‹ TorquemadaChapitre 107 sur 176 · SCÈNE III LE DUC DE CHAULNE, LE COMTE DE BUSSY · texte numérisé non relu

SCÈNE III LE DUC DE CHAULNE, LE COMTE DE BUSSY

tous les deux en habit de ville. — Dans un coin, L'HOMME. -"— TAGUS toujours dans la baraque.

LE COMTE DE BUSSY

Oh ! l'histoire est waiment singulière. I\Ia foi, C'était deux ans avant la naissance du roi.

LE DUC DE CHAULNE

En trente-six ?

LE COMTE DE BUSSY

Tout juste. Il est près de Compiègne, Un vieux château bâti pour tromper quelque duègne Ou quelque affreux jaloux au profit d'un amant. Tant le bon architecte y mit artistement. Pour faire circuler les intrigues discrètes, De corridors cachés et de portes secrètes !

LE DUC DE CHAULNE

Mon cher, je le connais ! c'est le Plessis-les-Rois. Un manoir ruiné, fort caché dans les bois,

Qui, dit-on, communique au château de Compiègne Par un long souterrain creusé sous l'autre règne. Puis comblé, puis refait enfin par Mazarin. La reine et lui, seuls, ont les clefs du souterrain. C'est là que se fit, grâce aux dispenses de Rome, Le mariage obscur qui la lie à cet homme. Comme c'est fort désert, ils y peuvent parler. Aussi dit-on qu'ils vont parfois s'y quereller.

I E COMTE DE BUSSY

Juste. En ce temps-là donc se trouvait à Compiègne Un seigneur dont je crains que le nom ne s'éteigne, Jean de Créqui.

LE DUC DE CHAULNE

Pardieu ! c'était un beau garçon !

LE COMTE DE BUSSY

D'autre part le Plessis avait pour garnison

Une douce beauté qui \àvait fort recluse.

Jean savait les abords du manoir, et par ruse.

L'amour aidant, un soir, comme il n'était pas sot.

Il entra chez la belle et l'emporta d'aissaut.

Or, plus tard il apprit, comment, je ne sais guère,

Que cette belle était la femme de son frère.

Je te donne les faits, an"ange tout cela.

Le pire ou le meilleur, c'est qu'à neuf mois de là

Une fille naquit, iille justifiée

Et légale, la dame étant fort mariée.

Oui, mais le comte Jean... — C'est délicat, tu vois.

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