‹ TorquemadaChapitre 163 sur 176 · ACTE III — SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III — SCÈNE I

LE CARDINAL, avec une révérence.

Je sais tout ce qu'on doit A la reine, et me tais. Quoique ma nièce soit Une fille de race et dont le sang, en somme, A .d'illustres reflets de la pourpre de Rome, Je dis comme madame à mon roi généreux : Ces mariages-là sont parfois malheureux.

On les fait quelquefois pourtant, — par convenance, -

Il se tourne vers la reine et s'incline profondément.

Sa majesté le peut savoir.

LA REINE

Votre éminence En a menti ! — Pardon, sire, il me pousse à bout. J'ai tort et j'ai raison, c'est l'histoire de tout. — Mon Dieu ! j'aimerais mieux Richelieu ! Votre père Me faisait respecter. Cet homme m'exaspère ! Je ne suis qu'une femme et je ne connais rien Aux affaires d'état,

A Mazarin.

et vous le savez bien.

Au roi.

Mais je suis reine, on m'a manqué ; mais je suis mère. On me prend votre cœur, mon fils, ô peine amère !

Elle s'interrompt, sa voix est altérée par des larmes qu'elle ne laisse pas couler.

Vous n'épouserez point cette fille sans noùi

Et qui fait les yeux doux à monsieur d'Épemon ! N'est-ce pas ?

Elle s'assied, attire le roi près d'elle et l'entovire de ses bras=

Venez là.

Montrant Mazarin impassible.

C'est une âme bien noire.

Vous avez trop bon cœur. Ayez de la mémoire. Quand vous étiez petit, comme il était méchant ! Vous souvient-il ? Quinteux, pour un mot se fâchant. Avare, il vous laissait, en plein mois de décembre. Sans draps dans votre lit, sans feu dans votre chambre On m'en faisait, à moi, des reproches sanglants. Un jour il vous donna pour aller à Conflans Un carrosse si vieux que le peuple en eut honte. Comme il voulait régner et ne rendre aucun compte. Il avait défendu, sire, qu'on vous apprît Les choses qui pouvaient agrandir votre esprit. Même il ne voulait pas qu'on vous montrât l'histoire Il emphssait Paris d'une guerre sans gloire, D'ime guerre civile, impie et sans pitié. Qui vous forçait à fuir, pauvre enfant effrayé ! Votre peuple souffrait. — Il le pille ! il l'affame ! Il doit vous souvenir de cette pauvre femme Qui se mourait de faim siu: le pont de Melun. Il se prétendait prince et duc, n'étant ni l'un Ni l'autre. Il vous prenait d'une manière vile L'argent que vous donnait monsieur de la Vieuville. ; La nuit vous dormiez mal, le sentant près de nous.

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