‹ TorquemadaChapitre 138 sur 176 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Une chambre très sombre, à voûte ogive, pavée en larges dalles, tendue en velours écarlate à crépines d'or, meublée de grands fauteuils à bras dorés et à dossiers de tapisserie ; d'un aspect à la fois sinistre et magnifique. A gauche, dans un pan coupé, un large lit de damas rouge et de tapisserie alternée, à colonnes, à dais et à chef d'or sculpté, revêtu d'un riche couvre-pied de dentelle. A droite, dans un autre pan coupé, une haute cheminée, garnie de sa plaque de fer fleurdelysée. Cette plaque est si grande qu'elle occupe entièrement le fond de la cheminée. A droite également, une table recouverte d'un tapis de velours et posée sur un tapis des Gobelins carré. Sur la table, un miroir de Venise. Audessus du lit, un grand christ d'ivoire sur ébène, non janséniste, c'est-à-dire les bras étendus.

Dans un coin, à droite, près de la table, une partie de la tenture a été déchirée et laisse voir à nu la muraille, sur laquelle on distingue quelques dessins étranges gravés dans la pierre; un grand clou est jeté sur la table.

La chambre ne reçoit de jour que par une longue fenêtre grillée qui est au fond et à laquelle on parvient par trois hautes marches de pierre. Le rayon de lumière qui passe par cette fenêtre vient se projeter visiblement sur le pavé. La baie de la fenêtre fait voir l'énorme épaisseur de la muraille.

Au lever du rideau, une sorte de figxire étrange est debout près de la table. Rien au premier aspect ne laisse deviner l'âge ni le sexe de cette figure, qui est couverte d'une longue robe de velours violet, et dont la tête est entièrement emboîtée dans un masque de velours noir lequel cache les cheveux comme le visage et descend jusque sur les épaules. Un petit cadenas de fer ferme ce masque

par derrière. Quand la robe s'entr' ouvre, on peut entrevoir des vêtements de satin noir et les formes d'un adolescent. Ce prisonnier paraît plongé dans une profonde et douloiureuse rêverie.

Tout au fond, au-dessus de la fenêtre, dans une petite galerie sombre qui fait le tour du cachot le long du mur à la naissance de la voûte, et qui communique avec la chambre par un escalieréchelle en bois doré appliqué à gauche contre la tenture, on distingue vaguement un vieux hallebardier en cheveux blancs et à barbe grise, le visage traversé d'un bandeau noir qui lui cache un œil. Ce soldat, debout, silencieux et immobile dans les ténèbres comme une statue, tient à sa main droite un long pistolet et à sa main gauche une épée nue ; sa hallebarde, appuyée à un angle des nervures de la voûte, brille derrière lui dans la pénombre.

Au-dessous de l'escalier, à gauche, ime porte de fer, à demi entrevue sous une riche portière.

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