SCÈNE PREMIÈRE FRANÇOIS DE PAULE, seul
D prie agenouillé. Il s'interrompt et se lève. Il écoute. On entend un bruit de trompes et de cors et des aboiements confus.
Qu'en tends-je là ? Je dois me tromper. C'est la cloche.
Il écoute.
Non, c'est le cor. Le cor sonnant de roche en roche I
8o TORQUEMADA
Il écoute.
Parfois le torrent semble une foule de voix
Que le vent entrecoupe et mêle au bruit des bois.
Il écoute.
Non. On chasse.
Il regarde au dehors.
Oh ! devant la meute, la fanfare, Le hallali, le bois mystérieux s'effare, Et pour la bête, alors, Thomme, c'est le démon.
Il écoute. La rumeur de la chasse est de plus en plus distincte.
Scandale affreux ! Depuis Dorothée et Simon,
Dans ce désert béni, fief sacré du saint-père.
L'ermite avec le loup partage le repaire ;
Sous la fraternité des branchages épais
On s'aime, et la nature et l'homme ont fait la paix.
Personne, prince ou roi, la tiare romaine
Ayant cette montagne auguste pour domaine,
N'a le droit d'amener dans cette âpre forêt
Les chiens, les cors, les cris.
Les aboiements s'éloignent. Le bruit de la chasse va et vient, cesse, puis recommence.
Le pape seul pourrait.
Et ne peut, car il n'est le chasseur que des âmes. Non, les violateurs même les plus infâmes Ne viendraient point verser le sang dans ce saint lieu. Et troubler les oiseaux du ciel, qui sont à Dieu. Quelqu'un l'ose pourtant, quel est ce téméraire ?