‹ TorquemadaChapitre 7 sur 176 · PREMIÈRE PARTIE — ACTE I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — ACTE I

Mêlée à des laquais, et même à des bouffons. Tes commencements bas, tortueux et profonds. Me conviennent. Personne au juste ne peut dire. Pas même toi, quel fut ton père. Je t'admire D'être si bien caché, tout en étant pubUc, Le nid du cormoran, le trou du basilic. Sont les points de départ possibles d'une vie Comme la tienne, errante, envolée, asservie. Je t'ai fait comte, grand de Castille, et marquis ; Vil tas de dignités, bien gagné, mal acquis. Agir par ruse, ou bien par force, t'est facile ; Tu te prendrais de bec avec tout un concile Ou tu le chasserais, le démon en fût-il. Tu sais être hardi tout en restant subtil. Quoique fait pour ramper, tu braves la tempête. Tu saurais, s'il le faut, pour quelque coup de tête Te risquer, et, toi vieux, mettre l'épée au poing. Tu conseilles le mal, mais tu ne le fais point. N'être innocent de rien, n'être de rien coupable. C'est ta propreté, comte, et je te crois capable De tout, même d'aimer quelqu'un. A ce qu'on dit. Tu t'es fait de valet brigand, et de bandit Courtisan. Moi, j'observe en riant tes manœuvres. J'ai du plaisir à voir serpenter les couleuvres. Tes projets que, pensif, tu dévides sans bruit. Sorte de fil flottant qui se perd dans la nuit. Tes talents, ton esprit, ta fortune, ta fange. Tout cela fait de toi quelque chose d'étrange. De sinistre et d'ingrat dont j'aime à me servir.

LE MARQUIS

Roi, VOUS avez le Tage et le Guadalquivir, Et rÈbre, et votre altesse à la Castille ajoute Naple, et le roi de France est vaincu dans la joute ; L'Afrique craint mon roi dont, bien souvent déjà. L'ombre au soleil levant sur Alger s'allongea ; Vous naquîtes à Sos, si près de la Navarre Que vous avez des droits sur elle, et je déclare Que votre berceau prit ce pays en dormant. Vu que jamais un roi ne naît impunément ; Vous avez mis le pied, quoique roi catholique. Sur l'église où fermente un fond de république ; Le pape, grâce à vous, tremble devant le roi. Et son clocher se tait devant votre beffroi. Vos drapeaux, de l'Etna jusqu'à la rive indoue. Flottent, et vous avez Gonzalve de Cordoue. Du reste, vous gagnez des batailles tout seul. Jeune, vous dominiez les rois comme un aïeul. Et quand un prêtre va ramer dans vos galères, Rome en balbutiant rétracte ses colères. O vainqueur de Toro, roi ! devant vous je sens Tous les mots dans ma bouche expirer impuissants. Vous êtes la grandeur, je suis la petitesse. Je vous suis dévoué, seigneui-.

LE ROL

C'est faux.

LE MARQUIS

Altesse.

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