‹ TorquemadaChapitre 43 sur 176 · PREMIERE PARTIE — ACTE II · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE — ACTE II

Et je vaincrai par lui, comme Constantin. Oui, Ce saint ermite montre à mon œil ébloui L'autre forme du vrai, l'autre clarté chrétienne. Oui, je garde ma sphère et je lui prends la sienne ! De sorte que l'écueil indiquera le port, Et que la vie aura pour bannière la mort !

A François de Paule.

Écoute. Dominique a mal compris la flamme. Elle est sublime, à moins qu'elle ne soit infâme. Dominique voulait punir, je veux sauver. Les bûchers sont éteints, je viens les relever. Comprends-tu maintenant ?

FRANÇOIS DE PAULE

Oui.

Je veux sur la terre Allumer l'incendie énorme et salutaire.

Père, rien de meilleur jamais ne se rêva. Et j'entends dans ma nuit Jésus qui me dit : Va 1 Va ! le but t'absoudra pourvu que tu l'atteignes ! Je vais !

François de Paule pose sur la grosse pierre qui est la table le pain, le plat de bois et la cruche d'eau.

FRANÇOIS DE PAULE

Voici de l'eau, du pain et des châtaignes Buvez à votre soif, mangez à votre faim.

Et quant à vos projets, dont j'entrevois la fin, Avant que le premier de vos bûchers flamboie, Je prierai Dieu pour vous, afin qu'il vous foudroie ; Car mieux vaudrait, pour vous et pour le genre humain. Votre mort, qu'un tel pas, fils, dans un tel chemin î

TORQUEMADA, à part.

Triste affaiblissement d'un esprit solitaire ! Ce pauvre saint n'a pas compris.

FRANÇOIS DE PAULE

L'homme est sur terre Pour tout aimer. Il est le frère, il est l'ami. Il doit savoir pourquoi, s'il tue une fourmi. Dieu de l'esprit humain a fait une aile ouverte Sur la création, et, sous la branche verte. Dans l'herbe, dans la mer, dans l'onde et dans le vent, L'homme ne doit proscrire aucun être vivant. Au peuple un travail libre, à l'oiseau le bocage, A tous la paix. Jamais de chaîne. Point de cage. Si l'homme est un bourreau. Dieu n'est plus qu'un tyran. L'évangile a la croix, le glaive est au koran. Résolvons tout le mal, tout le deuil, toute l'ombre. En bénédiction sur cette terre sombre.

Qui frappe peut errer. Ne frappons jamais. Fils, Hélas, les échafauds sont d'effrayants défis. Laissons la mort à Dieu. Se servir de la tombe ! Quelle audace ! L'enfant, la femme, la colombe, La fleur, le fruit, tout est sacré, tout est béni.

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