‹ TorquemadaChapitre 41 sur 176 · PREMIÈRE PARTIE — ACTE II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — ACTE II

FRANÇOIS DE PAULE

Quoi !

Le nouveau pape ?

Il est espagnol comme moi.

Nous nous sommes connus à Valence. Il s'appelle Borgia. Mais toi, prêtre en cette âpre chapelle, Qu'es- tu, vieillard que Dieu dans ce désert guida ? Ton nom ?

FRANÇOIS DE PAULE

François de Paule. Et vous ?

Il recule avec respect devant l'ermite.

François de Paule ! un saint !

FRANÇOIS DE PAULE

Non.

Tu rends des oracles !

FRANÇOIS DE PAULE

Mais tu fais, dit-on, mon père, des miracles ?

Non.

FRANÇOIS DE PAULE

J'en vois. Tous les matins Taube argenté les eaux,

L'énorme soleil vient pour les petits oiseaux,

La table universelle aux affamés servie

Se dresse dans les champs et les bois, et la vie

Emplit l'ombre, et la fleur s'ouvre, et le grand ciel bleu

Luit ; mais ce n'est pas moi qui fais cela, c'est Dieu.

Père, Jésus nous met l'un en face de l'autre. Moi qui suis le voyant, je parle à toi l'apôtre ; Écoute. N'as-tu pas quelquefois réfléchi Au pape, homme à tiare et sépulcre blanchi. Et ne t'es-tu pas dit qu'un inconnu peut-être, En présence du faux pontife, est le vrai prêtre. Et que, tout en restant, par devoir, prosterné Devant l'altier vicaire au hasard couronné, Cet inconnu pensif porte en lui l'âme même De l'église, dont l'autre a le vain diadème ! Eh bien, que dirais-tu si ce chef de la foi. Et si cet inconnu suprême, c'était moi ?

FRANÇOIS DE PAULE

Le pape, homme de Dieu, règne. Il n'est pas deux Romes.

Nul n'est homme de Dieu s'il n'est l'homme des hommes. Je suis cet homme-là. L'enfer et sa noirceur

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