PAROISSE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT
JUSTICE
ET CENSIVE DE L'ABBAYE SAINTE-GENEVIÈVE
FERME ou PRESSOIR DE L'HÔTEL- DIEU, faisant le coin septentrional du chemin de Vanves et contigu au monastère des Chartreux. (Voir, dans le tome deuxième de cet ouvrage, le treizième triage des terres en culture.) Au mois
de mars 1223, Odon de Vernouillet, chevalier, et sa femme Marguerite, cédèrent
à Roger Comin, pour cent vingt livres parisis, un clos de vigne qui avait été à Philippe de Saint-Paul, aussi chevalier et père de Marguerite. Au mois de février 1224, Haoïse, veuve de Pierre Vilain, vendit à Roger Gomin, pour la somme de vingt-quatre livres parisis, une pièce de vigne qu’elle avait près du lieu dit lOrmedu-Roi, apud Ulmeolum Repis, dans la censive d’Agnès de Codreesso. Au mois d'octobre 1248, Philippe Gomin, reconnaissant que les vignes attenantes à un pressoir qu'il possédait près de Vauvert étaient grevées, envers larchiprètre de Saint- Séverin, d'une redevance annuelle de deux muids de vin, en assigna le payement sur d'autres vignes qu'il avait à Ivry. En décembre 1251, le même fit acquisition : 1° de trois quartiers de vignes voisines des siennes, qui étaient situées dans la terre de la confrérie Saint-Martin de l'église Saint-Séverin, et que lui abandonnèrent, moyennant vingt-six sous parisis, Richard de Ollyaco et sa femme Héloïse: 2° de trois quartiers de vignes contiguës à celles du chapitre Notre-Dame, en bordure sur la voie allant à Vauvert (rue d'Enfer), et que lui cédèrent également pour vingt-six sous parisis Barthélemy de Montreuil et sa femme Benoîte, lesquels tenaient ces vignes du roi «à moitié.» En février 1257, l'abbaye Saint-Victor, en échange d'un arpent et demi de terre labourable au Chardonnet, renonça à deux sous de chef-cens qu'elle percevait sur le clos qui avait été à Philippe de Sant- Paul, et dont jouissait alors Théophanie, veuve de Philippe Comin.
Nous avons lu, dans les archives de l'abbaye Sainte-Geneviève, qu'en 1258 quelques maisons au duc de Bourgogne, existant dans les environs du Pressoir,
die age se
y furent plus tard réunies, et qu'en 1258 la métairie appartenait à Guillaume de Mäcon. Celui-ci n'est sans doute qu'un seul individu avec Guillaume Vinterarius, dont. au mois d'avril 1265, la veuve Pétronille la Vignotière donna à l'Hôtel- Dieu le Pressoir et six arpents de vignes en un clos, qui en dépendaient, cette aumône devant servir à fonder une chapelle pour le salut de l'âme du défunt. Enfin, l'an 1297, le dimanche devant la Saint-Denis, Pétronille, veuve de Nicolas ArrodeU), donna aussi aux frères de F'Hôtel-Dieu une pièce de vigne attenante aux leurs, et contenant un arpent et demi. Telles sont, d'après les documents authentiques ©), les origines du Pressoir, que les ütres énoncent aussi la ferme
de l'Hôtel-Dieu.
Les maîtres de l'Hôtel-Dieu aliénèrent plusieurs fois le Pressoir, à long terme, et il appartint ainsi à M° Nicolas Gossemart, procureur du roi au Châtelet, qui en fut ensaisiné, le 7 janvier 1435, par l'abbé de Sainte- Geneviève. Le Pressoir
était chargé d'abord de cinq livres parisis de cens envers ce monastère, et il ne le fut, dans la suite, que de trois sous six deniers, à raison de six deniers par arpent. La ferme contenait effectivement sept arpents, ou, d'après une estimation plus récente et apparemment plus juste, sept arpents et demi. Remise aux mains des administrateurs de l'Hôtel-Dieu, elle fut de nouveau baillée, à plusieurs reprises, notamment au laboureur Minart, le 7 décembre 1576: Enfin, les 18 et 19 juin 161 3, après un premier relus. les administrateurs de l'Hôtel-Dieu l'abandonnèrent à Marie de Médicis, qui voulait en annexer le terrain à son parc el l'acheta cinquante mille livres, mais en obtenant en même temps une pièce de vingt-cinq arpents qui faisait partie d'une autre pièce contenant cinquante arpents et demi: elle était située au delà des Chartreux et dépendait de la Ferme.
Les bâtiments de la Ferme de l'Hôtel-Dieu s'étendaient sur le chemin de Vanves, et offraient un double pan coupé à l'encoignure de la rue d'Enfer, le long de laquelle il n'y avait qu'un mur commençant à quatorze Loises au nord de l'axe supposé prolongé de la rue Saint-Dominique. Indépendamment du Pressoir, la Ferme contenait des granges, des étables, des clos et un moulin à vent, dont il est question dès 1533. Il est dit, dans une déclaration de 1587, qu'il était posé «sur une tour de pierre,» et l'assertion est confirmée par le plan manuscrit de Quesnel, que nous reproduisons ci-contre.
Sauval a dit ®, et on n'a pas manqué de le répéter, que le Pressoir de l'Hôtel-
9 La famille bourgeoise des Arrode était riche. personne. D'après des titres relatifs à Saint-Jacques- Au x siècle, elle possédait, entre autres, divers de-la-Boucherie, il pourrait se faire que cette Péimmeubles dont une partie a servi à l'agrandisse- tronille eût eu successivement trois maris, au derment de l'éplise Saint-Jacques-de-la- Boucherie. nier desquels elle aurait survécu. — TH. Y. Quant à Pétronille de la Vignotière et à la veuve de * Arch. des hôpitaux , lay. 76, n°439 et 433.
Nicolas Arrode, il semblerait que ce füt la même
RUE D'’ENFER. 137 Dieu était le même que le Pressoir de Gibart. C’est une méprise grossière : les deux établissements, éloignés l'un de l'autre de plus de quatre cents mètres, n'ont jamais eu le moindre rapport, à part la similitude de leur destination, et ils relevaient de fiefs différents.
Deux maisoxs, dont la première avait pour enseigne L'Écu-nr-Francz, en 158»,
et la seconde s'appelait la Mason pe 8niQues, en 1585. Elles ne formaient qu'une propriélé en 1613, et élaient pour lors en ruines. Elles avaient été bâties sur deux places, chacune large de quatre toises et profonde de quinze et demie, qui furent vendues par l'Hôtel-Dieu à Pierre Huberson, le 15 juillet 1545. Une troisième place, exactement de mêmes dimensions, qui fut cédée, le 8 juin 157, au nommé Jean Lenormand, à charge de bâtir, était attenante aux précédentes, et devint ensuite un jardin. Elle était conliguë à une allée servant d'issue, sur la rue d'Enfer, à la pièce «en hache, close à murs,» d’un arpent et demi et sepl
perches, laquelle fut acquise de l’Hôtel-Dieu par le duc de Luxembourg, le
18 mars 188, et était séparée, par une haie de rosiers, d'avec les maisons du Clos-aux-Bourgeois. L'Hôtel-Dieu prétendait avoir en sa censive cette pièce de Le]
terre et les maisons situées par devant.