‹ TorquemadaChapitre 40 sur 176 · PREMIÈRE PARTIE — ACTE II 8i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — ACTE II 8i

Un moine, vieux, un bâton à la main, les pieds couverts de poussière, se présente à l'entrée de la grotte. Il a le rochet de pèlerin par-dessus l'habit de dominicain. C'est Torquemada. Il s'arrête sm: le seuil. Il a la barbe grise. François de Paule a la barbe blanche.

Salut à toi, vieillard et père !

FRANÇOIS DE PAULE

Salut, frère.

Permets-tu qu'un instant je me repose ici ?

FRANÇOIS DE PAULE

Mon frère, entrez.

Je suis brûlé, je suis transi, La fièvre et le soleil me dévorent, je marche, J'entre, indigne passant, chez toi, saint patriarche. Je suis très las. Je dis : Lamma sabacthani ! Salut ! Sois béni, prêtre.

FRANÇOIS DE PAULE

Homme, soyez béni.

TORQUEMADA, Je suis prêtre aussi, moi.

FRANÇOIS DE PAULE

Puisse Dieu vous conduire !

C'est bien. Vous avez droit de dire ou ne pas dire Où vous allez et d'où vous venez, car les pas Viennent tous de l'aurore et vont tous au trépas. Ce que vous êtes, frère inconnu, nous le sommes. Fils, le même infini pèse sur tous les hommes, Et le même voyage est fait par tout mortel. Nos pieds sont au tombeau, nos genoux à l'autel.

Je viens de l'Univers et je vais à la Ville. Je vais à Rome.

FRANÇOIS DE PAULE

A Rome ?

Oui, moi, tête humble et vile, J'ai quelque chose à faire, et les temps sont venus. Je me suis mis en route au hasard, seul, pieds nus. J'ai marché dans le sable et marché dans la neige. Ma supplique est déjà parvenue au saint-siège. Car je connais le pape Alexandre six.

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