut- riter le nom de rue avant d'être bordée de maisons, être un peu confondu les époques; mais nous avons et elle ne l'élait point encore au temps de Fran-
lu dans un titre de 1680 : «rue d'Enfer, autrement cois [".
au tronc commun des deux voies — celle du faubourg Saint-Germain et celle du
faubourg Saint-Jacques =— qu'a spécialement été appliquée l'appellation de rue d'Enfer; nous le croyons du moins, parce que la première mention que nous ayons découverte de la rue d'Enfer, avee ce vocable, ne date que de 1569, et qu'elle est constamment désignée d’une manière différente dans tous les documents, en assez grand nombre, où il en est question antérieurement. Nous ferons observer, de plus, que le nom de rue d'Eufer n'a guère été employé avant le règne de Louis XIIT, et que l'on écrivait encore «rue Saint Michel lez Paris» en 1699. On a dit, en outre, rue des Pavillons vers 1639.
Suivant Piganiol, dont Fopinion a été adoptée par Jaillot, le nom de la rue d'Enfer proviendrait de sa situation, moins élevée que celle de la rue Saint- Jacques; mais nous rejelterons obstinément cette hypothèse, tant que l'on ne nous aura pas prouvé qu'il existe des documents où la rue Saint-Jacques est qualifiée de via superior, et la rue d'Enfer de via inferior où infera, comme on trouve com mode de Fimaginer afin de justifier l'étymologie®. I est infiniment plus probable que la rue d'Enfer, autrement Saint-Michel, a emprunté son nom à la porte voisine, pareillement dite d'Enfer ou Saint-Michel, et le fait semble en quelque sorte évident. Il est possible aussi que le mot enfer ait réveillé le souvenir de la tradition populaire sur les démons, anciens hôtes de Vauvert, et que tel soit le principal motif pour lequel l'appellation de rue d'Enfer à fini par prévaloir sur les deux ou trois autres qui ont été également en usage. On remarquera qu'elle apparait simultanément au faubourg de la rive gauche et dans la Gité, où elle ne saurait assurément s'expliquer par une légende fantastique.
Au xur siècle, le voisinage du coin formé par la rue d'Enfer et le chemin de Vanves se nommait «l'Ourme le Roy» (1299), Ulmeolum Repis (122h), à cause de quelque ormeau qui s'élevait là, à la facon de ceux qu'on était dans l'habitude de planter aux carrefours. La ferme de l'Hôtel-Dieu, située en cet endroit, est
énoncée dans une charte de 1265 : « Ultra portam Gibardi, ab oppositis vinearum
+ domini Regis, in cunco, ad Urmetellum, juxta viam per quam itur ad Vallem # Viridam (sic).
Le pavé de la rue d'Enfer, depuis la porte Saint-Michel jusqu'au monastère
des Chartreux, fut fait aux frais de Thierry de Lyencourt ®, lun des bienfaiteurs
Quoi qu'en dise l'auteur, et malgré l'absence
de documents écrits, la rue d'Enfer était réellement
une via inferior. Sa situation , par rapport à la grande voie de la rue Saint-Jacques, son niveau moins élevé, son importance secondaire et son rôle supplémentaire l'indiquent clairement. Il en existait
est
d’ailleurs un autre exemple aussi concluant celui que présentait la rue d'Enfer en la Cité, lon-
geant extérieurement le rempart gallo-romain, Au
reste, quelques lignes plus loin, l’auteur infirme lui-même son opinion, en signalant la simullanéilé chronologique d'appellation des deux rues, el en admettant implicitement que la rue d'Enfer de la Cité était bien une via inferior. — vu. v.
® Theodorus de Lyencuria, et non de Biencourt, comme écrivent Du Breul et Félibien. (Conf. la Généalogie des maistres des requestes de lHostel du
Boy, in fol. Paris, 1670: p. 37.)
RUE D'ENFER. 135 de ces moines «... .lequel pavé, dit Du Breul, fut encore refait tout de neuf en «lan 1504, par la diligence et mesnage desdits religieux; moyennant certaines «sommes de deniers provenants des amendes de la cour de Parlement et de la « Chambre des comptes, que messieurs de l'Hostel de Ville leur firent délivrer.» Thierry de Lyencourt, qui vivait sous le règne de Charles V, avait aussi bâti, pour son usage, «audit lieu de Vauvert, sur les grands murs devers Notre Dame des
e Champs,» un hôtel touchant lequel nous ne possédons point de renseignements.