PREMIÈRE PARTIE — ACTE I
GUCHO, à part.
Bah ! pourvu que je mange et dorme, tout est bien.
LE MARQUIS, au roi.
Faut-il chasser Gucho ?
A Gucho.
Couchez là.
LE ROI
Non. Il ne comprend rien.
Gucho se fait le plus petit qu'il peut dans l'ombre derrière le roi. Le roi s'approche du marquis.
Marquis, j'aime affreusement les femmes.
Ceci me plaît de toi que tes mœurs sont infâmes. Ou le furent. Plus tard, vieux, tu t'es fait dévot. C'est bien. Ceci me plaît encor. L'homme ne vaut Que par la foi, qui seule efface nos souillures.
Il fait un signe de croix.
LE MARQUIS
Ce couvent, dont le roi vient scmter les allures. Dépend de deux chefs, l'un à Cahors, l'autre à Gand.
LE ROI
Tu passes pour avoir été fort intrigant. Tu l'es toujours. On dit que des femmes, jolies, Ont fait jadis pour toi, bonhomme, des folies. Que tu puisses avoir été page et charmant.
i8 TORQUEMADA
Cela semble impossible ; et pourquoi pas, vraiment ? Le matin est riant, puis la journée est noire ; Cela se voit. Sais-tu qu'on raconte une histoire Sur un petit valet de cour qui serait toi ? T'es-tu jamais nonrnié Gorvona ?
Non. Pourquoi ?
Pour te cacher, dit-on, par ruse et par bassesse. Et pour une amourette avec une princesse.
LE MARQUIS
Moi, jamais !
LE ROI
On m*a fait le récit tout entier D'un roi stupide auquel tu fis un héritier. Mais on n'est pas d'accord sur le pays. Pur conte, Probablement.
LE MARQUIS
Voilà. Vous m'avez créé comte.
On tâche de me nuire.
LE ROI
On a raison. Mais moi.
Que ce qu'on dit soit faux ou soit vrai, j'ai pour loi D'être au-dessus de tout ce que l'homme imagine. Rien ne m'atteint. Je suis le roi. Ton origine