DEUXIÈME PARTIE — ACTE I
Le cloître ? Oui. Le tombeau cependant est plus fort. Il n'entend rien. Son gouffre est sûr. Sa porte est lourde. Le cloître est un muet, la tombe est une sourde. Le sépulcre a cela de bon qu'on n'en sort pas. .v- Un cercle abject, tracé par un hideux compas, C'est le cloître, A jamais on y tourne. Don Sanche Verrait sa tête blonde ainsi devenir blanche. Et, pâle, vieillirait, captif des noirs parvis. J'ai le choix. — J'aime mieux qu'il meure. — Ton avis ?
LE MARQUIS
Vous avez raison.
LE ROI
Hein?
Faites-le mourir, sire.
LE ROI, à part.
Qu'est-ce qu'on était donc venu tout bas me dire. Que Sanche était son fils ? Ce n'est pas vrai !
LE MARQUIS
Je vois Comme vous.
LE ROI, à part.
Comme on ment dans l'oreille des rois !
LE MARQUIS, l'observant. ,
Je vous approuve.
LE ROI
Donc ton avis est qu'il meure ?
LE MARQUIS
Oui.
LE ROI, à part.
Hé ! c'est louche. Il vient d'affirmer tout à l'heure Que ce don Sanche m'est nécessaire, et qu'il faut Qu'il vive pour le bien de mon état. Sitôt Que Sanche est mort, mon droit sur la N^^arre expire. J'ai d'un côté la France et de l'autre l'empire.
Regardant de travers la marquis.
OÙ veut-il m 'entraîner ? Ce traître a des projets.
Dévorer Sanche est doux, mais si je le rongeais ? C'est l'avoir sous la dent que l'avoir dans un cloître. Si je le conservais pour le voir là, décroître. Languir, agoniser, lâche, morne, hébété ? La lenteur en vengeance est une volupté. Qu'en penses-tu ?
LE MARQUIS
Pourquoi choisir la ligne courbe ?
Sire, allez droit au but. Frappez, tuez.
LE ROI, à part.
Le fourbe !
Il était jusqu'ici, dans tous ses entretiens. Pour don Sanche. .. — Il l'oublie, oui, mais je m'en souviens.