‹ TorquemadaChapitre 135 sur 176 · ALIX DE PONTHIEU · texte numérisé non relu

ALIX DE PONTHIEU

Monsieur !...

LE COMTE JEAN

Vous m'appeliez votre ami tout à l'heure ! Je suis un vieux soldat, barbe grise, et je pleure ! Jugez de ce que j'ai dans l'âme. Oh ! croyez-moi. Ayez quelque pitié, madame, et quelque foi. — Venez sous cette lampe un peu, que je vous voie I

Alix s'approche de la lanterne, il la contemple avec une sorte d'adoration.

Que TOUS êtes grandie et belle ! Oh ! quelle joie

De vous revoir ! Voilà dix ans ! — dix ans d'ennui 1 —

Vous ne me pouvez plus reconnaître aujourd'hui.

Oui, dans ce château même où personne n'habite, Mon Dieu ! je vous ai vue enfant, toute petite, — Haute comme cela, — rose et le front vermeil, Dans les prés, dans les fleurs, courir en plein soleil^! Pauvreenfant!— Oh '.croyez votre ami!— Sur mon âme, Je dis vrai ! Même un jour,. vous eûtes peur, madame. Voyant des zingaris et des égyptiens.

Vous courûtes à moi !

ALIX

C'est vrai, je m'en souviens.

LE COMTE JEAN

Ah ! vous voyez ! — Eh bien, que ma voix vous arrête ! Vous femme ! jeune i^lle ! — Ah ! l'on risque sa tête En touchant aux verrous des bastilles d'état ! C'est un dessein terrible ! un crime ! un attentat ! C'est fou ! Vous attaquer à Mazarin lui-même ! Et que vous fait à vous ce prisonnier ?

ALIX

Je l'aime.

LE COMTE JEAN

Vous l'aimez !

ALIX

Croyez-vous que j'agissais ainsi Pour des raisons d'état ?

LE COMTE JEAN, à part.

Oh ! le sort m'a saisi Pour ne plus me lâcher, conmie un tigre sa proie I

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