‹ TorquemadaChapitre 61 sur 176 · DEUXIEME PARTIE — ACTE I · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE — ACTE I

Observant le marquis qui l'observe.

Double face, où j'épie une lueur soudaine ! Qu'a-t-il à me povisser dans le sens de ma haine ? Diable ! comme il a vite été de mon avis !

Haut, au marquis.

Le sang...

LE MARQUIS

Les rois sanglants sont les rois bien servis. Tuez.

LE ROI, à part.

Il est vendu sous main au roi de France ! Gueux !

Haut.

Mais tu me disais : Sanche est votre espérance. Il vous est nécessaire, et, tant qu'il vit, la paix Est sûre du côté des monts.

LE MARQUIS

Je me trompais.

Vous êtes grand, et nul ne vous est nécessaire. Pas même Dieu. Tuez.

LE ROI

Je te sens très sincère.

Mais réfléchis. Le peuple, un tas de mendiants, Prend mal la politique et ses expédients ; La foule, apitoyée aisément, se chagrine Pour quelques coups d'estoc trouant une poitrine. On plaint le mort, surtout s'il était beau garçon.

ii6 TORQUEMADA

On me pleure au cercueil, on m'oublie en prison. Mon cher, défions-nous des choses trop hardies. Sanche est jeune. On n'a pas le goût des tragédies. Beaucoup de bonnes gens, vois-tu, me sauraient gré Qu'il fût dans un couvent tout doucement muré. C'est si bon la douceur ! Qu'en un cloître on le tienne. Peut-il fuir ? Non.

LE MARQUIS

La tombe est meilleure gardienne.

LE ROI

Mais un meurtre...

LE MARQUIS, montrant le palais.

Ces murs y sont habitués.

LE ROI, à part.

Traître !

Marquis, quel est ton dernier mot ?

LE MARQUIS

Tuez.

Bruit de trompettes.

Les clairons ! Les voici.

La porte du palais-cloître s'ouvre à deux battants. Paraissent au haut du perron don Sanche et dona Rose, se tenant par la main. Doua Rose en robe de dentelle d'argent avec la couronne de perles sur sa tête, don Sanche avec le chapeau de comte, surmonté de l'aigrette alumbrado (éclair), mélange de pliunes et de pierreries. A la droite du couple marche l'évêque d'Urgel, mitre en tète. Derrière eux, dames, seigneurs, prêtres en chapes brodées.

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