ACTE PREMIER — SCÈNE IX
j|, LE COMTE JEAN, baissant également la voix.
Oui, moi.
Madame.
LA JEUNE FILLE
Êtes-vous seul ?
LE COMTE JEAN
Seul. N'ayez point d'effroi.
LA JEUNE FILLE, avançant jusqu'à lui.
Eh bien?
LE COMTE JEAN
Tout marche au mieux. Nous romprons chaîne et grille. Puisque c'est Pierrefonds qui lui sert de bastille. Le captif est sauvé ; je connais Pierrefonds. Des amis, déguisés en soldats, en bouffons, M'aideront. Nul danger. Si vous êtes certaine De ce geôlier gagné par vous, sans grande peine Nous le délivrerons. Je réponds du sUccès.
LA JEUNE FILLE
Je pourrai du donjon vous aplanir l'accès. Voici : les médecins ont dit l'autre semaine Que, ne voyant jamais une figure humaine, Le captif se mourait d'ennui, malgré leurs soins, duc son cachot le tue et qu'il fallait au moins Qu'il entendît chanter dans la chambre voisine. Pour ce chant, seul remède au chagrin qui le mine.
Sa
Je me suis fait choisir, grâce au geôlier gagné Dont on me croit la fille. Or, au jour désigné. Moi dedans, vous dehors, si pour nous Dieu travaille, Ami, nous briserons cette affreuse muraille, Nous fuirons, nous rendrons le bonheur, le foyer. L'air, le soleil, la vie et l'âme au prisonnier.
LE COMTE JEAN
Une fois libre, il faut empêcher qu'on l'atteigne. Où le cacherez-vous ?
LA JEUNE FILLE
Ami, j'ai, vers Compiègne, Dans les bois, — une lieue au nord de Pierrefonds, — > Un grand vieux château plein de repaires profonds, Plessis-les-Rois ; maison construite loin des villes, Faite pour se cacher dans les guerres civiles. C'est là que je suis née et que ma mère, hélas, Est morte. — Depuis lors on ne l'habite pas. Nous le conduirons là, par des portes secrètes Que seule je connais...
LE COMTE JEAN, qui a écouté la jeune ûlle avec une agitation toujours croissante.
Ciel ! madame ! Vous êtes Alix de Ponthieu I
LA JEUNE FILLE
Oui. Mais comment savez-vous ?...