‹ TorquemadaChapitre 144 sur 176 · I ACTE II — SCÈNE II · texte numérisé non relu

I ACTE II — SCÈNE II

Car tu dois être un ange, et le meilleur des anges, Toi qui viens tous les jours dans ce cachot affreux, î Et qui, douce au milieu de ces murs ténébreux, I Jusqu'au pauvre captif qu'on voile et qu'on enchaîne. Fais monter tant d'amour à travers tant de haine !

— Depuis un mois tu viens, et chaque jour, tu vois, Je suis plus enivré que la première fois !

ALIX, s' avançant vers lui.

LE MASQUE, sans se lever.

Viens à présent, beau front que rien ne souille, ^iens que je te contemple et que je m'agenouille !

Avant tout, jure-moi que tu viendras demain ! — ['a main ! — Que je voudrais pouvoir baiser ta main ! Ton adorable main si jolie et si pmre !

Il presse la main d'Alix sur sa poitrine.

Oh ! le Seigneur a mis pourtant, je te le jure.

Sous ce masque une bouche, im cœur sous ce linceul.

n se lève.

Je dois te faire peur, n'est-ce pas ? J'étais seul

Tout à l'heure, attendant l'heure où ton Dieu t'envoie,

— Pardonne ! — j'ai maudit ce Dieu qui fait ma joie ! Il me semblait — vois-tu, je comptais les instants, — Que le rayon de jour mettait bien plus de temps Qu'à l'ordinaire encor pour gagner cette dalle. —

Et puis ce masque noir... cette voûte infernale... —

Quelqu'un qui m'aurait vu m'aurait pris pour un fou !

Mon esprit s'en allait chercher je ne sais où

Des rêves, des jardins, des champs pleins d'étincelles

Où volaient des essaims dont j 'enviais les ailes ;

Je pleurais, j'écoutais si j'entendrais tes pas ;

Et je ris maintenant ! — Mais tu ne le vois pas.

— Tenez, vous êtes belle et charmante, madame.

Il la conduit au fauteuil.

Assieds-toi là. Causons. Si tout le jour, mon âme. Je t'avais près de moi, même en ma sombre tour. Tout le jour je rirais. Vous êtes mon amour ! ' — Vraiment j'avais besoin de te voir !

ALIX

O misère !

Toutes les fois que j'entre ici, mon cœmr se serre. Pauvre infortuné !

LE MASQUE

Non. Ne parle point ainsi.

Plus de tristes discours. Je suis heureux. Merci ! Je te vois ! N'est-ce pas assez que je te voie ? Je crains tout ce qui peut effaroucher la joie Qui chante dans mon âme en t 'entendant parler Comme un oiseau qu'un bruit pourrait faire envoler I

ALIX

Que je voudrais vous voir !

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