PREMIÈRE PARTIE — ACTE I
Clarté de sa noirceur, courtisan de ses crimes. Je sens une main douce alléger mes forfaits. Oh ! je respire enfin, moi, l'affreux portefaix. Ma tète se relève, hélas ! de remords pleine. Et du côté du ciel je puis reprendre haleine ! Oh ! je ne suis plus seul, je vis, j'aime, ébloui ! Hélas ! il n'a que moi comme je n'ai que lui. Que de gouffres autour de lui ! pièges sans nombre Oui, mais je veille.
Pensif.
A lui la lumière, à moi l'ombre.
Restons sous ce manteau sur ma tête étendu. Le père deviné, l'enfant serait perdu.
II revient vers le prieur.
LE PRIEUR, bas.
Monseigneur m'a promis le secret.
LE MARQUIS
Sois tranquille.
Quand don Sanche doit-il sortir de cet asile ?
LE PRIEUR
L'enfant qu'on a cru mort est un homme aujourd'hui. Monseigneur le vicomte-abbé se sert de lui. Et le déclarera comte et roi, prince, altesse. Lorsqu'il en aura fait le mari de sa nièce.
Il jette un regard en arrière. Le roi reparaît au fond du théâtre.
Le roi!
LE MARQUIS
Le roi !
A part, se parlant à lui-même.
Vieillard, cache bien à ce roi Le cœur inattendu qui vient d'éclore en toi.
LE PRIEUR, bas.
Protégez-nous. Pourvu qu'ici rien ne le fâche !
LE MARQUIS, à part.
Allons, comédien, reprends ton masque lâche. Insensible à l'insulte, à la haine, à l'affront. Et remets-toi ton vil sourire sur le front.
LE PRIEUR
Monseigneur m'a promis le plus grand secret.
LE MARQUIS, à part.
Certes !
Au prieur.
Ne crains rien.