CHAPITRE IV
L'église Saint-Sulpice, comprise en la justice et en la censive de l'abbaye Saint- Germain-des-Prés, faisait le coin de la rue du Petit-Bourbon. Elle n’est point mentionnée, comme paroisse du bourg Saint-Germain, avant l'année 1910, et l'on ne sait à quelle époque elle commenca à avoir le caractère paroissial, Dans le martyrologe d'Usuard, ouvrage dédié à Charles le Chauve, on lit, à Ja date du 10 mai : « Apud monasterium Sancti Germani, dedicatio ecclesiæ in honore «Johannis Baptistæ, sancti Laurentii archidiaconi atque sancti Sulpiti episcopi; » mais, comme le passage provient mcontestablement d'une interpolation du x siècle, il n’apprend que peu de chose sur l'origine de l'église. Si Ton rapproche ce passage de l'éloge que fait de l'évèque saint Sulpice Usuard, qui en parle comme d’un saint à lui familier, on comprend que Lebeuf ait été amené à croire que, sur l'emplacement du monument actuel, il a pu exister, dès le temps d'Usuard, un oratoire dédié à saint Sulpice. Cet oratoire, ayant d'abord servi de baptistère pour les habitants du boure
g, aurait ensuile été leur unique paroisse située en dehors des murs du monastère. Jaillot soutient, au contraire Ü), que la première paroisse du bourg fut la chapelle Saint-Pierre, attenante au clos du Couvent (voir Rue des Saints-Pères), et que, au xu° siècle, elle a été remplacée, comme paroisse, par la chapelle Saint-Jean, c'est-à-dire par la petite église Saint-Sulpice. On comprend ainsi, ajoute-t-il, que saint Pierre soit l'un des patrons de l'église Saint- Sulpice, circonstance dont Lebeuf ne donne point d'explication satisfaisante. Nous préférons à l'hypothèse de Lebeuf Fopinion de Jaillot, que l'absence de documents ne permet pas de contrôler, mais que nous savons avoir pour soi l’autorité de la tradition ®}, et qu'il appuie d’ailleurs de raisonnements très-plausibles, sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir. Remarquons toutefois qu’elle ne
MOTO Up ur tradition , que l'église Saint-Sulpice avait été fondée.
® Voir à l'article de la chapelle Saint-Père. — au x° siècle, sur les ruines d’un prieuré de Saint- Simon de Doncourt, dans ses Remarques historiques Pierre, où la confrérie avait été établie. Cette trasur l'éplise et la paroisse Saint-Sulpice, joe eue dition est encore une présomption en faveur de rapporte que la confrérie des savetiers disait, par Jopinion de Jaillot.
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prouve rien contre l'antiquité d'origine qui est attribuée par Lebeuf à l'église Saint-Sulpice, et qui a été matériellement confirmée, au mois de janvier 1724, par la découverte d'une inscription gravée sur le couvercle d'un tombeau de pierre que l'on trouva en exécutant des fouilles pour asseoir les fondations du bâtiment moderne. Cette inscription, que nous reproduisons ici 0), offre, en effet, les caractères épigraphiques du x° siècle. Elle démontre l'existence d'un cimetière
contemporain, dépendant d’une chapelle, et Lebeuf l'interprète ainsi :
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L'église Saint-Sulpice fut rebâtie, en partie, au xur et surtout au xiv° siècle: mais il n'y a plus rien qui nous renseigne sur les travaux de cette période, dans les archives de la paroisse, où nous trouvons seulement quelques détails sur les accroissements de l'édifice au xiwv° siècle. Le 2 mars 1528, Jeanne Montrouge, veuve de Jean Marché, vendit aux marguilliers de Saint-Sulpice une partie de son jardin, contiguë au presbytère et destinée à faire une ruelle pour conduire à l'église. À la date des 27 et 28 octobre 1530, elle leur vendit encore un autre morceau de son jardin, mesurant onze Loises sur treize et demie, «au chevet de l'église,» el pou son agrandissement; le 17 septembre 1h36. Jacques et Charlotte Plateau cédèrent à l'œuvre une bande de terre, longue de onze toises quatre pieds et large d'une boise, «près l'église... au long de l'accroissement du cueur d'icelle ,» et cette bande. aboutissant au cimetière, servit aussi à faire une ruelle ; enfin, le 23 jui 1539, Jean Marché, fils de Jeanne Montrouge, céda à son tour un quartier de
terre, où l'on établit le cimetière neuf, derrière l'église.
Dans un vieil inventaire, il est dit que, sur le lot acquis en 1530, «sont à pré-
) Le dessin ci-joint est la copie de celui qui d’après les conseils de M. Jules Quicherat, les lettres
parut dans le Mercure de France du mois de mai mal lues par le premier dessinateur.
1724, p. 893. Nous y avons simplement reslitué, ? Ce nom est peu vraisemblable.
ÉGLISE SAINT-SULPICE. 147 «sent bastiz et construictz les six piliers entre lesquelz est le grand autel de ladicte r église... et aussi les chappelles de Saint Fiacre, du Nom de Jésus, de Saint « Michel, Saint Claude et les trois grandes chappelles qui sont derrière le grand «autel de Notre Dame, de Saint Cler et de Sainte Barbe.» Un autel de Notre- Dame, où de temps immémorial la confrérie des peintres du faubourg faisait célébrer l'office, est indiqué dès 1528, et la consécration du grand autel ainsi que des chapelles absidales eut lieu, par les mains de l'abbé de Saint-Maploire 0), le 29 mars 1548. Le 24 mai 1690, l'évêque de Troyes fil une nouvelle consécration d’autels, qui sont dits étre le grand autel, où furent mises les reliques de saint Christophe, de saint Éleuthère et de saint Sulpice ; l'autel de Sainte-Catherine de Sienne, placé derrière le précédent; ceux des chapelles de la Trinité el de M. de Ventadour, et celui de Sainte-Anne-et-Sainte-Marguerite.
