ACTE III — SCÈNE I
Il réclame Sedan, et que le roi s'oblige
A réduire Turenne en simple hommage lige ;
Plus pour les huguenots le droit de s'assembler.
Monsieur le prince est doux à nous faire trembler.
Et ne demande, après tant de guerres civiles,
Rien que votre pardon, avec deux ou trois villes.
D'Épernon veut Poitiers ; d'Aiguillon veut Nogent ;
Vendôme un rang à part et Conti de l'argent.
Tout dans l'arbre est gourmand, jusqu'aux branches cadettes.
Monsieur de Mercœur dit au roi : Payez mes dettes.
Puis Chabot fait revivre, avec un tas d'exploits,
Sa capitainerie au vieux château de Blois.
Enfin, pour ramasser jusqu'aux derniers langages,
Monsieur le chancelier veut qu'on double ses gages ;
Et ce bon duc d'Agen brigue pour tous profits
Un bâton pour son frère et l'ordre pour son fils.
Voilà.
Le roi se tourne gravement vers la reine, LA REINE, au cardinal.
Par Dieu, monsieur, vous triomphez sans peine. Peuple, princes et ducs, Paris, Tunis et Gêne, Rome qu'on laisse aller, Londres qui s'enhardit. Tout ce que vous direz et tout ce que j'ai dit, Cela m'est fort égal ; — mais j'ai la mort dans l'âme ! Mais ce que je déclare et ce que je proclame, C'est qu'il est monstrueux qu'une fille de peu. Une fille de rien, — votre nièce, pardieu ! — ;
Dont l'aïeul à Palerme était greffier, je pense,
Ose lever les yeux jusqu'à mon roi de France !
C'est qu'on ne vit jamais de pareilles horreurs !
C'est que soixante rois et quarante empereurs
Reçoivent de cet homme un soufflet sur la joue !
C'est qu'Autriche et Bourbon sont traînés dans la boue !
C'est qu'on me pilera sans que je dise oui !
C'est qu'il est odieux, impossible, inouï.
Que d'une Mancini vous fassiez votre femme i
C'est que je ne veux pas ! et qu'enfin c'est infâme î
LE ROI, blessé.
Madame...
LA REINE, à demi tournée vers Mazarin.
O Dieu ! cet homme ! Oh ! quels maux j'ai soufferts Pour son ambition il irait aux enfers ! Donc jusqu'au nid de l'aigle une vipère monte ! O Jésus ! en songeant combien c'est une honte. Que de fois j'ai passé les nuits à Saint-Germain, Seule sur mon balcon, ma tête dans ma main !
LE ROI
Madame...
LA REINE
Oh ! ce sont là des scènes déplorables. Ces mariages-là sont toujours misérables. Croyez-moi, mon cher fils !