L'église Saint-Sulpice a pareillement renfermé une chapelle de Saint-Christophe, qui était située au nord et avait remplacé une chapelle de Notre-Dame; elle fut baillée à la duchesse d’Aiguillon en 1640, et était alors attenante aux chapelles de Sainte-Catherine et du prince de Condé. On y voyait également une chapelle de Sainte-Julienne, qui élait placée au bout de l'église, à gauche, en entrant par la grande porte, et qui fut baillée en 1637 à la confrérie des fripiers; une chapelle Saint-Jacques-et-Saint-Philippe (1638); des chapelles de l'Immaculée-Conception, de Notre-Dame-de-Liesse, de Notre-Dame-des-dix-Vertus, du Rosaire, du Nomde-Marie, de Saint-Roch, de Saint-Joseph, de Saint-Jean, de Saint-Nicolas, du Saint-Ange-Gardien, de Saint-Éloy, de Saint-Fiacre, de Saint-Honoré, et une chapelle des fonts.
La chapelle de la Vierge était la chapelle centrale de l'abside: la chapelle Sante-Barbe y était contiguë à droite, et la chapelle Saint-Clair contiouë à gauche; les quatre autres chapelles étaient, vers le nord, celles de Saint-Fiacre et du Nomde-Jésus ; vers le sud, celles de Saint-Michel et de Saint-Claude.
Nous n'avons point de renseignements fort authentiques sur la situation r'espective des chapelles de la nef, dont plusieurs, comme celle de Saint-Roch, par exemple, ne consistaient qu'en un autel adossé à un pilier. Suivant Simon de Doncourt, «il fut question, en 1614, de bâtir six chapelles, dont trois du côté «du presbytère et trois du côté du clocher, pour les joindre à la nef qui avait été faite sous François If:» ces chapelles, que nous ne pouvons reconnaître, étaient achevées en 1631. Simon de Doncourt ajoute que « l'on proposa, en 1615, «de bâtir pour la communion un nouveau charnier du côté de la rue des Fos- “soyeurs, en commençant près la porte collatérale de la chapelle Saint-Clair ; » que « Ghristophe Gamard fut chargé d’en dresser les plans,» el que «l'on y lra-
® Inventaire des titres de la paroisse (Archives nationales, reg. LL 952, fol. 251 v°). Lebeuf dit l'évêque de Mérare.
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« vailla aussitôt. » Les registres de la paroisse nous apprennent qu'on y travaillait
en 1618.
Lorsqu'on procéda à la démolition de la vieille église Saint-Sulpice, pour y substituer un nouvel et plus vaste édifice, ainsi qu'il avait été décidé dans une assemblée tenue le 10 mars 1643 et présidée par le prince de Condé, on ne détruisit point complétement l'ancienne construction, dont le pavement était bien inférieur à celui que devait avoir la nouvelle église; mais on se borna à la déraser à une certaine hauteur, de sorte qu'il a été possible d'en lever un plan exacti?. En outre, comme le dérasement n’a point atteint les bases des piliers et qu'elles subsistent intactes, il nous a été facile de reconnaitre l’âge des différentes parties du monument détruit, et voici le résultat de nôtre examen :
Le vaisseau de l'ancienne église Saint-Sulpice, qui, hors œuvre, état long d'environ cinquante-six mètres et large de vingt-sept mètres soixante centimètres, se terminail par un chevet polygonal à dix pans. La nef, dont la voûte était peu élevée, se divisait en sept travées; elle était précédée d'une espèce de grand porche intérieur, et flanquée de bas côtés simples, auxquels on avait accolé, du côté du nord, cinq chapelles, et, du côté du midi, quatre chapelles latérales avec une sacristie. Parmi les chapelles, les unes répondaient à une seule travée, et les autres à deux travées, parce qu'elles avaient été agrandies. Il n'y avait pas de transept. Le chœur consistait en une travée, avee un rond-point de cinq travées, un pourtour continuant les bas-côtés, et sept chapelles absidales. Ge que lon distingue aujourd'hui de plus ancien, c’est la base du clocher, laquelle forme la cinquième travée du collatéral du sud et remonte à la fin du xnr siècle. Les piliers de Ja nef, à fût cylindrique, sur une base octogonale, montrent un exhaussement du pavement antérieur; comme les piliers des bas côtés, ils accusent la première moilié du uv siècle. Au xiv° siècle, les bas côtés, buttés de contre-forts, n'étaient point garnis de chapelles latérales. Celtes qu'on y ajoula, de mème que tout le reste de l'édifice, appartiennent au temps de Francois LE, et, sous le rapport du style, à la dernière période gothique, excepté néanmoins quatre piliers du rondpoint du chœur vers le midi, et aussi une partie de mur du chevet vers le nord. qui présentent des profils de la Renaissance. Quant à l'extérieur de l'édifice, la vue que nous reproduisons d'après Van Merlen en donne une excellente idée et dispense de toute description. La statue qu'on remarque adossée au trumeau de
la porte était celle de saint Jean-Baptiste.
Les marouilliers de Saint-Sulpice avaient un sceau dont nous ne connaissons 8 Ï point le spécimen. Lebeuf dit à ce sujet : «Dès le xiv° siècle au moins, la pa-
Quelques parties de l'église ancienne étant engagées dans la maçonnerie moderne, il a été nécessaire de les restituer sur le plan.